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A propos de la fortune de Bernard Arnault

9 septembre 2012, 18:02 Auteur : 6 commentaires

Concernant la polémique autour du départ pour la Belgique de Bernard Arnault, qui vient cela dit de déclarer qu’il restera domicilié fiscalement en France, voici un extrait d’un livre dont les médias ont très peu parlé à sa sortie, en 2003, et pour cause, il met en cause les Arnault, Tapie, Pinault, Dassault et autres fortunes privées faites sur argent public. Et ce serait ça l’ultra-libéralisme selon les gauchistes…

“Patrimoine industriel à brader
“J’assurerai personnellement la direction de la CBSF (Compagnie Boussac-Saint-Frères) et je procèderai à la mise en œuvre du plan industriel et social tel qu’il a été communiqué aux administrations compétentes.”
Datée du vendredi 14 décembre 1984, cette missive est adressée au locataire de Matignon de l’époque : Laurent Fabius.
Son auteur est un fils de famille du nord de la France au sourire crispé et au costume gris. Bernard Arnault a alors seulement 35 ans et exerce ses talents dans l’immobilier. Dès sa sortie de Polytechnique, Arnault s’est attelé à transformer Ferret-Savinel, l’entreprise familiale de bâtiment, en promoteur spécialisé dans les appartements de tourisme. [...] Puis, convaincu que la victoire de François Mitterrand en 1981 allait transformer la France en république soviétique et son entreprise en kolkhoze, il s’est exilé aux États-Unis où il comptait faire fortune dans la construction immobilière. Il a dû déchanter… Le libéralisme débridé et la concurrence féroce ne sont pas le terrain de jeu où il se montre le plus à l’aise.
En cette fin 1984, il a donc placé ses espoirs dans l’économie mixte à la française. Et attend du gouvernement le feu vert indispensable pour mettre la main sur ce qui reste de l’empire Boussac.
En deux ans, le gouvernement précédent, dirigé par le Lillois Pierre Mauroy, a injecté un milliard de francs de subventions dans cette ancienne figure de proue de l’industrie textile du Nord, en pleine déconfiture. Ainsi, l’État est devenu le propriétaire de fait de ce conglomérat à la dérive, dont il fallait sauver les 21 000 emplois et les marques de prestige (Christian Dior, Conforama, Peaudouce, Le Bon Marché, etc.).
C’est la reprise pour le franc symbolique de ce monument que Bernard Arnault, jeune loup encore inconnu du grand public, sollicite auprès du 1er Ministre. Et pour séduire Matignon, il s’engage par écrit, ce vendredi de décembre, à garantir “la pérennité de l’entreprise et l’essentiel des emplois.” Deux jours plus tard, il obtient le feu vert à son plan de reprise. Laurent Fabius vient de faire la fortune de celui qui va devenir en quelques années le roi du luxe.
Comment devenir milliardaire en assurant la “pérennité” d’un groupe industriel sous perfusion continue d’argent public ? En le dépeçant minutieusement. Tout simplement.
En quelques années, les filiales de Boussac sont vendues à l’encan et le textile, cœur historique du groupe, cédé. L’empire industriel est démantelé alors même qu’il avait été chèrement subventionné par un État imprévoyant… et finalement bonne pâte.
Il faudra en effet que la Commission de Bruxelles se fâche pour contraindre le milliardaire à rembourser une partie seulement des aides publiques – 51,5 millions d’euros – dont il avait bénéficié. Lequel ne s’y résoudra finalement qu’en 1997, soit treize ans après les faits. A ce moment-là, sa fortune se compte déjà en dizaine de milliards.
De Boussac, Bernard Arnault n’a finalement gardé que deux perles : le grand magasin le Bon Marché. Et surtout la maison de couture Christian Dior, la fondation sur laquelle il a depuis construit le groupe LVMH, le numéro un mondial de l’industrie du luxe.” p. 37 à 41

Categories : Économie, Histoire

6 commentaires

  1. FabriceM dit :

    Les libéraux tendent souvent le bâton pour se faire battre, en défendant la “figure du riche”, en opposition à la diabolisation gauchiste classique, alors même que les fortunes qui se constituent en ce moment le font sur des marchés ouverts, certes, mais certainement pas libres, et qu’ils le savent mieux que quiconque.

    Pour beaucoup, les libéraux sont au mieux les idiots utiles du grand capital. Vous me direz, ceux là sont les marxistes irrécupérables. Ma foi, peut-être, mais à ce moment là au moins un tiers de la France est irrécupérable. Ca fait beaucoup.

  2. Maverick dit :

    Vous soulevez un bon point. Les ultra-riches sont aidés par le gouvernement et le “libéralisme” d’aujourd’hui n’est pas celui qui était proné par Adam Smith. Le problème étant que des que des grandes fortunes commencent à émerger, les chances de les voir influencer nos gouvernements sont de plus en plus grandes.

    PS: Ce n’est pas parce que Bernard le dit qu’il va le faire.

  3. Arnaud dit :

    De quoi se plaint-on? La suite à montré qu’aucun autre entrepreneur n’aurait sans doute réussi à créer autant de richesses sur les mêmes bases. Si les commandes lui avaient été laissées plus tôt, cela aurait évité des renflouements inutiles à l’État.

  4. BOB dit :

    Pour ceux qui produisent les richesses, le chômage, les carrières interrompues et les revenus en dessous du SMIC aliment une retraite de misère. Pour d’autres qui ne produisent rien et encaissent les bénéfices leur soif de pouvoir alimente les guerres, la corruption et la pauvreté…………..

    http://2ccr.unblog.fr/2011/06/30/linsolence-des-riches/

  5. Théo31 dit :

    Adam Smith : auteur insignifiant pour les libéraux qui lui préfèrent Bastiat, qui siégeait sur le banc de la gauche à l’assemblée.

    Une remarque sur Arnault : au cas où certains ne l’auraient pas remarqué, ce monsieur ne vend pas des produits de luxe uniquement en France, cette île imperméable à la mondialisation, mais partout dans le monde.

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