
Né en 1922 en Union soviétique, Alexandre Zinoviev a mené, tout au long de sa vie, un parcours hors normes et solitaire.
Issu d’une famille de onze enfants, fils d’une mère d’origine paysanne et d’un père peintre en bâtiment, Alexandre Zinoviev suivra des études de philosophie et la thèse qu’il soutient en 1954 porte sur le thème de la logique dans Le Capital de Karl Marx. Tout un programme…
Très tôt, il est entré en opposition avec le monde qui l’entoure. Déjà, à l’âge de 17 ans, il est exclu des jeunesses communistes après avoir critiqué le culte de Staline. Mais c’est surtout à partir des années 70 qu’il entre en dissidence suite à la publication et au succès international de son premier livre, Hauteurs béantes qui est une critique acerbe de la société soviétique sous Brejnev. Cela lui vaut d’être exilé à Munich, en Allemagne, à la fin des années 70.
L’auteur publiera environ une vingtaine de livres traduits en français et publiés chez L’Âge d’Homme, Julliard, Gallimard ou Laffont. Son œuvre est marquée par deux types d’ouvrages : des romans à clefs et des essais. Parmi les plus célèbres, nous pouvons citer L’Avenir radieux, Homo sovieticus, Le communisme comme réalité, Katastroika ou La grande rupture.
Concernant le communisme, Zinoviev considère dans son ouvrage Sans illusions qu’ « une société communiste comportant des libertés civiques pour l’individu est un non-sens aussi absurde qu’une société capitaliste sans argent ». Il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en avant les incohérences du système et la petitesse des gens soumis à ce type de régime. Selon lui, bien que ce soit une dictature imposée par le haut, il pense que la population, pourtant mécontente de son mode de vie, soutient quand même le système et le consolide à la base car, ne voyant pas d’autre issue, elle y trouve finalement son compte. En effet, elle s’est fort bien adaptée et suit le mouvement comme un troupeau dont le seul objectif est la consommation à outrance d’alcool. Avec ce genre de thèse, Zinoviev se trouve rejeté par les autres dissidents, et notamment par Soljenitsyne qui, contrairement à lui, met en avant la résistance et la grandeur du peuple russe subissant ce régime maintenu uniquement par la terreur.
Tout autant opposé à la politique de perestroïka menée par Gorbatchev (voir son ouvrage Katastroika), Alexandre Zinoviev devient de plus en plus critique vis-à-vis de l’Occident démocratique suite à la chute des régimes communistes. D’ailleurs, en 1996, il soutient le candidat communiste lors des élections présidentielles russes !!! Puis en 1999, il s’installe définitivement en Russie et ne cesse, dès lors, de critiquer le nouvel ordre international dominé par les États-Unis, condamne vivement l’agression de la Serbie par l’OTAN, dénonce la soumission des politiciens face au pouvoir financier et redoute la toute puissance des médias qui ne cessent de s’immiscer dans les sphères les plus intimes de la société.
Cet opposant né nous a quitté en 2006. Lui qui ne se considérait non pas comme un dissident mais comme un missionnaire n’a jamais craint de se retrouver en dehors du système qu’il dénonçait. Chez lui, les termes ” liberté” et “indépendance” avaient tous leurs sens. Malheureusement, peu d’intellectuels peuvent de nos jours se prévaloir de ces deux qualificatifs.
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