« Il est probable que les révolutions, et l’histoire dans son ensemble, se dérouleraient bien différemment si les hommes étaient aujourd’hui encore ce qu’ils étaient peut-être dans l’antique cité d’Athènes : des êtres autonomes avec une relation à l’ensemble, au lieu d’être livrés pieds et points liés à leur profession et à leur emploi du temps, dépendant d’une foule de choses qui les dépassent, élément d’un mécanisme qu’ils ne contrôlent pas, marchant pour ainsi dire sur des rails et désemparés quand ils déraillent. La sécurité, la durée ne se trouvent que dans la routine quotidienne. A côté, c’est tout de suite la jungle. Tout Européen du 20è siècle le ressent confusément avec angoisse. C’est pourquoi il hésite à entreprendre quoi que ce soit qui pourrait le faire dérailler – une action hardie, inhabituelle, dont lui seul aurait pris l’initiative. D’où la possibilité de ces immenses catastrophes affectant la civilisation, telle que la domination nazie en Allemagne. » Sébastien Haffner, Histoire d’un Allemand, souvenirs (1914-1933), traduit de l’allemand par Brigitte Hébert, pp. 206-207, éditions Babel, septembre 2004
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Pour moi, le lien entre les prémisses et la conclusion sur la domination nazie n’est pas totalement clair. L’auteur insinue-t-il que l’homme moderne préférerait trouver un bouc émissaire et se ranger derrière un leader plutôt que de se mettre en mouvement lorsque les temps vont mal ? Ou n’ai-je pas saisi le fond du propos ?
Sinon c’est “pieds et poinGs liés” et (logiquement) “élémentS” au pluriel.
PS : Je soupçonne l’ami Virgile d’être derrière cette citation.
Superbe cette citation. C’est un cadeau qui m’est destiné ?
Vous avez raison, Kévin, si j’étais tombé dessus, je l’aurais pieusement gravée dans mon calepin magique.
Haffner souligne le déterminant à la disparition de la Raison que sont l’enlisement dans la matérialité quotidienne et l’absence de vision humaniste de son avenir. La préparation impalpable des esprits au néant s’est faite inlassablement dans la société allemande pré 14-18 et fin Weimar années 30 (culte vitaliste de la guerre, de l’argent comme dépassement de soi, du jeunisme, de la Nation) produisant ultimement le cauchemar national-socialiste.
La force de Haffner est de nous renvoyer aujourd’hui une vision possible de notre société néo-libérale produisant les mêmes causes et les mêmes effets. Impressionant.
@Philippe Schneider
néo-libérale, avec un Etat pesant 56% du PIB, vous repasserez ! Le libéralisme pousse à la création d’entreprise, l’Etat à l’assistanat, Haffner nous renvoie donc à cette vision de l’Etat mama, d’ailleurs le nazisme c’était également un Etat surdimensionné.
Vous réduisez le libéralisme à un espace marchand omniscient et libéralisateur des énergies. L’Etat est avant tout un moyen politique dont les fondements ne doivent pas être idéologiques. Un Etat dépensier n’est ni positif ni négatif sans la vision commune de ce que nous voulons en faire. A contrario le marché est aussi une organisation administrée et ne relève en rien d’un quelconque état de nature!
@Philippe Schneider
Si, un état dépensier est négatif, car pour dépenser il vous prend votre argent et le mien, ou devrais-je dire il le vole pour le redistribuer à qui bon lui semble, mais sans me demander mon avis. Donc moins il dépense, plus une société est libre car chacun peut alors allouer son propre argent aux causes qui lui paraissent le plus utile pour la société.
le capitalisme de connivence, cela vous parle?
http://www.youtube.com/watch?v=qiMaipssKt4&feature=player_embedded
@Philippe Schneider
sans le savoir apparemment, vous venez de relayer une vidéo libérale, faite par des libéraux. Merci donc d’aller dans mon sens