De retour de la énième manifestation de professeurs en grève, dont vous aurez bientôt quelques images, je me suis amusé à calculer le coût approximatif d’une telle manifestation. Bien qu’aucun calcul ne puisse rendre exactement compte du coût de ce genre de manifestation, une addition même approximative en éclairera plus d’un, car malgré les idées reçues une manifestation rapporte plus à l’Etat que cela ne lui coûte, par contre ce sont les enfants et les automobilistes qui trinquent le plus.
Coût social
“Entre 9.000 et 20.000 personnes, selon les sources, ont défilé mardi à Paris, de la Sorbonne à la Bastille, dans le cadre de la manifestation nationale contre le projet d’évaluation des enseignants et les 14.000 suppressions de postes de la rentrée 2012.” nous dit LCI. Avec des classes de 25 élèves en moyenne, de 225 000 à 500 000 élèves étaient aujourd’hui sans un ou plusieurs cours, rien que pour Paris. A Toulouse, la Dépêche parle de “40% de profs grévistes en ce qui concerne les enseignants de maternelle et primaire”, ce qui a “fortement perturbé les écoles”. Et pour couronner le tout “sur 67 écoles perturbées, une quinzaine sont complètement fermées, le corps enseignant faisant grève à 100 %”. Quel est le coût de ces absences au niveau national ? Incalculable, l’éducation ne se chiffrant pas, mais le coût est de toute façon très élevé pour des millions de nos enfants.
Coût pour l’État et les collectivités locales
Un jour de grève n’est pas payé aux grévistes, selon l’amendement Lamassoure de 1987. Ici il y a donc une grosse économie pour l’Etat. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une retenue d’une journée entière de travail, mais d’1/30ème du salaire, soit 100 euros environ en moyenne par gréviste. S’il y a eu 100 000 grévistes aujourd’hui dans toute la France, cela a permis à l’Etat d’économiser 10 millions d’euros.
Mais il y a également des coûts pour l’État et les collectivités locales, ce que l’on peut constater en allant au début et à la fin du cortège qui s’ébranle. Au début, des policiers ouvrent le passage, à la fin, des cars de CRS le ferment, et la maréchaussée nettoie ce qui doit l’être. Coût estimé ? Combien coûte une dizaine de cars de CRS pleins, des dizaines d’employés de la maréchaussée, le tout pendant les 3 ou 4 heures que dure la manifestation ? Difficile à estimer, mais en partant du principe que le salaire moyen de ces gens est également de 100 euros par jour, et qu’il y en a environ 100 fois moins que de manifestants, on arrive à environ 10 000 euros.
Coût pour la circulation
La manifestation à Paris allait de Luxembourg, puis prenait le boulevard Saint Michel, le boulevard Saint Germain, le pont de Sully, le boulevard Henri IV, pour finir à la Bastille. Sur tout ce chemin, sur environ 3 kms, toutes les intersections furent bloguées pendant toute la durée du passage du cortège, soit environ 1/2h. En pleine journée, ce sont les ambulances, les pompiers, les livreurs, les commerciaux, et bien d’autres automobilistes qui ont dû prendre leur mal en patience. Combien d’heures ont-elles été perdues en tout ? Impossible à chiffrer. Mais certainement plusieurs dizaines voire centaines de milliers sur toute la France. Sans parler des femmes qui ont peut-être dû accoucher dans l’ambulance à cause de cette grève, des morts qui ont peut-être succombé dans les flammes parce que les pompiers ont eu du retard sur leur trajet, ou enfin des crimes et des délits qui n’ont pu être empêchés parce que la police a trop tardé à venir sur les lieux.
Pour résumer, le droit de grève c’est bien, mais pour ce que ça change, c’est-à -dire pas grand chose (on l’a bien vu pour les manifestations sur les retraites l’an dernier), on se demande bien pourquoi nos amis fonctionnaires en usent encore.
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Bonjour
D’accord, une journée de grève par ci par là , cela ne sert à rien. La haut autour du roi on s’en balance royalement.
Par contre, tenter d’estimer ce que cela coûte aux pays…. là je trouve cela sans intérêt. Selon le point de vue dont on se place en supposant que cela coute… on pourrait même dire que cela fait gonfler le PIB… c’est dire comme ce raisonnement me parait inutile.
Les vrais questions que vous effleurez sont :
Pourquoi en faisant des grèves, des manifestations il y a un an et demi le peuple n’a pas pu faire bouger la ligne du gouvernement ?
Pourquoi, les journées de grèves n’ont plus d’impacte sur les décisions ?
La voie du peuples ne compte plus ? Non elle ne compte plus, nous ne sommes pas en démocratie.
Qui dicte la politique économique du pays ? L’UE, les agences de notations et les banquiers impose leur dictat.
Bref pourquoi sommes nous aussi impuissant ?
Je pense avoir la réponse. Nous avons perdu le contrôle totale de la création monétaire qui nous rend dépendant des marchés financiés et nous n’avons jamais été en démocratie avec le peuple au pouvoirs.
Voilà , j’aime raccrocher un sujet à des questions de fond.
Le symbolisme c’est bien l’efficacité c’est mieux… Faire grève dans ce cas là est utile selon-moi mais voilà que abandonner l’action politique, les réflexions intelligentes, c’est infantile, les gens préfèrent ronchonner/supplier à ceux qui posent les lois plutôt que se bouger pour poser les lois, mais je confesse parler trop vite car je ne suis pas non-plus politiciens.
Je ne sais pas si on peut chiffrer ce que coûtent les CRS et autres policiers encadrant la manifestation car s’ils n’avaient pas été à cet endroit ce jour-là , ils auraient certainement été en poste ailleurs et auraient donc coûté exactement la même chose…
Pour finir, cette remarque ironique de Philippe Nemo au sujet de l’école :
“La preuve que la fonction sociale réelle de l’école est désormais celle d’une garderie est que c’est aux manquements de cette seule fonction que des « signaux sociaux » s’allument. On ne voit jamais les parents défiler dans la rue si le professeur de français fait une faute d’orthographe par ligne, ou si le professeur de mathématiques se perd dans ses équations (ce qui est courant aujourd’hui). En revanche si, un seul matin, un gardien, absent, pour quelque raison que ce soit, manque devant une classe, ou si les professeurs sont en grève, ou si l’on menace de fermer une classe dans une agglomération qui se dépeuple, tous événements qui empêchent les parents d’aller travailler en paix, c’est alors que la société réagit brutalement et que l’institution scolaire est sommée de se justifier. A midi, les parents occupent l’école. Le recteur doit s’expliquer l’après-midi devant la télévision régionale, et le ministre au journal de 20h.”
http://www.catallaxia.org/wiki/Philippe_Nemo:Une_trop_longue_erreur
@Kuota
ah parce que pour vous une minorité qui défile dans la rue c’est la démocratie ?
@Félix
Philippe Némo dit la même chose dans son livre “La France aveuglée par le socialisme” (page 37). Il y affirme notamment que les grèves gênent tous les acteurs de la vie économique. Le cas des transports en commun est évident, mais celui de l’école est tout aussi intuitif finalement. Les femmes étant aujourd’hui une immense majorité à travailler, elles ont besoin de l’école pour garder leurs enfants. Celle-ci a donc changé de statut et c’est justement grâce à ce nouveau rôle qu’elle ne se fait pas attaquer trop violemment. Mais une grève constitue clairement un manquement à cette dernière utilité qu’elle avait, ce qui est impardonnable car l’école ne sert du tout plus à rien.
@Kuota
“Pourquoi en faisant des grèves, des manifestations il y a un an et demi le peuple n’a pas pu faire bouger la ligne du gouvernement ?
Pourquoi, les journées de grèves n’ont plus d’impacte sur les décisions ?
La voie du peuples ne compte plus ? Non elle ne compte plus, nous ne sommes pas en démocratie.
Qui dicte la politique économique du pays ? L’UE, les agences de notations et les banquiers impose leur dictat.”
Toujours pour reprendre les idées de Philippe Némo, celui-ci affirme dans le même livre précité que la France est gouvernée par une double oligarchie. D’un côté les hauts fonctionnaires non élus démocratiquement, qui doivent leur poste à de grandes études (sans pour autant incarner la méritocratie républicaine car les élèves des grandes écoles comme l’ENA sont issus de familles ayant déjà un pied dans l’appareil étatique) et des connaissances. Quand bien même ils seraient très talentueux, ils n’ont jamais été élus par le peuple pour le représenter, ne lui rendent aucun compte, et peuvent donc agir de manière totalement opaque.
Voilà pour la partie invisible. La deuxième partie de l’oligarchie est constituée des syndicats et est son total opposé dans la forme, comme une sorte d’antiparticule : Elle est visible, bruyante, populaire (dans la forme, dans les faits c’est un petit groupe ultra politisé qui décide des lignes directives), c’est-à -dire qu’elle descend dans la rue et se fait le porte parole de la nation.
Selon Philippe Némo, elle est la suite logique du vide démocratique laissé par la première constituante de l’oligarchie. La voie parlementaire se révélant vaine, il a fallu mettre en place des moyens de pression frôlant l’illégalité. L’histoire nous montre que cette solution a souvent été payante, notamment grâce au relais fait par les médias. Il s’est ainsi peu à peu diffusé l’idée que la violence était justifiable si elle était utilisée pour le “bien du peuple”. C’est ainsi qu’on a pu voir des saccages d’usine et des séquestrations de directeurs d’entreprises. Les auteurs ont encourus des peines minables, se limitant au sursis (tout en déclarant dans les médias que le système était fasciste car eux étaient punis alors que les grands groupes financiers – lesquels? – volaient les gens et étaient impunis).
Vous me répondrez, quel est le problème ? Le peuple a trouvé un orateur pour le représenter. Que nenni. Je cite Némo : “Pour accéder à ce nouveau type d’influence, il faut avoir certains traits moraux et sociologiques bien typés que seuls certains groupe possèdent. Il faut oser mépriser la loi, tenir pour quantité négligeable les droits, la propriété et la liberté d’autrui. [...] Seuls peuvent se livrer à de telles transgressions les gens qui se croient dépositaires d’une vérité messianique qu’ils sont décidés à imposer à la majorité alors qu’ils ne sont qu’un groupe ultra minoritaire et qu’ils le savent.”
Au final, une petite partie du peuple a pris le pouvoir, et le pire qui soit, car il s’agit du pouvoir de l’image. En effet, il est facile de crier “Virez les tous”, en s’en prenant aux politiques qui n’écoutent plus le peuple. Tout le monde sera peu ou prou de cet avis, ça ne coûte rien et on passera pour l’ami du peuple. Par contre, il est impossible de s’en prendre aux syndicats et manifestants, qui soit disant sont le plus digne et direct représentant du peuple, sans se faire traiter de fasciste.
Parallèlement, le peuple, le vrai, celui qui est silencieux et incapable d’utiliser des moyens violents pour se faire entendre (par principe, morale, ou juste manque de temps), est complètement écarté du débat. En légitimant la violence, on rend invisible tous ceux qui ne l’utilisent pas, ceux qui comptent sur leur bulletin de vote.
“Un jour de grève n’est pas payé aux grévistes, selon l’amendement Lamassoure de 1987.”
En théorie c’est vrai, en pratique ce n’est pas toujours le cas… J’ai été témoin direct de grèves pendant lesquelles l’administration a été tenue de payer les enseignants; consignes qui venaient généralement du ministère. Il faut savoir aussi qu’à la fin des grèves, lorsqu’il y a des accords avec les syndicats, le paiement des jours non travaillés fait partie des négociations.
” @Kuota
ah parce que pour vous une minorité qui défile dans la rue c’est la démocratie ? ”
Suis je le seul à trouver cette phrase absurde ?
Genre, c’est possible d’avoir une majorité qui s’exprime dans la rue ?
A la limite, qu’on dise que le résultat ça n’est qu’un peu de tumulte sans réel effet, pourquoi pas. Mais que vient faire la notion de minorité la dedans ?