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Décevant Pierre Carles

5 novembre 2010, 22:03 Auteur : Jean 0 commentaire

S’il fallait résumer d’un mot Fin de concession, le dernier film de Pierre Carles, ce serait celui-ci : frustation.
Pour la première fois, je suis sorti frustré de la projection d’un film de Pierre Carles. J’ai pourtant quasiment vu tous ses films, de Choron dernière à Pas vu pas pris en passant par Enfin pris !, Volem rien foutre al païs, La Sociologie est un sport de combat, etc. Chacun de ces films m’avaient plu, voire passionné pour certains. Je ne m’y étais pas ennuyé une et, je les ai d’ailleurs, pour la plupart, vus plusieurs fois. Ma frustration concernant Fin de concession n’est donc pas une critique de Pierre Carles ou de son travail, mais plutôt de ce qu’il est devenu.
Pierre Carles est devenu frustré lui aussi. C’est ce qui ressort clairement selon moi de ce dernier film (en date), car Pierre Carles est arrivé en fin de cycle. Il en est conscient et cela le rend triste, triste de n’avoir su se renouveler. Il nous ressert ici les mêmes plats que dans Pas vu pas pris. Hélas, ce qui était subversif et original il y a 15 ans est devenu convenu et ringard aujourd’hui. Telle la mouche qui s’entête à se taper la tête contre la vitre, Pierre Carles continue avec les mêmes méthodes, les mêmes personnalités, tout en se rendant compte que cela ne sert à rien.
C’est d’ailleurs la conclusion que je tire de ce film : on ne peut rien contre les médias, qu’on soit dans le système ou hors-système comme Pierre Carles. Ils sont tellement puissants qu’ils vous récupèreront tôt ou tard, comme Jean-Marie Cavada récupère de main de maître ce cher Pierre Carles dans son propre film. Tout ce que l’on peut faire, selon moi, c’est d’attendre que les gens ne les regardent plus, et pour cela il faut compter sur l’effet Internet et la qualité médiatique que nous pouvons y développer.

Quant à l’introspection de Pierre Carles, seul intérêt du film selon moi, elle devient vite insupportable. Ce qui fonctionnait à merveille dans Enfin pris ! ne marche plus. Ses propres amis, sa productrice, ou un cinéaste gauchiste, lui expliquent que son film n’a pas grand intérêt ? Il le diffuse quand même. Besoin d’argent ? De reconnaissance ? Difficile à dire, ou à comprendre.

Le seul progrès notable est la maîtrise du buzz qui a précédé le lancement du film. Carles a su distiller avec le grand talent des extraits piquants de son film (avec Montebourg, ou Mélenchon), dont se sont aussitôt emparés les télés et les magazines, ce qui lui a assuré une promotion importante et totalement gratuite, alors que ses précédents films avaient été largement ignorés par les grands médias (et pour cause). Cela dit, nous étions cinq dans la salle, l’une des deux seules salles de Paris à projeter le film.

Ce film ressemble à un suicide en règle, tant Pierre Carles y démontre combien son travail est devenu fade, répétitif, et sans réél impact, bon ou mauvais, sur ses cibles préférées. Au moins, quand il filme Bourdieu, il ne se regarde pas le nombril constamment comme dans Fin de concession. J’espère pour lui que ce film sera salutaire et que Carles renaîtra de ses cendres, car pour moi il est fini. Pierre Carles est mort, vive Pierre Carles !
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