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Des juifs dans la collaboration, de Maurice Rajsfus

31 août 2010, 16:12 Auteur : Jean 21 commentaires

Des juifs dans la collaboration est paru en 1980. L’auteur, le journaliste devenu historien Maurice Rajsfus, est né en 1928, de parents juifs polonais, morts en déportation à Auschwitz et Maurice Rajsfus fut lui-même raflé au Vel d’Hiv alors qu’il n’était qu’adolescent (il en réchappa par miracle). L’ouvrage est préfacé par Pierre Vidal-Naquet, historien connu notamment pour ses travaux sur le génocide juif et le négationnisme, qui apporte au livre son indispensable crédit. Le livre, épuisé, n’a été ni réédité ni réimprimé depuis sa sortie.

Des Juifs dans la Collaboration démontre notamment que de nombreux juifs ont participé activement à la déportation de leurs coreligionnaires pendant la guerre et rend caduque l’argument (dominant aujourd’hui) selon lequel l’État français est seul responsable de la déportation des juifs. Cette distinction entre d’un côté les juifs de France, et de l’autre l’Etat français (donc les Français non-juifs), distinction créée par Jacques Chirac le 16 juillet 1995 au Vel d’Hiv, n’a donc pas lieu d’être. Elle se révèle être ce qu’elle est : une nouvelle discrimination raciale, 50 ans après les faits, dans ce même Vélodrome d’Hiver. Avec, faut-il l’ajouter, l’assentiment officiel des représentants de la communauté juive, comme en 1942.

Aussi insupportable que cela puisse paraître, l’UGIF,  ancêtre du CRIF (les juifs de France n’étaient pas représentés à l’échelon national auparavant), mis en place par Pétain et les nazis (l’UGIF était en relation directe avec la Gestapo), aida à constituer des listes de juifs à rafler et à déporter. Maurice Rajsfus témoigne autant qu’il relate les faits. Dans la préface, Pierre Vidal-Naquet explique très clairement  que c’est parce qu’aucun historien (lui le premier) n’a voulu réaliser ce travail  qu’un journaliste l’a entrepris.

Le livre, qui propose une somme impressionnante de documents d’archives, de témoignages et d’analyses, n’a jamais été réédité depuis 1980. Il n’a jamais été débattu dans les médias, par les politiques ou par la communauté juive. Et depuis qu’une bombe a explosé chez l’éditeur, EDI, l’auteur n’a plus jamais parlé de ce livre.

Seuls quelques exemplaires sont encore disponibles à l’achat. J’ai dû débourser la modique somme de 67 euros (plus de 400 francs) pour acquérir cet exemplaire. Cette situation est-elle normale pour un livre d’une telle valeur historique ? Notons par ailleurs qu’au moins deux autres livres sont sortis depuis sur la question, l’un en France en 2003, l’autre aux USA en 1987 (le New York Times en a fait état). Aucun média français n’a jugé utile de chroniquer ces deux publications.

Maurice Rajsfus développe dans son livre une analyse marxiste : à ses yeux, ce sont des juifs bourgeois qui ont aidé à faire déporter des juifs pauvres. La plupart des membres de l’UGIF, pour ne pas dire la quasi-totalité, étaient en effet des notables. Son analyse ne résiste cependant pas aux faits, car de nombreux notables juifs ont également été déportés. Sans doute Rajsfus cherchait-il à éviter toute accusation en antisémitisme, même si ce marxisme dogmatique pouvait aussi correspondre à son idéologie (et, dans une large mesure, à celle de Vidal-Naquet). En fait, la distinction est plutôt à faire entre juifs français et juifs étrangers, les responsables de l’UGIF étant tous français et ayant sacrifié les juifs étrangers pour protéger les juifs français.

Ce livre lève le véritable tabou qui pèse sur la participation des organisations juives de France à la déportation. L’Histoire n’a pas d’idéologie. Elle se doit d’être une science au service de la vérité, et non une vérité d’État au service d’une dictature intellectuelle. Ce tabou devrait être levé, et ne peut être levé que par les premiers concernés, à savoir le CRIF. Le CRIF compte en effet dans ses rangs, au plus haut niveau depuis de nombreuses années, et encore aujourd’hui, une personnalité qui avait accepté la carte de l’UGIF pour être couvert par cette institution (qu’il réprouvait par ailleurs). Il s’agit d’Henri Bulawko, successivement membre du comité directeur du CRIF, puis vice-président du CRIF et enfin président d’honneur du CRIF.

François Mitterrand a reçu la francisque des mains même de Pétain, un fait qui lui a été reproché quand l’information a été rendue publique par Pierre Péan. Dans le même temps, il n’y eut aucune polémique vis-à-vis de M. Bulawko, ni vis-à-vis du CRIF qui préfère mettre en avant sa création en 1943 par des groupes de résistants juifs, ce qui est tout à fait vrai aussi. Il y eut des activités de résistance au sein même de l’UGIF, de même qu’il y en avait à Vichy. Cela n’empêche pas une organisation juive comme Akadem d’écrire ceci : “On peut cependant reprocher [aux dirigeants de l'UGIF] un aveuglement quant à la réalité de la Shoah et de n’avoir pas appelé les Juifs à se défendre et à se cacher. La plus grande tâche de l’histoire de l’Union est constituée par les maisons d’enfants qui n’ont pas été dispersées à temps, et qui ont été raflées en juillet 1944.”

M. Bulawko a pu gravir tous les échelons du CRIF, jusqu’à en devenir le président d’honneur, alors qu’il avait accepté la carte d’un organisme qui a aidé à identifier puis à déporter les juifs de France, sans que cela ne dérange personne, ni au CRIF, ni dans les médias, ni parmi les politiques. Sous l’impulsion de François Mitterrand, ceux-ci ont préféré accepter de participer, année après année, au dîner annuel du CRIF.

Pourquoi la France a-t-elle dû autant se repentir devant les représentants de la communauté juive, alors que les anciens membres de l’UGIF  (qui, rappelons-le, cherchaient à éviter d’être déporté) n’ont jamais eu à répondre devant aucune autorité, ni judiciaire, ni politique, et encore moins médiatique ou communautaire ? “Après la Libération, l’affaire sera étouffée et le procès public évité. Un jury d’honneur sera pourtant constitué, mais il se réunira à huis clos et ses conclusions ne seront jamais connues.” peut-on lire sur la 4e de couverture du livre de Maurice Rajsfus. Ajoutons que ce jury était présidé par Léon Meiss, président du CRIF.

Le tabou est donc profondément ancré.  Mais loin de permettre de mieux lutter contre l’antisémitisme, il ne fait que l’alimenter.

21 commentaires

  1. Nicolas dit :

    Ah c’est le livre que Soral pense t’avoir volé :)

  2. Jean dit :

    pense ? pourquoi pense ? il me l’a volé oui, et il refuse toujours de me le rendre cet empafé.

  3. Nicolas dit :

    ah oui pardon je pensais que c’était le livre avec l’histoire d’Abraham Drucker qu’il t’avait volé, et non pas celui de Rasjfus.

  4. Jean dit :

    Soral n’a rien compris et rien lu : l’histoire d’Abraham Drucker n’est pas dans ce livre-là de Drasjfus, mais dans un autre ;)

  5. Nicolas dit :

    oui oui, je me souviens maintenant qu’il avait confondu les 2 livres dans l’entretien avec Franck Abed. Apparemment c’est contagieux :)

  6. Jean dit :

    il faut dire que tu es quelqu’un d’extrêmement influençable ;)

  7. coco dit :

    On nous aurait menti alors !!!

    En bibliothèque:

    2 exemplaire(s)

    Site Section Cote Disponibilité
    75003 – Marguerite Audoux Judaica HJ 940.53 RAJ

    En rayon
    Réserve centrale Adultes 944.081 RAJ En rayon

  8. Jean dit :

    merci, personnellement je préfèrerais qu’Alain Soral me rende l’exemplaire que je lui ai prêté.

  9. dolmen dit :

    je lis souvent que jean robin est accusé de sioniste, il l’est peut-être, mais pourquoi pas après tout, je ne trouve cela pas infamant.Mais quand même, parlez d’un tel livre et le faire connaître n’est pas une mince affaire compte tenu du sujet. Si sioniste, alors courageux et lucide.

  10. Michel dit :

    Bonjour,
    Je lis longtemps après sa publication (une année) votre article.
    L’article est bien mal informé.
    Comme petit-fils de déportées à Auschwitz, je peux vous dire que mon père juif avait une carte de l’UGIF. Comme juif, pendant la guerre, il était obligé d’y adhérer et chaque année il a été obligé de payer son adhésion comme en témoigne sa carte de l’UGIF consultable aux archives du Mémorial de la Shoah à Paris. Il n’a pas été déporté pour autant. Mais c’est grâce à l’UGIF, qui avait une fonction humanitaire, qu’il a pu envoyer des colis à sa mère à Drancy, et à sa tante, avant leur déportation à Auschwitz.
    Il est faux de prétendre, comme vous le faites, qu’il y aurait une symétrie entre le gouvernement de Pétain et les Juifs de l’UGIF. En réalité, les Juifs de l’UGIF étaient les persécutés, le gouvernement de Pétain le persécuteur. Vous vous trompez.
    Le problème posé par Maurice Rajfus, qui était artisan joaillier dans sa jeunesse durant la guerre, pose très mal le problème de l’UGIF. Annette Wieviorka a dit tout ce qu’il y avait à dire au sujet des Juifs de l’UGIF. Les autorités allemandes n’avaient absolument pas besoin de l’UGIF pour faire des listes de Juifs étant donné que c’est la police française du gouvernement de Pétain qui les a faites et qui les détenait. C’est à partir de ces listes que les Juifs furent arrêtés et déportés. L’UGIF n’a rien à voir là-dedans. L’UGIF n’était pas du tout l’équivalent des Judenrat en Pologne. C’est la grande erreur d’appréciation de Maurice Rajfus, qui n’est pas un historien professionnel.

  11. Jean dit :

    @Michel
    merci pour votre commentaire, hélas pour vous son livre est préfacé par Pierre Vidal-Naquet, historien professionnel et reconnu de tous les historiens, qui tresse des lauriers à Rajsfus dans sa préface.

  12. Jean dit :

    @dolmen
    j’ai écrit dans Actualité juive un article entier pour expliquer en quoi je ne me sentais pas sioniste.

  13. Michel dit :

    Cher Jean,
    L’argumentation d’autorité est de peu de valeur ! Vous ignorez ce qu’en dit Annette Wieviorka, qui est la grande spécialiste de ces problèmes au sein de la Shoah, qui, elle, argumente. Pas Vidal-Naquet, pour lequel j’ai par ailleurs le plus respect comme historien.

  14. Emmanuel Bussien dit :

    Il prévoit de te le rendre soral ?

    Je vais me renseignez si le livre est dispo dans ma zone, je n’en avais jamais eu vent. Merci!

  15. mejdi dit :

    bonjour jean pourriez vous me dire dans quel livre de maurice rajsfus site t-il abraham drucker je vous en remercie d’avance.

  16. Cette collaboration peut se symboliser en Europe centrale et de l’Est par un mot : JUDENRÄTE !
    (lire l’ouvrage “Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal” de Hannah Arendt)

    UGIF, judenräte à la française ?

  17. lionel dit :

    @ Mejdi

    p.339, sont évoqués les « deux médecins dont le rôle avait été d’accompagner les nazis à Nice et de faire se déculotter les hommes sous les portes cochères pour voir s’ils étaient juifs ou pas » Quant à l’identité de ces deux médecins, il est renvoyé à une note disant : « Les noms de ces deux médecins sont connus mais il n’est pas possible de les publier ici« . (On voit là le courage du trotskiste Rajfus, qui fait preuve de pudeur pour ces deux médecins alors que dans ce même ouvrage, il n’hésite pas à balancer le nom d’autres juifs, qui ont pourtant collaboré de façon moins grave avec les nazis, mais qui eux ne sont pas connus et n’ont pas de relais pour être défendus).

  18. Borowic dit :

    Le livre est téléchargeable sur Megaupload

  19. Borowic dit :

    @lionel

    vous avez raison mais alors? d ou vient la rumeur que l un d eux pouvait être Abraham Drucker?

    Quant a savoir de Maurice Rajsfus ou Annette Wieviorka lequel a raison il ne suffit pas de dire que tel est un historien professionnel et tel ne l est pas. Il faut aussi regarder les mobiles, les circonstances et le contexte…. MR a vecu les évènements AW avait 20 ans en 1968, elle a commencée a écrire au moment même ou la parole concernant les Juifs a commence a être enfermée…..

    Dans toutes les sociétés et de tous temps des peuples asservis par un occupant se sont divises entre une minorité de collaborateurs et la masse des victimes y compris les Juifs sous l occupation romaine…..

  20. rené dit :

    Ceci me fait penser à la traite des nègres. Celle-ci n’a pu être organisée qu’avec l’aide de dirigeants noirs!

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