Voici un article d’Eowyn, une souscriptrice qui est opposé sur le fond à celui que nous venons de publier, ce qui permettra à chacun de se faire sa propre opinion.
Le mardi 31 mai, échange musclé sur la pédophilie sur France 3 à l’émission Ce soir ou jamais. L’avocat Thierry Levy, très remonté, se plaignit du manque de tolérance sur le sujet ; il fut plus d’une fois à deux doigts de trouver des beautés à cette forme de sexualité, n’évitant de tomber dans la justification que par un certain talent pour ne pas finir certaines phrases. En face, il trouva à qui parler. La cinéaste Cristina Comencini et le journaliste Jacques de Guillebon, très remontés également, lui apportèrent la contradiction avec énergie, refusant que l’on confonde la pédophilie avec une supposée sexualité enfantine. Ce fut un grand moment de télé, mettant aux prises, de chaque côté, de véritables combattants du verbe. Leurs joutes sans concession, dont on trouvera plus loin quelques extraits pris sur RuTube (visionner ici), sont fort distrayantes sur la forme. Elles posent aussi un problème de fond, pour les militants de la liberté d’expression que nous sommes ; c’est celui de savoir si nous sommes tenus de perdre tout esprit critique dès lors qu’un locuteur se prévaut de la défense de cette liberté.
Car enfin, Maître Levy se donne ici le beau rôle de façon un peu indûe. L’auditeur critique, aussi attaché soit-il à la liberté d’expression, est en droit de remarquer trois choses.
Premièrement, il y a quelque abus à se plaindre d’être censuré alors même qu’on occupe le plateau de France 3. Maître Lévy, très présent dans les médias, n’est pas une victime de la censure.
Deuxièmement, et aussi attaché que l’on soit à la liberté d’expression, nous sommes en droit de choisir les termes dans lesquels nous souhaitons la défendre, et nous sommes en droit de ne pas user toujours des mêmes termes. Il y a des personnes  dont nous trouvons le combat légitime, et que nous soutenons autant pour le contenu de ce combat que pour le principe de la liberté d’expression. Et il y a des personnes  dont le discours nous choque, même si nous pensons que la censure n’est pas une réponse appropriée. Et je dois dire que les propos de Maître Lévy m’ont choquée. Je les ai trouvés hypocrites. Il parlait de la pédophilie comme d’une forme de sexualité parmi d’autres, oubliant cet élément essentiel : l’enfant n’est pas en mesure de donner un consentement valable, ou, ce qui revient au même, il n’est pas en mesure de le refuser. La pédophilie est un viol. La question posée par ce débat est donc : est-il légitime de défendre la liberté d’expression de violeurs d’enfants et de ceux qui en parlent avec complaisance ? Liberté qui n’était d’ailleurs pas attaquée. Personne ne proposa de faire un autodafé des livres de Gide, et Maître Lévy put s’exprimer fort librement. Alors, où est la censure ? Où est l’intolérance ? Maître Lévy occupa largement l’espace, taillant et tranchant de tout. Mais le camp d’en face ne se gêna pas pour lui répondre vertement. Et il en avait le droit. La liberté d’expression n’inclut pas le droit de proférer des énormités sans subir la contradiction des auditeurs.
Troisièmement, en matière de pédophilie, la demande de liberté d’expression est souvent indissociable d’une demande plus large d’impunité judiciaire ou d’indulgence politique . Par exemple : si un pédophile ne s’amuse pas à s’exprimer sur ses passages à l’acte, c’est parce qu’en faisant de tels aveux, il risquerait une sanction pénale, non pour ses débordements de langage, mais pour ses délits sexuels. Derrière la revendication de liberté d’expression, peut donc se cacher une demande d’impunité. De même, si un politique peut parler librement de ses frasques sexuelles avec des mineurs, cela suppose qu’il s’attende à une certaine indulgence. La liberté de s’exprimer est ici indissociable de l’espoir de recevoir une certaine approbation, ou en tous cas une compréhension suffisante de la part de ceux qui tiennent en mains sa carrière.
Existe-t-il, en matière de pédophilie, une possibilité de liberté d’expression “à l’état pur”, c’est-à -dire qui ne cache pas une demande d’impunité ? Certes, on peut imaginer des cas particuliers : la pédophilie peut être le sujet d’une Å“uvre de pure fiction ; ou encore un pédophile pourrait s’exprimer au soir de sa vie, à un moment où la prescription judiciaire serait acquise. Dans de tels cas, la question de leur liberté d’expression se présente “à l’état pur”. Mais de tels cas sont rares.
Lors de cette soirée télé, la liberté d’expression fut donc exercée de part et d’autre, et nous ne nous en plaindrons pas. S’il y a des gens, parmi les classes privilégiées, prêts à justifier les pires perversions, nous préférons le savoir que l’ignorer. Et nous sommes ravie qu’il se soit trouvé du monde en face pour leur administrer une volée de bois vert. La liberté d’expression, ça marche dans les deux sens !
Voici donc quelques extraits, mais ils ne rendent pas pleinement justice à l’ambiance de l’émission, qui tint beaucoup au ton employé par les protagonistes : Maître Lévy, se croyant seul propriétaire de la liberté d’expression, ne cessa de monter sur ses grands chevaux et prendre un ton d’avocat de la Rome antique drapé dans sa toge. En face, Comencini le mouche, rigole, lui tend des pièges, se paie sa tête. Il ne comprend pas qu’il se ridiculise par son indignation mal placée, et s’enfonce encore plus, augmentant ses trémolos pendant que Comencini l’y pousse habilement.
Dans les extraits qui suivent, on remarquera que c’est Lévy qui essaie de censurer Comencini. Il commence par mettre à son service l’autorité d’André Gide :
Thierry Levy :
“André Gide aurait été en désaccord total avec tout ce que vous dites.”
Comencini :
“Cela, je m’en fous complètement.”
Thierry Levy :
“Il y a une tolérance chez André Gide …”
Comencini :
“Moi, je parle d’enfants, je parle de mineurs.”
Ici, Levy la coupe ; il reprend le début de sa phrase pour la finir autrement, sur un ton de professeur corrigeant une élève qui aurait dit une énormité :
Lévy :
“Moi, je parle de tolérance en général ; la tolérance est quelque chose qui est en train de disparaître complètement … Vous parlez de la beauté du monde, et de la beauté du sexe. Mais, concrètement, en actes, que faites vous sinon brandir sans cesse le bâton de la morale ?”
Comencini (elle se glisse excellemment dans le rôle de l’élève réprimandé et pas honteux pour autant, et rigole) :
“La beauté du sexe sur les enfants ? Écoutez je pensais que le débat était très aguerri en Italie mais je m’aperçois qu’en France …”
Levy
(ton professoral) :
“Je vous en prie …”
(Ton indigné, comme s’il dénonçait le scandale du siècle) :
“Le sexe avec les enfants je vous en prie …c’est un sujet que personne n’ose plus aborder aujourd’hui ; plus personne n’ose parler de la sexualité des enfants.”
Ici, il assimile hypocritement la pédophilie à de la sexualité enfantine et se heurte à une Comencini qui fait semblant de n’avoir pas remarqué cet abus de langage, et de prendre ces derniers mots à la lettre.
Comencini (faussement naïve) :
“Mais il n’a pas parlé de ça ; j’ai pas entendu ; c’était sur les jeunes ?”
Levy :
“Il y a une espèce de chape de plomb qui tombe comme ça … qui tombe de boucles blondes sur l’ensemble de la société … qui vient interdire tous les comportements un peu différents, un peu anormaux … et chaque fois on en revient à la pédophilie qui devient un sujet complètement interdit ; vous ne pouvez plus dire un mot sur la pédophilie …”
Comencini (à nouveau faussement naïve)
“Pourquoi ? Il faut en parler, moi, je pense qu’il faut en parler.”
(Ici, prend place un réjouissant échange de sous-entendus et de non-dits. Il se plaint qu’on ne puisse pas parler de la pédophilie, et n’ose pas ajouter expressément : pour la défendre. Elle répond que si si si on peut en parler, mais bien sur, elle sous-entend : pour la condamner).
En réalité, c’est Lévy qui tente de censurer Comencini (tâche au-dessus de ses forces) à coup de “Je vous en prie …” et de manières de professeur. Elle le fait remarquer :
Comencini :
“Vous avez un système de parler qui est très autoritaire.”
Il assume comme en se drapant dans sa toge :
Lévy :
“Mon système de parler est au service de la liberté qui en a grand besoin”
Comencini :
“Cela, c’est vous qui le dites.”
Jacques de Guillebon vient en soutient de Comencini ; il dénonce la pédophilie comme système de domination rappelant l’Ancien régime et avoue une “envie de comités de salut public quand on voit ça.”
Quitte à s’exprimer librement, autant que ce soit dit.
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Vous avez tout à fait raison de souligner que Maître Thierry Lévy ne s’est pas grandi – loin de là – par son ton comminatoire, plus proche d’un Fouquier Tinville que d’un avocat digne de ce nom…
Il faut également souligner que Jean-Didier Vincent a soutenu Thierry Lévy lors de l’émission. Je ne sais pas si c’est un hasard d’avoir eu sur le même plateau deux personnalités complaisantes à l’égard de la pédophilie, ou si cette attitude est plus répandue qu’on ne le croit chez nos élites…
Chose pour le moins troublante : la vidéo de l’extrait a été postée sur RuTube après avoir été censurée sur Dailymotion, comme l’indique son auteur sur l’article en lien ci-dessous (et alors qu’il a pu y poster un autre extrait de l’émission sans problème).
http://www.agoravox.tv/actualites/societe/article/naufrage-intellectuel-2-30457
Dernière remarque : pour le troisième argument, on peut imaginer un autre cas de figure où quelqu’un ferait l’apologie de la pédophilie tout en se défendant de la pratiquer parce qu’il est légaliste et/ou sait “se retenir”. Il est vrai que ce cas de figure est sans doute rare également.
Hélas, cela semble habituel chez ce personnage…
Quand j’ai vu ça à la télé je me suis tout de suite étonné de voir que Lévy prenait ça personnellement, je me suis dis “mais pourquoi il réagit comme ça ? personne n’a parlé de lui, il répond comme si on l’accusait lui personnellement”. Dans cet extrait il réagit de manière très virulente à des accusations qui ne le concernent pourtant pas, il se sent étonnamment attaqué personnellement. Sa réaction à tout de celle d’un homme qui essaie de se défendre de quelque chose, de s’excuser de quelque chose, de se justifier. C’est assez étrange.
Bien évidemment ce que je dis là n’est pas une accusation à son encontre, je ne sais pas s’il est attiré par les enfants, je n’en sais strictement rien, mais sa réaction violente entièrement sur le mode de la défensive, alors qu’a priori ça ne le concerne pas, ça m’a vraiment étonné.
Je n’en ai pas cru mes yeux quand j’ai regardé l’émission. Je croyais être le seul à penser cela. Je suis heureux de trouver votre article, qui distingue bien ce que l’imposture du pedo-criminel peut avoir d’universelle : son double-langage, lui-même très “pédophile” en soi puisque d’un côté on prétend protéger et défendre et servir, comme un tuteur responsable, et de l’autre on profite de cette occasion non pas pour faire autre chose mais pour faire exactement le contraire (on écrase on viole on renie mais au nom du premier principe évoqué).
L’intervenant Jacques de Guillebon parla de l’attitude de l’Ancien Régime vis à vis des Français, et hélas je veux aussi dire que les droits de l’homme en France fonctionnent selon le même schéma de “pédophilie” , où quelqu’un ou quelque chose sensé vous protéger vous vend en réalité, et le fait au nom de ces principes qui lui assure l’impunité aux yeux de la logique, comme baptiser la déclaration des droits de l’homme .. dans le sang de ses contradicteurs : dès ce jour funeste pour l’esprit, la Terre peut bien devenir plate car commetn contredire ? Il en alla de même avec la guerre de quatorze-dix-huit, où l’on a précipité les gens dans un désastre tout en les censurant. Ou encore aujourd’hui avec ces idées d’immigration-de-masse et de substitution dont il ne faut surtout pas parler ni contredire alors que les responsables sont justement aux commandes pour faire l’inverse.
C’est cela le ravage du “principe pédophile” : non seulement vous êtes abusé mais, en plus, vous l’êtes .. par la personne dont la fonction est de vous protéger des abus, ce qui est 1000 fois pire que d’être agressé par un tiers anonyme !
Il y a clairement un besoin, non pas d’inversion de l’inversion, mais de rétablissement de la vraie norme, dans ce pays !