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Echec et mat : Tristan Edern Vaquette vs Thomas Zlowodzki sur liberté-sécurité

25 septembre 2011, 21:33 Auteur : Jean 20 commentaires

Thomas Zlowodzki est président de Liberté et République, responsable UMP de Sainte-Geneviève-des-Bois (91). Il a depuis rejoint le Parti Libéral Démocrate début 2012. Il débat du sujet “Jusqu’à quel point la sécurité est-elle compatible avec la liberté?” avec Tristan-Edern Vaquette, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure, artiste-performer, trash-intello, musicien et écrivain (sa dernière oeuvre est Crevez tous). 1h44 d’un débat de haute volée entre deux esprits fins, non manichéens, comme on les aime à Enquête & Débat. Qu’on penche plutôt d’un côté ou de l’autre, une chose est sûre, après ce débat, on est moins bête et mieux informé sur le sujet.
http://www.dailymotion.com/videoxlap1a

20 commentaires

  1. murarmand dit :

    Je suis fier de faire parti des deux personnes qui ont regardé ce débat en entier. XD Je me suis absolument régalé !!! Il faudra réinviter ces deux intervenants, et surtout Tristant-Edern Vaquette dont la pensée est extrêmement bien structurée (normale sup oblige !), et qui est très intéressant puisque à rebours des lieux communs, comme il le précise au début de la vidéo.
    MILLE MERCI A E&D POUR CE DEBAT !!! On n’est pas près d’en voir un pareil à la télévision ! : )

  2. Alf dit :

    Vaquette devrait laisser parler un peu son interlocuteur,

    Cela dit il a une bonne capacité à identifier des concepts différents cachés sous un même mot.mais il manque la véritable différence entre responsabilité et sanction. La sanction est ce qui tombe quand on déroge à un règlement, elle ne dépend pas des conséquences mais de l’acte, la responsabilité consiste à indemniser les autres pour les dommages que l’on leur cause et non seulement une vigilance à l égard du risque.

    Notre société tend de plus en plus à remplacer la responsabilité par la sanction, c’est une cause majeure de la réduction de la liberté, une conséquence du positivisme en sciences humaine et du fond culturel qui va avec. Problème à régler côté éducation nationale…

  3. LearningFish dit :

    Le responsable de l’UMP s’est rendu compte qu’après 10 ans de Sarko “il y a un problème de délinquance” en France, et que “ce n’est pas fantasmatique”. Ce débat confirme à quel point il est difficile, déprimant, anesthésiant,… d’être UMP aujourd’hui, tellement le bilan sarkozyste est nul sur tous les points. Du coup, le débat paraît presque trop facile pour Vaquette. LF

  4. Georges dit :

    Il y a beaucoup de choses dans cette confrontation, c’est dense, hélas le fond du débat n’a été que partiellement abordé

    T.E.Vaquette est un personnage sympathique et il a pris la main sur le débat, sans doute de par son charisme. C’est dommage cependant de le voir réciter du catéchisme socialiste “l’insécurité est un fantasme” puis se contredire en affirmant ensuite que “ça a toujours existé”, alors c’est un fantasme qui a toujours existé ou alors ça a toujours existé donc ça existe actuellement ?

    La comparaison avec la guerre des boutons est très mauvaise, justement, dans la guerre des boutons, il n’y avait pas de crimes de sang, il n’y avait pas d’acharnements sur des handicapés ou des vieillards, or c’est ce qui a lieu dans nos rues, celles dont Tristan déplore qu’elles ne soient pas aussi joyeuses la nuit que celles de new york (et sans doute que celle de monaco et de saint tropez)

    C’est triste pour lui si il ne peut pas vivre la nuit américaine dans la France saccagée par les racailles. Quel égocentrisme, il pense qu’on va se mettre a pleurer ou quoi ? La France est constituées dans une écrasante majorité par des familles qui travaillent la journée pour nourrir leurs enfants, ils n’en ont rien a faire des revendications de Tristan Edern, ils ne sont pas dans le même univers et c’est bien la le problème

    Egocentrisme de Tristan Edern qui se manifeste aussi dans sa façon de relativiser l’insécurité : “moi je n’ai pas de problèmes” donc il n’y a pas de problèmes ? Puisque lui, 1m80, en pleine force de l’age avec des biscotaux bien apparents, n’a pas de problème, alors les mémés qui se font taper pour se faire prendre leur sac n’ont pas de problèmes non plus, elles n’ont qu’a se défendre elles aussi ? comment peut il être aussi réducteur, ou ignorant ! le fait est que les racailles s’en prennent aux handicapés, aux femmes seules, aux vieillards, aux chétifs, pas a des gros mastards comme lui ou comme moi du haut des mes 1m90 et de mes 110 kilos et avec ma carrure de deuxième ligne de mêlée je n’ai jamais été emmerdé dans la rue par quiconque, et ça prouve quoi ? que l’insécurité est un fantasme ? que mon cousin a rêvé lorsqu’il s’est pris un coup de couteau en sortant d’une pizzéria sans autre motif qu’un regard jugé mauvais ?

    La guerre des boutons n’allait pas jusqu’aux crimes de sang, et elle se limitait a des bandes. La situation que connait la France ou des bandes s’en prennent a des faibles dans la rue avant de s’en retourner impunément tout en vivant dans la même ville est absolument inédite dans l’histoire.

    Et puis si l’insécurité et les crimes ont toujours existé et existeront toujours, alors pourquoi a-t-on aboli la peine de mort ?

    Je finirai sur la citation de Benjamin Franklin sur la liberté : C’est tout a fait vrai que renoncer a de la liberté en échange de sécurité n’apporte ni l’un ni l’autre. Mais Franklin disait cela depuis les états unis : pays ou l’auto défense fait partie de la culture, ou l’on peut tirer a vue sur des cambrioleurs dans sa propriété, et ou la peine de mort n’a jamais été abolie : qu’on autorise un vieillard agressé par une racaille a le tuer d’un coup de pistolet sans risquer d’aller en prison et la je pourrai être d’accord avec Vaquette et prôner la liberté y compris celle de prendre des risques. Qu’on exécute les assassins et j’accepterai de ne pas faire justice moi même, mais actuellement la situation en France, c’est que le citoyen agressé et en danger de mort n’a pas le droit de se défendre, il doit appeler la police, qui viens ou pas, qui arrête l’agresseur ou pas, lequel passe devant des juges rouges ou pas, qui le relâchent ou le condamnent a une peine symbolique dans la plupart des cas, surtout si c’est un agresseur issu des “quartiers défavorisés” et face a tout ça le citoyen il n’a qu’a se taire, et se faire traiter de peureux par des gens comme Tristan Edern, il n’a même pas le droit de sortir un flingue comme au pays de Benjamin Franklin

    Voila ! et salut quand même a Tristan Edern qui reste un artiste iconoclaste de talent, défend ses opinions et ne triche pas, mais celon moi, Tomas Ziowodski ne l’a pas assez secoué au cours de ce débat.

  5. Jean-Pierre dit :

    C’est dommage que le son soit mauvais, il y a dès fois où j’ai vraiment eu du mal a comprendre clairement ce qui se disait.

  6. Kévin dit :

    @Jean-Pierre : Idem, l’usage des micros HF ne serait pas une mauvaise idée dans des salles comme celle-ci où l’acoustique n’est pas géniale.

  7. tiffanie dit :

    J’ai aussi regardé le débat dans son intégralité, je trouve Vaquette intéressant dans les analyses même si le débat était un peu confus selon moi.
    Sur le fond du sujet, je pense que l’intelligence et la moral humaine sont a développer pour luttez conte la petite délinquance, et il ne faut pas oublié que les gamins prenne en modèle les anciens…. Donc si leur grand frères leurs disent qu’ils sont rentré en prison pour vol de moto et que Chirac ou Bush n’on jamais fait leurs peines.. Ils vont se rendre compte que se pays est injuste et qu’ils sont du mauvais coté de la bannière…Sa aussi c’est a prendre en considération…(et pas qu’en France.) Le fameux deux poids deux mesures entraîne une injustice, une misse a l’écart, un rejet de la société qui est de plus en plus visible…

  8. Vaquette dit :

    Avec un rien de retard, je le concède, voici le titre du film dont je parle lors du débat, n’hésitez pas à vous y pencher, ça vaut le détour : “Très bien, merci” d’Emmanuelle Cuau.
    T-E. VAQUETTE

  9. Vaquette dit :

    Ah ! Et puis, tant que j’y suis, une dépêche AFP du 24/11/2011 qui illustre parfaitement le débat et qui répond de la plus ubuesque des façons à mon contradicteur :

    “Un homme de 36 ans a échappé de peu à la peine plancher d’un an de prison qui le menaçait et a été condamné aujourd’hui par le tribunal correctionnel de Lorient à 15 jours de prison ferme pour avoir volé deux biscuits et 0,89 euros dans des voitures.
    Ce Lorientais, placé sous curatelle mais qui était en état de récidive légale au moment des faits, a été condamné pour vol par effraction dans deux voitures. Le tribunal a cependant écarté l’application de la peine plancher d’un an de prison qui le menaçait.
    Il a finalement été condamné, comme l’a requis le ministère public, à 15 jours de prison ferme pour son larçin.”

    No comment…

    Vaquette

  10. Virgile dit :

    @ Vaquette :

    Extrait du Figaro de ce matin :

    “Un enfant meurt dans un lave-linge
    AP Mis à jour le 28/11/2011 à 11:27 | publié le 28/11/2011 à 11:21

    Un enfant de trois ans est décédé vendredi soir à son domicile de Germigny-l’Evêque après avoir été placé dans un lave-linge, a-t-on appris ce matin de source judiciaire et auprès de la gendarmerie. Son père a été mis en examen pour “meurtre aggravé”, sa mère pour “omission de porter secours”. Ils ont été placés en détention provisoire conformément aux réquisitions du parquet de Meaux (Seine-et-Marne).”

    ————–

    … Monsieur Vaquette, peut-être va-t-on voir fleurir, suite à cela, un nouvel alinéa sur les notices d’utilisation des lave-linges : “Ne pas mettre son enfant à l’intérieur”, ce qui aura le don de vous énerver, et moi de même, je vous rassure, mais au finale, qu’est-ce qui est à déplorer en l’occurrence :
    - le tout-sécuritaire ?
    - ou le fait qu’il y ait des bipèdes assez crétins pour mettre leur gosse dans un lave-linge ?

    Ce que je veux dire par là, c’est que le tout-sécuritaire est un nivellement par le bas : l’État prend en compte le fait qu’un certain nombre de nos concitoyens sont totalement stupides ; il doit donc prendre les devants et considérer le François moyen comme un débile en puissance. D’autant plus que nous nous sommes peu à peu ménagé un monde-nurserie dans lequel l’État prend TOUT en charge… et certains – dont vous faites partie, a priori – voudraient même que soit instituée une allocation universelle ! Est-ce là le monde “libertaire” que vous souhaitez ? Est-ce un projet propice à la responsabilité générale ? Ou n’êtes-vous pas, sur ce point, vous-même schizophrène ?

    Bien à vous.

  11. Jean dit :

    @Vaquette
    a-t-il effectué sa peine de prison ? La plupart des peines de prison de moins de 6 mois ne sont tout simplement pas effectuées. Quant à celles qui sont supérieures, elles sont généralement réduites de moitié pour bonne conduite.

  12. Vaquette dit :

    Ami-camarade Virgile (joli prénom),

    Je ne vois pas bien en quoi ton fait-divers possède la moindre portée politique. De la maltraitance sur des gosses, il y en a malheureusement aujourd’hui, il y en avait hier, il y en aura demain. Ce n’est pas une raison pour se résigner à cela, certes, mais ce n’est évidemment pas en modifiant les notices des appareils électroménagers (d’autant qu’il ne s’agit pas ici du tout d’un accident mais d’une « punition » délibérée) qu’on modifiera quoi que ce soit à cette regrettable réalité.
    A contrario d’ailleurs de ce que tu racontes, si ce fait-divers doit illustrer quelque chose, c’est que tu peux mettre tout le contrôle social et toute la chape de plomb de la société de la prudence que tu voudras (toi ou ceux qui nous gouvernent, je ne te fais pas de procès), il y aura toujours des barjots qui commettront ce genre de crimes. D’ailleurs, même si évidemment (!) je ne me réjouis pas de cet homicide, une société dans lequel le crime (et par delà toute déviance) n’existerait pas, ce serait une société totalitaire terrorisante, ça a été maintes fois traité dans les œuvres de science-fiction et ça fait froid dans le dos.

    Quant à la schizophrénie que tu me prêtes, je m’inscris absolument en faux. Je me méfie, sois en certain, tout autant de la mainmise de l’État (ou de tout autre forme de pouvoir) sur la sphère sécuritaire que sur toutes les autres sphères sociales, que ce soit celles de la pensée et de la culture ou bien celle de l’économie ou plus généralement des moyens de subsistance des citoyens. Mais cela n’est nullement antithétique, bien au contraire ! avec le principe de l’allocation universelle dont je crois que tu connais mal le principe et dont tu as, semble-t-il, une idée caricaturale.
    Ce n’est pas (du tout) une aide sociale conditionnelle supplémentaire qui s’ajouterait à l’arsenal déjà étendu en la matière (c’est même pas loin d’être le contraire), c’est une revenu offert à tous en début de mois qui s’additionne(rait) strictement (et donc sans les pervers effets de seuil ou de dissuasion « propres » à l’assistanat) aux revenus qu’on génère. C’est une philosophie radicalement novatrice destinée à remplacer, justement, l’ensemble des dispositifs d’aide sociale conditionnelle.
    Johnny Hallyday ou Nicolas Anelka, qui ne veulent pas payer leurs impôts en France, jouent dans des salles de spectacle ou des stades payés par la collectivité. Ils s’y rendent, eux comme leur équipe et leurs spectateurs, sur des routes payées par la collectivité. Et compte tenu de leur public, on peut imaginer sans peine qu’une partie de celui-ci fait appel à l’aide sociale pour payer leurs places. Appelle-t-on ça de l’assistanat et quel sens cela aurait-il de demander au producteur d’Hallyday ou à la FFF de construire des stades ou des routes (ou un réseau d’assainissement d’eau, ou de télécommunication, etc., tout ce qui est légitimement collectivisé) exclusivement pour 20 concerts ou 20 matchs par an ?
    De la même façon, j’habite dans un endroit totalement isolé perdu dans la campagne. Et pourtant la Poste passe tous les jours, les éboueurs une fois par semaine et la route qui mène à ma maison est régulièrement entretenue. Appelle-t-on ça de l’assistanat ?
    Hallyday ou Anelka peuvent pratiquer leur métier et générer beaucoup d’argent uniquement parce qu’ils l’exercent dans des pays suffisamment riches pour leur permettre de profiter d’infrastructures collectives développées et d’un public suffisamment aisé pour pouvoir s’offrir leurs prestations. Il est irresponsable (toujours la responsabilité, le cœur de ce débat…) de leur part de ne pas s’en rendre compte.
    C’est simplement ça l’esprit de l’allocation universelle, très simplement l’idée qu’une partie de la richesse collective appartient à tous, comme le Louvre ou les plages du littoral, produits de notre histoire et de notre géographie, appartiennent à tous, comme mes bouquins dans cent ans appartiendront à tous – charge à moi que cela apporte une quelconque valeur au pot commun… –, et qu’au même titre qu’on peut prétendre dans un pays comme la France à profiter de routes, d’hôpitaux, d’écoles, d’eau potable, etc., il n’est pas aberrant de penser que cette richesse collective puisse permette à chacun de commencer son mois sans crever de faim ni de froid. Et c’est simplement APRÈS que le « libéralisme philosophique », lui, est en droit de poser cette légitime question : « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en retour faire de cette liberté et de cette sécurité qu’on m’offre ? Comment vais-je contribuer pour ma part à la création de cette richesse collective (qui ne saurait être mesurée exclusivement à l’aune de sa monétarisation) ?
    L’esprit de l’allocation universelle, ce n’est ni cette vision réductrice du « libéralisme » qui ne serait qu’égoïsme et qui, s’il était véritablement appliqué, interdirait rapidement à Hallyday ou Anelka de gagner de l’argent par absence d’infrastructure collective et manque de moyens des spectateurs, ni l’assistanat tel que nous le connaissons aujourd’hui, qui, en créant des CONDITIONS pour obtenir de l’aide sociale, conduit psychologiquement et matériellement tout une partie de la population qui vit de ladite aide sociale à se conformer aux conditions en question afin de l’obtenir, disons, caricaturalement, ne rien faire de sa vie et venir quémander, soumis, quelques subsides à tel ou tel organisme.
    Dans un cas, la sécurité matérielle créé les conditions de la liberté et de la responsabilité (tu as une somme à la base, à toi de voir ce que tu veux en faire et par delà ce que tu veux faire de ta vie sans l’angoisse immédiate de savoir comment tu vas manger et te loger) et donc potentiellement de la création de richesse, dans l’autre on exige préalablement la soumission et l’aliénation afin d’obtenir ladite sécurité matérielle avec l’effet strictement contraire, la déresponsabilisation permanente (Bah ! c’est gratuit, j’ai qu’à en profiter ! et puis, quand il ne me restera plus rien, j’irai quémander autre part pour finir mon mois… et tant qu’on ne m’oblige pas à bosser, ben ! pas con ! je bosse pas…).
    C’est philosophiquement et très pratiquement à l’opposé l’un de l’autre et nous sommes bien là au cœur du débat que j’ai tenté de présenter dans cette vidéo : liberté et responsabilité vs soumission et culpabilité. Et je précise pour conclure à destination des esprits chagrins que ce n’est pas une jolie utopie d’un bobo enfermé dans son appart’ du 4ème arrondissement à Paris (j’aimerais bien…), extrêmement loin de ça, c’est quelque chose que je vis et que je vois quotidiennement et au plus près.

    Vaquette

  13. Vaquette dit :

    Ami-camarade Jean,

    Que te répondre si ce n’est qu’effectivement j’espère bien qu’il n’est pas allé en prison pour si peu ?! Ne serait-ce que par pragmatisme et par souci d’économie élémentaire, quelle imbécilité contre-productive ce serait !

  14. Virgile dit :

    Cher Vaquette,

    Je prends le pli de te tutoyer.

    J’ai pris bonne note de ta réponse et te remercie de l’avoir autant détaillée. Cela m’a permis de voir en quoi notre vision du monde différait fondamentalement, lors même que nous avons toi et moi, à n’en pas douter, la même quête : celle de la liberté (sois-en convaincu). Voici donc ma réponse, sur un plan philosophique.

    Je vais commencer par solder l’histoire du lave-linge : je voulais simplement en venir à te rappeler que si l’État se comporte de plus en plus comme un chaperon, une nursery, c’est que notre société est devenue procédurière à l’extrême. Chaque entité, sociale, culturelle ou politique, se doit aujourd’hui de prendre les devants pour ne pas se retrouver traînée devant les tribunaux par des particuliers rendus irresponsables. Exemple parmi tant d’autres : la pub vue ce matin sur le quai de la gare, vantant les saveurs de la dernière barre de chocolat à la mode, et ce message en bas de page : « pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas ». Tu conviendras de l’hypocrisie écœurante du procédé. Mais à qui la faute ? Aux idéologues qui n’ont eu de cesse que n’entre dans les esprits de chacun et chacune le sentiment d’être des individus de DROITS plus que de DEVOIRS. Or, pour moi, le slogan qui doit régir une société saine est sans appel : « AIDE-TOI ET L’ÉTAT T’AIDERA, CAMARADE ! » ;-)

    Et c’est là que j’en viens à notre désaccord profond : je pense que tu considères l’individu comme étant préalable à la société, car, selon ce point de vue, IL est alors en droit d’attendre d’ELLE un soutien, lui aussi préalable. Exemple (au hasard…) : une allocation universelle ! Quant à moi, je présuppose exactement le contraire : la société est un préalable à l’épanouissement de l’individu, donc celui-ci lui doit le respect avant d’ergoter. Sans la communauté des hommes qui nous accueille en leur sein à notre naissance, aucun de nous ne serait quoi que ce soit. Arrivé là, tu es en droit de te demander : « Mais en quoi es-tu attaché à la liberté si tu n’es même pas individualiste ? » Tout simplement parce que l’homme, que j’associe à l’image d’un atome originairement compris dans une molécule, a pour vocation spécifique de s’en désolidariser à toute force : autrement dit, la liberté est le bien le plus précieux, mais il doit se conquérir. Tu considères (il me semble !) la liberté comme innée et à conserver, je la vois plutôt comme quelque chose qui s’acquiert au quotidien. Bien entendu, je ne limite pas cette « liberté » aux moyens matériels de capitaliser dans son coin ! Non, j’y vois plutôt un bienfait intellectuel, un combat perpétuel pour se déprendre du conformisme ambiant, propre à la démocratie sociale, mais sans pour autant perdre de vue nos déterminismes. Voilà pourquoi toute idée d’allocation versée à chacun et chacune pour les féliciter d’être venus au monde (car, tu auras beau dire, même si tel n’est pas le but de la manœuvre, on en viendrait quand même à cela dans l’esprit des gens) est immoral, contraire au bon sens, car ajoutant à l’empire du DROIT, diminuant d’autant celui du DEVOIR. On doit mériter ses droits à l’aune du respect de ses devoirs : c’est aussi ça la liberté bien comprise, celle qui porte à la responsabilité et à la prise en compte du prochain avant toute action, toute décision.

    Venons-en à la « morale », justement. Je vais y aller tout de go : à mes yeux, il y a l’éthique et la morale. La première est du ressort de chacun et le porte à la vertu, la seconde prend en compte les différences (certains saints par nature, d’autres de parfaits crapauds à vie) et table sur un niveau normatif commun, forcément nivelé par le bas. C’est-à-dire que pour un Vaquette qui sera responsable face (par exemple) aux dangers de l’alcool au volant ou aux MST, l’État doit prendre en compte plusieurs anti-Vaquette qui se condamnent à n’être que des assistés. Tu l’auras compris, je ne crois pas à la fable qui consiste à hurler que nous sommes « tous égaux ». En droit, certes, par nature, sûrement pas. Il faut donc – à mon grand dam ! – assumer nos « boulets » et légiférer en conséquence. D’autant plus qu’il y a un élément que tu ne sembles pas prendre en compte : le fait que toute prise de risque qui dégénère engendre des frais ; exemple : un mec qui prend la liberté de ne pas attacher sa ceinture en voiture, qui percute un autre véhicule et qui tue l’un des passagers en étant projeté sur lui. Dans un tel cas, si le type responsable de l’accident est décédé, qui paiera les pots cassés (casse matérielle, déplacement des pompiers, soins médicaux éventuels) ? Sa famille ? Grand dieu, non ! Les victimes dans le véhicule en face ? Sûrement pas non plus ! Ce sont les assurances, avec la fâcheuse tendance qui les caractérise à tenter de se défausser par tous les moyens légaux. C’est une vision sociétale toute matérialiste, je la déplore, mais il faut malheureusement faire avec.

    Autre exemple, personnel cette fois : je m’inscris chaque année au Paris-Versailles (16 bornes de course à pied). Depuis quelque temps, le certificat médical est de plus en plus difficile à obtenir. Pourquoi ? Parce qu’un coureur est mort en 2003. La famille, dans la douleur, s’est retournée contre les organisateurs, qui ont eux-mêmes refilé le bâton merdeux à leurs assureurs qui, bien sûr, se sont défaussés… sur le médecin ayant consenti le certificat. Total : la confrérie médicale a resserré ses rangs et les médecins nous mettent à présent des bâtons dans les roues. Pour moi, qui suis libéral, l’idée même de certificat médical est proprement délirante : JE prends la liberté de courir, JE suis majeur et vacciné, JE connais les risques, J’en assume toutes les conséquences, fussent-elles fâcheuses. Mais lorsque JE serai mort au bord de la route, qui viendra me ramasser ? Car, qui dit pompiers dit assurance, qui dit assurance dit organisation, qui dit organisation dit médecin, et qui dit médecin dit certificat médical. La boucle est bouclée !

    Pour conclure, je maintiens que notre désaccord sur la liberté provient de notre divergence de vision du monde en général : j’ai bien pris note de ton allégorie de la caverne, la mienne se rapproche bien davantage de celle, non moins fameuse, du père Platon.

    Bien à toi,
    Virgile

  15. Vaquette dit :

    Ami-camarade Virgile,

    Je prends bonne note en retour de ton constat absolument recevable : effectivement, tu as raison, nos visions du monde différent fondamentalement.
    Que la liberté se conquiert (et exige d’être conquise) « contre » (l’ordre social, les idées dominantes, la lâcheté et la paresse, etc.), j’en suis bien d’accord et il est difficilement contestable que j’en suis une illustration convaincante. Seulement voilà, j’ai le sentiment à te lire que cette conquête doit être réservée à quelques privilégiés, et, même si ce n’est jamais dit dans tes posts, quelques privilégiés de naissance.
    L’allocation universelle, revenons-y, elle existe dans la pratique, très naturellement et depuis toujours dans les classes favorisées. Un gosse de la bourgeoisie a ses études payées par papa maman (qu’est-ce si ce n’est un revenu qui lui permet de construire sa vie sans se soucier des contraintes matérielles ?) et puis, lorsqu’il rentre dans la vie active (avec bien souvent un piston d’ailleurs – le fils Sarkozy en est le plus Hénaurme (Flaubert) exemple), il devient propriétaire de son logement soit pas le biais d’un capital déjà acquis qui lui permet de contracter un prêt, soit directement par donation ou héritage et, quoi qu’il en soit, en cas de coup de dur, il pourra se retourner vers sa famille en attendant des jours meilleurs ; dans tous les cas cela lui assure une sécurité (être certain d’être logé et de pouvoir manger) si matériellement la vie ne lui sourit pas pendant un temps plus ou moins long : qu’est-ce que tout cela si ce n’est le principe de l’allocation universelle ?
    La seule différence, et elle est de taille, c’est que cette réalité est réservée à une minorité sociale privilégiée. J’en suis ravi pour eux d’ailleurs, n’en doute pas, car cette sécurité matérielle est définitivement un préalable pratiquement indispensable à l’expression de la liberté individuelle. Juste, moi, je ne considère pas que cela doit rester un privilège destiné à quelques-uns mais au contraire qu’il devrait être étendu à tous. Alors seulement nous pourrons exhorter les gens à conquérir leur liberté, sinon, c’est un peu comme affirmer benoitement à un prisonnier qu’on lui a donné sa chance de s’évader alors qu’il avait les jambes entravées et 10 chiens à ses trousses, mais par pitié, qu’il arrête un instant de se plaindre !, après tout, la semaine dernière, le fils du Kapo a bien réussi à semer les chiens dans sa Ferrari flambant neuve…. C’est drolatique d’ailleurs que nous parlions de ça car nous sommes au cœur du nouveau roman que je suis en train d’écrire : comment d’évidence le déterminisme social peut être un gigantesque frein à la légitime conquête de la liberté, particulièrement en France aujourd’hui, pays de plus en plus de caste.
    De la même façon, tu opposes (ou du moins hiérarchises en faveur du second) droits et devoirs (« ajoutant à l’empire du DROIT, diminuant d’autant celui du DEVOIR »). C’est une vieille idée réactionnaire, ça, que la vie sociale est avant tout une affaire de soumission à des devoirs avant d’être une affaire de droits. Tu vois, moi, je ne pense pas que droits et devoirs s’opposent ou se hiérarchisent, je suis convaincu a contrario qu’ils sont synergiques et également importants. D’ailleurs, si les branleurs de banlieue (et leurs parents avant eux) avaient pu toucher du doigt un peu plus souvent depuis 35 ans leurs droits (au travail ou à l’ascenseur social par exemple…), probablement seraient-ils plus enclins aujourd’hui à respecter leurs devoirs – affreuse phrase de gauchiste, je te l’accorde.
    C’est d’ailleurs ça le plus drolatique dans notre échange et je te confesse que ça me réjouit au-delà de tout. Moi qui dans les milieux prétendument (ou réellement même parfois) « libertaires » fait souvent figure de vilain petit canard, au mieux « anarchiste de droite », au pire « de droite » tout court, qu’ici je puisse endosser les habits du gauchiste, ouf ! tu ne sais pas le poids que tu m’ôtes…
    Remarque, n’être assimilable ni à l’un de ces « anarchistes » dont le discours d’extrême-gauche, pour caricaturer, mais pas tant que ça finalement, réduit l’aspiration à la liberté à vouloir piquer le poignon de son patron pour pouvoir avoir de la caillasse sans bosser, ni à un « libertarien » qui n’aime la liberté que parce qu’elle lui permet de poser à l’esprit fort et qu’elle justifie ses privilèges et son égoïsme, ça me va merveilleusement bien, ayant pour première aspiration d’être inclassable, et pour deuxième (pour seconde ?) d’être contre tout, contre tous et tout le temps.
    Merci donc pour cet échange ragaillardissant.

    Bien à toi,

    L’IndispensablE – en personne

  16. Virgile dit :

    Cher Vaquette,

    Merci également pour tout ce temps passé hors du lit à des heures indues à commenter ma prose (bien que tu sois homme de la nuit).

    Je prends acte à mon tour de ta pertinente remarque sur l’élitisme héréditaire que tu subodores entre mes lignes. L’élitisme que j’ai en vue se fonde tout simplement sur le mérite de chacun, sans acception de personnes. Le « mérite » est fonction de la volonté propre et des facultés naturelles. Vient, bien entendu, se greffer à cela les conditions et contingences sociales de l’individu. L’une des principales fonctions de l’État est de permettre à chacun (à condition que chacun en ait l’expresse volonté) de tirer au mieux parti de ses talents et de trouver, ainsi, sa place dans la société de ses congénères. Mais, au rebours de la pensée dominante, je ne pense pas que nous soyons, toutes et tous, INTERCHANGEABLES. Certains sont capables dans certains domaines « fermés » à d’autres, eux-mêmes mieux disposés dans tel le ou telle discipline, étrangère aux premiers, bref, à chacun sa place. Le problème étant que cette remarque est valable aussi en politique (certains sont mieux à même que d’autres de gérer les affaires communes), et que la politique est la science architectonique, celle qui supplante toutes les autres (problème sur lequel je travaille actuellement).

    « À chacun sa place », donc, et la liberté consiste aussi à donner libre cours à la diversité des individus qui, relativement à tel ou tel domaine, peut être perçue comme inégalités innées, tout à fait légitimes. Mais je ne nie pas pour autant qu’il y ait une autre forme d’inégalité à l’œuvre, culturelle celle-ci, et donc inique : celle vis-à-vis du patrimoine. Ce que je dis, c’est qu’à ceux qui ont une optique marxienne des choses (j’évite les « -iste », connotés et insultants), et qui ramènent toute idée de bonheur au confort matériel préalable, seules deux solutions sont offertes, l’une radicale, l’autre « soft » : ou bien interdire tout héritage et contraindre chacun à reverser ce qu’il a gagné sa vie durant, non à ses descendants mais à l’État, ou bien demander à l’État de dépenser les impôts des riches en les redistribuant aux pauvres (et plus généralement à tout le monde) sous forme de rente viagère (ce qui s’apparente à ta proposition, qui a ses mérites mais qui ne me convient pas). Je réponds aux marxiens que l’idée de patrimoine inclut – et devrait inclure AVANT TOUT – tous biens dématérialisés : l’éducation, l’instruction, les mœurs, l’idée de la justice, de l’équité, le respect du prochain, etc. Toutes choses que j’ai, personnellement, pu hériter de mes chers parents et dont je les loue chaque jour et de plus en plus à mesure que le temps passe et que je vois mes compatriotes se débattre dans le matérialisme le plus sordide (je te rassure, je ne roule pas sur l’or et j’ai, moi aussi, de temps en temps, envie d’en croquer).

    J’en viens au cœur de mon propos : s’il est un domaine selon moi où l’État doit être AU TOP, irréprochable, infaillible, c’est l’Éducation nationale, ou plutôt l’Instruction publique. Voilà le seul et unique patrimoine qu’il doit être, non seulement capable, mais obligé de divulguer, massifier, démocratiser, offrir à tout le monde, afin de remettre les pendules à l’heure en quelque sorte. À chacun ensuite d’en tirer profit ou non, d’en récolter les fruits (matériels également) ou non. Bien sûr, le père de Jean-Charles aura toujours les moyens de mettre son fils dans des écoles hors de prix, quand Mohamed, dont le père ouvrier ne parle pas notre langue, aura « seulement » accès à des établissements proches de chez lui et de « niveau » plus faible, et bien sûr, cela n’implique NULLEMENT qu’un Jean-Charles soit plus intelligent qu’un Mohamed. Il est cependant des écoles qui ne discriminent pas en fonction de la taille du porte-monnaie de papa, mais en fonction des résultats de l’enfant scolarisé et de ses facultés propres, et cette discrimination est toute légitime. Ces facultés, le père de Jean-Charles ne les a pas entretenues chez son fiston par le biais de l’argent, mais d’un environnement culturel, certes favorisé (mais uniquement favorisé) par l’argent. Autrement dit, ce qu’il faut offrir à la famille de Mohamed, ce n’est pas de l’argent (surtout pas : un « béotien » friqué reste un béotien), mais une instruction de qualité, susceptible de voir Mohamed en sortie d’études « ouvert au monde », la tête haute, maîtrisant la langue, l’histoire de son pays, et nanti d’une insatiable curiosité, tous azimuts, lui permettant de se cultiver toujours davantage et d’exercer un esprit critique. Bref, d’être LIBRE. Son compte en banque à côté de ça ? Accessoire.

    Cher Vaquette, es-tu né avec une cuillère en argent dans la bouche ? N’as-tu pas, pour autant, fait montre de talent, de brio, d’esprit d’entreprise et d’intelligence ? Eh bien pourquoi de tels efforts « payés » en retour ne seraient-ils pas accessibles à tous nos concitoyen(ne)s ? À nous de faire peu à peu primer les considérations culturelles, politiques, philosophiques (osons le mot) sur les attendus strictement économiques, financiers, matérialistes. Je dis cela encore une fois sans rouler sur l’or (je viens enfin de m’acheter une voiture à crédit, grâce au fait que ma femme soit fonctionnaire !) : je passe néanmoins beaucoup, beaucoup plus de temps dans des bouquins que devant des séries à la con distillées par un écran plat dernier cri (présent dans tous les foyers de banlieue). Comme quoi, l’argent n’a pas grand-chose à y voir, tout est question avant tout d’éducation.

    Je demanderais bien à Jean de te faire suivre le PDF du roman (« Tartuffes Circus ») que j’ai écrit l’an dernier (déposé à la SGDL, refusé par six éditeurs) : si tu as le temps d’y jeter un œil, fût-ce en diagonale, tu verras, par le biais du personnage principal, l’idée que je me fais de cette quête de liberté, qui est pour chacun de nous un devoir (et non un droit !) au quotidien.
    Jean, puis-je te l’envoyer par mail ?

    Salut à toi !

    Éric Guéguen, alias « Virgile »

  17. Ursus dit :

    “un béotien friqué reste un béotien”

    Oh! quelle jolie perle de laideur que voilà!

    Le principe de l’allocation universelle, je pense que tu l’auras compris Virgile, ce n’est pas de rendre qui que ce soit “friqué”! Simplement de pouvoir vivre à peu près décemment.
    Très sincèrement, je ne suis pas sûr qu’un indigent en ait grand-chose à cirer des bouquins; pour le moment il tente déjà difficilement de survivre lui et sa famille. C’est un peu bateau de sortir que le temps c’est de l’argent. Alors oui, désolé, notre indigent béotien, s’il n’avait pas déjà l’estomac noué à l’idée de parvenir à peu près à faire bouffer sa famille, qui sait, peut-être qu’il serait un peu plus motivé à l’idée de se cultiver, de s’éduquer?
    Toutes les personnes vivant sur le mode de la “survie” avec pour seul but la recherche de tous les moyens possibles pour subvenir à leurs besoins à court terme seront intellectuellement perdues.
    Toute la plus merveilleuse éducation nationale du monde n’y changera jamais rien.

    Mais sinon tes idées sont mignonnes sur l’éducation tout ça tout ça, ce qui est amusant c’est que ça sera peut-être partagé par de nombreuses personnes, alors qu’au fond c’est soit totalement hypocrite, soit profondément naïf, mais dans aucun cas réaliste.
    Je rajouterais par ailleurs qu’à peu près 100% des choses culturellement, poétiquement, philosophiquement, socialement valeureuses présentes dans mon esprit, aucunes ne m’ont été dict… oups enseignées par la sainte Education Nationale.
    ôôôôô Homme, oui toi, si grand par la pensée! je t’en prie, aie l’honneur de vomir chaque matin avant d’aller prostituer ton cerveau;
    songe donc à ta honte et ta misère face à celles qui ne vendent que leur corps; et vomis encore, fier veau.

  18. Virgile dit :

    @ Ursus :

    En voilà un rustre ! (Et hop, une autre “perle de laideur” à mettre à ton chapelet).

    Les mois difficiles, je les connais également, sois sans crainte (on va se tutoyer puisqu’on a élevé les truies ensemble).
    Connais-tu beaucoup de foyers dans la dèche ? Des familles où l’on a deux à trois télés, la console et des sapes de marque, malgré le chômage et les cinq gosses à nourrir, il y en a pléthore malheureusement. Sans compter le budget téléphone portable, pour chaque gamin.

    Dans le long monôme consumériste, nous sommes tous à la fois le crevard et le bourgeois d’un autre. En définitive, ta petite sortie à mon encontre m’amuse autant que ces socialistes qui voulaient que le gouvernement fît un chèque à l’adresse des ménages français lors des premières répercutions de la crise américaine des “subprimes”… crise qui, je le rappelle, était due au surendettement des ménages et à un excès de consommation, d’où le truculent à vouloir y remédier par davantage de moyens donnés à la consommation compulsive, car c’est une histoire sans fin.

    Donne dès demain 500 euros à 100 foyers. Il n’y en aura pas 20% qui dépenseront cet argent dans des produits de “première nécessité”, à moins d’y inclure pour Monsieur l’écran plat en promo chez Leclerc du 8 au 15 décembre, pour Madame le budget soldes en attendant janvier et inévitablement, pour les deux, la clope, dont le prix grimpe toujours, mais peu importe…
    Les temps sont durs, surtout lorsque l’on perd de vue le sens des priorités et que l’on prend le pli de vivre à crédit pour le moindre caprice.
    Des gens réellement dans la merde, il y en a beaucoup. Des gens qui s’y complaisent, oui “COMPLAISENT” (troisième perle pour ton chapelet…), il y en a beaucoup également, et j’en connais.

    Je suis peut-être “hypocrite”, ou “naïf”, ou les deux, mais je me désole de voir mes congénères, l’armée des classes moyennes, n’être plus que des estomacs sur pattes, au crâne vide et aux bras ballants. Les livres sont une bouffée d’oxygène. Et pour ta gouverne, ce n’est pas à l’école non plus que j’ai appris à les aimer…

  19. Ursus dit :

    ‘tention ‘tention, tu oublias de mentionner le bruit et l’odeur ahahah.

    Oh bien oui oui tout à fait, les subprimes quand même c’était la faute de gens assez cons pour avoir souscrit à de tels contrats de crédit! Je n’ose imaginer que c’est réellement ce que tu penses, mais si tel est le cas, bon dieu, quelle horreur de penser ainsi! Que les ménages ayant contracté ces crédits ne soient guère futés cela ne fait aucun doute, mais l’opprobre elle est à jeter sur les ordures surdiplômées qui se sont dits “hinhinhin, les mecs j’ai une idée, on va s’en foutre plein les fouilles, vendre de la bonne merde à des beaufs qui n’y capteront rien” je comprends pas comment ces mecs là font pour ne pas se flinguer. Réellement, ça me dépasse. C’est exactement le même principe pour les vieilles qui se font refourguer à crédit des canapés, fenêtres ou truc dans le genre par des charognards.

    Sinon certainement que si demain pof je file 500 euros à 100 foyers il y a de fortes chances que beaucoup ne les dépensent pas dans des produits de première nécessité. Dans le cas d’une allocation inconditionnelle et à vie ça n’aurait strictement rien à voir, ça ne serait pas un sorte de petite cagnotte tombant soudainement du ciel et une seule fois, ça serait un matelas, pour se donner un peu d’air, ne pas accepter le premier emploi totalement merdique qui se présente. Peut-être que venu un certain âge la personne se dirait que finalement ça ne serait pas si mal d’apprendre des choses, un autre se dira que la liberté qui lui est offerte autant s’en servir pour faire quelque-chose d’utile socialement, avoir des activités bénévoles ou pourquoi pas artistiques. D’autres oui évidemment se diront que ouaiii trop cool je vais pouvoir m’acheter le nouvel écran plasma trop de la balle.
    Alors excuse-moi mais si tous les gens qui ont plutôt bon fond peuvent ainsi y gagner une possibilité d’acquérir plus de liberté et de profiter de ce coup de pouce pour devenir des êtres meilleurs, plus valeureux, (peut-être qu’ils seraient 20, 30, 40% que sais-je) eh bien c’est déjà énorme.
    Certains abrutis le resteraient, mais après tout ils le sont déjà et au moins, eh bien on pourra dire qu’on leur a donné tous les moyens pour ne plus l’être.
    Libérer certains êtres, -même partiellement- de l’obligation de travailler c’est aussi à mon sens le meilleur moyen de les libérer en partie de l’obligation de consommer.

    Et, -mais c’est un autre sujet- tu ne me verras jamais râler contre une quelconque baisse de la consommation; mais c’est comme ça, le capitalisme a besoin d’une croissance exponentielle pour survivre et donc de vendre encore et toujours plus de choses. Sans ces couillons vivant pour acheter tout se pèterait la gueule. Encore une fois, mon mépris ira avant toute choses à tous ces gens tout ce qu’il y a de plus éduqués et qui mettent en place les moyens les plus sophistiqués possibles pour lobotomiser ceux qui sont le moins aidés culturellement parlant.

    Une aide inconditionnelle, clairement, peut justement permettre en partie de libérer du travail et de la consommation, ouvrir de nombreuses possibilités à certains, permettre petit à petit de repenser un lien social au sein duquel aucune marchandise ou acte de consommation n’interviendrait.

    Ton éducation encore une fois aussi suivie et méticuleuse soit-elle que bah oui quand tu rentres chez toi et que tu te retrouves à 5 dans un 2 pièces dégueulasse d’une cité miteuse avec des parents pas bien futés ça le sortira pas de la merde.
    Et très franchement, toute ma vie étudiante durant j’ai été entouré (et fait un temps partie) des soi disant élites du pays, ceux qui vont à polytechnique, hec, science-po et compagnie, qui ont des parents friqués et éduqués. Tout ça pour qu’ils fassent quoi ces gens? Du marketing chez L’oréal, du contrôle de gestion chez Peugeot, de la pub, du trading, du conseil, etc etc. Tu n’as pas idée combien je méprise ces gens-là, ceux qui avaient toutes les cartes en main pour se permettre de faire de belles choses, tout ça pour aller au final prostituer leur cerveau pour un peu de pognon, de pseudo prestige social. Pour une vie en tous points également médiocre à celle des plus pauvres, simplement beaucoup plus confortable.

    Alors non l’éducation je n’ai aucun espoir en elle, et cette élite éduquée (et friquée) je l’abhorre au delà de tout car elle avait le choix que les plus démunis n’ont pas eu.

  20. Virgile dit :

    Je n’aime pas beaucoup ton petit ton condescendant depuis le début… Tu n’es pas d’accord, tu le dis. De là à me prendre pour un con…

    Je PENSE – ce n’est que mon humble point de vue – que tu as une vision des choses formatée par la modernité. Ainsi l’homme est-il avant toutes choses un être de désirs et de besoins constamment inassouvis ? Ainsi n’y aurait-il de place pour tout ce qui ne se consomme pas QUE dans la mesure où l’homme serait déjà rassasié ? Peut-être, peut-être pas, mais en tout état de cause, et en définitive, ta vison des choses est bien plus pessimiste que la mienne. Je veux dire par là que si tu as raison, tout est perdu, et chacun pour soi !

    Je m’explique : s’il y a une chose à bien prendre en compte, il me semble, c’est la manière dont fonctionne le capitalisme. Il table justement sur ce « toujours plus » auquel chacune et chacun est soumis(e) s’il/elle n’y prend garde (je veille à la parité, attention, je ne veux pas d’ennuis avec la justice !). Et non seulement il nous faut lutter en notre for intérieur pour ne pas céder à l’instinct de possession compulsif, mais il nous faut encore nous déprendre de l’émulation consumériste qui conditionne nos vies. Ainsi, chacun se condamne à se référer en permanence au voisin et à se sentir lésé dès que celui-ci peut s’offrir un bien hors de notre portée (que la publicité excite par ailleurs, j’en conviens), et je ne parle pas là de la petite bourgeoisie, mais bel et bien de foyers très modestes, précisément les plus exposés à l’émulation susmentionnée, et confortés dans leur démarche par des milieux associatifs, syndicaux ou politiques qui leur serinent qu’ils se font bouffer, voler, que leur heure viendra et qu’ils pourront enfin en croquer, comme leurs « bourreaux » actuels. On est là dans la supercherie marxienne qui consiste à envisager toute société sur un socle « infrastructurel » matérialiste, ce qui fera toujours des disciples de Marx les idiots utiles du capitalisme.

    En outre, reverser un salaire à chacun en leur qualité d’être humain (pour les féliciter d’être venus au monde, en somme !), accrédite le fait que l’effort à fournir pour vivre peut être moindre : ainsi travaillerait-on dès que l’on a besoin d’une deuxième voiture ou d’une console de jeu, en se disant qu’en cas de crise, il nous suffira de nous recroqueviller sur ce qui nous est acquis de par notre simple condition d’homme ! Eh bien à ce rythme, dans la panade actuelle, beaucoup de gens finiraient par attendre sagement bien au chaud chez eux en attendant des jours meilleurs ! D’autant plus que le concept de rente viagère et sans contrepartie EXISTE déjà en France ! Il est des personnes qui parviennent à vivre des seuls « subsides » de l’État sans jamais en branler une (et ne viens pas me dire le contraire, c’est tout à fait réalisable et j’en connais !) : en effet, à partir du moment où l’on n’a pas un désir immodéré de progrès technique, où l’on ne désire pas fonder de famille, où l’on se résout à n’être jamais propriétaire de son logement (mais à quoi bon de toutes façons ? En tant que locataire, on ne peut être mis dehors six mois de l’année, ne reste donc à payer que les six autres mois, c’est tout bénèf’ !), on peut AUJOURD’HUI, en France, pays comme chacun sait soumis à la DICTATURE de Sarkozy, VIVRE sans avoir à se lever le matin sa vie durant.

    Pour finir, des imbéciles surdiplômés qui n’ont rien dans le crâne, j’en ai moi aussi rencontré légions, et ça ne va pas en s’arrangeant. Seulement ces gens-là sont tout aussi loin que les autres de la « culture » que je prône et promeus.

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