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En quoi la présence de Jean-Marie Le Pen fait du tort au FN

14 septembre 2011, 14:02 7 commentaires

Plus les jours passent et plus l’heure fatidique du suffrage universel approche. Depuis son accession à la tête du Front National en janvier dernier, Marine Le Pen a entrepris un vaste programme d’épuration et de dédiabolisation de son parti. Malheureusement, la mutation n’est pas encore entièrement effective et, malgré les efforts consentis, ces derniers pourraient bien avoir été effectués en vain. En vain, car au-dessus de cette image nouvelle et plus reluisante plane encore l’ombre du Père qui, quoi qu’on en dise, pèse aujourd’hui encore comme un poids sur le dos de sa fille.

Des honneurs dus à Jean-Marie Le Pen…

Pour comprendre sa présence, encore effective, au sein du Front National, il faut revenir quelque peu sur son parcours. Fils de pêcheur et de couturière, le jeune Jean Marie Louis Le Pen devient, suite à la mort de son père en 1942 (tué par une mine allemande), pupille de la Nation. A 16 ans seulement, il souhaite s’engager dans les Forces Françaises Libres (FFI) pour libérer son pays de l’occupant nazi. A cause de son âge, il est cependant refusé.

Après avoir vécu de petits boulots et dépensé son énergie dans diverses actions associatives (aide aux sinistrés) et politiques (action française), il partira d’abord pour l’Indochine, puis, plus tard, pour l’Algérie, accomplissant ainsi son devoir de soldat. Bien des années plus tard d‘ailleurs, on lui reprochera d’avoir torturé lors du conflit en Algérie où il occupait le poste d’officier de renseignement.

De retour de la guerre, il se lancera pleinement en politique. Sans revenir sur les détails de son long parcours, il est important de noter tout de même qu’il sera le premier politique à présenter un homme de confession musulmane, Ahmed Djebbour, à la députation de Paris en 1957 sous l’étiquette du Front National des Combattants. Ce serait d’ailleurs pour défendre ce dernier, dit-il, qu’il aurait perdu l’usage de son œil gauche. Proche de Pierre Poujade, avec qui il partageait l’envie de défendre les « petites gens », il sera à 27 ans le plus jeune député de France. Après un passage au Centre National des Indépendants et Paysans, il fondera en 1972 le Front National qu’il présidera ensuite durant 40 années.

Que l’on partage ou non ses points de vue, il serait d’une certaine mauvaise foi de ne pas accorder à Jean-Marie Le Pen le mérite de son parcours. Cet homme parti de rien, qui s’est toujours consacré à la politique et à son pays, détenteur de la croix de la valeur militaire, pupille de la nation. Aussi, il faut lui reconnaître une certaine abnégation : malgré les pressions, les attentats (1976), les assassinats (Duprat en 1978), les diabolisations, les agressions physiques et verbales, le leader frontiste a toujours su conserver sa ligne provocante et laisser la langue de bois aux professionnels des enquêtes d’opinion.

… à l’absolue nécessité politique de l’éloigner

Pourtant, malgré le portrait plutôt honorable – basé majoritairement sur des faits objectifs – qui vient d’être dressé ici, le fondateur du Front National divise, à bien des raisons sans doute. Certains lui reprochent ses propos douteux, d’autres certaines périodes de son passé qui le sont tout autant. Bien qu’il ait obtenu gain de cause à 23 reprises, le leader frontiste a été condamné 18 fois pour ses propos, et 3 fois pour ses actes. Insultes, coups et blessures, propos virulents, avis tranché sur l’histoire de la deuxième guerre mondiale… tels sont les faits qui l’ont conduit devant les tribunaux. Bien évidemment, il n’est nullement question d’approuver ces condamnations. Chacun devrait pouvoir être libre de ses propos, auxquels il faut répondre par le débat, et non la justice. Mais le problème est ailleurs.

En effet, le parler cru et la politique n’ont jamais fait bon ménage, et il incombe à tout aspirant à la présidence de se montrer plus consensuel, plus rassembleur, ne serait-ce que pour éviter de se mettre à soi-même des bâtons dans les roues ! Jean-Marie Le Pen n’en avait, semble-t-il, que faire, prenant plaisir à choquer, déranger, bouleverser, et, inévitablement… diviser. Ses propos sur la seconde guerre mondiale ou encore sur les arabes-  et musulmans – en sont de parfaits exemples. Stratégie volontaire ou réel besoin de franchise ? Nul ne sait.

Toujours est-il que, désormais, les choses ont changé. Marine Le Pen, son héritière de fille, se montre beaucoup plus habile politiquement. Plus douce, souriante, rusée, intelligente, l’actuelle présidente du Front National a tiré un trait sur la technique du bélier qui consiste à foncer tête baissée sans réfléchir. Certes, le changement est évident : moins de propos-pièges incitant à la polémique et l’opprobre médiatique, plus d’attaques sur le physique des opposants, plus de blagues douteuses, exclusion des cranes rasés et des néo-nazis qui, bien que minoritaires, gangrènent encore les rangs du FN. Seulement voilà : le Père, lui, est toujours là. Pendant que Marine s’efforce d’éviter le plus possible de donner des munitions au système, son père, lui, ne s’en prive pas.

Président d’honneur du Front National, Jean-Marie Le Pen a ainsi toujours plus ou moins gardé la main sur le parti… et ses déclarations crues et irréfléchies continuent de donner du grain à moudre aux médias dominants qui n’attendent que cela. Et d’ailleurs, à l’image de ses récents propos sur les attaques d’Oslo, on a même pu constater à quel point il leur en fallait peu pour inventer un dérapage.

Alors oui, il serait bien peu élégant de virer comme un malpropre celui qui a fondé et dirigé le parti pendant près de 40 années, mais il ne faut pas oublier que les bons sentiments sont les pires ennemis de la politique. La situation se présente ainsi, et pas autrement : la rupture, ou la continuité. La continuité consisterait à un éternel score de moins de 20%, et l’espoir nul, en cas de second tour, d’accéder au trône. La rupture, ce serait poursuivre dans cette voie engagée depuis la présidence de celle qu’on appelle tendrement « Marine », l’éloignement respectueux de Jean-Marie Le Pen, ou même mieux : le départ intelligent de celui-ci.

Intelligent, oui. Car ce dernier doit être aveugle, ou d’une incroyable mauvaise foi, pour ne pas voir à quel point sa présence fait du tort aux projets de sa fille. Comme un enfant accroché à son jouet, Jean-Marie Le Pen fera-t-il passer son propre intérêt avant celui de la France ?

A la manière de Philippe Bilger, qui dans un billet publié sur son blog en arrivait à peu près au même constat, il faut en appeller à la Raison politique. Plus que jamais, Marine, papa doit partir !

Christopher Lings

Image : capture d’écran / Youtube

7 commentaires

  1. jarod dit :

    Le Problème n’est pas Jean marie le Pen.

    1) le FN en tant que “marque” politique est détruit par 30 ans de diabolisation pour la plupart des citoyens; l’activisme de Marine le Pen n’y changera rien et ne transformera pas les citoyens libéraux et les citoyens socialistes en électeurs de droite; pour son propre bien c’est la totalité du FN, et de ses (rares) cadres qui doit disparaitre du champ politique;

    2) le thème majeur – l’immigration – est désormais devenu irréversible; si dans les années 80 on pouvait envisager de stopper l’immigration par quels que moyens que ce soit, les africains et leurs descendance sont installés pour toujours sauf à provoquer une guerre ethnique frontale (car ne le cachons pas, il y a une guerre ethnique dans ce pays, mais insidieuse); la plupart des électeurs sont conscience que désormais rien ne sera plus jamais comme avant;

    3) Le souverainisme extrémiste (sortie de l’euro, planche à billet…) est contre productif à la fois chez les intellectuels qui rejettent en bloc ces solutions, et chez les citoyens qui y voient un facteur aggravant de leur situation;

    Bref, laissez JMLP tranquille, la meilleure chose qui puisse arriver à la droite de l’UMP c’est la disparition du FN et la constitution d’un véritable pôle anti-maçonnique autour des souverainistes raisonnables.

  2. Il est impossible pour Marine de se séparer de son père car celui-ci, via la Cotelec, tient les cordons de la bourse. C’est un malin ; il a blindé sa situation pour que sa fille ne puisse pas le remiser au placard.

    Réponse à Jarod.

    1) Oui et non. Oui, le FN n’est pas l’outil adapté et il vaudrait mieux qu’il disparaisse. En revanche, non, une majorité de gens de droite et/ou de gauche peuvent rejoindre une formation politique remigrationniste, pour peu que cette dernière ne défende pas l’idéologie europhobe et libérale de l’extrême-droite, avec ses lubies réactionnaires.
    2) Rien n’est jamais établi “pour toujours”. Cette vision n’est pas politique. Mais en revanche, cette question doit être abordée au niveau européen. Si la France seule n’est plus capable de se réeuropéaniser, elle peut y être aidée par les frères européens. En transposant cette thématique à l’échelle du continent, on comprend aisément que tout est encore possible.
    Mais cela implique:
    1- de bien distinguer l’immigration intra-européenne, qu’il faut cesser d’appeler immigration, et l’immigration extra-européenne, qu’il faudrait appeler allogénisation.
    2- si vous croyez qu’on va directement vers des conflits ethniques, renoncer à la remigration devient criminel.
    3- par contre, je n’ai pas dit que ce serait facile, mais “nécessité fait loi”, la question n’est donc plus de l’ordre du débat, la question est dans la méthode et la façon de présenter les choses (com’).

    3) Le souverainisme tout court est contre-productif. L’européisme “identitaire” ne l’est pas.

    Enfin, si vous avez raison sur le FN, vous avez tort sur le souverainisme, l’obsession anti-maçonnique en outre n’est pas intéressante médiatiquement, et il n’y a rien à attendre de la droite parlementaire, qui pourra donner un coup de main décisif mais ne sera pas la force d’impulsion nécessaire.

  3. Jean dit :

    @thomas
    “1- de bien distinguer l’immigration intra-européenne, qu’il faut cesser d’appeler immigration, et l’immigration extra-européenne, qu’il faudrait appeler allogénisation.” : voilà une thématique de l’extrême-droite… Pour vous les Antillais sont-ils des Français de souche, et pas les Niçois ? Vous voyez où je veux en venir ? Quant aux asiatiques, font-ils partie de l’immigration extra-européenne qui pose problème selon vous ?

  4. Thomas FERRIER dit :

    Jean, je te réponds de la manière la plus précise et honnête possible,

    Je ne considère pas principalement la problématique migratoire en fonction de l’insécurité qu’elle peut éventuellement causer, l’impact sur le chômage… etc, qui sont certes des questions importantes, mais qui résultent d’abord d’une question de légitimité et de démocratie, question qui n’a pas été posée et qui aurait dû l’être. Sur un plan purement démocratique, toute l’immigration depuis 50 ans et sur tout le continent est de fait illégitime, si on considère que sur ces questions les parlementaires doivent avoir un mandat explicite du peuple pour en décider. Je parle bien ici de légitimité et non de légalité, je précise.

    Contrairement à ce que tu (me) dis ici, l’extrême-droite, qui est europhobe, et c’est sa principale caractéristique aujourd’hui, ne distingue absolument pas les deux flux, l’intra-européen et l’extra-européen. La distinction entre les deux n’est quasiment faite par personne, d’ailleurs. Or, si on se place dans une perspective grande-européenne, un moldave qui va s’installer en Espagne n’est pas un immigré, pas plus qu’un provençal qui s’installe en Bretagne.

    Sinon, d’un point de vue européiste, je ne peux pas répondre à ta deuxième question en ces termes. Je te précise juste être pour l’indépendance des dom-tom.

    Autre sujet lié: si 50 millions de travailleurs euro-américains venaient immigrer en Europe, faudrait-il les refuser ? Ou faudrait-il les accepter ? Et les boers/afrikaaners s’ils devaient abandonner l’Afrique du Sud ? Voilà des exemples où je suis POUR l’immigration.

    Tout cela, Jean, est une analyse conséquente et naturelle de l’européisme authentique, qui a pour but d’unir les européens entre eux, de les unir sur leur commune européanité. L’européisme ne s’intéresse pas en soi aux politiques migratoires des anciens états et n’entend pas hériter de leurs choix ou de leurs erreurs.

    Ce seront les européens qui démocratiquement décideront de leur avenir. Tout ce qui a pu avoir lieu auparavant dans les anciens états sera remis en cause par le nouvel état. Je ne préjugerai pas des choix que le peuple fera à cette occasion.

    Maintenant, c’est un thème difficile à aborder publiquement. Je te propose donc d’en rester là à ce sujet.

    Bien amicalement,

    Thomas

  5. Jean dit :

    @Thomas
    J’ai débattu avec Thomas Joly, qui a milité longtemps au Front, et qui est aujourd’hui avec Carl Lang, et qui fait cette distinction. Je constate que tu n’as pas répondu à mes questions, lui a eu beaucoup de mal aussi.

  6. Thomas FERRIER dit :

    Thomas Joly considère les deux comme de l’immigration, même s’il ne met pas ces deux immigrations sur le même plan, Jean. Je ne considère pas du tout le premier cas comme de l’immigration. Les nationalistes classiques, même les durs sur la question migratoire, sont totalement incohérents, et même si je n’ai pas vu cette video avec Joly (il y a quelques années sur internet, nous nous étions durement affrontés d’ailleurs), je connais par avance leur argumentation.

    Tu veux des réponses précises à tes questions. Je ne peux y répondre que selon ma propre grille de lecture, bien évidemment.

    Les antillais sont-ils européens ? Evidemment que non.
    Les niçois sont-ils européens ? Evidemment que oui. Sont-ils français, sont-ils italiens, sont-ils… niçois… ça n’a pas d’importance.

    En conséquence, les seconds ont une place naturelle dans une Europe unie. Mais les premiers n’en ont pas, de fait. Et c’est pourquoi d’ailleurs je suis plus que favorable à leur indépendance. Comme De Gaulle vis à vis de l’Algérie. N’oublions pas que Bismarck soutenait la colonisation française parce que cela détournait la France de l’Alsace et la Lorraine. Raison exactement opposée à celle de Clémenceau d’ailleurs.

    Parce que je ne refuse pas d’un côté la Turquie pour ensuite accepter de l’autre côté Mayotte. Il faut être cohérent. Mon argumentaire sur l’indépendance des dom-tom est d’ailleurs très rodé.

    Ensuite, au cas par cas, au niveau individuel, la question se pose différemment.

    Je pense avoir très précisément répondu à ta question, Jean, dans les limites que je m’impose.

    Bien amicalement.

  7. Thomas FERRIER dit :

    Maintenant il est clair que la notion de “français” et la notion d’ “européen” n’ont pas le même impact psychologique. Ce qu’Asselineau a à sa manière compris et c’est pourquoi il refuse l’Europe, pour les raisons diamétralement opposées aux miennes en faveur de cette dernière. Qui dit Europe dit européanité. Qui dit Europe dit aussi eurocentrisme. C’est une conséquence logique qu’il faut accepter et assumer. Donc, je n’ai pas besoin d’évoquer un sujet sensible sachant que sa résolution est une conséquence naturelle des principes européistes. Mon objectif politique c’est l’Europe unie.

    Tu prends l’exemple de Thomas Joly. Est-il pour une Europe comme nation ? Est-il pour supprimer la nationalité française au profit d’une nationalité européenne ? Est-il pour l’indépendance des DOM-TOM ? Est-il pour abolir dans sa pensée le terme même d’immigration lorsqu’on parle de compatriotes européens ? Si dix millions de russes s’installaient en France, serait-il horrifié, indifférent ou enthousiaste ?

    De ce que j’ai lu sous sa plume, la réponse est non à toutes ces questions.

    Et “dernier point”, je ne suis pas plus explicite parce que je suis quelqu’un de bien elevé, respectueux d’autrui et en particulier des hôtes internétiques.

    Et quant à souscrire à ta démarche, bien sûr, et je vais mettre en conformité mes dires et mes actes, comme toujours :D

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