La corrida est un sujet qui suscite de vifs débats partout où elle est pratiquée. Souvent, la sensibilité et la compassion envers l’animal s’opposent à la préservation d’une tradition, jugée artistique d’un côté, barbare et sadique de l’autre.
Déroulement d’une corrida
Sous sa forme moderne, héritée du fameux « traité de tauromachie » rédigé par le matador Francisco Montes « Paquiro » en 1836, le combat (lidia) de la corrida à l’espagnole se compose de trois parties.
Dans le premier tercio, le tercio de pique, le matador, assisté de ses peones, évalue le taureau qu’il va défier. Effectuant quelques passes de capes, le comportement de la bête est ainsi jaugé en fonction de son agressivité, sa corne maîtresse, sa noblesse, sa bravoure et sa castre. Ceci fait, les picadors font leur entrée.
Ces cavaliers (autrefois principaux protagonistes de la corrida) sont chargés d’affaiblir et de saigner le taureau. Montés sur un cheval portant une protection (caparaçon), ils enfoncent leurs piques dans le dos du taureau lorsque celui-ci, dirigé par le matador, les charge. Ces blessures, particulièrement profondes abîment les muscles permettant à l’animal de relever sa tête, et ainsi, de le faire « humiliar » et de le rendre plus « toréable ».
Ensuite vient le second tercio, le tercio de banderilles. Trois paires de ces banderilles, des bâtons de 80 cm terminés par un harpon de 4 cm, sont en général plantées par les peones même si certains matadors le font par eux-mêmes. Elles sont également posées dans le morillo (masse musculaire située à la base du cou), aggravant les blessures et la perte de sang du taureau et l’affaiblissant ainsi d’autant plus. Si l’un d’eux a le malheur de prendre acte de ces blessures et de refuser le combat, le président de la course peut, tel un César baissant le pouce, ordonner la pose de banderilles noires, dont les harpons sont plus longs et qui représentent une marque d’infamie.
Troisième tercio : le tercio de mise à mort. Après la faena de muleta où le matador, brandissant une cape rouge, prépare la bête à la mort, ce dernier lui porte l’estocade à l’aide d’une épée. L’estocade doit être placée dans la « croix » (cruz), zone étroite située à hauteur du garrot, entre la colonne vertébrale et l’omoplate droite. En principe, la lame est censée atteindre la veine cave caudale et l’aorte postérieure, situées dans la cage thoracique de l’animal. Après avoir porté quelques coups désespérés aux capes de diversions des peones, le taureau s’effondre sur ses pattes et un puntillero vient lui porter le coup de grâce à l’aide d’un petit poignard (puntilla) qu’il enfonce entre la base du crâne et le début de la colonne vertébrale, afin de détruire le cervelet et le début de la moelle épinière.
Souffrance de l’animal
L’un des points les plus débattus entre pro et anti-corrida reste le degré de souffrance du taureau.
Côté aficionados, Juan Carlos Illera a estimé avec certitude que l’animal ne ressent, lors du combat, que très peu de douleur grâce à la grosse quantité hormonale (10 fois plus que l’homme) de bêta-endorphine produite par le taureau lors d’un combat. Les aficionados s’en contentent, et les médias espagnols n’ont pas manqué de relayer l’information en masse.
De son côté, le vétérinaire José Enrique Zaldivar s’est chargé de démontrer le contraire, études à l’appui. Selon son « rapport technique vétérinaire » produit sur le sujet, les blessures infligées au taureau par les piques et les banderilles empêchent une sécrétion hormonale normale, et le taux d’ACTH et de cortisol (produits du stress) se trouve être bien inférieur à celui des taureaux n’ayant pas encore combattus. De plus, son rapport écarte catégoriquement le fait qu’une grande quantité de bêta-endorphine signifie moins de souffrances pour l’animal.
Et comme le rappellera Georges Chapouthier, directeur de recherche au CNRS, les études montrent au contraire que la production d’endorphines n’indique rien d’autre que le taux de souffrance du sujet. Au passage, Chapouthier soulignera que les affirmations de Juan Carlos Illera ne se basent sur aucune référence scientifique et ne fournissent aucune indication quant à la méthodologie utilisée.
Des vétérinaires américains regroupés au sein de l’association Humane Society Veterinary Medical Association (HSVMA), contestent également ces travaux et n’ont pas manqué d’en faire part, comme Zaldivar, devant le parlement catalan en 2010, dans le cadre des auditions ayant abouti à la suppression de la corrida dans cette région (application en janvier 2012).
Aussi, José Enrique Zaldivar va plus loin sur les pratiques utilisées. Toujours travaux à l’appui, il démontre que dans 70% des cas, les blessures causées par les piques des picadors se révèlent bien plus profondes que les 8,7 cm autorisés, et se portent à 20 cm en moyenne. Certaines perforent jusqu’à 30 cm de chair, affectent près de 20 muscles, et sectionnent au passage artères, veines, nerfs et ligaments, faisant ainsi perdre à l’animal entre 8 et 18% de son sang.
Le pire reste l’estocade. Censée atteindre la veine cave caudale lors du coup porté à la « croix » dorsale de l’animal, l’épée courbée de 80 cm du matador manque dans 80% des cas sa cible (étude portée sur près de 350 animaux). En fait, le plus souvent, l’arme touche les cordons nerveux proches de la moelle épinière, ce qui entraine une intense difficulté respiratoire pour le malheureux taureau. Parfois, elle touche le diaphragme ou le foie. Sans parler du fait qu’il arrive que le matador, ayant manqué son coup, retente plusieurs fois sa chance.
Le coup de grâce est porté, une fois l’animal à terre, par le puntillero qui place son poignard derrière la tête de la bête. Selon Zaldivar, appuyé par les révélations du taxidermiste de Madrid, ce puntilla censé toucher le cervelet du taureau et provoquer une mort instantanée n’a pour effet, dans la plupart des cas, que de le faire succomber par l’asphyxie due à la paralysie des mouvements respiratoires entraînant une hypoxie encéphalique. Il n’est donc pas rare que, lorsque le taureau est trainé en dehors de l’arène, ce dernier soit encore en vie, suffoquant.
Aussi, il n’est pas uniquement question du taureau. Les chevaux, montés par les picadors, ne sont pas en reste dans cette tragique histoire. Les yeux bandés, tremblant de panique, parfois drogués et soumis intégralement à leur cavalier, ces derniers encaissent toutes les charges du taureau en furie lors de l’exercice de la pique. Malgré les protections, en vigueur depuis 1928 (avant, nombre de chevaux finissaient éventrés, les intestins à l’air), beaucoup succombent encore à leurs blessures, certains parfois sur le coup. Et ceci est sans parler des corridas de rejon, portugaises, où le cheval n’a aucune protection et est au cœur de l’action.
La corrida comme tradition et identité régionale
Si l’aspect traditionnel et culturel de la corrida est indéniable – en Espagne, au Portugal, dans le midi de la France (culture introduite par l’impératrice Eugénie) et en Amérique du Sud – est-ce pour autant une raison de poursuivre ce triste spectacle financé par l’argent public ? Comme le scandent les opposants : « La torture n’est pas de la culture ». Et les pratiques historiques d’une région ne suffisent pas à apporter une légitimité indiscutable, sinon quoi il faudrait réintroduire les combats d’esclaves à Rome.
A noter que ces dernières années, les mentalités ont évolué au point que l’opinion public soit désormais majoritairement défavorable à la corrida, même dans les régions où elle se pratique régulièrement (voir sondage en France et Espagne). Les associations en faveur de l’abolition se multiplient, des collectifs de vétérinaires se créent. La situation atteint un degré tel que cette opinion est désormais la norme jusqu’à la ligne éditoriale des grands médias, et que les personnes favorables à cette discipline en sont même parfois nazifiés (voir chapitre sur la corrida dans le livre de Jean Robin, Petit dictionnaire des débats interdits mais légaux).
Non, ces gens ne sont pas, pour la plupart, des sadiques assoiffés de sang et de cruauté. Simplement des amateurs de tauromachie, nés dans ce monde et appréciant l’esthétique du spectacle, mais dont la passion, malheureusement, rend aveugle la raison.
La survie des taureaux de combat
La survie des taureaux de combat et de leur environnement d’élevage est également évoquée par les défenseurs de la corrida – durant 4 à 5 ans, ils sont élevés dans des conditions idéales (bien qu’une étude affirme que 48% seraient malades). Or il convient de rappeler que l’interdiction de la pratique de la corrida n’entraîne pas forcément l’extinction de la race taurine utilisée et la perte des vastes prairies préservées à cet effet.
En effet il existe d’autres formes de tauromachie, notamment la course camarguaise, la course landaise et la course de recortadores, où il n’est ni question d’effusion de sang, de torture ou de mise à mort. De plus, il s’agit surtout pour les anti-corrida de dénoncer des pratiques jugées barbares à l’encontre des animaux, plus que de vouloir préserver une race taurine créée par l’homme dans le seul but de flatter ses bas instincts.
Chances de survie et loyauté du combat
Aussi, on invoque la « chance » donnée à l’animal de s’en sortir, et, plus incroyable encore, l’égalité des chances entre le matador et son sujet. Il suffit de regarder une corrida pour se rendre compte que le « combat » est fortement inégal. Le taureau fait face seul à plus d’une dizaine d’adversaires, armés, qui le saignent à petit feu, utilisant sa naïveté, et le harcèlent de toutes parts en l’empêchant de se reposer ou de se déplacer librement. De plus, certains sont à cheval et sont, de ce fait, intouchables. Seul le cheval, autre martyr, prend les coups.
Lors de la mise à mort, le matador est en pleine forme, l’animal est épuisé et a été fortement affaibli par d’autres tortionnaires. Mais selon les pro-corrida, il aurait ainsi « l’honneur » de mourir en combattant. Inutile de préciser qu’ici, l’appellation « combat » est fortement osée lorsqu’on affronte son adversaire à 10 contre 1. Force est de le constater : le prétendu combat est inégal et se résume beaucoup plus à une séance de torture, d’affaiblissement et d’agonie qu’à autre chose. Un chiffre seul résume cette pensée : en Europe, entre 1950 et 2003, il est mort 1 matador pour 41 500 taureaux tués dans le même temps.
Même si les difficiles conditions de vie des animaux d’élevage sont un autre combat tout aussi important (voir ce site par exemple), ces dernières sont généralement tuées d’un coup rapide et ciblé. Le décès est immédiat, ou, dans le pire des cas (concernant les pratiques rituelles musulmanes et juives) très bref. Et puis, surtout, aucune foule en liesse ne se rassemble par millier pour fêter cette mort, nécessaire à notre alimentation (l’homme est ainsi fait qu’il a besoin de se nourrir de graisses et de protéines).
Quoi qu’il en soit, l’argument qui consiste à dire qu’il « vaut mieux mourir en combattant que de vivre à genoux » ne tient pas dans la mesure où le combat est plié d’avance (sauf en cas de grâce du président, très rare et sans assurance que l’animal survive aux blessures graves déjà subies) et que les conditions d’élevage intensif des animaux sont quelque chose de tout aussi condamnable et qu’il ne faut pas oublier.
L’honneur d’une mort noble…
Pour finir, voyons dans les détails ce qui est appelé une mort noble par les aficionados de la corrida.
Durant plus d’un quart d’heure, l’animal, qui n’a rien demandé à personne, est plongé, après avoir été mis dans des conditions de stress intense dues au transport et à son enfermement, dans une arène remplie de centaines, voire de milliers de spécimens bruyants d’une espèce qu’il a rarement vu aussi nombreuse. On ferme la porte derrière lui, l’arène est fermée de toute part.
« Dans les premiers moments j’ai cru qu’il fallait seulement se défendre. Mais cette place est sans issue, je commence à comprendre » ♫ (Cabrel, la corrida)
Puis certaines de ces étranges créatures approchent. L’animal n’en a jamais vu à pied. Ils agitent des draps, cela l’énerve, le fait se sentir menacé. Il fonce… en vain. Tous se dérobent devant lui, il s’épuise. Le torero, ce petit bonhomme qui vient souvent vers lui, le provoque.
« Je ne vais pas trembler devant ce pantin, ce minus ! Je vais l’attraper, lui et son chapeau, les faire tourner comme un soleil » ♫
Mais soudain, des hommes à cheval entrent et, lorsqu’il les charge, des pointes douloureuses pénètrent dans son dos, lui font perdre du sang et déchirent ses muscles. Il n’arrive presque plus à lever sa tête, et donc utiliser son seul moyen de défense : ses cornes (si elles n’ont pas été taillées auparavant, lui faisant perdre son équilibre). D’autres hommes entrent, lui enfoncent des harpons acérés dans le dos. Il souffre et s’épuise à charger dans le vide, impuissant.
« J’en ai poursuivi des fantômes, presque touché leurs ballerines. Ils ont frappé fort dans mon cou pour que je m’incline. Ils sortent d’où ces acrobates, avec leurs costumes de papier ? J’ai jamais appris à me battre contre des poupées. » ♫
Après quelques charges désespérées face à ce « minus » provoquant, ce dernier lui rentre 80 cm d’acier de Tolède dans le dos. Brutalement, il faiblit, éprouve des difficultés à respirer. Dernières charges, puis il s’écroule. Un homme s’avance, lui rentre un poignard dans le cou. En 15 minutes sa vie paisible est devenue un enfer interminable. Il n’a rien compris, n’a rien pu faire, a souffert, puis a sombré dans l’agonie.
Une question d’éthique
Lui, puissant taureau, doté comme tout animal d’une sensibilité et d’une fierté, a offert sa chute en spectacle, lors d’un combat déloyal, à des êtres misérables au point de se réunir pour jouir ensemble de leur supériorité.
Et dire que certains pensent que nous, humains, sommes dotés d’une âme. Mieux : contrairement aux autres espèces – pour qui la violence est naturelle, sert leur survie et l’expansion de leur groupe – nous sommes tous équipés d’un cerveau néo-mammalien qui nous accorde le privilège d’avoir de l’éthique. Une éthique nous donnant les capacités de prendre acte de notre supériorité, et d’en faire un devoir et une responsabilité à l’égard des autres espèces. Nous disposons d’un cerveau bien évolué, certes, mais encore faut-il savoir s’en servir.
Pendant ce temps, les applaudissements continuent à descendre des tribunes de ces arènes de la cruauté, comme autant d’approbation à la mise en scène sadique de cette supériorité humaine sur le monde animal.
Dans sa magnifique chanson consacrée à cette pratique d’un autre temps, le grand Cabrel, nous plongeant dans l’esprit d’un de ces taureaux condamnés, conclut à merveille sur cette tragique réalité : « Je les entends rire comme je râle. Je les vois danser comme je succombe. Je pensais pas qu’on puisse autant s’amuser autour d’une tombe. »
… Est-ce que ce monde est sérieux ? ♫
Christopher Lings
.
La corrida est un sujet qui suscite de vifs débats partout où cette dernière est pratiquée. Souvent, la sensibilité et la compassion envers l’animal s’opposent à la préservation d’une tradition, jugée artistique d’un côté, barbare et sadique de l’autre.
Déroulement d’une corrida
Sous sa forme moderne, héritée du fameux « traité de tauromachie » rédigé par le matador Francisco Montes « Paquiro » en 1836, le combat (lidia) de la corrida à l’espagnole se compose de trois parties.
Dans le premier tercio, le tercio de pique, le matador, assisté de ses peones, évalue le taureau qu’il va défier. Effectuant quelques passes de capes, le comportement de la bête est ainsi jaugé en fonction de son agressivité, sa corne maîtresse, sa noblesse, sa bravoure et sa castre. Ceci fait, les picadors font leur entrée.
Ces cavaliers (autrefois principaux protagonistes de la corrida) sont chargés d’affaiblir et de saigner le taureau. Montés sur un cheval portant une protection (caparaçon), ils enfoncent leurs piques tranchants dans le dos du taureau lorsque celui-ci, dirigé par le matador, les charge. Ces blessures, particulièrement profondes abîment les muscles permettant à l’animal de relever sa tête, et ainsi, de le faire « humiliar » et de le rendre plus « toréable ».
Ensuite vient le second tercio, le tercio de banderilles. Trois paires de ces banderilles, des bâtons de 80 cm terminés par un harpon de 4 cm, sont en général plantées par les peones même si certains matadors le font par eux-mêmes. Elles sont également posées dans le morillo (masse musculaire située à la base du cou), aggravent les blessures et la perte de sang du taureau et l’affaiblissent ainsi d’autant plus. Si l’un d’eux à le malheur de prendre acte de ces blessures et de refuser le combat, le président de la course peut, tel un César baissant le pouce, ordonner la pose de banderilles noires, dont les harpons sont plus longs et qui représentent une marque d’infamie.
Troisième tercio : le tercio de mise à mort. Après la faena de muleta où le matador, brandissant une cape rouge, prépare la bête à la mort, ce dernier lui porte l’estocade à l’aide d’une épée. L’estocade doit être placée dans la « croix » (cruz), zone étroite située à hauteur du garrot, entre la colonne vertébrale et l’omoplate droite. En principe, la lame est censée atteindre la veine cave caudale et l’aorte postérieure, situées dans la cage thoracique de l’animal. Après avoir porté quelques coups désespérés aux capes de diversions des peones, le taureau s’effondre sur ses pattes et un puntillero vient lui porter le coup de grâce à l’aide d’un petit poignard (puntilla) qu’il enfonce entre la base du crâne et le début de la colonne vertébrale, afin de détruire le cervelet et le début de la moelle épinière.
Souffrance de l’animal
L’un des points les plus débattus entre pro et anti-corrida reste le degré de souffrance du taureau.
Aussi, José Enrique Zaldivar va plus loin sur les pratiques utilisées. Toujours avec travaux à l’appui, il démontre que dans 70% des cas, les blessures causées par les piques des picadors se révèlent bien plus profondes que les 8,7 cm autorisés (20 cm en moyenne). Certaines perforent jusqu’à 30 cm de chaire, affectent près de 20 muscles, et sectionnent au passage artères, veines, nerfs et ligaments, faisant ainsi perdre à l’animal entre 8 et 18% de son sang.
Le pire reste l’estocade. Censée atteindre la veine cave caudale lors du coup porté à la « croix » dorsale de l’animal, l’épée courbée de 80 cm de long du matador manque dans 80% des cas sa cible (étude portée sur près de 350 animaux). En fait, le plus souvent, l’arme touche les cordons nerveux proches de la moelle épinière, ce qui entraine une intente difficulté respiratoire pour le malheureux taureau. Parfois, elle touche le diaphragme ou le foie. Sans parler du fait qu’il arrive que le matador, ayant manqué son coup, retente plusieurs fois sa chance.
Le coup de grâce est porté, une fois l’animal à terre, par le puntillero qui place son poignard derrière la tête de la bête. Selon Zaldivar, appuyé par les révélations du taxidermiste de Madrid, ce puntilla censé toucher le cervelet du taureau et provoquer une mort instantanée n’a pour effet, dans la plupart des cas, que de le faire succomber par l’asphyxie due à la paralysie des mouvements respiratoires entraînant une hypoxie encéphalique. Il n’est donc pas rare que, lors que le taureau est trainé en dehors de l’arène, ce dernier soit encore en vie, suffoquant.
Aussi, il n’est pas uniquement question du taureau. Les chevaux, montés par les picadors, ne sont pas en reste dans cette tragique histoire. Les yeux bandés, tremblant de panique et soumis intégralement à leur cavalier, ces derniers encaissent toutes les charges du taureau en furie lors de l’exercice de la pique. Malgré les protections, en vigueur depuis 1928 (avant, nombre de chevaux finissaient éventrés, les intestins à l’air), beaucoup succombent encore à leurs blessures, certains parfois sur le coup. Et ceci est sans parler des corridas de rejon, portugaises, où le cheval n’a aucune protection et est au cœur de l’action.
La corrida comme tradition et identité régionale
Si l’aspect traditionnel de la corrida est indéniable – en Espagne, au Portugal, dans le midi de la France (culture introduite par l’impératrice Eugénie) et en Amérique du Sud – est-ce pour autant une raison de poursuivre ce triste spectacle financé par l’argent public ? Comme le scandent les opposants : « La torture n’est pas de la culture ». Et les pratiques historiques d’une région ne suffisent pas à apporter une légitimité indiscutable, sinon quoi il faudrait réintroduire les combats d’esclaves à Rome.
A noter que ces dernières années, les mentalités ont évolué au point que l’opinion public soit désormais majoritairement défavorable à la corrida, même dans les régions où elle se pratique régulièrement (voir sondage en France et Espagne). La situation atteint un degré tel que cet opinion est désormais la norme jusqu’à la ligne éditoriale des grands médias, et que les personnes favorables à cette discipline en sont même parfois nazifiés (voir chapitre sur la corrida dans le livre de Jean Robin sur les débats interdits mais légaux).
Non, ces gens ne sont pas, pour la plupart, des sadiques assoiffés de sang et de cruauté. Simplement des amateurs de tauromachie, nés dans ce monde et appréciant l’esthétique du spectacle, mais dont la passion, malheureusement, rend aveugle la raison.
La survie des taureaux de combat
La survie des taureaux de combat et de leur environnement d’élevage (ils sont élevés durant 4 à 5 ans dans des conditions idéales) est également évoquée par les défenseurs de la corrida. Or il convient de rappeler que l’interdiction de la pratique de la corrida n’entraîne pas forcément l’extinction de la race taurine utilisée et la perte des vastes prairies préservées à cet effet.
En effet il existe d’autres formes de tauromachie, notamment la course camarguaise, la course landaise et la course de recortadores, où il n’est ni question d’effusion de sang, de torture ou de mise à mort.
Chances de survie et loyauté du combat
Aussi, on invoque la « chance » donnée à l’animal de s’en sortir, et, plus incroyable encore, l’égalité des chances entre le matador et son sujet. Il suffit de regarder une corrida pour se rendre compte que le « combat » est fortement inégal. Le taureau fait face seul à plus d’une dizaine d’adversaires, armés, qui le saignent à petit feu, utilisant sa naïveté, et l’harcèlent de tous les côtés en l’empêchant de se reposer ou de se déplacer librement. De plus, certains sont à cheval et sont, de ce fait, intouchables. Seul le cheval, autre martyr, prend les coups.
Lors de la mise à mort, le matador est en pleine forme, l’animal est épuisé et a été fortement affaibli par d’autres tortionnaires. Mais selon les pro-corrida, il aurait ainsi « l’honneur » de mourir en combattant. Inutile de préciser qu’ici, l’appellation « combat » est fortement osée lorsqu’on affrontement son adversaire à 10 contre 1. Force est de le constater : le prétendu combat est inégal et se résume beaucoup plus à une séance de torture, d’affaiblissement et d’agonie qu’à autre chose. Un chiffre seul résume cette pensée : en Europe, entre 1950 et 2003, il est mort 1 matador pour 41 500 taureaux tués dans le même temps.
Même si les conditions de vie des animaux d’élevages sont un autre combat tout aussi important, ces dernières sont généralement tuées d’un coup rapide et ciblé. Le décès est immédiat, ou, dans le pire des cas (concernant les pratiques rituelles musulmanes et juives) très bref. Et puis, surtout, aucune foule en liesse ne se rassemble par millier pour fêter cette mort, nécessaire à notre alimentation (l’homme est ainsi fait qu’il a besoin de se nourrir de graisses et de protéines).
Quoi qu’il en soit, l’argument qui consiste à dire qu’il « vaut mieux mourir en combattant que de vivre à genoux » ne tient pas dans la mesure où le combat est plié d’avance (sauf en cas de grâce du président, très rare et sans assurance que l’animal survive aux blessures graves déjà subies) et que les conditions d’élevage intensif des animaux est quelque chose de tout aussi condamnable et qu’il ne faut pas oublier.
L’honneur d’une mort noble…
Pour finir, voyons dans les détails ce qui est appelé une mort noble par les aficionados de la corrida.
Durant plus d’un quart d’heure, l’animal, qui n’a rien demandé à personne, est plongé, après avoir été mis dans des conditions de stress intense dues au transport et à son enfermement, dans une arène remplie de centaines, voire de milliers de spécimens bruyants d’une espèce qu’il a rarement vu aussi nombreuse. On ferme la porte derrière lui, l’arène est fermée de toute part.
« Dans les premiers moments j’ai cru qu’il fallait seulement se défendre. Mais cette place est sans issue, je commence à comprendre » ♫ (Cabrel, la corrida)
Puis certaines de ces étranges créatures approchent. L’animal n’en a jamais vu à pied. Ils agitent des draps, cela l’énerve, le fait se sentir menacé. Il fonce… en vain. Tous se dérobent devant lui, il s’épuise. Le torero, ce petit bonhomme qui vient souvent vers lui, le provoque.
« Je ne vais pas trembler devant ce pantin, ce minus ! Je vais l’attraper, lui et son chapeau, les faire tourner comme un soleil » ♫
Mais soudain, des hommes à cheval entrent et, lorsqu’il les charge, des pointes douloureuses pénètrent dans son dos, lui font perdre du sang et déchirent ses muscles. Il n’arrive presque plus à lever sa tête, et donc utiliser son seul moyen de défense : ses cornes (si elles n’ont pas été taillées auparavant, lui faisant perdre son équilibre). D’autres hommes entrent, lui enfoncent des harpons acérés dans le dos. Il souffre et s’épuise à charger dans le vide, impuissant.
« J’en ai poursuivi des fantômes, presque touché leurs ballerines. Ils ont frappé fort dans mon cou pour que je m’incline. Ils sortent d’où ces acrobates, avec leurs costumes de papier ? J’ai jamais appris à me battre contre des poupées. » ♫
Après quelques charges désespérées face à ce « minus » provoquant, ce dernier lui rentre 80 cm d’acier de Tolède dans le dos. Brutalement, il faiblit, éprouve des difficultés à respirer. Dernières charges, puis il s’écroule. Un homme s’avance, lui rentre un poignard dans le coup. En 15 minutes sa vie a basculé. Il n’a rien compris, n’a rien pu faire, a souffert, puis a sombré dans l’agonie.
Une question d’éthique
Lui, puissant taureau, doté comme tout animal d’une sensibilité et d’une fierté, a offert sa chute en spectacle, lors d’un combat déloyal, à des êtres misérables au point de se réunir pour jouir ensemble de leur supériorité.
Et dire que certains pensent que nous, humains, sommes dotés d’une âme. Mieux : contrairement aux autres espèces – pour qui la violence est naturelle, sert leur survie et l’expansion de leur groupe – nous sommes tous équipés d’un cerveau néo-mammalien qui nous accorde le luxe d’avoir de l’éthique. Une éthique nous donnant les capacités de prendre acte de notre supériorité, et d’en faire un devoir et une responsabilité à l’égard des autres espèces. Nous disposons d’un cerveau bien évolué, certes, mais encore faut-il savoir s’en servir.
Pendant ce temps, les applaudissements continuent à descendre des tribunes de ces arènes de la cruauté, comme autant d’approbation à la mise en scène sadique de cette supériorité humaine sur le monde animal.
Dans sa magnifique chanson consacrée à cette pratique d’un autre temps, le grand Cabrel, nous plongeant dans l’esprit d’un de ces taureaux condamnés, conclut à merveille sur cette tragique réalité : « Je les entends rire comme je râle. Je les vois danser comme je succombe. Je pensais pas qu’on puisse autant s’amuser autour d’une tombe. »
… Est-ce que ce monde est sérieux ? ♫
Images : Remate de pecho de Raul Alonso, templando / flickr | Untitled / flickr
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@ Ghalloun :
“Donc je préfère que des taureaux soient tués, même de façon barbare, plutôt que des hommes”
Ai-je bien lu ? Parce que des hommes s’entre-tuent depuis la nuit des temps, les taureaux doivent mourir dans des conditions atroces ! Elle est bonne celle-là !
“Il est affligeant de voir tant de jeunes et de jeunes couples qui se baladent avec un chien, mais n’ont pas d’enfants. Est-ce un signe d’espérance, d’humanité?”
Ah bon, parce qu’avoir un chien ou un chat avant d’avoir un enfant (tiens, cela pourrait être le cas de Jean !)
est un signe négatif ?
“J’ai même vu une fois un ado de 18 ans porter un caniche dans ses bras comme une mamie. C’est à pleurer !”
Eh bien moi, MONSIEUR, j’ai porté mon chien qui ne pouvait plus se traîner, et loin de m’être sentie ridicule, j’ai comme le sentiment que cela participait de mon humanité !
L’humanité n’est pas sélective, l’humanité doit se manifester à l’égard de tout ce qui souffre, animaux, humains, et végétaux (dévastés eux aussi comme vous l’ignorez peut-être), pourquoi toujours les mettre en opposition ?
“Les hommes ont plus de prix que les animaux” dites-vous encore : Qui donne un prix, où avez-vous lu cela ?
Non, comme l’a très bien souligné un débatteur, certains animaux valent bien plus que certains humains, nuisibles à la communauté ! Regardez les faits divers : Qui nuit sur Terre, qui commet les pires atrocités qui alimentent le quotidien de nos actualités ?
Seraient-ce les chats qui violent, les chiens qui pillent, les taureaux qui foutent le bordel ?
Peut-être pourriez-vous, vous aussi, vous sacrifier pour racheter toutes les conneries de vos congénères !!!!!!!!
Martine, c’est une question de foi. Je crois que l’âme humaine, même celle du pire criminel, à un prix infini parce qu’elle est faite pour la béatitude divine. Un animal, lui, n’a pas d’âme, pas de conscience réfléchie. Il loue Dieu d’une certaine manière, mais il appartient au monde matériel. Un infini le sépare de nous.
Finalement, à quoi bon aimer les taureaux, les chiens et les chats si l’on n’aime pas les humains? Il y a une haine de l’homme chez certains écologistes et chez certains défenseurs des animaux. C’est sûr que c’est plus simple d’aimer son chien en lui donnant des caresses et un repas trois fois par jour que d’aimer son voisin qui est bourré de défauts. C’est un amour pour des âmes étriquées.
Martine, si vous aimez les animaux plus que certains hommes, est-ce que vous les aimez aussi plus que vous même? Est-ce que vous avez la haine de vous-même à cause de tous les moustiques qui ont été écrasés chaque fois que vous vous déplacer en voiture? Est-ce que vous avez la haine pour les conducteurs qui écrasent des sangliers “innocents” ? Est-ce que vous seriez prête à verser votre sang et à mourir sous la griffe d’un lion pour protéger un mouton?
@ Ghalloun :
Bonjour,
“Un animal, lui, n’a pas d’âme” …
Je m’arrête là pour l’instant : Qui a prouvé qu’un animal n’avait pas d’âme, comment a-t-on prouvé qu’un animal ne pouvait pas avoir d’âme ???
Il n’y a pas si longtemps encore, les hommes se demandaient si les femmes avaient une âme ….. :
“La femme est une surface qui mime la profondeur. Friedrich Nietzsche”
Plus près de nous :
Dépourvue d’âme, la femme est dans l’incapacité de s’élever vers Dieu. En revanche, elle est en général pourvue d’un escabeau qui lui permet de s’élever vers le plafond pour faire les carreaux. C’est tout ce qu’on lui demande. Pierre Desproges
Des petites phrases sur l’âme de vos consÅ“urs, cher monsieur, il y en a des centaines et des centaines,
il n’est toujours pas prouvé que les femmes aient une âme, mais idem pour les hommes, comment savez-vous que vous, vous avez une âme ?
Connaissez-vous cette jolie phrase de Lamartine :
“Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer?”
Bon dimanche !
@ Martine
Amusant de dire qu’un animal n’a pas d’âme, alors que justement en latin l’âme se dit “animus” d’où “animal”. Donc, bien sûr que les animaux ont une âme, et ce par définition, au même titre que les hommes. Mais seuls ces derniers auraient une âme immortelle, là est la différence.
Le dieu: immortel de corps et d’âme
L’homme: mortel de corps, immortel d’âme
L’animal: mortel de corps, mortel d’âme
Qu’est ce que c’est que cette histoire d’”âme humaine”, quel délire bigot et franquiste en plein 21éme siècle.
La Science démontre que nous descendons du singe , donc nous n’avons pas plus d’âme que ce dernier n’en déplaise aux anthropocentristes fanatiques. Et quand on voit la cruauté à laquelle est capable l’Homme (qui est en train de détruire la Planète soit dit en passant), je crois que nous n’avons pas à nous sentir supérieur aux animaux (surtout les mammiféres, si proches de nous).
Et puis qu’est ce que c’est que ce spécisme révoltant, qui fait de l’Homme le centre de l’Univers?
En tous cas la corrida (je ne parle pas des “vachettes landaises” ou de la “pamplonada” où les animaux sont certes stressés mais au moins pas massacrés au cours de l’événement) est une HONTE ABSOLUE et j’en suis un opposant déterminé.
@Martine, Thomas Ferrier, Ghalloun, et les autres
Ecoutez ce sur on peut danser, chanter, et boire, après une manifestation taurine. Là ça vous donnera une idée du niveau des gens!
http://www.youtube.com/watch?v=nQAB3Zicm_M
http://www.youtube.com/watch?v=cgmZp-FX9qQ&feature=player_detailpage
http://www.youtube.com/watch?v=kklGVN88soo&feature=player_detailpage
Connaissez-vous Fadjen, le taureau sauvé du supplice des corridas par Christophe, en Bretagne?
Cette histoire véridique et actuelle est extraordinaire car on comprend très bien combien le taureau est paisible quand il est bien traité. Que du bonheur et de l’ amour! L’ inverse de ce que je ressents qand je vois des extraits de corridas de muerte.”Corrida basta” et le Monde sera meilleur.
Bonsoir,
@ Gribouille : “le taureau est paisible quand il est bien traité” : Bien sûr !
C’est ce que j’ai dit dans le débat complémentaire :
Rassemblement anti corrida arène rodilhan (08.10.11)
“J’ai vécu longtemps à la campagne, si tu laisses les taureaux tranquilles, ils te laissent tranquilles”
Ce à quoi quelqu’un m’a répondu tout de go :
“Si on n’élève pas de taureaux de combat, si on les laisse tranquilles, ils sont aussi sympas qu’un labrador.
Ok, j’ai compris.”
Je ne sais pas si la personne en question a compris,ce que je sais c’est que les idées reçues ont la vie dure !
Bonne soirée
Si je ne me trompe pas, un thème majeur de ce courant écologiste est l’innocence des animaux.
J’aimerais bien que Martine ou l’auteur de l’article détaille ce concept que je trouve un peu étrange. Je vous propose quelques questions.
Est-ce que tous les animaux sont innocents par principe, ou seul sont innocents ceux qui ne sont pas prédateurs? Est-ce que ceux qui mangent des plantes sont innocents puisqu’ils tuent ces êtres vivants du règne végétal, mais ne les font pas souffrir? Est-ce qu’un animal qui tue un être humain, par exemple pour le manger est moins innocent qu’un autre? (ça peut être le cas de grands serpents ou de fauves).
Comment définir la notion d’innocence? S’articule-t-elle autour de la notion de ne pas faire le mal, ou différemment? Est-ce qu’un animal peut faire le mal? Est-ce qu’un animal peut ne pas faire le mal? Y a-t-il des humains qui ne font jamais le mal? Y a-t-il des humains innocents? Y a-t-il un mal acceptable en deçà duquel tel animal ou tel humain peut être déclaré innocent? Selon quels critères?
Merci pour vos réponses à ces questions, et même à d’autres.
A propos de la légende de l’âme des femmes, je vous renvoie à cet article Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Âme_des_femmes
Comme Wikipedia ne garantit pas ses sources, vous avez tout le loisir de les vérifier vous-même. Vous pouvez aussi regarder l’historique de l’article et la page de discussion pour voir comment s’est construit l’article et qui a contribué comment.
@ Ghalloun : Si, vous vous trompez, me semble-t-il !
Le débat ne tourne pas autour de l’innocence “présumée” des animaux, mais du plaisir qu’éprouvent CERTAINS êtres humains à faire souffrir les animaux …. juste pour leur plaisir !
Ne vous trompez pas de débat …
Les animaux tuent par NECESSITE, pas pour le plaisir …
Les êtres humains qui participent à la corrida TUENT pour leur PLAISIR …., car il n’y a dans ce cas aucune nécessité de tuer, sinon le plaisir sadique puisque la torture précède la mise à mort.
Voyez-vous la différence ?
Je suis né à Bayonne et j’y ai grandi imprégné de culture basque (langue, pelote, musique…). Pour autant, la corrida est une pratique qui m’écœure depuis mon plus jeune âge. A 5 ans, c’est une réaction basique de l’enfant qui répond qu’il sera vétérinaire quand il sera plus grand. Aujourd’hui, adulte omnivore, pas vétérinaire de métier, je milite activement pour l’abolition de la corrida. Je ne porte pas de banderoles devant les arènes (je l’ai fait une fois et j’ai trouvé que cela engendrait de la haine), mais j’explique autour de moi le déroulement factuel d’un « spectacle » tauromachique, comme cela est fait dans cet article. D’ailleurs, j’ajoute, que le rôle des banderilles est aussi de crever des poches de sang, provoquées par les piques du tercio précédant, de sorte que l’animal ne tombe pas d’une hémorragie interne avant la fin des festivités, histoire que le matador ait le temps de montrer sa bravoure. Je trouve également que l’auteur a été très discret sur ce que l’on appelle pudiquement la « préparation du taureau »… Cela fera peut-être l’objet d’un prochain article ? Au passage, vous remarquerez que ma façon d’orthographier le mot taureau me place déjà dans le camps des « anti » puisque l’aficionado, lui, écrit « toro », et ce n’est pas de l’illettrisme… enfin je crois !
J’ai lu attentivement les 60 commentaires qui précèdent et pour répondre à ceux qui nous renvoient systématiquement la comparaison avec les conditions déplorables d’élevage et d’abattage des animaux de consommation, il y a très certainement de nombreuses améliorations à apporter. Lorsque la corrida ne sera qu’un mauvais souvenir, j’espère le plus rapidement possible, il est probable que j’apporterai mon soutient aux associations qui travaillent sur la question. L’Europe avait déjà imposé pas mal de solutions pour le bien-être animal, en grande partie anéanties depuis l’apparition de l’abattage rituel dans nos abattoirs, une régression qu’il faut condamner et combattre. Simon Casas (président des arènes de Nîmes, Bernard Domb de son vrai nom, pas assez hispanisant pour être crédible), lui, déclare carrément que si le choix lui était donné, il préfèrerait être un taureau de combat, grandir cinq ans dans les grandes plaines et mourir dignement dans une arène que d’être un vulgaire bovin d’élevage abattu à 24 ou 36 mois. D’abord, tous les taureaux ne vivent pas jusqu’à 5 ans, ceux qui sont présentés pour les novilladas (corridas pour toreros débutants), n’ont pas une espérance de vie supérieure à celle d’une charolaise et il y a pire encore, le nombre incalculable de veaux massacrés dans les écoles taurines par des gamins entre 8 et 12 ans complètement endoctrinés. De plus, si l’on mettait réellement Monsieur Casas dans la position de choisir sa mise à mort, il préfèrerait sans doute une balle dans la tête plutôt que d’être charcuté à coup de fléchettes ou d’aiguilles à tricoter jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Concernant maintenant ceux qui craignent la disparition des taureaux et en appelle à la sauvegarde de la biodiversité. La biodiversité est l’ensemble des espèces animales et végétales issues de l’évolution (je sais que « évolution » est un mot grossier pour nombre des internautes ayant déjà réagis à cet article), or le taureau dit « de combat » est une race créée de toute pièce à coup de croisements et d’amélioration génétique pour obtenir l’animal que l’on connaît aujourd’hui aux allures mythologiques. Cela ne me gênerait pas si cette lignée disparaissait et j’ajoute, sur le ton de la plaisanterie, que la race des jeunes femmes vierges a bien disparue en Amazonie depuis que ses habitants ont cessé de leur arracher le cœur à vif en offrande à je ne sais quel Dieu.
Un autre commentaire nous parle du déficit économique qu’engendrerait la fin de la tauromachie en France dans les communes concernées. C’est exactement tout l’inverse, la corrida est une activité déficitaire. C’est le contribuable (pro ou anti) qui finance en partie la tauromachie par ses impôts locaux. Et heureusement qu’il y a encore les touristes. S’il n’y avait que les aficionados, les arènes françaises mettraient à coup sur la clé sous la porte. Les touristes sont indispensables à la survie de cette activité. Si tous les estivants vont voir une corrida, juste une seule fois en famille (même s’ils en ressortent avec la nausée, la culpabilité à vif d’avoir montré cela à leurs enfants, et qu’il n’y retourneront jamais), le maire, qui ne peut être qu’aficionado, peut encore mentir sur l’équilibre des comptes. C’est la raison pour laquelle, il faut savoir qu’en allant assister à une corridas, « juste pour voir », vous participez à sa survie. Certaines communes usent même de publicités mensongères laissant croire aux touristes qu’il vont assister à un spectacle de taureau piscine leur rappelant les années « intervilles » et Guy Lux. Et puis, il n’est pas nécessaire de voir pour se faire un avis, je n’ai moi-même jamais vu le couperet d’une guillotine s’abattre sur quelqu’un et suis pourtant un abolitionniste convaincu.
Il y aurait encore beaucoup à répondre à ceux qui digressent sur la famine dans le monde ou pire sur « l’ « holocauste » résultant de la légalisation de l’avortement » (j’ai même du mal à l’écrire, tellement c’est abject), mais est-ce bien nécessaire ? Et à la décharge des aficionados, dont j’ai rencontré quelques spécimens, je dois avouer qu’ils sont mal représentés sur ce forum : certains d’entre eux sont moins archaïques.
@Martine
Si la notion d’innocence animale n’est pas en jeu, je reviens à un argument précédent : la hiérarchie dans le mal.
Je n’ai pas personnellement de plaisir à faire souffrir des animaux. Il m’arrive d’écraser des mites dans mon appartement, mais je vais rarement plus loin. J’ai été scout et j’aime profondément la nature, qui est une source inépuisable de contemplation et d’enseignement. Peut-etre que ce serait une bonne chose de mettre fin aux corridas, de les réduire ou de les modifier d’une manière ou d’une autre. J’avançais dans un commentaire précédent l’idée que quitte à ce qu’il y ait de la violence, autant qu’elle s’exerce contre les animaux que contre les hommes. Elle est exercée par malice dans les deux cas. Je ne sais pas si pour un peuple, pratiquer la corrida peut éviter par exemple la guerre, ou si au contraire si va inciter à la violence contre les hommes par une logique d’entrainement. C’est un peu la meme question que les sports de combat. Est-ce qu’ils canalisent les pulsions ou a contraire est-ce qu’ils nourrissent et entrainent une violence plus grande encore?
Mais quoi qu’il en soit, je regrette, la violence et meme le meurtre exercé contre les hommes me scandalise immensément plus que la corrida. Et ce n’est pas une digression de mettre en parallèle l’holocauste de l’avortement (ou de la Shoah) avec la corrida. Dans les deux cas, la violence la plus barbare s’exerce contre l’innocent (dans la mesure ou un animal peut etre qualifié d’innocent). Mais comme l’homme a un prix infiniment plus élevé que l’animal, il est plus juste d’agir contre l’avortement que contre la corrida. La premier est prioritaire sur le second. L’homme a un prix infiniment plus élevé que l’animal car il a une ame alors que l’animal a un psychisme ou une conscience certes, mais pas de conscience réfléchie. L’homme, je le répète, est fait pour la béatitude divine, pour l’union et la contemplation éternelle avec Dieu. Il a été voulu par Dieu pour lui-meme au contraire de l’animal qui n’a pas sa fin en soi. Les animaux, du reste, louent Dieu à leur manière, et ne seront pas jugés. Ils appartiennent à un ordre radicalement différent.
Je suis désolé de convoquer Dieu dans mon commentaire, ça doit faire grincer quelques dents. Je n’ai pas le choix, puisque c’est au nom de la foi chrétienne que je peux dire que l’homme n’a pas de commune mesure avec l’animal. Sans cela, tout se vaut, l’animal a meme valeur que l’homme, et la souffrance de l’un importe autant que celle de l’autre. Peut-etre que les philosophes grecs apportent une réponse à cela sans faire appel au christianisme. Je ne sais pas. Peut-etre que quelqu’un pourra nous éclairer?
@ Ghalloun : “Mais comme l’homme a un prix infiniment plus élevé que l’animal, il est plus juste d’agir contre l’avortement que contre la corrida”
Qui fixe les prix ?
Selon quels critères ?
“L’homme, je le répète, est fait pour la béatitude divine”
Je ne sais pas comment vous arrivez à voir de la “béatitude divine” dans les images sanguinolentes et d’une violence inouïe que nous offrent la corrida et les aficionados ???
Quant à mettre en parallèle l’avortement et la corrida, là , je ne sais plus où j’en suis ….
A l’aide !
@Martine
Je t’aime beaucoup, mais là tu n’y est pas. Dans toutes les civilisations tu retrouves de la cruauté humaine envers les animaux. C’est comme ça, c’est inné. On y peut rien! Maintenant, j’ose admettre que par moment en manifestation taurine j’ai vu des débordements ( genre un coup de pied à la bête, ou un truc dans ce genre!)
@ Flo : “C’est comme ça, c’est inné”
Eh bien, avec de tels propos, faut pas s’étonner que nous en soyons toujours là à l’aube du 3ème millénaire !
Désolée, chez moi, la violence et la barbarie ne sont pas “innées” …. et j’ose espérer que je ne suis pas la seule à vivre cette “anormalité”.
Je songe à ce pauvre Malraux qui aurait dit (Ce n’est pas avéré, mais admettons …..) :
“Le 21eme siècle sera spirituel, ou ne sera pas”
Assurément, IL NE SERA PAS !
Bonne soirée devant la retransmission d’une belle corrida qui sent bon la tradition de la cruauté humaine
envers les animaux !!!
Les tigres sont mille fois plus menacés par l’extinction que le taureau…mais peut-être c’est vrai qu’on devrait limiter un peu la casse!
@ Ghalloum
“Je pense que l’humanité n’est pas nécessairement la favorite de la nature, que l’humanité peut très bien disparaître, que nous ne sommes pas une espèce sacrée, qu’il y a eu dix millions d’espèces animales jusqu’ici tandis que neuf millions ont été éliminés. On n’est pas une espèce élue comme on l’a cru pendant longtemps, la nature peut très bien se passer de nous.”
Hubert Reeves
Je vous laisse méditer la dessus.
Non, Dieu n’a pas créé les animaux pour distraire l’homme, comme on l’enseigne dans certaines églises. D’ailleurs Dieu n’a rien créé du tout !
@Manu
“« l’ « holocauste » résultant de la légalisation de l’avortement » (j’ai même du mal à l’écrire, tellement c’est abject), mais est-ce bien nécessaire ?”
Je tenais juste à réagir sur cette phrase.
Ca m’a toujours fait beaucoup rire ces personnes qui accordent plus d’importance à un animal qu’à un foetus.
Aussi, arrête, par pitié, de parler d’abjection. Ton indignation est totalement arbitraire, et cela te décrédibilise.
(Je ne suis pas anti-avortement.)
Voilà pour vos âmes de profanes:
http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid2438-c-le-boucan-du-jour.html?vid=531065&timecode=60.047&sc_cmpid=PlayerEmbed
La phrase qui selon moi est la meilleure, et me permet de la vous faire boucler à tous est : « L’homme est un loup pour l’homme ».
Les aficionados des corridas sont des abrutis, des bêtes sauvages.
@ Sylvain
Je ne cherchais pas à accorder plus d’importance à l’un ou à l’autre (même si j’ai un avis scientifique sur la question). Ce qui est abject c’est de comparer quoi que ce soit dans le monde (y compris la légalisation de l’avortement) avec l’holocauste. Alors, si ce n’est pas déjà fait, vous regarderez “Nuit et brouillard”, “Amen”, “La liste de Schindler”, et bien d’autres films en rapport avec la question de l’holocauste et vous ne pourrez être que d’accord avec moi. J’ajoute, que dans mon combat anti-corida (puisque c’est quand-même de cela qu’il s’agit au départ), vous ne m’entendrez jamais comparer les aficionados à des nazis, comme le font trop souvent les amis des bêtes.
Ce que vous dites est abominablement faux, Sylvain.
Sachez que si le régime nazi a eu autant d’importance, c’est qu’il a eu plus de partisans que d’ennemis. C’est d’une logique imparable et l’histoire en est une preuve.
Alors ne venez pas nous bassiner avec vos histoires.