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Et si condamner Eric zemmour était une œuvre de salubrité publique ?

18 février 2011, 0:02 Auteur : saidchomsky 54 commentaires

Comment pourrait-on qualifier les propos d’Eric Zemmour durant l’émission Salut les terriens du 6 mars 2010, la lettre d’explication qui suivit, adressée aux médias et à la Licra, ainsi que les multiples tentatives de justifications télévisées qui nous furent proposées depuis par l’expert-chroniqueur, nouveau porte-drapeau (paraît-il) de la liberté d’expression en France ?

Une réponse nous vient immédiatement à l’esprit :

« C’est des manœuvres de voyou, c’est des manœuvres de terroriste médiatique, c’est un scandale. Ce type est un minable. Je tiens à vous le dire. D’ailleurs, je me réserve le droit d’aller plus loin. (…) C’est tellement facile. Il prend deux phrases (…) Il ne met pas en cohérence totale l’expression. N’importe qui fait ça avec n’importe quoi. (…) Ça s’appelle pas de la télé, ça s’appelle de la mauvaise foi et du montage télé ».

Bien sûr, pour les thuriféraires de l’éditorialiste, de tels propos peuvent sembler excessifs, sans fondement voire injurieux. Et pourtant, ces propos sont empruntés à Eric Zemmour lui-même: c’est avec ces mots que, sur le plateau de Ce soir ou jamais du 24 novembre 2009, le journaliste a vertement réagi à un extrait du documentaire La Domination masculine (sur les violences faites aux femmes) dans lequel il est mis en cause par le cinéaste belge Patric Jean.

Si cette colère nous semble légitime tant les raccourcis analytiques du cinéaste sont patents, elle nous intéresse particulièrement parce que, sans qu’il en ait conscience, Eric Zemmour procède ici à une critique pertinente de ses propres travers. A savoir :

  1. un certain « terrorisme intellectuel », porté par une violence verbale qui s’accommode mal des nuances et des dégâts qu’elle occasionne
  2. une propension aux imprécisions, aux amalgames et aux raccourcis analytiques, le tout au service d’un combat idéologique inavoué
  3. une certaine mauvaise foi et un refus souvent condescendant (voire méprisant) de toute argumentation qui s’écarte de ses présupposés et/ou conclusions et qui peuvent mener ses contradicteurs devant le Tribunal, Tribunal de sa Pensée ou Tribunal de la République (le rappeur Youssoupha et les radios qui ont diffusé sa chanson).

Pour tenter d’y voir un peu plus clair, nous nous appuyons essentiellement sur les émissions Salut les terriens (Canal+, 6/3/2010), C à vous (France 5, 9/3/2010), l’Hebdo (France Ô, 20/3/2010) et On n’est pas couché (France 2, 27/3/2010). Nous examinons également la lettre d’Eric Zemmour à la Licra (23/3/2010) et la réponse de son président (31/3/2010), ainsi que la conférence de presse d’Alain Jakubowicz (11/1/2011).

Sur la mauvaise foi d’Eric Zemmour et sur sa posture victimaire

Dans sa lettre à la Licra, Eric Zemmour accuse tout d’abord les médias d’avoir déformé ses propos. S’agit-il de la plupart ou de tous les médias ? Le lecteur n’en saura rien. Non seulement,  les propos ont été fidèlement rapportés par la presse audiovisuelle et écrite dans son ensemble, non seulement ils ont très rarement été sortis de leur contexte, mais nous voyons mal en quoi ce reproche infondé pourrait expliquer ou justifier la teneur des paroles d’Eric Zemmour. On peut toutefois concéder que les commentaires isolés de certains invités ou personnages publics ont péché par imprécision ou généralisation hâtive. Une goutte d’eau dans l’océan toutefois qui ne doit pas nous éloigner de notre sujet : les paroles d’Eric Zemmour elles-mêmes et non les commentaires innombrables des paroles de Zemmour.

Dans On n’est pas couché, Eric Zemmour pointe du doigt les associations :

« Je pense qu’on les [les gens qu’il a blessés et qui n’y sont pour rien selon lui] a manipulés. Je pense qu’on a pris mes propos, et qu’on a fait exprès pour me démolir. C’est-à-dire qu’il faut quand même que vous sachiez que les associations m’attendent au tournant depuis un certain nombre années parce que, ici en particulier, et dans mes livres et dans mes papiers, je dénonce l’idéologie qu’ils professent et que, ils ont cherché à me salir. (…) On manipule des phrases, on les aggrave… On n’a pas cherché à discuter avec ça [les chiffres ou les explications de ces chiffres], on m’a dit : « Ferme ta gueule ! »

Après les médias donc, c’est la faute aux associations. Mais les propos sont là, ils n’ont pas été inventés et ils ont choqué effectivement beaucoup de monde. Savoir s’ils relèvent de la justice est une autre question, savoir s’il est légitime – et nous pensons que ce ne l’est pas – que les associations puissent « à leur guise » ester en justice est aussi une autre question.

Zemmour s’en prend également à Thierry Ardisson dont « la mise en scène tout de gouaille cynique » et le montage de l’émission lui auraient fait du tort. De qui Eric Zemmour se moque-t-il ? Vingt ans, vingt-cinq ans de télévision, et il s’étonne des procédés télévisuels de certains animateurs ? Lui, l’expert de tous les sujets possibles, le spécialiste des médias invité sur de nombreux plateaux télévisés de nombreuses chaînes, plusieurs fois invités de Thierry Ardisson (à 93 Faubourg Saint Honoré, Tout le monde en parle ou Salut les Terriens) aurait été piégé ?! Eric Zemmour qui aime volontiers disqualifier ses adversaires en les qualifiant de « naïfs », d’ « idiots-utiles », d’ « imbéciles » ou de « Oui-Oui » sur les sujets qu’il aborde ; est-il naïf, idiot-utile ou imbécile pour ne pas encore avoir compris le fonctionnement des médias ? Ses amis et défenseurs (Nicolas Domenach, Eric Naulleau ou Pierre Monzani) pensent (sincèrement ?) qu’il est naïf. Sont-ils eux-mêmes naïfs de penser cela ?

Autres coupables selon Eric Zemmour : « les autres intervenants », notamment Bernard Murat. « Ma désormais fameuse phrase n’était qu’une réponse aux arguments développés par les autres intervenants selon laquelle « la police n’arrête que les arabes et les noirs », plaide Eric Zemmour dans sa lettre à la Licra.  Il s’attache à rappeler que ses propos n’ont de sens que dans leur contexte, contexte qu’il répète à satiété. I

l charge inconsidérément et injustement son interlocuteur de propos que ce dernier n’a jamais tenu et en fait une exégèse fantasmée : il déploie la même tournure d’esprit que certaines cibles qu’il condamne – à juste titre – dans ses chroniques. Eric Zemmour prête à Bernard Murat des propos qu’il n’a jamais tenu et il les (sur)interprète à l’aune de ses propres présupposés idéologiques. Un exemple parmi d’autres de cette désinformation, dans C à vous :

« Personne ne dit pourquoi j’ai dit ça, déjà, premièrement. C’est parce que Bernard Murat, qui était sur le plateau aussi, a commencé à expliquer ce que tout le monde explique tout le temps : que les policiers arrêtaient en priorité des gens noirs ou arabes. Et… donc déjà il accusait les flics de racisme mais ça gêne personne. C’est tellement une habitude maintenant que même le ministre de l’Intérieur ne proteste plus. Donc moi, bêtement, grand samaritain, je dis : « Ben oui, évidemment, c’est normal, il faut les comprendre les flics… quand même la majeure partie des délinquants d’aujourd’hui, la délinquance juvénile, etc., ce sont justement des noirs et des arabes ».

Or, il faut réécouter l’émission Salut les Terriens pour constater sans doute possible qu’Eric Zemmour réécrit l’histoire !

Nous faisons enfin remarquer que, dans sa volonté zélée de défendre la police française (ne se voit-il pas en « grand samaritain »), Eric Zemmour cause surtout du tort à cette institution. En semblant légitimer les contrôles « au faciès » et en les liant à une seule cause, non seulement Zemmour stigmatise la police française comme « raciste », non seulement il cautionne une pratique contraire à toutes les règles de droit mais, en outre, il ne fait pas œuvre de pédagogie en cherchant à établir les multiples facteurs qui interagissent dans les contrôles d’identité.

A ce titre, dans l’Hebdo du 20 mars, le journaliste Nadir Djennad fait lui œuvre de « salubrité publique » puisqu’il cite une étude très sérieuse menée par une équipe importante d’universitaires anglais et français, intitulée Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris. Cette étude très nuancée, non partisane, qui ne « charge » pas la police française, s’applique à montrer les différentes logiques (policières, judiciaires, sociales, comportementales…) qui interviennent dans la mise en pratique des contrôles d’identité qui, rappelons le, ne sont pas illégaux, mais débouchent sur des pratiques discriminatoires évidentes.

Mais Eric Zemmour qui, semble-t-il, ne s’embarrasse pas de lire (sérieusement et/ou complètement) les sources qu’il cite ou qu’on lui présente, ne reviendra jamais sur ce rapport que son collègue lui a signalé. Il préfèrera rester sur les seules sources d’information qu’il trouve acceptables, celles qui semblent corroborer son point de vue. Mais là encore, nous allons le voir, il trahit ce qu’il cite.

Sur l’absence de sérieux et de rigueur journalistiques

Reprenons point par point les arguments d’Eric Zemmour avancés dans sa lettre à la Licra :

La citation reprise de Christian Delorme, « le curé des Minguettes » : Eric Zemmour prétend qu’elle a été prononcée devant une Commission parlementaire du Sénat. Ce qui lui donnerait une certaine valeur ajoutée, une valeur probante. Or, non seulement il ne s’agit que de l’opinion subjective d’un individu, mais en outre elle n’a pas été énoncée dans les circonstances évoquées par Zemmour. Elle est en réalité extraite d’un entretien accordé à Xavier Ternisien du Monde et daté du 4 décembre 2001. Citation reprise dans le Rapport de la commission d’enquête sur la délinquance des mineurs remis le 26 juin 2002 au président du Sénat par le rapporteur Jean-Claude Carle. Rapport dont Eric Zemmour ne restitue absolument pas l’analyse nuancée !

Selon lui, le sociologue Farhad Khosrokhavar confirmerait dans son livre qu’il y a « entre 70% et 80% » de musulmans dans les prisons françaises. Eric Zemmour n’a semble-t-il pas lu le livre qu’il cite et reprend les commentaires simplistes de nombreux articles au moment de publication de cette étude. En réalité, l’auteur écrit exactement que « les musulmans forment la majorité de la population carcérale, leur taux dépassant souvent les 50%, avoisinant parfois les 70%, voire les 80% dans les prisons proches des « banlieues », soit huit prisonniers sur dix ». (page 11).

Or, pour le sociologue, les « musulmans » sont « les habitants masculins des banlieues » et les « Maghrébins », qu’importent la nature et le degré de leur pratique de la religion (page 12). Définition sommaire et trop globalisante, mais utile pour gonfler les chiffres lorsque, comme ce sociologue, on milite pour l’augmentation du nombre d’imams en prison. Quant à l’étude elle-même, elle se cantonne à des « observations sur un échantillon de quelque 160 détenus dans trois prisons » (page 12). Chacun jugera de la pertinence d’une telle étude (après l’avoir lue, bien entendu) !

Eric Zemmour écrit : « En 2007, dans un article du Point (…), on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration ». En fait, une fois de plus, il s’emmêle les pinceaux. L’article en question s’intitule Les statistiques qui dérangent, a été écrit par Christophe Deloire et date du 24 juin 2004.

Christophe Deloire écrit qu’ « il apparaît que plus de la moitié, voire 60 ou 70%, des suspects répertoriés ont des noms à consonance étrangère. Cet élément est délicat à manipuler. En aucun cas l’on ne saurait déduire avec certitude une origine d’un patronyme. Il ne s’agit pas non plus de tirer des conclusions absurdes sur un caractère « culturel » de la criminalité ». Précautions dont ne s’embarrasse évidemment pas M. Zemmour, adepte du tri sélectif!

Ensuite, Eric Zemmour écrit : « Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine ». Phrase reprise mot pour mot, sans le citer, à Christophe Deloire dans son article de 2004. La remarque du commissaire date donc de 1994 !

Gageons qu’Eric Zemmour n’a pas lu ou très mal lu Lucienne Bui Trong, par exemple dans Violences urbaines. Des vérités qui dérangent.

Page 26 : « Les émeutiers se réduisent à une minorité d’adolescents en révolte contre la société, très souvent de petits délinquants bien connus des services de police locaux. Ce constat n’a cessé de se confirmer par la suite : ces jeunes qui font tant parler d’eux sont très peu nombreux ».

Page 27 : « Plus encore, rapporté à la totalité de la jeunesse d’origine étrangère de la France, ce nombre est infinitésimal ».

Voir ainsi caricaturés les écrits de Lucienne Bui Trong, très intéressants, très nuancés, d’une analyse assez fine, et qui doivent être sérieusement discutés pour être contestés ou approuvés, est un crève-cœur. Il paraît que l’auteur est allé soutenir Eric Zemmour lors de son procès. Elle lui a sans doute rappelé ce qu’elle écrivait, page 80 du même livre, au sujet des journalistes qui manipulent les phrases à des fins idéologiques :

« Le lendemain même, un passage soigneusement sélectionné d’une de mes études paraissait dans le journal Minute, où il était utilisé pour soutenir l’amalgame entre délinquance et immigration. Je n’ai jamais réussi à connaître l’origine de la fuite, qui allait troubler le service pour longtemps. Mon intégrité de fonctionnaire en a subi un choc, même si je n’avais personnellement rien à me reprocher ».

Enfin, Eric Zemmour cite un article du Monde du 16 mars 2010 dans lequel « les rapports des RG sur les bandes violentes établissaient que 87% étaient de nationalité française ; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine ». Sauf que cet article du Monde est introuvable – sauf erreur de notre part. Il s’agit plutôt de l’article de Piotr Smolar paru dans le Monde du 25 février 2006 sous le titre Les “Barbares” de Bagneux : les bandes issues des cités et la spirale de l’ultra-violence. Il traite de l’affaire Ilan Halimi et s’intéresse au profil type de « 436 meneurs, recensés dans 24 quartiers sensibles ».

Conclusions

Eric Zemmour prétend être un journaliste sérieux et cite souvent des sources précises. Malheureusement pour lui, et pour ceux qui l’écoutent et parfois l’admirent, il semble évident que non seulement il a une connaissance très partielle, très partiale et intellectuellement malhonnête des dossiers qu’il traite. Mais, en outre, ses propos simplificateurs, simplistes discréditent les travaux de ceux qu’il cite. Ce faisant, il empêche tout véritable débat éclairé sur des questions qui, loin d’être taboues, sont trop souvent manipulées à des fins idéologiques et politiques par les faiseurs d’opinions et les politiciens les moins talentueux.

Certains diront qu’Eric Zemmour doit pouvoir énoncer ses inepties au nom de la liberté d’expression. Certes! Mais la liberté d’expression, même aux Etats-Unis, est strictement encadrée et l’injure et la diffamation en sont exclues. Or qu’est-ce que la diffamation ? Emmanuel Dreyer, dans Responsabilité civile et pénale des médias (Litec, 2008), écrit qu’il s’agit d’ « un jugement de reproche adressé à autrui. Selon l’article 29, alinéa 1er de la loi de 1881, est diffamatoire « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé ».

Il résulte de cette définition que le reproche peut prendre la forme d’une allégation ou d’une imputation, qu’il doit porter sur un fait précis et être de nature à affecter l’honneur ou la considération d’une personne ou d’un groupe de personnes. La jurisprudence exige, de surcroît, que ce reproche ait été exprimé sciemment ».

Pour se défendre de l’accusation de diffamation, Eric Zemmour doit donc soit démontrer la vérité des imputations diffamatoires (ce qu’il n’est pas en mesure de faire), soit établir sa bonne foi, c’est-à-dire qu’il doit démontrer qu’il a agi sans animosité personnelle, en poursuivant un but légitime, avec prudence et mesure dans l’expression, après une enquête sérieuse.

Autant dire que la logique voudrait qu’il soit logiquement condamné pour diffamation. Sa liberté d’expression n’en serait pas pour autant atteinte, comme le prétendent trop de commentateurs : elle serait seulement soumise à une obligation accrue de sérieux et de rigueur. C’est peut-être cela qui dérange ceux qui trop souvent se cachent derrière la liberté d’expression pour masquer leurs faiblesses analytiques ?

Question subsidiaire: ceux qui défendent la liberté d’expression d’Eric Zemmour ne sont-ils pas choqués que celui-ci attaque le rappeur Youssoupha et plusieurs radios pour une phrase absolument inoffensive ? Youssoupha n’a pas dit qu’il fallait entarter Eric Zemmour, que nous sachions!

54 commentaires

  1. Jeanne dit :

    Alcantara déclare à Said Chomsky « La rigueur intellectuelle que vous exigez d’Eric Zemmour semble vous faire défaut lorsque vous abordez le sujet du contentieux judicière entre Zemmour et le rappeur Youssoupha,».
    Je ne vois pas non plus de rigueur intellectuelle dans le reste du billet de Said Chomsky, qui commence par une prétérition, en traitant E. Zemmour de « voyou », de « minable », tenant des propos scandaleux, par le dévoiement de propos tenus par l’incriminé lui-même sur un tout autre sujet, et dont le même Said Chomsky admet qu’ils étaient parfaitement justifiés.

    Il commence donc par triturer les faits, charcuter les propos, les déconnecter, et les ressortir comme des phrases du jeu « le cadavre exquis ».
    Avant même d’avoir commencé sa démonstration des torts supposés d’E. Zemmour, Said Chomsky donne ses conclusions –il va en trouver d’autres à la fin, et prononce un jugement contre E. Zemmour.
    Selon lui, ce que l’on peut reprocher à E. Zemmour, c’est
    1) « un certain « terrorisme intellectuel » porté par une violence verbale qui s’accommode mal des nuances et des dégâts qu’elle occasionne », ce qui pardon, est du verbiage absurde.
    Que la violence verbale « s’accommode mal des nuances » signifie qu’elle ne comporte pas de nuances ; mais qu’elle « s’accommode mal des dégâts qu’elle occasionne » signifie qu’elle le regrette.
    Le dire, c’est atténuer, voire annuler, le jugement de violence verbale, à supposer que le délit soit constitué…
    Dans un débat sur la liberté d’expression, on est en droit de se demander si « les dégâts qu’elle occasionne » doivent entraîner sa limitation… C’est précisément l’argument clef de Jacubowicz : les propos de E. Zemmour ne sont pas répréhensibles par leur contenu, qui n’est pas contesté, mais par leur forme, car ils sont censés avoir des conséquences fâcheuses, et ceci non en raison de leur forme tout court, mais du fait de la notoriété de celui qui les tient.
    Donc, si cinq cents inconnus tenaient les mêmes propos que E. Z. cela n’aurait pas d’importance.

    2) « une propension aux imprécisions, aux amalgames et aux raccourcis analytiques, le tout au service d’un combat idéologique inavoué »
    Ces « imprécisions » ces « amalgames », ces « raccourcis », semblent être le fait qu’E.Z. ne précise pas s’il parle de la « déformation » de ses propos par «la plupart ou (par) tous les médias » : le grief est qu’il ne donne pas cette « précision », qui en fait ne changerait pas grand-chose, puisque les médias sont censés avoir transmis « fidèlement » les propos de E.Z.
    Or, s’il est exact que la lettre des propos a été répétée « fidèlement », on ne peut en dire autant de l’esprit.
    Là encore, la formulation choisie par Said Chomsky est significative : « le tout au service d’un combat idéologique inavoué ».
    C’est la présentation des faits qui en fausse le sens, avec l’affirmation rabâchée par « les médias » la plupart, et même presque tous, excepté quelques blogs de réticents à la pensée dominante, qu’E.Z. a des arrière-pensées condamnables par les vertueuses associations etc..

    Ce qui est intéressant, c’est que « le combat idéologique inavoué » de Said Chomsky est léger, délicat et discret comme un hippopotame volant…

    Et « l’argument » qui revient dans son propos est constamment celui de « il a fait de la peine à des gens ».
    C’est-à-dire qu’en accusant E.Z. d’adopter une position victimaire, il ne cesse de tirer sur la corde du victimisme, et d’appeler la compassion des lecteurs de son écrit, pour ceux qui se sentent assez morveux pour s’identifier aux délinquants.

    C’est tout de même un comble qu’on soit obligé de taire des vérités énormes « pour ne pas blesser » des gens qui non seulement ne devraient pas se sentir blessés, mais qui devraient condamner avec E.Z. les délinquants dont il parle !!!

    Or que voit-on ? Les amis de l’assassin de Sohane empêchent une reconstitution, arrachent les plaques commémoratives, insultent sa famille.
    Les délinquants de Villiers le Bel sont soutenus par d’innombrables manifestants.
    Les exemples de ce type ne se comptent plus, tellement il y en a.

    Tout est fait pour assurer l’impunité à ces individus par la conspiration du silence et la revendication de quelque chose qui ressemble bien à une sorte de « droit à la délinquance » qui se distingue de l’omertà par le fait que l’acte délictueux est considéré comme légitime, puisque commis par des membres du clan, et que ce sont des koufars et des policiers de koufars qui osent exiger le respect des lois françaises.

    3) « une certaine mauvaise foi et un refus souvent condescendant (voire méprisant) » au sujet de Youssoufa (aucune raison de mettre un ph en français pour ce mot qui n’est pas d’origine grecque). Alcantara a répondu. J’ajouterai seulement que les souffrances indicibles de ce Youssoufa m’on fait abondamment pleurer. Car on sait parfaitement que « dans les banlieues », ce sont les vieux souchiens septuagénaires qui brûlent les voitures et terrorisent leurs voisins, et qu’incriminer les « nous » est une injustice criante…
    Ce pauvre Youssoufa a été convoqué au « Tribunal, Tribunal de sa Pensée ou Tribunal de la République » : il faut admirer l’aplomb avec lequel Said Chomsky retourne la situation pour faire conclure qu’il est juste que E.Z. soit condamné car il a fait convoquer ce Youssoufa… pour la bagatelle d’appel au meurtre… « Mettre un billet », c’est mettre une tête à prix, et pas comme le croit Jean un peu naïvement –ou feint de le croire- le protéger.

    Je n’ai pas le temps de tout reprendre, mais il me paraît clair que Said Chomsky n’en a rien à faire de la liberté d’expression. Ce qui lui importe, c’est au contraire, qu’on fasse taire ceux qui disent qu’il y a un problème. Il enrobe son réquisitoire dans les oripeaux d’une prétendue « logique » qui recourt à tous les artifices de la malhonnêteté intellectuelle qu’il prétend pourfendre chez E.Z.
    C’est Tartuffe et Raminagrobis…

    Autrefois, j’ai dû potasser Noam Chomsky… purée…. C’est vraiment la même purge.

  2. Le druide dit :

    La Loi.. Moi, je n’y mets pas de majuscule ! Il est des lois parfaitement liberticides, et celles qui restreignent la liberté d’expression (pourtant clamée dans la Constitution) sont de cet ordre. Elles devront donc disparaître un jour ou l’autre.

    Zemmour n’est certes pas omniscient, mais qui peut se targuer de l’être ? Ce qui lui est reproché est d’avoir dit tout haut non pas ce que bon nombre de gens pensent tout bas, mais VIVENT tout bas.

  3. Fucius dit :

    C’est n’importe-quoi !

    Car c’est un secret de polichinelle que Noirs et Arabes sont largement surreprésentés parmi les délinquants.
    Ce seul fait aurait dû clore le procès: Dans un pays libre on n’interdit pas la vérité.
    Que des propos soient vrais, ou qu’on puisse raisonnablement les considérer comme vrais, conforme aux faits, devrait les rendre inattaquables.
    Chevènement dans la lettre de soutien à Zemmour ne dit que cela (que les propos de Zemmour peuvent raisonnablement être considérés comme vrais) et s’arrête là. Il ne soupçonnait sans doute pas qu’on pût attaquer la vérité. Il se trompait.

    Car le procès Zemmour signale l’entrée officielle de la France dans l’obscurantisme. La vérité peut très officiellement être interdite au profit du mensonge, pour des raisons d’opportunité politique (l’accusation ne dit que cela).

    Par ailleurs Zemmour a effectivement dit sa phrase à la défense de la police, qui contrôle effectivement davantage de Noirs et d’Arabes, même si ces critères ne sont pas suffisants. Cette critique est rabachée par la gauche jusqu’à la nausée, d’où la rapidité et la force de la réplique de Zemmour.

    On ne peut pas demander à la police d’être efficace ET d’ignorer les réalités.
    S’il faut chercher un voleur à la tire, on privilégiera les jeunes hommes et non les grand-mères.
    De si un stéréotype ethnique fonctionne, il faut l’appliquer, quitte à être injuste.
    La faute de cette injustice n’incombe pas à la police mais à l’ethnie qui se signale ainsi par une surdélinquance (dans des proportions considérables, en l’espèce).

    Mais la gauche est entièrement dévouée à la culture de l’excuse, au déni des faits, et au renversement de causalité (la délinquance n’est pas le résultat de la pauvreté, c’est la pauvreté qui résulte de l’immoralité).

  4. Florent dit :

    à Fucius : Zemmour a été condamné non pas pour avoir dit qu’il ya une majorité de noirs et d’arabes dans les prisons, mais pour avoir, à partir de cette affirmation, justifié les contrôles au faciès donc. justifié une pratique effectivement discriminatrice. Anne Lauvergeon, qui a affirmé qu’il fallait engager, à compétences égales, des femmes ou des français issus de l’immigration plutôt que, selon sa délicate expression, des “mâles blancs”, aurait elle aussi mérité une condamnation. Mais peut-être un jugement a-t-il eut lieu ?
    Bref, rassurez-vous, Zemmour a autant le droit d’estimer le nombre de noirs et d’arabes dans les prisons françaises que SOS racisme a le droit de compter le nombre de blancs parmi les élites du pays.

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