Descartes est devenu, à tort ou à raison, le symbole du rationalisme à la française. Mais a-t-il inventé les méthodes du rationnalisme, comme beaucoup de Français le croient encore ? Non, et en voici la preuve (rationnelle).
“Tout d’abord, contrairement à ce que l’on croit, les méthodes du rationalisme n’ont pas été inventées par Descartes. Consultons les textes : “Celui qui cherche la vérité, écrit Descartes, doit autant qu’il est possible, douter de tout.” C’est là une phrase bien connue, et cela paraît fort nouveau. Mais si nous lisons le deuxième livre de la métaphysique d’Aristote, nous lisons : “Celui qui cherche à s’instruire doit premièrement savoir douter car le doute de l’esprit conduit à manifester la vérité”. On peut constater d’ailleurs que Descartes a emprunté non seulement cette phrase capitale à Aristote, mais aussi la plupart des règles fameuses pour la direction de l’esprit et qui sont à la base de la méthode expérimentale. Cela prouve en tout cas que Descartes avait lu Aristote, ce dont s’abstiennent trop souvent les cartésiens modernes. Ceux-ci pourraient aussi constater que quelqu’un a écrit : “Si je me trompe, j’en conclus que je suis, car celui qui n’est pas ne peut pas se tromper, et par cela même que je me trompe, je sens que je suis.” Malheureusement, ce n’est pas Descartes, c’est saint Augustin.” Conférence donnée par René Alleau en décembre 1955 devant les ingénieurs de l’automobile, réunis sous la présidence de Jean-Henri Labourdette
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Le rationalisme et l’empirisme sont deux courants philosophiques qui s’affrontent et traversent l’âge depuis la Grèce antique…
On considère Descartes comme l’un des fondateurs du rationalisme moderne.
Bonjour,
quand on connaît un peu l’histoire de la philosophie, on sait que Descartes a eu des songes où il a vu la Vierge lui apparaître… c’est à partir de ce phénomène irrationnel qu’il s’est lancé dans sa quête :
http://www.metapsychique.org/Descartes-etait-il-carthesien.html
Mes amis… tout cela est vu à travers les yeux des occidentaux…
Bien sûr tout le monde sait aussi que c’est Gutenberg qui a inventé l’imprimerie, n’en déplaise aux Chinois qui l’ont réellement inventé quelques siècles plus tôt… Que dire aussi de l’invention de la calculette (attribuée à tord à Pascal) ?
Concernant la philosophie, il est à noter que nos pré-socratiques foisonnaient de pensées diverses, aussi bien sur l’âme que sur la constitution de l’univers. Nos amis du 17e siècle n’ont-ils pas réinventé l’eau chaude ? Ou peut-être réchauffé l’eau qui s’était refroidie par quelques siècles d’obscurantisme ?
Descartes a su être pragmatique avec son temps. C’est probablement l’expérience malheureuse de Galilée qui l’a amené (forcé) à démontrer l’existence de Dieu en “préambule” de ses discours.
Les passages les plus significatifs du doute cartésien me semblent être :
DISCOURS DE LA METHODE
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en éloignent.
Pour moi, je n’ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que ceux du commun; même j’ai souvent souhaité d’avoir la pensée ou la prompte, ou l’imagination aussi-nette et distincte, ou la mémoire aussi ample, ou aussi présente, que quelques autres. Et je ne sache point de qualités que celles-ci, qui servent à la perfection de l’esprit : car pour la raison, ou le sens, d’autant qu’elle est la seule chose qui nous rend hommes, et nous distingue des bêtes, je veux croire qu’elle est tout entière en un chacun, et suivre en ceci l’opinion commune des philosophes, qui disent qu’il n’y a du plus et du moins qu’entre les accidents, et non point entre les formes, ou natures, des individus d’une même espèce.
Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d’heur, de m’être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins, qui m’ont conduit à des considérations et des maximes, dont j’ai formé une méthode, par laquelle il me semble que j’ai moyen d’augmenter par degrés ma connaissance, et de l’élever peu à peu au plus haut point, auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d’atteindre. Car j’en ai déjà recueilli de tels fruits, qu’encore qu’aux jugements que je fais de moi-même, je tâche toujours de pencher vers le côté de la défiance, plutôt que vers celui de la présomption; et que, regardant d’un Å“il de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes, il n’y en ait quasi aucune qui ne me semble vaine et inutile; je ne laisse pas de recevoir une extrême satisfaction du progrès que je pense avoir déjà fait en la recherche de la vérité, et de concevoir de telles espérances pour l’avenir, que si, entre les occupations des hommes purement hommes, il y en a quelqu’une qui soit solidement bonne et importante, j’ose croire que c’est celle que j’ai choisie.
PREMIERE MEDITATION
Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. Mais cette entreprise me semblant être fort grande, j’ai attendu que j’eusse atteint un âge qui fût si mûr, que je n’en pusse espérer d’autre après lui, auquel je fusse plus propre à l’exécuter ; ce qui m’a fait différer si longtemps, que désormais je croirais commettre une faute, si j’employais encore à délibérer le temps qu’il me reste pour agir. Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions.
Or il ne sera pas nécessaire, pour arriver à ce dessein, de prouver qu’elles sont toutes fausses, de quoi peut-être je ne viendrais jamais à bout ; mais, d’autant que la raison me persuade déjà que je ne dois pas moins soigneusement m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables, qu’à celles qui nous paraissent manifestement être fausses, le moindre sujet de douter que j’y trouverai, suffira pour me les faire toutes rejeter. Et pour cela il n’est pas besoin que je les examine chacune en particulier, ce qui serait d’un travail infini ; mais, parce que la ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l’édifice, je m’attaquerai d’abord aux principes, sur lesquels toutes mes anciennes opinions étaient appuyées.
Le “rationalisme” existe depuis l’antiquité en effet, ce qui est nouveau avec Descartes c’est le fameux “cogito”, je pense donc je suis : Descartes fonde ainsi la seule vérité à laquelle nous pouvons prétendre, et tour de force : il fonde cette vérité sur le doute, la claque aux sceptiques !
La nouveauté tient également à la forme du discours, et pas seulement son fond philosophique : Descartes écrit en français, langue populaire, et pas en latin, langue des élites. La force du “cogito” tient d’ailleurs à sa formulation en français : “Je pense donc je suis”. Le “donc”, dans cette proposition, ne désigne pas une relation de cause à effet, mais une forme d’équivalence : le “je” est – est contenu – dans le “JE pense”.
C’est d’ailleurs pour cette raison que c’est une absurdité de l’enseigner sous sa traduction latine comme on le fait au lycée, “cogito ergo sum”, car visuellement on ne retrouve pas le sujet du “sum” dans la première partie de la proposition “ergo”.
Bref, ce que je retiens surtout de tout cela, c’est que… ce que l’on enseigne à nos charmantes têtes blondes est vraiment du n’importe quoi, et que l’Education nationale cause bien des méfaits, au nom d’une mission pourtant si noble : l’éducation…
@Gentleman
> ce que l’on enseigne à nos charmantes têtes blondes est vraiment du n’importe quoi
Effectivement. Mais ne serait-ce pas l’aboutissement d’un long processus qui commence dès la maternelle ?
D’ailleurs enseigne-t-on vraiment la philosophie ? Je me souviens de cours “d’histoire de la philosophie” où tous les thèmes n’étaient enseignés que par le biais des célèbres penseurs. A croire que tout était déjà pensé (mâché) d’avance, qu’il n’y avait plus la place de rien, ni pour personne d’autre. En classe, tu as le droit de penser, mais uniquement après avoir eu l’avis de Platon (Socrate), Descartes ou Saussure (il m’a toujours amusé celui-là ) . Le jour de l’examen, on te jugera plus sur tes références historiques que sur ta capacité à cogiter le monde. Quel scandale.
Et puis à l’école, point de salut pour les “autres” thèmes. L’éducation va te bourrer la gamelle de “conscient/inconscient” à la sauce des grands penseurs autorisés. Tu veux du rab ? Ça tombe bien, il y en a à dégueuler…
Que dire aussi de la peau de chagrin qu’est devenue la philosophie ? Après la cessession des sciences (physique, optique, mathématiques, médecine…), de l’astronomie, et récemment de la psychologie, de la sociologie, de la psychanalyse, il reste quoi ? La métaphysique. La religion quant à elle, autorise-t-elle aujourd’hui le débat philosophique ? L’a-t-elle déjà autorisé “vraiment” ?
> ce que l’on enseigne à nos charmantes têtes blondes est vraiment du n’importe quoi
Encore Oui. Attendre la classe de terminale pour enseigner la philosophie, quel scandale encore. C’est comme priver un bébé de vitamines, le condamner à ne jamais grandir. L’enfant devrait être initié dès la 6e. Voire peut-être avant. On apprend pas à un enfant à parler à l’age de 11 ans. Alors pourquoi lui apprend t-on à penser si tard. Dès son jeune age, son esprit est suffisamment vif pour saisir le monde, pour tracer des voies nouvelles. La preuve même de cette disponibilité, c’est que l’éducation nationale utilise cette précieuse disponibilité pour formater les enfants à des idéologies précises, pas la peine de revenir dessus. Supprimons le sport, remplaçons-le par la philosophie ! Le choix inverse a été fait il y a … un certain temps. Et n”est-ce pas un choix qui en dit beaucoup sur les intentions de nos politiques ?