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Identitaire et mondialisation

10 octobre 2011, 13:44 Auteur : RPG 12 commentaires

A l’heure où la technique et la culture permettent la mondialisation, la réaction identitaire est un phénomène que l’on juge normal et sain ou passéiste et utopique selon le camp dans lequel on se trouve. L’émergence des organisations internationales de plus en plus supranationales, l’implication toujours plus prégnante des ONG dans le politique et le droit, l’importance grandissante de l’ONU et de ces organes (FAO, OMC, GIEC…) tendent à donner raison au prophète de la fin des nations.

Parallèlement, on assiste à la montée des partis d’extrême-droite dans toute l’Europe. Le récent succès des « vrais finlandais » à l’élection législative fait prendre conscience que le phénomène identitaire est une réalité pour les peuples d’Europe, qui pourtant font partie des pays les mieux lotis de cette mondialisation. Si la crise mondiale qui sévit est particulièrement prégnante sur le quotidien européen, la situation de l’européen reste malgré tout incommensurablement plus enviable à l’échelle des conditions de vies dans la plupart des autres pays de la planète.
L’antagonisme entre identitaire et mondialiste par le biais de l’affirmation du soi est ainsi peut être le prochain choc de civilisation plutôt que le conflit entre l’occident et le tiers monde, par le biais de l’immigration, prédit par certains. Certains seraient tentés de répondre les deux liant l’un à l’autre. Par ailleurs, le citoyen du monde dans son village global peut-il cohabiter avec l’Alsacien, ou le tyrolien, le lombard…, dans son village tout court?
Les racines de ces antagonismes sont profondes et il serait ambitieux de les résumer ici. En revanche dans ce domaine il s’est passé, il y a peu de temps, un évènement très révélateur qui est pour le moins paradoxal. La fête de la Catalinité s’est déroulée à Barcelone et notamment dans son stade Olympique Luis Compagnys de Monjuïc le samedi 9 avril dernier. Il est bien sûr question de finance derrière l’organisation de ce match de rugby comptant pour les quarts de finale de la coupe d’Europe. Il opposait l’USAP, l’équipe de Perpignan, à celle de Toulon. Le stade de l’USAP faisant 13.000 place celui de Barcelone 55.000, les retombées financières et marketing, d’une toute autre échelle, ont motivé la délocalisation de ce match dont il faut aussi intégrer la dimension institutionnelle et politique.
Cette manifestation scellait définitivement le rapprochement du club de Rugby de la Catalogne du nord, l’USAP (Union Sportive des Arlequins de Perpignan), et le BARCA, le club de football de la Catalogne du sud à Barcelone. De tout temps, ou presque, en Espagne le BARCA est le moteur de l’identité catalane du sud surtout à l’époque de Franco où le Réal de Madrid représentait le pouvoir central, aujourd’hui le pouvoir central royal. L’antagonisme entre la capitale et la province fut exacerbé par le sentiment autonomiste catalan via le sport roi en Espagne : le football. Les confrontations épiques se succèdent aux légendaires joueurs de ces deux club dont l’auditoire est bien sur trop à l’étroit dans les frontières espagnoles. La récente opposition de deux équipes au printemps 2011 s’est déroulée devant 600 millions de téléspectateurs dans le monde pour un pays qui ne compte que 46 millions d’habitants. Les liens entre le Réal et Madrid ne sont d’ailleurs toujours pas effacés puisque si ce club de football est un des plus générateurs financiers avec un budget de 440 millions d’euros pour 2010, les pertes s’élèvent à 245 millions d’euros pour la même année. Or la famille royale n’est jamais loin de ce club institution espagnol mondial sur tous les continents ou peu s’en faut. Plus au Nord c’est l’identité catalane, et des milliers d’actionnaires, de « socios », qui donnent une assise financière quasi illimité au club, et des migraines au supporter du Réal de Madrid, et ce à la première occasion et dans tous les domaines. Ce n’est certainement pas un hasard si c’est la région espagnole de Catalogne qui est la première à avoir interdit les corridas au printemps 2010, s’attaquant à un des symboles les plus marquants de l’Espagne officielle.
Il faut aussi parler du partenariat qui lie le BARCA et l’UNICEF, crée par l’ONU pour venir en aide aux enfants dans le monde. En septembre 2006 et pour la première fois dans l’histoire du club, le maillot de l’équipe barcelonaise était floqué d’un sponsor : l’UNICEF. Et le mot sponsor n’est pas adéquat puisque l’organisation n’a pas déboursé un centime pour figurer sur le maillot catalan. Pourtant la société Bwin, l’organisation de jeux Olympiques de Pékin ou la firme Hitachi étaient pressentis pour y figurer et rémunérer grassement l’équipe barcelonaise. En présentant l’accord Joan Laporta, le président de l’époque avait déclaré : «Je suis catalan et le FC Barcelone est l’institution sportive la plus représentative de la Catalogne.» Retour de l’histoire aujourd’hui c’est le BARCA qui use de la dimension politique, par une organisation supranationale, pour légitimer et installer l’identité catalane en Espagne.
Ce conflit culturel et identitaire est très symptomatique, au niveau local, de l’opposition identité-mondialisation. On retrouve schématiquement des groupes humains qui s’opposent à un pouvoir central cause de tous, ou presque, les maux du moment au nom de l’affirmation de soi. Et cela va bien au-delà du sport qui n’en est qu’une loupe médiatique. A terme l’euro district catalan, voté à l’unanimité par le conseil général des Pyrénées orientales en France, est, dès à présent, une structure frontalière reconnu officiellement. Visé, là encore officiellement, par l’Union Européenne (autre entité supranationale), l’action des gouvernements catalans, côté espagnol, et du conseil général des Pyrénées orientale, côté français, œuvrent à la création d’un espace catalan dont l’Union Européenne espère dès 2013 le lancement et le financement de programme de cohésion des espaces communs.
Est-ce aussi pourquoi depuis de nombreuses années, la stratégie de développement de l’USAP repose sur un rapprochement avec le BARCA, sa capacité médiatique, populaire, la capacité financière des sponsors et des recettes au guichet qui en découlent, mais aussi sur l’intégration de la catalogne du nord à l’espace Catalan de 2013. La fête de la catalinité apparaitrait alors comme une réalisation concrète de la politique régionaliste de l’Union Européenne, couplée avec le phénomène de régionalisation puis de décentralisation en France depuis quelques dizaines d’années. Puis des différents traités européens visant à légitimer la supériorité des arcanes européennes sur les institutions nationales des pays membres, la dissolution des entités nationales serait d’autant plus effective que ces dernières seraient prises en tenaille.
Ce rapprochement entre régionaliste et organisation supranationale contre les identités nationales parait contradictoire au premier abord. Mais Paris ayant bien valu une messe, le mariage de la carpe, identitaire, et du lapin, mondial, vaut bien quant à lui un match de rugby.

Categories : Sport

12 commentaires

  1. Kévin dit :

    Je crois que le logo de l’Unicef était en partie destiné à habituer les supporters à ce que leur maillot ne soit plus “immaculé”, puisque depuis le début de la nouvelle saison, le Barça arbore sur son maillot non plus le logo de l’Unicef mais le sponsor de la “Qatar Foundation”, avec un contrat juteux à la clef. Aujourd’hui, même en Catalogne, on sait ménager l’identité culturelle quand les gros sous frappent à la porte…

  2. Requin Baleine dit :

    J’allais faire un commentaire dans le sens de Kevin , la Qatar Foundation a signé un contrat de 30 millions par an pour apparaitre sur le maillot du Barca.
    Vu l’identitarisme très marqué de ce club (les joueurs passent devant une chappelle avant d’entrer sur la pelouse) ils ont du s’y résigner à contre coeur …mais il faut bien éponger ses dettes colossales contractées on ne sait comment.
    L’année dernière le nouveau président a du empreinter aux banques pour pouvoir payer le salaire de ses joueurs !!
    Tout ca pour dire que la mondialisation économique ils en profitent allégrement comme leur rival madrilène mais qu’elle risque bien de leur causer quelques torts ,si l’Espagne plonge avec la Grèce.
    Après ca y’aura peut être toujours une catalogne mais un Barca…

  3. Pelios dit :

    D’autant plus que Barcelone compte si peu de joueurs catalans contre une majorité de joueur étranger.
    S’il y a une équipe à fond dans le délire identitaire, c’est celle de l’Athletic Bilbao qui ne fait évoluer que des joueurs basques.

  4. flo dit :

    @Pelios

    Faux! C’est encore plus compliqué…des joueurs tels que Messi, Argentin, ont été formé à la Catalane et posséde un jeu Catalan, ce qui fait qu’en équipe Nationale il est moins bon. Vous citez le cas de Bilbao, intéréssant. Quand Lizarazu y est allé, lui-même Basque, il n’est pas parvenu à s’intégrer, alors que les Indépendantistes Basques veulent un grand état comprenant les versans Espagnol et Français.

    En football, le trip identitaire n’est possible que parmi les supporters. Marseille voit dans l’OM un reflet de son identité cosmopolite, par exemple. Mais celui qui fait une équipe reste l’entraineur, et quant un club peut se payer les compétences d’un mourinho, d’un Guardiola, d’un Del Bosque, ou d’un Laurent Blanc, il se fout de savoir si le joueur est un gladiateur romain dans sa tête. Si vous pouvez vous payez les services d’un Pelé, d’un Maradona, d’un Zidane, ou d’un Lineker, vous n’allez pas les refuser au profit d”un joueur de seconde zone.

    L’identité n’a rien à voir avec les compétences, surtout avec les moyens techniques actuels ( le dopage of course!).

  5. Kévin dit :

    @Pelios :

    Euh tout de même, Valdes, Piqué, Puyol, Xavi, Fabregas, sans compter tous les remplaçant issus de la Masia et tous les Catalans d’adoption comme Messi, c’est pas mal ! Mais c’est sûr qu’on reste loin de Bilbao. Je ne me suis pas renseigné à ce sujet, mais tolèrent-ils les Basques de coeur, qui n’y sont pas nés mais qui ont démontré un certain attachement au Pays basque ou au club ?

  6. Pelios dit :

    @ Flo et Klevin
    Oui, c’est vrai messieurs . J’ai exagéré. Le Barça à une politique de formation des joueurs de Catalogne. Et ça marche plutôt bien. Je vous le concède volontiers. Mais nous sommes loin, comme vous le reconnaissez vous-même du trip Bilbao, qui n’accepte même pas les basques de coeur. Je rappelle que c’est l’Athletic Bilbao qui a crée pour la première fois en Espagne le phénomène de la Cantera (appelé Masia à Barcelone), uniquement tourné vers les basques. Par contre, ce club accepte des entraineurs étrangers.

    Quant au jeu Catalan, comme vous l’appelez, Flo, même si effectivement, le football que pratique le FC Barcelone est reconnaissable entre tous, il n’est pas spécifiquement Catalan. Il est hérité du “football total” de Rinus Michel, importé des Pays-Bas par Johan Cruyff en tant que joueur et surtout en tant qu’entraineur. Et enfin en tant que mentor. Le jeu que pratique le Barça est celui des Pays-Bas des Neeskens, Rep, Krool de la fameuse équipe orange et de l’Ajax du milieu des années 70.
    De 1988 à 1996, Cruyff, en tant qu’entraîneur imprime durablement la marque du football néerlandais au Barça avec, pour la première fois, un style qui rappelle celui d’aujourd’hui.
    Lorsqu’il est remplacé par Robson qui fait venir Ronaldo, le jeu de l’équipe se modifie exagérément, si bien que Van Gaal, entraineur de l’Ajax de la génération dorée des Overmars, frères De Boer, Seedorf, Kluiverts, Davids, Van der Sar, Reiziger… prend le relais avec l’aide d’une pléthore de joueur hollandais. Puis plus tard, c’est Rijkaard qui sera appelé au chevet d’un Barça moribond, eclipsé par la période galactique du Real. Enfin, l’entraîneur actuel, Guardiola, est reconnu par tous les spécialistes, y compris par lui-même comme le fils de Johann Cruyff. Le football catalan, c’est donc surtout le football hollandais.
    En conclusion, le Barça est plus fermé à l’Espagne qu’au reste du monde.

  7. flo dit :

    @Pelios

    En temps aller à Barcelone pour trouver un nationalisme Espagnol reviendrait à aller sur Téhéran pour dégotter un mouvement sioniste. L’Espagne est imprégnée de régionalismes forts, à côté desquels les indépendantismes Basque et Corse, les nationalisme Alsaciens et Bretons, font figure de caprices d’enfants.

    Certes, Cruiyf à marqué les esprits, dont celui de Guardiola. L’ironie est que les Espagnols ont colonisé les Hollandais! Et apparemment vice-versa!

    Mais franchement vôtre Athletic Bilbao n’arrive même pas à la cheville de Valence ou de Villaréal, considérées comme équipes de secondes zones.

    Pour moi le trip identitaite dans le sport- entendons-nous bien, pas au sens de Fabrice Robert- se voit cent fois plus dans le Free Fight! Le cas de Fédor Emélianenko, champion de Sambo, est intéréssant: ses deux dernières défaîtes se sont produites contre des pratiquants de Jiu-Jitsu Brésilien, mais entendez-le comme il soutient que l’art martial supérieur reste le Combat Sambo…si on ne voit pas du nationalisme au travers de ça!

  8. Pelios dit :

    @ flo
    Je n’admire pas spécialement l’Athletic Bilbao :)
    Je le citai juste comme l’exemple d’un club complètement identitaire, jusqu’au boutiste, ce que n’est pas le Barça. Vous avez raison de parler des régionalismes forts en Espagne.
    Pour votre gouverne tout de même, l’indépendantisme basque est très vivace. Ils ont un parti au nord de l’espagne et au sud de la France. Ils ont une branche armée qui, heureusement est en train de se dissoudre. Ils int une communauté autonome (euskadi) ainsi que des universités basques.

    Pour en revenir au Barça : Cruyff n’a pas seulement marqué les esprits. Il est le mentor du club. Tous les socios sont attentifs à ses sorties médiatiques et ses saillies. Lorsqu’il critique, les joueurs, entraîneurs et même les présidents tremblent.
    Enfin, c’est lui qui a importé le style de jeu que propose cette équipe aujourd’hui.

    Vous citez avec justesse le cas de Fedor Emélianenko qui joue non seulement avec la fibre russe, mais soviet.
    Mais je ne m’arreterai pas au seul exemple du free fight : j’y incluerai quasiment tous les sports de haut niveau, et ce depuis que les jeux olympiques ont été crée par nos chers grecs. Par son côté populaire, le sport a toujours été un vecteur identitaire ou politique. les exemples sont très nombreux, ne serait-ce que pendant la période de la guerre froide.

    Bref, pour en revenir au football, à la politique et au nationalisme, je vous conseille un excellent bouquin :
    - Alfred Wahl, La balle au pied. Histoire du football

  9. flo dit :

    @Pelios

    Oui, mais les sports de combat sont un reflet flagrant:

    Sambo: Russie
    Taekwondo, Hapkido: Corée du Sud
    Karaté, Judo, Jiu-Jitsu, Aïkido: Japon
    Kung-fu, Hung-Car, Taï-Chi: Chine
    Muay Thai ( art des Thaï): Thaïlande
    Savate: France
    Lucha Libre: Mexique
    Pancrace: Grèce
    Dambe: Nigéria
    Full Contact: USA
    Boxe: Anglaise
    Krav Maga, Kappa: Israël

    Et j’en oublie!

  10. Pelios dit :

    Effectivement, Flo.
    Néanmoins, dans chaque art de combat ou presque, des “étrangers” y ont excellé et y excellent encore, avec, comme le judo, un savoir faire spécifique (judo français, cubain, russe etc.)

  11. flo dit :

    Mais je ne dis pas le contraire, même je soutiendrais qu’aucune discipline sportive n’est exclusivement réservée à un type de peuple ( excepté la course pour les Noirs, chauvinisme lol!).

  12. Pelios dit :

    Ahahahaha !
    Je me permets de chatouiller votre chauvinisme : il y a un petit blanc français qui se débrouille pas trop mal en 100 et 200 m. Mais c’est vrai qu’à part lui… :)

    Par contre, pour les courses de fond, il y a aussi les arabes qui se débrouillent bien, surtout marocains et algériens !

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