En 2011, le groupe Iona sort un double album, Another Realm après près de cinq ans de silence. Ce groupe, sorte de synthèse entre Clannad, Loreena McKennitt et Lisa Gerrard, trouve son inspiration et son influence aussi bien dans la pop, le folk, le progressif, la musique celtique, le rock chrétien et le new age. Sa musique, d’une qualité plutôt rare, ouvre la porte à la méditation, à la réflexion.
Étant donné qu’Enquête & Débat est un site qui s’intéresse aux domaines abandonnés par les grands médias, il nous a semblé possible d’évoquer ce groupe aux multiples talents tout en sachant que la musique, comme la politique, n’est pas toujours un thème très fédérateur.
Iona, c’est avant tout une petite île située au nord-ouest de l’Écosse sur laquelle le missionnaire irlandais Saint Colomba a fondé un monastère en 563. Cet endroit est ensuite devenu le point de départ à la christianisation du nord de l’Angleterre et de l’Écosse.
Mais quel est le rapport avec la musique ? Dans les années 80, David Fitzgerald, saxophoniste, joueur de flûte et d’autres instruments à vent, se rend sur l’île de Lindisfarne où il est frappé par la beauté et l’atmosphère mystique émanant de ce lieu. L’île comporte également un monastère fondé en 635 par un moine irlandais, Aidan de Lidisfarne qui venait de la communauté chrétienne de Iona. Cette « révélation » le pousse à étudier les origines de sa religion et à se rendre sur Iona.
Par la suite, il rencontre un autre musicien, le talentueux claviériste et guitariste David Bainbridge avec lequel il partage non seulement l’envie de former un groupe, mais également la foi. Au duo des origines se joint au chant et aux claviers Joanne Hogg, fille d’un pasteur anglican. Ils choisissent comme nom de groupe Iona. Nous sommes en 1989.
Au premier album éponyme sorti en 1990, se succèdent The Book Of Kells (1992), Beyond These Shores (1993), Journey Into The Morn (1995), Open Sky (2000), The Circling Hour (2006) et le petit dernier, Another Realm (2011). À noter la parution de trois albums lives complémentaires : Heaven’s Bright Sun (1997), Woven Cord avec The All Souls Orchestra (1999) et Live in London (2006).
“An Athmosphere Of Miracles” extrait d’Another Realm
Au fil du temps, la composition du groupe ne cesse d’évoluer autour de David Bainbridge et de Joanne Hogg qui demeurent le noyau créatif de la bande. En effet, David Fitzgerald est le premier à quitter le navire en 1992 après deux albums. Parmi ses membres les plus marquants, Troy Donockley (cornemuse, flûtes, bouzouki, guitares…) qui est également connu pour avoir joué avec des artistes aussi divers que Maddy Prior, Mostly Autumn ou Nightwish. Avec ses cornemuses, c’est lui qui va apporter ce son si celtique propre à Iona. Malheureusement, il a choisi de quitter le groupe après plus de dix ans de bons et loyaux services et est dorénavant remplacé par Martin Nolan. Autre musicien important toujours actif au sein du groupe, Franck Van Essen. Signe particulier : cet excellent batteur d’origine néerlandaise manie tout aussi bien les baguettes que le violon.
Iona c’est donc une voix et une musique. Une voix car Joanne Hogg est impressionnante par la pureté de son chant d’une grande beauté. Une musique car le groupe est formé d’excellents musiciens capables de composer et de jouer aussi bien des chansons pop de 3 minutes que de longs instrumentaux pouvant dépasser facilement les 10 minutes tout en restant accessible au grand public. Le groupe vise la qualité, pas l’élitisme.
“The Island” extrait du premier album, Iona
“Woven Cord” extrait d’Open Sky
Le talent du groupe réside notamment dans ce savant mélange d’instruments modernes (guitares, claviers, basse, batterie), avec des instruments plus traditionnels comme la cornemuse irlandaise, le bouzouki, des instruments à vents, des cordes et diverses percussions comme par exemple le bodhran, tambour irlandais. Leur musique est une véritable invitation au voyage, et, en l’écoutant, il suffit de fermer les yeux pour se retrouver transporté dans ces lointaines contrées celtiques mystérieuses que sont l’Écosse ou l’Irlande.
Iona, c’est également des textes. Certes, ils sont essentiellement d’essence religieuse et c’est ce qui fait toute l’originalité de ce groupe divin. Peu d’artistes dans le monde de la pop et du rock osent revendiquer ouvertement leur foi et leur attache au christianisme, source d’inspiration sans fin. Pour les non croyants, cela peut a priori rebuter car difficile d’y faire abstraction. Mais, il faut bien l’avouer, cela donne une dimension supplémentaire à leur musique. Le religieux est donc omniprésent sans toutefois tomber dans la caricature. Que ce soient sur leurs premiers albums comme The Book Of Kells consacré à ce manuscrit enluminé du VIe siècle basé sur les quatre évangiles ou bien Beyond These Shores inspiré du voyage légendaire du moine Brendan qui aurait traversé l’Atlantique et serait arrivé par erreur sur le continent américain bien avant Christophe Colomb. Ou que ce soit sur leurs productions plus récentes. Pas la peine d’être bilingue pour comprendre ce que signifie « Let Your Glory Fall » extrait du dernier album. Au final, les chansons se partagent entre histoires de personnages ou d’évènements en rapport avec le christianisme celtique et prières adressées directement à Dieu.
“When I Survey” extrait de Journey Into The Morn
Iona c’est en fin de compte une sorte d’OVNI dans l’univers musical actuel. Avec ses multiples influences et ce mélange intelligent entre le sacré et la pop, c’est sans aucun doute ce qui se fait de mieux dans ce domaine. Néanmoins, le groupe se refuse de porter la moindre étiquette afin de ne pas se retrouver automatiquement catalogué et enfermé dans des cases. David Bainbridge résume ainsi sa philosophie : « La musique a cette qualité de pouvoir unir les gens, de briser les barrières, de parler directement à l’âme et aux émotions, de nous transporter ailleurs ». Mission réussie puisque c’est exactement ce que fait Iona.
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