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“Je serai avec vous quand vous serez les plus forts”. A propos du Staline de Boris Souvarine.

19 décembre 2011, 2:06 Auteur : Seb 4 commentaires

1934. Georges Bataille se rend auprès d’André Malraux afin de savoir s’il appuiera la publication de l’ouvrage de son ami Boris Souvarine, Staline, aperçu historique du bolchévisme, dont le manuscrit a été déposé chez Gallimard. La réponse de Malraux est catégorique : “Je pense que vous avez raison, vous, Souvarine et vos amis, mais je serai avec vous quand vous serez les plus forts“.

Cette citation et situation illustrent à elles seules les difficultés qu’ont connu, durant plus d’un demi-siècle, nombre d’intellectuels opposés au courant communiste et critiquant celui-ci, à se faire publier. Non pas que cela fût impossible, heureusement, mais il existait un indéniable “terrorisme intellectuel” pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage de Jean Sévillia. D’ailleurs, le Staline de Souvarine sera finalement refusé par les éditions Gallimard suite à l’intervention de l’écrivain et philosophe pro-stalinien Bernard Groethuysen qui avança l’argument que la publication d’un tel titre risquait de brouiller la célèbre maison d’édition avec l’URSS, ce qui n’était pas dans son intérêt.

Curieusement, Gallimard acceptera pourtant de publier le fameux Retour de l’URSS d’André Gide deux ans plus tard, en 1936. Mais, il est facile d’imaginer que le poids du grand écrivain n’était pas le même au sein de la célèbre maison d’édition que celui de ce quasi inconnu qu’était Souvarine.

Finalement, l’ouvrage est édité chez Plon en 1935. Là aussi avec difficultés puisqu’un autre philosophe, Gabriel Marcel, était opposé à sa publication. Mais cette fois, le patron des éditions Plon ne cède pas.

Si l’étude avait été médiocre, on pourrait aisément comprendre les réticences ou les refus des éditeurs. Mais là, nous sommes face à un travail de qualité entamé en 1930 par une personne qui a connu le système soviétique de l’intérieur.

En effet, Boris Souvarine, né en 1895, est un des fondateurs de la Section française de l’Internationale communiste (ancien nom du Parti communiste français) en 1920 lors du Congrès de Tours. En 1921, il est envoyé à Moscou par le parti et il y restera trois années durant lesquelles il côtoiera les plus hauts dignitaires du régime soviétique. Son soutien à Trotski et son opposition à Staline provoquent son exclusion du parti et de l’Internationale communiste. En janvier 1925, il regagne la France. Son parcours va le conduire à s’éloigner progressivement du communisme, notamment grâce à la rédaction du Staline : “J’étais encore communiste, à ma façon, au début des années 1930 [...]. Je l’étais de moins en moins à mesure que j’avançais de chapitre en chapitre“. Cet autodidacte insatiable ne cesse d’accumuler un nombre croissant d’informations inédites grâce à ses analyses de la presse soviétique et communiste. Sa connaissance de la langue russe et du régime sont de sérieux atouts.

Staline, aperçu historique du bolchévisme est la première étude complète qui désacralise le dictateur communiste et qui démonte les mécanismes du système totalitaire soviétique. Il faut se souvenir que l’époque était alors au plein essor du culte de la personnalité et à la déification du Petit Père des Peuples.

Entre 1935 et 1940, huit éditions vont se succéder, compilant de nouvelles données. Il faut ensuite attendre 1977 pour que les éditions Champ Libre rééditent cette étude de référence dans sa version finale de 1940. Le travail avait été tel que le texte ne connut aucune retouche de la part de l’auteur malgré les connaissances accumulées depuis.

Passé du communisme à l’anticommunisme, Boris Souvarine, homme de l’ombre disparu en 1984, a consacré la majeure partie de sa vie à lutter contre ce système totalitaire à travers ses nombreux écrits dont le plus célèbre, Staline, aperçu historique du bolchévisme, demeure d’une rare clairvoyance.

Bibliographie:

Boris Souvarine, Staline, aperçu historique du bolchévisme, Champ Libre, 1977

Boris Souvarine, Souvenirs, éditions Gérard Lebovici, 1985

Boris Souvarine, Controverse avec Soljenitsyne, Allia, 1990

Boris Souvarine, Sur Lénine, Trotski et Staline, Allia, 1990

Boris Souvarine, Chroniques du mensonge communiste, Plon, 1998

Boris Souvarine, Cauchemar en URSS, Agone, 2001

Jean-louis Panné, Boris Souvarine, le premier désenchanté du communisme, Robert Laffont, 1993.

Illios Yannakakis, Boris Souvarine ou “l’intelligence de l’anticommunisme”, article paru dans la revue Le Meilleur des Mondes n°5, automne 2007.

4 commentaires

  1. King flo dit :

    Gide était malhonnête intellectuellement fut-il grand écrivain, et point de vue ” morale” il y’a beaucoup mieux qu’un pédéraste courrant les petits enfants Africains. Non, les grands martyrs du bolchévisme sont des écrivains comme Alexandr Soljenitsyne, Vassilli Grossmann, Evguenia Guinzbug, les frères Vaïner, Boris Pasternak, et tant d’autres.

  2. Pablito Waal dit :

    Merci de m’avoir intéressé à l’oeuvre de Boris Souvarine, mais…

    …il semble qu’en réalité, Souvarine ne s’est jamais réclamé de l’anticommunisme. Il a, depuis les années 20 (il est exclu de l’Internationale “Communiste” et de la SFIC – future PCF- en 1924), dénoncé l’URSS (et les partis affiliés comme le PCF) comme n’étant pas communiste(s), et ce aussi bien dans sa période léniniste que stalinienne (ce qui empêche de le classer comme trotskyste). Et il a continué sur ce discours – juste – jusqu’à la fin de sa vie.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Souvarine
    http://www.critique-sociale.info/index.php/histoire/55-les-vies-de-boris-souvarine

  3. Seb dit :

    @ Pablito Waal,

    Certes, Souvarine ne considérait peut être pas comme un anticommuniste, mais aucune étude historique sérieuse sur l’anticommunisme et ses acteurs se saurait faire l’impasse sur Boris Souvarine.

  4. Seb dit :

    erreur de frappe, lire : ne saurait faire l’impasse sur Boris Souvarine… et pas “se saurait”

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