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L’UE : l’auxiliaire dévoué de la crise

1 novembre 2010, 12:30 0 commentaire
Texte de Pierre-Yves Rougeyron et Maurice Gendre, pour le courant antimondialiste. Ce texte parait dans le cadre d’une publication collective donnant la parole à une série d’intervenants d’opinions variées sur le thème : “En quoi l’Union européenne a-t-elle contribué à protéger ses ressortissants de la crise mondiale ?”

« Dieu se rit des hommes qui maudissent les faits dont ils chérissent les causes », écrivait Bossuet. L’Union européenne (UE) au sortir de la première phase de la crise semble confirmer ce constat. Le déni, l’impuissance et la trahison peuvent qualifier à bon droit les agissements de l’UE vis-à-vis de ses peuples et nations européennes face à la crise.

La première phase de la crise fut ponctuée d’envolées lyriques sur la prétendue « insignifiance » de la crise financière. Faut-il rappeler que les prévisions internes des organismes communautaires tablaient sur l’UE comme premier pôle de croissance occidentale en 2010.

Les termes de récession, dépression voire de crise furent criminalisés durant les premières semaines. Le ton changea à partir du 15 septembre 2008, date de l’effondrement de Lehmann Brothers.

Plus préoccupée de contenir les réactions nationales que les effets de la crise elle-même, l’UE tenta de paralyser toutes initiatives de légitime protection de nos marchés et toutes velléités de retour à la souveraineté. A contrario la Russie pour sauver par exemple ses constructeurs automobiles décréta une augmentation de 40% sur les importations. D’ailleurs, dès les premières semaines de la crise, on ne cessa d’entendre : « le retour au protectionnisme est le danger, il est l’anti-solution ». Exit Jean-Luc Gréau, exit Emmanuel Todd, exit Jacques Sapir, exit le regretté Maurice Allais.

Outre les obstacles traditionnels à la pensée que sont « la paresse et la lâcheté »[1], on ne peut que rapprocher ces actes des principes fondamentaux de l’UE que sont la dérégulation, la dérèglementation et la libéralisation portés par une vision dix-neuvièmiste de la concurrence[2]érigée en pierre angulaire du système économique, et ce, jusqu’à être garantie constitutionnellement[3].

Refusant de voir que les deux principaux facteurs de la crise sont la titrisation et la déflation salariale, c’est en toute logique que la classe dirigeante européenne fit l’impossible pour nier et masquer cette double évidence. Aidée en cela par ses supplétifs nationaux, toute augmentation de salaire (doublée de mesures de protection visibles ou invisibles)[4] fut bannie. Du gel de l’indice des fonctionnaires à l’augmentation de la TVA sans oublier les baisses de salaires stricto sensu dans le secteur privé, c’est à l’échelle européenne qu’on décida de pratiquer une politique digne du plan Laval. Avec pour principal héraut et promoteur de cette politique de régression et de suicide économique, Jean-Claude Trichet himself, de son petit nom : « la carpette anglaise ».

En ce qui concerne les produits dérivés et les instruments financiers sophistiqués, aucune mesure d’envergue ne fut prise pour les endiguer et les contrer, à tel point que le plan Obama sur la régulation bancaire passe pour un modèle d’ingéniosité et de courage en comparaison.  Ce qui n’est pas peu dire… Il n’a traversé l’esprit de personne ou presque au sein de la nomenklatura européiste d’instaurer un Glass-Steagal[5] européen, il faut le dire en totale contradiction avec les textes communautaires.  Inutile même d’évoquer une potentielle ambition de défendre le principe de taux de change fixe, d’une lutte réelle contre les paradis fiscaux (à commencer par les annexes de la Couronne), une monétarisation de la dette[6], une remise en cause du dollar comme monnaie de réserve (sans sombrer dans le délire des Droits de tirages spéciaux, les fameux DTS du FMI) et pourquoi pas d’un retour de l’or au premier plan.

A ceux qui pensent que le fonds de 750 Milliards de stabilisation sauvera les meubles nous voyons ici la perfidie d’une élite entre fin de partie et fin de race qui profite d’un bilan apocalyptique[7] pour tenter l’établissement d’un budget fédéral et d’un impôt européen (cf les savoureuses déclarations de D. S.K.) faisant tomber le masque d’une élite d’apôtres-félons sanctuarisant son héritage empoisonné avant d’être balayée par l’Histoire.

Pierre-Yves Rougeyron et Maurice Gendre

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Notes

[1] Kant, Qu’est ce que les Lumières ?

[2] Cf JL Gréau

[3] Précipité issu de la doctrine de la crédibilité qui veut que le peuple, inapte par nature à comprendre les lois de l’économie doivent se les voir imposer par des règles intouchables. On est ici, vous en conviendrez au summum de l’esprit démocratique.

[4] Protectionnisme visible : augmentation des droits de douane ou de barrières tarifaires. Protectionnisme invisible : établissement de protections réglementaires

[5] Loi rooseveltienne qui assurait la séparation stricte entre banques de dépôts et banques d’affaires.

[6] Il convient ici de rappeler l’artificialité de nos dettes, fruit d’une savoureuse retro-commission pompidolo-giscardienne puis maastrichtienne qui oblige l’Etat a s’endetter auprès des marchés financiers au lieu d’emprunter auprès de sa banque centrale nationale sans intérêt.

[7] En France 500000 emplois industriels détruits, en Espagne un espagnol sur dix perdit en quelques semaines son emploi portant le taux de chômage officiel à un actif sur cinq, la Grèce contrainte d’emprunter à 11%….

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