Texte de Bernabe Abat, pour le courant royaliste
La dette, un problème économique impliquant des solutions anthropologiques : on ne peut indéfiniment “vivre au-dessus de ses moyens”
L’on a beaucoup critiqué, et à juste titre, ces milliers de “traders” ou autres spéculateurs qui, de par le monde, ne vivent que des “décalages” de système, attendu que, dans des configurations moutonnières où beaucoup achètent ou vendent un peu au même moment, il s’agit pour eux simplement d’anticiper ces mouvements voire de les provoquer dans certains cas et ce, sans aucune contrepartie pour nos sociétés en termes d’intérêt général ou de bien commun.
Le drame de nos sociétés occidentales, Allemagne exclue il est vrai, est que cette économie spéculative, par rapport à l’économie réelle, celle qui produit réellement, tend à l’emporter de plus en plus et ce, surtout si l’on considère certains secteurs tertiaires – activités bancaires, tourisme, professionnels de l’immobilier – comme dérivant indirectement de la première. Et que c’est malgré tout la seconde qui produit les richesses et les emplois qui permettent d’alimenter le train de vie, sans avoir recours à la dette privée et publique, la première étant plus accentuée dans les pays anglo-saxons.
Lors des Trente Glorieuses, le système a pu fonctionner grâce au fordisme qui a permis que les emplois créés financent (T.V.A., charges sociales…) le train de vie en amélioration, et puis, lors des trente dernières années, cela n’a plus suffi et l’on a eu recours, en France spécialement, à la dette publique pour continuer à faire fonctionner le keynésianisme en permettant toutefois à la croissance – alimentée de moins en moins par la production et, relativement, de plus en plus par la consommation, les dépenses publiques et le secteur tertiaire – de rester supérieure à la charge du remboursement de la dette, ce qui contribuait à continuer d’augmenter le phénomène d’impression de richesse, constitutif des sociétés de consommation de masse.
Tel n’est plus le cas aujourd’hui car l’on ne peut plus imaginer une croissance basée sur la consommation, le secteur tertiaire et la dépense publique supérieure à la charge de la dette publique, ce qui signifie que la “richesse réelle” ne peut plus augmenter aujourd’hui comme la fin des plans de relance, d’inspiration purement keynésienne, tend à le montrer.
Et cela s’explique pour des raisons géopolitiques et écologiques : le mode de vie occidental reposant sur une exploitation intensive des ressources naturelles et ces dernières étant de plus en plus limitées à l’échelle de la planète, le seul enrichissement des peuples asiatiques, lesquels se moquent éperdument des questions environnementales – d’où l’absurdité d’une taxe carbone ne s’appliquant pas aux produits d’importation – la richesse réelle ne peut croître au niveau mondial mais peut en revanche, elle aussi, se délocaliser d’un Occident reposant sur ses lauriers où l’on cherche à préserver son mode de vie consumériste sans songer à travailler pour le financer, vers un Extrême-Orient où l’on cherche à s’enrichir aux dépens du premier en exploitant sa main-d’œuvre sans lui donner les moyens de vivre à l’occidentale.
Or, nous en sommes arrivés à un tel point que l’on peut se demander si nos compatriotes et assimilés, ainsi que les multiples allogènes qui viennent nous imiter en aggravant la chose, tout en y rajoutant des problématiques d’intégration malheureusement normales pour des individus issus d’autres cultures évoluant sans travail dans une société déracinée, seront à temps capables de revenir en arrière, sur les bases qui ont fait leur prospérité lors des Trente Glorieuses. A savoir un confort de vie alimenté par un Etat-providence, déjà coûteux mais se donnant au moins les moyens, à l’époque des plans de la IVème République notamment, d’encourager à l’activité intérieure pour permettre son propre financement.
Les manifestations burlesques pour le maintien de la retraite à 60 ans mais aussi les comportements individuels de nos concitoyens, voire de certains patrons licenciant des personnes en état de travailler bien avant l’âge de la retraite tout en se plaignant à juste titre des charges sociales correspondant à l’inflation des dépenses d’assurance-chômage et d’assurance retraite, permettent d’en douter !
Donc, comme je doute que nos concitoyens renoncent si facilement à l’idée de toucher à la fois “le beurre et l’argent du beurre”, le confort de vie occidental et l’absence de travail productif pour le financer, il leur faudra à un moment donné renoncer aux deux.
Je veux dire que, une fois que le prêt d’argent à l’Etat-providence à faible taux d’intérêt ne sera plus rentable pour les grands créanciers de la dette publique, qu’il s’agisse des grands organismes bancaires ou de multiples “zinzins” ( investisseurs institutionnels), comme les laboratoires pharmaceutiques qui ont fait leur beurre eux sur la position de “meilleurs consommateurs au monde de médicaments” que sont les Français, il faudra à ces derniers commencer à se ré inspirer du mode de vie de leurs parents ou de leurs grands-parents, qui vivaient avec moins de confort, plus de travail domestique mais probablement plus de solidarité de voisinage et moins de problèmes existentiels ou identitaires.
Cette mutation désormais inéluctable vers un mode de vie moins consumériste et plus durable, peut s’avérer salutaire si elle se fait progressivement.
Il revient dans un premier temps aux plus démunis de réapprendre à faire pousser leurs pommes de terre au lieu de réclamer davantage de subsides étatiques pour faire leurs courses, tout en passant la journée devant la télévision pour se plaindre ensuite de la mainmise de la culture par les plus riches, et à ces derniers d’assumer jusqu’au bout leur libéralisme en se passant de l’école publique, de la sécurité publique ou du remboursement des médicaments, lorsque leur train de vie finance l’économie des pays émergents au lieu de celle de notre pauvre pays.
Bernabe Abat
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