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La face cachée du Che, une caricature sous le masque de l’histoire ?

29 septembre 2011, 1:21 Auteur : Seb 7 commentaires

Jacobo Machover, exilé cubain en France depuis 1963, est un des rares auteurs à s’être attaqué au mythe de Che Guevara dans son ouvrage paru en 2007 chez Buchet-Chastel, La face cachée du Che.

Comme il fallait s’y attendre, cette étude a été très mal reçue par les aficionados du Che. Entre autres, l’écrivain et photographe Patrick Bard, auteur notamment des Routes du Che, publié chez Seuil également en 2007. Sous sa plume, paraît dans le journal L’Humanité du 11 octobre 2007 une réponse au livre de Jacobo Machover intitulée La face cachée du Che, ou la caricature sous le masque de l’histoire (voir l’article ci-joint ou cliquer sur ce lien internet) dont le but est « de dénoncer l’imposture d’un livre où la caricature avance masquée sous le visage de l’histoire ». Selon lui, « elle est interminable la liste des erreurs, allégations, exagérations de l’ouvrage de monsieur Machover ». Le problème, comme nous allons le démonter, c’est que sur les cinq principaux exemples présentés, Patrick Bard ment et déforme volontairement le texte ainsi que la pensée de Jacobo Machover sur quatre d’entre eux.

Avant de commencer l’analyse, nous tenons à préciser qu’il ne sera pas question ici du fond de l’ouvrage. Afin que le lecteur se fasse sa propre idée, nous ne pouvons que l’encourager à lire cet essai. Cependant, si nous ne cachons pas que nous nous sentons idéologiquement plus proche de Jacobo Machover que de Patrick Bard, cela ne nous a pas empêché de rester le plus objectif possible et de reposer notre étude sur des faits.

En premier lieu, Patrick Bard reproche à Jacob Machover de décrire le Che comme un « tortionnaire, stalinien » dont le mythe a été « forgé par une photographie et par l’aveuglement des intellectuels, particulièrement des Français ». Ce qui est faux puisque « de son vivant déjà, la moindre apparition publique de l’Argentin provoque des émeutes. Il suffit de revoir son intervention en Algérie précédée d’interminables minutes d’applaudissements, pour le comprendre ».

Sur ce point, nous ne pouvons que donner raison à Patrick Bard et il est parfaitement inconvenant de comparer le Che à ce tortionnaire qu’était Staline, adulé comme un dieu de son vivant et dont la moindre intervention était accompagnée d’interminables minutes d’applaudissements…

La deuxième accusation que porte Patrick Bard concerne la « complaisance française » dont aurait fait preuve nombre d’intellectuels comme Pierre Kalfon. En effet, ce dernier aurait minimisé « le rôle de Guevara dans les exécutions prononcées par les tribunaux révolutionnaires ». Afin de démonter qu’il est faux de parler de complaisance, il cite directement un extrait de la biographie du Che de Kalfon : « Guevara, dans son intransigeance radicale à la Saint Just, a veillé au bon déroulement des exécutions sans guère éprouver d’état d’âme ».

Intéressant, mais si nous ouvrons le livre de Jacobo Machover page 184, que constatons-nous ? La citation a été volontairement amputée afin d’en changer son sens initial. En effet, la citation complète est : « Il est probable que Guevara, dans son intransigeance radicale à la Saint Just, a veillé au bon déroulement des exécutions sans guère éprouver d’état d’âme ». Et nous laissons Jacobo Machover poursuivre : « Dans l’expression ‘il est probable’, Kalfon laisse planer un doute sur la participation de son héros à ce qu’il appelle les ‘fusillades’. Là aussi, son rôle est consciemment minimisé. Il n’aurait fait que veiller ‘au bon déroulement des exécutions’ ».

Plus loin, Patrick Bard met en doute la crédibilité d’un ancien proche du Che, Benigno. Il affirme notamment qu’ « il n’apparaît sur aucune photographie ». A première vue, il n’a pas tort. Comment se fait-il qu’un individu aussi important ne soit nulle part ? Le doute plane…

La réponse figure tout simplement page 183 : « De même, toute image du ‘traître’ ‘Benigno’, qui figurait pourtant sur de nombreuses photos au côté du Che, a été systématiquement effacée, dans une entreprise de falsification de l’histoire dont sont coutumiers les régimes staliniens ». Patrick Bard aurait-il sauté ce passage ?

Il continue et remet en cause la fiabilité de Jacobo Machover concernant Padilla, « un auteur emprisonné par le régime cubain en 1971 ». En effet, « Guevara était mort depuis quatre ans ! ». Décidément, « l’histoire a posteriori est le pêché mortel de l’historien… ». Mais qu’il est nul ce Machover !!!

Ou pas… si on prend la peine de regarder de plus près le texte initial pages 82-83. En réalité, Jacobo Machover explique les conséquences sur le long terme d’un texte du Che publié en 1965, ‘Le socialisme et l’homme à Cuba’ dans lequel il menace les intellectuels : « La culpabilité de beaucoup de nos intellectuels et artistes est la conséquence de leur pêché originel ; ce ne sont pas d’authentiques révolutionnaires ». Pour Jacobo Machover, lorsqu’en 1971 « le poète Herberto Padilla fut contraint à une autocritique publique infamante », il faut, selon lui, en rechercher la cause dans ce texte de 1965. Il ne dit rien de plus et sûrement pas que Guevara est directement lié à son arrestation en 1971 !

« Enfin vient la controverse avec Leon Felipe, grand poète espagnol exilé au Mexique, qui toujours aurait refusé de rencontrer le Che en raison de son intransigeance idéologique ». A nouveau, Jacobo Machover ne peut être pris au sérieux car les deux personnages se sont bel et bien rencontrés à Mexico en 1956.

Jacobo Machover écrit effectivement qu’ils ne se sont jamais rencontrés (p. 92), mais à aucun moment il n’en donne la raison précise. S’il évoque bien leur différend idéologique, parfois tendu, celui-ci n’est nullement invoqué comme étant à l’origine de ce refus. De plus, rencontre ou pas rencontre, cela ne change en rien le fond de son propos qui concerne l’après révolution cubaine de 1959. En effet, il explique comment le Che a cherché à attirer Leon Felipe afin d’en tirer du prestige: « Comme Castro, il cherchait à fasciner certains intellectuels, en les invitant à passer un moment sur l’île, tous frais payés, ou même à y résider, dans des conditions privilégiées » (p. 91). Cependant, « le poète exilé, à près de quatre-vingts ans, ne joua qu’à moitié le jeu. Il ne se rendit pas à Cuba, mais il commit plus tard, peu avant sa mort, un poème à la gloire du Che » (p. 92).

Au final, alors que nous étions en droit de nous attendre à une véritable analyse critique de l’ouvrage de Jacobo Machover de la part de Patrick Bard dans laquelle des arguments irréfutables auraient été avancés, nous n’avons eu droit qu’à une mauvaise propagande digne des régimes socialistes du siècle passé. Si l’auteur de l’article éprouve autant la nécessité de désinformer, de détourner les propos de Jacobo Machover, c’est que probablement ce dernier se rapproche, lui, d’une certaine vérité. Et c’est à cette vérité que nous nous devions de dénoncer l’imposture d’un article où la caricature avance masquée sous le visage de l’histoire.

L’article de Patrick Bard dans le journal L’Humanité le 11 octobre 2007 :

7 commentaires

  1. saidchomsky dit :

    Seb entretient ce qu’il dénonce, à savoir la critique partiale et orientée.
    Il occulte totalement la dernière partie de l’article de Patrick Bard, qui commence à “Elle est interminable la liste des erreurs…”. Ce faisant, il ne voit pas (ou refuse de voir) que le photographe reconnaît explicitement les crimes et erreurs de la guérilla cubaine, du régime castriste mais aussi de Che Guevara. Il fait notamment un parallèle entre la Résistance française et la guérilla cubaine et rappelle la nécessité d’une contextualisation historique, idéologique et politique des faits racontés.
    En outre, Seb commet à son tour l’erreur qu’il fustige chez Patrick Bard, à savoir la citation tronquée. En effet, si Patrick Bard ne cite pas exactement Pierre Kalfon repris par Jacobo Machover, et si Seb a raison car il manque “Il est probable”, nous affirmons à notre tour que Jacobo Machover tronque Pierre Kalfon et Seb benoîtement, n’ayant peut-être pas lu Kalfon, reprend l’erreur de Machover et tronque donc Kalfon.
    Voici le passage du livre de Pierre Kalfon (Points Seuil, 2007, p.288):
    « Il est probable que Guevara, dans son intransigeance radicale à la Saint-Just, a veillé au bon déroulement des exécutions sans guère éprouver d’états d’âme. La révolution n’est pas un marivaudage. Sa bonne conscience est totale. »
    Aucune minimisation dans ce passage ni dans les pages qui suivent, à moins de faire preuve de mauvaise foi, comme Jacobo Machover ou d’ignorance comme Seb. Si la question est de savoir si le Che a tenu le fusil, Machover ne le sait pas, pas plus que Kalfon. Et cela importe peu. Les exécutions sont reconnues et assumées par le Che. Et Kalfon ne le nie pas. Il ne laisse planer aucun doute, contrairement à ce que prétend Machover.
    Et quand Machover s’étonne de l’emploi du terme “fusillades” par Kalfon, sans doute trop faible à son goût, il fait preuve d’une méconnaissance de la langue française. Le Grand Robert nous dit qu’il s’agit de l’”action de fusiller pour exécuter”, et de citer André Malraux.
    Nous encourageons donc Seb à revoir sa copie et à lire plusieurs ouvrages sur le Che car avec son article c’est nous qui “n’avons eu droit qu’à une mauvaise propagande”. Il ne suffit pas qu’il prétende être objectif pour qu’il le soit. Orgueil des ignorants!

  2. Seb dit :

    @ Saidchomsky,
    Je vous remercie pour votre rectificatif concernant l’ouvrage de Kalfon. Je reconnaîs que je ne l’ai pas lu. Patrick Bard non plus apparemment car il aurait très bien pu reprendre l’extrait cité dans sa démonstration au lieu de deformer volontairement la citation de Machover. Cela aurait été beaucoup plus honnête.
    De toute manière, cela ne change en rien le sens de mon article puisque le but n’est pas de démontrer à tout prix si Machover à raison ou pas mais que Bard ment délibéremment à plusieurs reprises pour critiquer l’ouvrage de Machover. Point barre. C’est la raison pour laquelle je n’ai fait aucun commentaire sur la dernière partie de son article qui n’est rien d’autre qu’un point de vue qui ne se s’appuie plus directement sur l’ouvrage de Machover.
    De plus, si j’avais vraiment voulu être malhonnête, premièrement, je n’aurais jamais signalé que je penchais du côté de Machover, et deuxièmement, au lieu de mettre l’intégralité de l’article de Bard pour que le lecteur se fasse sa propre opinion, je n’aurais gardé que les parties qui concernent uniquement mon article.
    Je vous remercie également pour votre conseil, mais je n’estime pas du tout nécessaire de revoir ma copie qui n’a rien de propagandiste mais qui repose sur des faits.

  3. Pierre75 dit :

    Bonjour,
    l’intéressant me semble être les raisons de ce culte du Che. En gros, il n’y a jamais eu de “communisme à visage humain” : tous les régimes marxistes ont été des dictatures plus ou moins sanguinaires. Pour essayer quand même de dédouaner le marxisme, les amoureux de cette idéologie brandissent deux exemples : le Chili d’Allende et le Che. Ces figures doivent redonner l’espoir en un marxisme démocratique – jamais réalisé et toujours promis.
    La figure du Che est donc essentielle dans ce dispositif. Mais si même le Che a été disons “intransigeant” et violent, il ne reste pratiquement plus rien, dans le réel, pour les marxistes humanistes (un oxymore, pour le coup).
    Maintenant je ne dis pas ceci pour dédouaner le capitalisme de ses crimes et prétendre que le libéralisme est meilleur que le marxisme. A mon avis marxisme et capitalisme ont fait les preuves de leur nocivité, et il y a beaucoup à réinventer (peut-être sur les bases du socialisme utopique ou d’autres socialismes anti-marxistes…).

  4. saidchomsky dit :

    Vous écrivez: “Il [Machover] ne dit rien de plus et sûrement pas que Guevara est directement lié à son arrestation en 1971 !”. Mais qui dit ça? Sûrement pas Patrick Bard qui écrit: “Machover lui impute les tourments infligés à Padilla, un auteur emprisonné par le régime cubain en 1971″. Rien de plus. Donc où est la polémique que vous créez de toute pièce? Nulle part. Mais force est de constater que ce que dénonce Patrick Bard, c’est à son sens les contorsions interprétatives dont fait preuve Machover au sujet du Che. Et force est de constater que vous faîtes de même!
    Au sujet des photos, Patrick Bard évoque la guérilla du Che au Congo et dit que si Benigno n’est pas sur les photos de cet épisode, c’est qu’il n’y a vraisemblablement pas pris part. Et de citer à l’appui Paco Ignacio Taibo II. Je serais curieux de lire ce qu’écrit in extenso Machover à ce sujet, par exemple page 183. Car je pense que vous vous avez mal compris l’article du photographe.
    Et on peut effectivement douter de la crédibilité de Benigno. Kalfon écrit lui-même page 324:
    “Benigno restera le compagnon du Che jusqu’à ses dernières heures. (…) Benigno rompra avec le régime cubain en 1996, après des années de fidélité absolue et de silence.”
    Donc, on le voit bien, non seulement vous prenez parti pour Machover sans connaître l’histoire complexe et riche du Che et de cette période, mais vous ignorez les critiques possibles et fondées de Patrick Bard au prétexte un peu tiré par les cheveux d’une citation incomplète ou d’un passage de son article que vous maîtrisez mal.
    Vous affirmez péremptoirement que Patrick Bard ment volontairement dans son article et vous dites que vos propos sont des faits.
    Mais vous ne démontrez rien. Faites la démonstration que l’ouvrage de Machover est un bon ouvrage, comparez le à celui de Kalfon ou d’autres. Vous vous rendrez utiles. Lisez mes articles sur Zemmour et Blanrue et inspirez vous de mes modestes contributions. L’analyse comparative argumentée, voilà la clé pour vos progrès. je maintiens: revoyez votre copie.

  5. flo dit :

    Homophobe, intolérant, sadique!

  6. Seb dit :

    @saidchomsky
    et bien non, je ne reverrai pas ma copie sous le simple prétexte qu’elle ne vous convient pas : vous n’êtes pas mon enseignant, je ne suis pas votre élève. Et si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je préfère d’autres sources d’inspiration que la vôtre malgré toute votre “modestie”.

  7. Pelios dit :

    J’ai lu les textes de Guevara. J’ai lu les biographies sur cet homme, notamment celle de Kalfon. J’ai lu le texte de Machover. J’attendais qu’on prouve “historiquement”, de manière pragmatique et sourcée, que Guevara était effectivement un homme qui a pratiqué la Terreur. Et j’ai été très déçu par les suppositions, les supputations, les témoins sans nom, les “on m’a dit”, etc.
    Rien de bien sérieux, malheureusement.
    Je ne vais pas m’amuser à lister patiemment les erreurs de Machover. Ce livre ne mérite pas ce temps.

    Ce qui revient finalement à dire que M. Bard et Saidchomsky ont tout à fait raison.

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