Le livre de l’historien israélien Simon Epstein, Le paradoxe français, paru en 2008, avait été reçu dans la plus grande indifférence médiatique et politique. A une exception près : la LICRA, la Ligue Internationale Contre la Racisme et l’Antisémitisme. Directement visée par les travaux de l’historien, elle lui a donné la parole en 2009 dans son propre cénacle. Un courage qui mérite d’être souligné.
Vous n’avez certainement pas entendu parler de ce livre, sorti chez Albin Michel en 2008 dans le silence médiatique le plus assourdissant. Seul Eric Zemmour a osé le mentionner récemment à plusieurs reprises, mais pour le reste, rien, néant, pas de son pas d’image. Il faut dire que sa démonstration en choquera plus d’un : selon lui, une large part des antiracistes avant-guerre ont basculé dans la collaboration, et beaucoup d’entre eux étaient membres de la LICA, ancien nom de la LICRA. Par ailleurs, mais cela a peu à voir avec notre sujet, nombre d’antisémites avant-guerre se sont engagés dans la résistance, étant plus anti-allemands qu’anti-juifs.
Ces révélations fracassantes auraient dû générer de la part de la LICRA mépris et ignorance, comme pour le livre à charge La France licratisée, écrite par une militante nationaliste et préfacée par Alain Soral. Il faut dire que le propos virait au pamphlet violent quand son auteur Anne Kling parlait des juifs et des franc-maçons à l’œuvre à la LICRA.
Simon Epstein, lui, n’est pas un polémiste, mais un historien, israélien qui plus est. Son travail, colossal, sérieux, documenté, n’a à ce jour jamais été remis en cause publiquement par un autre historien. Tout cela a dû convaincre les dirigeants de la LICRA d’organiser une conférence-débat avec lui, le 12 février 2009.
L’historien a d’ailleurs déclaré au début de son intervention : « vous auriez très bien pu ne pas le faire, et il ne serait strictement rien passé. En prenant la décision d’affronter la question de face, vous avez pris une bonne décision. »
La LICRA aurait même pu se contenter d’organiser la conférence en toute discrétion, avec ses seuls membres. Mais elle s’est fait fort d’en publier le compte-rendu et de le rendre accessible à tous sur Internet. Les enseignements que contiennent le compte-rendu sont plus que jamais d’actualité.
Premier exemple, l’utilisation du terme « révisionnisme » non pas pour le condamner, mais pour l’appeler de ses vœux : « nous sommes attachés au révisionnisme en histoire, dans le bon sens du terme : la méthodologie historique qui par une démarche scientifique explore un système idéologique, un évènement, le remet en question pour modifier plus ou moins profondément les analyses selon les cas. »
Voilà de quoi surprendre tous ceux qui s’étaient interdit jusqu’à l’emploi de ce terme dans l’espace public, depuis la fameuse loi Gayssot condamnant le révisionnisme, mais uniquement celui touchant le génocide juif. Nous prenons donc acte du fait qu’on peut, selon la LICRA, valoriser le révisionnisme en histoire, comme la démarche scientifique nous y invite. Sauf pour la Shoah, évidemment, puisque la LICRA n’a jamais milité pour l’abrogation de cette loi d’exception.
Autre exemple, la présentation du pacifisme comme un possible défaitisme et surtout un allié du nazisme, ce qu’on oublie souvent : « la LICA a parfois joué un rôle de sas : il y avait en son sein d’authentiques antiracistes pacifistes, voire défaitistes, des anciens combattants de 1914-1918 profondément hostiles à la guerre qui ont fini dans la collaboration. […] Le développement de l’ultra-pacifisme de la gauche française fait le jeu des pronazis et concoure au développement de l’antisémitisme.»
Aujourd’hui (comme avant-guerre) le pacifisme est placé au sommet de la vertu et de l’honneur, et l’on a oublié la phrase pourtant si juste de Clement Attlee, vice-président du gouvernement de Churchill : « Le pacifisme n’est qu’une répugnance hédoniste envers les responsabilités. »
Oui, nous le savons maintenant, il fallait attaquer Hitler dès 1933, quitte à faire 1 million de morts, car cela en aurait évité cinquante fois plus et un génocide. Oui, il fallait résister aux nazis et non collaborer avec eux, contrairement à ce que dit pourtant Eric Zemmour (qui n’a peut-être pas tout compris du livre de Simon Epstein).
En continuant la lecture de ce compte-rendu, on découvre que l’une des principales officines de l’antiracisme français, donc de la bienpensance, fustige la bienpensance : «Un travail de dénonciation de la captation d’héritage, les préjugés, les a priori du politiquement correct […] Simon Epstein rétablit, dénonce aussi, quitte les sentiers battus et bien sûr cela dérange la sphère bienpensante. […] Il peut exister certaines permanences dans la versatilité de comportements idéologiques et de partis pris politiques qui tournent avec le vent du politiquement correct et de la pensée unique. »
Etonnant retournement dialectique, qui finit de nous convaincre que les expressions comme « bienpensance », « politiquement correct » ou « pensée unique » sont des expressions fourre-tout que chacun emploie pour se donner le beau rôle mais qui ne servent pas à grand chose.
L’ironie c’est que quelques lignes seulement après avoir fustigé la « bienpensance » selon la LICRA, elle reconnaît elle-même que « l’antiracisme est devenu la doxa », et plus loin que « la LICRA tient un discours de vérité politique qui tranche avec la doxa ». Cherchez l’erreur.
L’intervention de l’historien est à ne pas manquer, et l’on peut porter au crédit de la LICRA le fait d’avoir retranscrit fidèlement ses propos, même quand ceux-ci sont durs envers la LICA. Nous vous encourageons à lire l’intervention de l’historien en entier, en voici deux extraits parlants qui devraient vous donner envie de lire le reste :
« […] mon livre porte aussi sur la catégorie de ceux qui sont à la LICA et seront collaborateurs dans les diverses formes de collaboration. Les ministres à Vichy ? Il y a plusieurs anciens de la LICA y compris les anciens du Comité central de la LICA, par exemple René Belin le ministre du Travail ou François Chasseigne qui sera ministre du Ravitaillement en 1944. François Chasseigne est un ultra de la collaboration. Il était à la LICA en 1932, en 1936 il est considéré comme un ami de la LICA et reçoit pour les élections de 1936 le soutien de la LICA. En 1944, il est le vice-président d’une association en France qui s’appelle l’association des amis de la Waffen-SS ! »
« Autre exemple, le décret-loi Marchandeau : c’est la première loi antiraciste adoptée en France sous forme de décret-loi en 1939. Elle est votée suite à une campagne menée par les organisations juives, mais conduite essentiellement par la LICA. C’est Paul Marchandeau, ministre de la Justice, qui l’a fait voter. Ce même Paul Marchandeau sera collaborateur pendant la guerre, il sera vichyssois, soutiendra un régime dont une des premières mesures sera d’annuler la loi antiraciste de 1939. La loi sera annulée en août 1940. »
Pour lire le document en entier dont l’intervention, allez à la page 7 de ce document.
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Apparemment, la LICRA a retiré de son site le compte-rendu de sa conférence-débat avec Simon Epstein. Peut-on retrouver ce compte-rendu ailleurs ?
Suite à mon message précédent concernant la disparition du site de la LICRA du compte-rendu de sa conférence-débat avec SImon Epstein, auteur de “Les dreyfusards sous l’Occupation” et du “Paradoxe français”, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un document PDF (http://www.licra.org/ attachments/100_LICRA-Conference-Epstein-120209.pdf), donc aisément téléchargeable. Aurait-il été reposté ailleurs ? Ou un lecteur l’a-t-il conservé ?
@Antoine
aucune idée…
Je viens de découvrir cet article. Effectivement à part Zemmour absolument personne n’a relayé cet historien dans les médias. On se demande pourquoi.
“Oui, il fallait résister aux nazis et non collaborer avec eux, contrairement à ce que dit pourtant Eric Zemmour (qui n’a peut-être pas tout compris du livre de Simon Epstein).”
Zemmour se serait prononce en faveur de la collaboration ?! J’aimerais bien lire ou entendre le passage dans lequel il dit ca…
@seamus : C’est dans “Mélancolie française”. Il l’explique longuement dans la vidéo ci-dessous.
http://www.dailymotion.com/video/xcl56g_zemmour-sur-petain_news
@ Kevin,
Merci pour le lien, je verrai ca quand je serai chez moi. C’est tres etonnant en tout cas !
“Oui, il fallait résister aux nazis et non collaborer avec eux, contrairement à ce que dit pourtant Eric Zemmour (qui n’a peut-être pas tout compris du livre de Simon Epstein).”
Je trouve que l’auteur de l’article sollicite beaucoup ce que dit ou écrit Zemmour. Dans la video, Zemmour déclare que Pétain a toujours été un attentiste mais qu’il a affaibli la France en 1917 quand il l’a protégée en 1940 (“au début”, précise-t-il), notamment en évitant une nouvelle hécatombe et l’invasion de l’Afrique du Nord. Je ne vois pas de célébration de la collaboration. L’armistice de juin 1940 était sans doute une des défaites les plus humiliantes de la France mais, comme aujourd’hui la crise de la dette, elle était le résultat logique de politiques désastreuses bien antérieures, sans parler de la guerre civile larvée entre la gauche et la droite durant l’entre-deux guerre.
Comme je l’avais signalé en février dernier, le compte-rendu de la rencontre entre Simon Epstein et la LICRA a bel et bien disparu du site de la LICRA. Or l’auteur de l’article semble en citer plusieurs extraits, tandis que les liens qu’il propose ne mènent pas à ce document. S’il en a gardé copie, pourrait-il le mettre en annexe de son commentaire ?
@Antoine
désolé, je n’en ai pas gardé copie.
Serait-ce
http://vivianericard.unblog.fr/2010/files/2011/02/100licraconferenceepstein120209.pdf
?
Ben,
C’est exactement ça.
Merci beaucoup.
Je n’ai pas encore lu ce compte rendu mais je me demande bien ce qu’il contient pour que la LICRA, organisatrice de la conférence de Simon Epstein, l’ait censuré tandis que le document se trouvait apparemment dans les archives du site du FN des Bouches-du-Rhône.
Cela donne vraiment une image accablante du débat historique et intellectuel en France : pas étonnant que certains veuillent supprimer des mots dans un pays si prompt à supprimer des idées.
[...] http://www.enquete-debat.fr/archives/la-licra-a-affronte-courageusement-son-passe-en-recevant-l%E2… La licra a collaboré avec les nazis, cette meme licra qui accuse Dieudonné d’antisémitisme. Idem pour Le parti Socialiste… [...]