La télévision norvégienne vient de consacrer deux émissions entières sur l’inégalité parmi les êtres humains, un sujet parmi les plus tabous dans nos médias hexagonaux. Les norvégiens rejoignent ainsi les anglo-saxons dans l’ouverture du débat sur l’inégalité entre les êtres humains, débat légal mais qui “rappelle les heures les plus sombres de notre histoire” ici en France. Enquête & Débat s’est procuré ces deux émissions, voyons la manière dont ils osent traiter le sujet.
Contrairement au documentaire anglais que nous diffusions en février 2011, qui était réalisé par un noir, cette fois c’est un blanc qui ose se poser la question du rôle de l’héréditaire dans l’intelligence et les performances physiques. Facteur aggravant, c’est aussi un homme, et il ose malgré cela se poser la question sur l’inégalité entre hommes et femmes. Ne vous rassurez pas, il ne s’agit pas de comprendre pourquoi les femmes sont moins payées que les hommes à travail égal, non. Il s’agit d’essayer de comprendre pourquoi les femmes ont plutôt tendance à exercer des professions sociales tandis que les hommes ont plutôt tendance à exercer des professions où la technique rentre en ligne de compte. Voici les deux reportages d’une demi-heure chacun :
http://www.dailymotion.com/video/xsc9vl
http://www.dailymotion.com/video/xscbhs
Première conclusion en regardant ces reportages : ça décoiffe ! On n’a jamais vu cela sous nos latitudes, aucun journaliste ni aucune chaîne de télévision n’est prête à enquêter directement auprès des chercheurs pour savoir ce qu’ils pensent du sujet en toute liberté, et surtout en les confrontant par la suite. Cette méthode est très originale : le journaliste interviewe quelqu’un qui dit A, puis interviewe quelqu’un d’autre qui dit B, B étant ici le contraire de A, puis il montre à celui qui dit B ce que dit celui qui dit A. Il réagit, puis cette réaction est montrée à celui qui dit A. La boucle est bouclée, chacun s’est exprimé sur ce que dit l’autre, même si c’est à des milliers de kilomètres de distance. Ainsi ce journaliste évite l’écueil trop souvent rencontré dans les documentaires, où chacun parle dans son coin, dans son monde, dans sa logique, sans jamais la confronter. Cette nouvelle méthode encourage le débat, et l’esprit critique.
Et cette méthode est d’autant plus précieuse qu’on touche à des sujets très “touchy”, comme nous l’avons déjà vu. Au moment où un journaliste est accusé d’être misogyne pour avoir demandé à une ministre femme et asiatique si elle avait été recrutée parce que belle, femme et asiatique, et que certains demandent déjà la tête de ce journaliste à sa radio (certainement par amour de la liberté d’expression), on se demande ce qu’il arriverait à ce journaliste norvégien s’il travaillait chez nous ! Pourtant ses deux reportages sont très professionnels, et ils coincent les moralistes qui veulent nier tout rôle au biologique tout en accusant leurs opposants d’être sectaires et ridicules. Nous avions déjà vu que la Norvège n’est pas un pays de gauche, en voici une nouvelle confirmation !
Deuxième conclusion : il semble que plus un pays soit égalitaire, comme la Norvège, plus il devient inégalitaire ! Ainsi les femmes norvégiennes occupent bien plus qu’ailleurs des emplois dits “sociaux”, tandis que les hommes emploient beaucoup plus qu’ailleurs des emplois dits “techniques”. La raison est expliquée dans le premier reportage : plus un pays est libre, plus ses individus se dirigent vers les occupations qui les intéressent et qui correspondent à leur réel intérêt. Or les femmes ont, semble-t-il dès le plus jeune âge, besoin de communiquer, les hommes beaucoup moins. L’étude d’un membre de la même famille que l’humoriste Sacha Baron-Cohen, Simon Baron-Cohen, qui travaille à Cambridge, démontre que les bébés ont déjà des différences de comportement selon qu’ils sont du genre masculin ou féminin, ce qui invalide le discours tout-environnement, et valide un discours qui semble plus modéré d’un mix entre l’environnement et l’héréditaire, entre l’inné et l’acquis.
Les masques tombent, et l’on voit que des gens qui se disent scientifiques ne se basent sur aucun fait scientifique pour affirmer ce qu’ils affirment, tandis que dans l’autre camp nous avons des scientifiques de Harvard, ou de Cambridge, qui osent regarder les faits en face, quelles qu’en soient les conséquences. La science n’a pas à être soumise à la morale, même si science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Soumettre la science à la morale, c’est se condamner à l’obscurantisme, et nous félicitons ce journaliste norvégien d’avoir levé la chape de plomb qui existe sur le sujet, tout en prenant soin de ne pas conclure, ce qui aurait été dommage. Comme disait Flaubert : la bêtise consiste à conclure.
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