Le site internet Pseudo-sciences.org propose parmi ses dossiers une critique du livre Le sixième sens. Science et paranormal, de Marie-Monique Robin, publié en 2002 et qui a donné lieu à une émission sur Canal + en janvier 2004. C’est pour moi l’occasion de pointer les danger d’une rationalité fermée sur elle-même et trop affirmative.
Il y a un esprit très courant dans le monde scientifique actuel, et qui donne la tonalité de l’article de Pseudo-Science, c’est le rationalisme. On pourrait même dire
un rationalisme exacerbé. Cette attitude est très présente dans le milieu scientifique, mais elle est de plus en plus en position défensive, et parfois acculée à ses contradictions. Cela a aussi des conséquentes humaines ; je pense à un ami qui a fait une thèse en physique optique, qui avait du mal à trouver sa place dans
un milieu scientifiquement très à la pointe mais humainement limité. Il me citait le cas d’un thésard qui travaillait tout les jours de la semaine, y compris le jour de
Noël. Par ailleurs, il y a de nos jours une offensive de la religion dans le camp scientifique, une réponse sans doute à l’esprit des lumières européennes qui ont
voulu passer la religion au filtre de la raison jusqu’à l’éreintement. Ainsi, le créationnisme est apparu au Etats-Unis dès les années 20. L’islam s’est emparé de cette théorie avec un certain Harun Yahya, un turc d’une cinquantaine d’années qui écrit les livres sur des sujets très divers. De nombreux scientifiques abordent des sujets de l’ordre de la croyance, ou simplement expriment leur foi religieuse ouvertement. Ce mouvement de reconquête de la pensée scientifique par la religion n’est sans doute pas étranger au fait que les sciences dures, après avoir connues d’immenses avancées à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, connaît actuellement un marasme singulier, comme le dit Jean-Pierre Petit, à qui je
pourrais dédier cet article. On pourrait dire que la communauté scientifique, de façon générale, est de plus en plus repliée sur elle-même, et devant faire face à ses contradictions toujours plus grandes. Comme si l’arbre mourait faute de produire des bons fruits. A ce titre, le fonctionnement du CNRS, le fleuron de la recherche scientifique française, est emblématique. Le poids administratif y est colossal : la bureaucratie soviétique qui y règne consomme plus de 15% du budget. N’est-ce pas le défunt système communiste qui a planifié un humanisme athée? Comme souvent, une communauté d’hommes soumise à ses contradictions devient plus féroce et plus contradictoire, jusqu’à la caricature. Nous en verrons quelques exemples plus loin. Il y a aussi derrière cela le rôle néfaste de l’argent, qui est le nerf de la recherche scientifique. Or, si l’industrie a intérêt à favoriser la recherche à court terme pour améliorer ses produits et proposer des outils nouveaux, toujours plus complexes, c’est l’état qui doit aider la recherche fondamentale, celle qui n’aura pas de retour sur investissement rapide. Les scientifiques courent le risque d’être pris entre le marteau et l’enclume, surtout quand l’argent devient plus rare.
Mais revenons au rationalisme exacerbé de Pseudo-Science, qui est le juste pendant d’une spiritualité vague, individuelle et peu structurée. Voici un catalogue à la Prévert du paranormal qui constitue les chapitres du livre et que l’on retrouve dans l’article : télépathie, rêves prémonitoires, spiritisme, réincarnation, thaumaturgie (guérison par des pouvoirs spirituels), puissance de la prière, voyance, psychokinèse (capacité de faire bouger des objets à distance), magnétisme humain, miracles, lévitation, expériences de mort imminente,… Tout cela renvoie à des réalités (ou à des illusions, absurdité, mythes, …) qui sont extrêmement différentes. Quel lien entre les rêves prémonitoires et la lévitation? Entre la psychokinèse et la réincarnation? Pour étudier tout cela, il faut un outillage conceptuel solide. La science pourrait le fournir, mais si elle se fonde comme matérialiste, et donc qu’elle nie toute logique spirituelle, elle est vouée à l’échec.
On peut en avoir une idée en se penchant sur les nombreux problèmes méthodologiques auxquels sont confrontés les chercheurs neurologues qui étudient le cerveau humain. La philosophie et la psychologie peuvent aussi proposer un outillage conceptuel pour étudier tous ces phénomènes, à commencer par leur réalité éventuelle. La religion aussi, dans la mesure où elle est bien structurée et a des fondements sûrs, peut apporter une compréhension de tous ces phénomènes auxquels chacun peut être confronté un jour ou l’autre. En effet, il suffit de quelques clics sur internet pour entrer en contact avec une voyante. Les miracles, guérisons inexpliquées, les phénomènes surnaturels en général sont beaucoup plus nombreux qu’on ne croit. Mais ça ne fait pas la une des journaux, et c’est sans doute tant mieux.
La science suit une démarche extrêmement rigoureuse mêlant théorie (souvent des lois en langage mathématique) et expérience. Les expériences doivent répondre à certaines exigences comme la reproductibilité, et la théorie doit notamment être non-contradictoire. Cela est d’autant plus complexe qu’elle est étendue. La philosophie et la psychologie offrent une plus grande souplesse, mais
justement cette souplesse et cette subjectivité sont la porte ouverte à des erreurs, biais ou incohérences plus grands. La problème est un peu le même pour la religion. On pourrait peut-être dire que les mots pour la psychologie et la philosophie jouent le même rôle que les mathématiques (nombres, géométrie, fonctions,…) pour les sciences dures. Dans un cas comme l’autre, la cohérence
s’éprouve par la rigueur dans l’enchaînement des propositions. Les grandes avancées scientifiques de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècles ont profondément marqué la civilisation, et suscitent une fascination. En biologie, il y a la théorie de l’évolution de Darwin, confirmée quelques décennies plus tard avec la découverte de l’ADN par Crick et Watson. En physique, il y a la
thermodynamique au cours du XIXe siècle, qui a donné lieu à la révolution industrielle, l’électricité et l’électro-magnétisme un peu en même temps, qui ont donné des possibilités de développement immenses à la civilisation. Il y a eu à la toute fin du XIXe siècle la naissance de la radioactivité et de la physique nucléaire, avec Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie et Niels Bohr notamment, ainsi que la naissance de l’aérodynamique et les débuts de l’aviation. Puis la physique quantique (et non pas kantique!), avec Planck. Et pour couronner le tout, la théorie de la relativité restreinte puis générale, avec l’indétrônable Albert Einstein. Toutes ces formidables avancées scientifiques se diffusent dans le grand public, et la tentation est grandes pour les personnes qui s’intéressent au surnaturel ou au paranormal de se les approprier pour expliquer l’inexplicable. Mais ces avancées sont extrêmement complexes, même si on peut les résumer en quelques formules simples ou quelques slogans amusants. Pour manipuler ces théories, il faut les connaître et les maîtriser parfaitement. Ainsi, la relativité générale manifeste qu’il y a une interaction immédiate entre la masse et l’espace-temps, de sorte que l’espace-temps est courbé par la matière, et c’est ainsi que la lumière peut suivre une ligne courbe. On pourrait expliquer ainsi l’astrologie, qui prétend que les
astres influencent la personnalité d’après leur position à la naissance. Mais c’est oublier qu’un bébé qui naît près de la tour Eiffel sera aussi (et même plus!) influencé par la masse de la tour Eiffel — 10 000 tonnes, tout de même, que par la Planète Vénus.
L’enjeu, en fait, est de sortir de l’inexplicable des pans de la réalité auquel l’homme est confronté : la réalité spirituelle, invisible. On peut se poser la question d’une telle démarche. Est-elle légitime ? Est-elle bonne? Cette entreprise de “désoccultation” est un mouvement permanent de la civilisation depuis environ deux millénaires. Il arrive que des archéologues en retrouvant des temples païens
découvrent aussi des mécanismes cachés qui expliquent une manipulation possible des gens qui y entraient : pièces cachées, champignons hallucinogènes, effets d’échos ou d’amplification des sons, galeries d’aération,… Cette “désoccultation” était l’enjeu de la célèbre polémique entre l’Eglise et Galilée au XVIe siècle, et celui-ci, voulant distinguer les rôles, a dit aux cardinaux : “Contentez-vous d’expliquer aux gens comment on va au ciel, et laissez-nous enseigner comment il va.” Désormais, les rôles sont inversés. Je pense à deux cas majeurs de persécution de scientifiques exemplaires et
brillants par la communauté des chercheurs, l’un célèbre, l’autre plus méconnu.
Le premier est l’affaire de la mémoire de l’eau qui a mis en émoi toute la communauté scientifique en 1988, quand le professeur Jacques Benveniste a proposé cette théorie pour expliquer l’efficacité de l’homéopathie. Ce professeur de médecine spécialisé en immunologie avait une renommée internationale. Il n’a jamais voulu céder face à la communauté des scientifiques français, qui l’ont littéralement persécuté pendant de nombreuses années. Le point de conflit a été la non-reproductibilité avancée, qui entacherait ces expériences. Il a été notamment privé du laboratoire qu’il dirigeait à l’INSERM. Il est finalement mort en 2004, du fait de problèmes de coeur. Il y avait derrière tout cela des intérêts d’argent, puisque l’INSERM est en étroite collaboration avec des laboratoires pharmaceutique de médicaments allopathiques, c’est-à-dire les molécules classiques (comme l’acétylsalicylique, aussi appelé Aspirine) utilisées pour soigner l’organisme, et qui sont
diffusées au moyen de médicaments. Le professeur Luc Montagnier, qui a découvert le Virus du SIDA et qui travaille actuellement aux Etats-Unis, a fait sienne cette thèse de la mémoire de l’eau. Il est remarquable, par ailleurs, que l’eau, l’élément le plus simple et le plus commun sur la terre, soit si méconnu des physiciens.
L’autre cas est celui du professeur Beljanski, un biologiste français d’origine serbe qui s’est penché sur le phénomène du cancer. Il l’a étudié transversalement, sur les plantes, les animaux et l’homme, et en a tiré des conclusions identiques, auxquels il a ensuite proposé des remèdes appliqués à l’homme. Il a été poursuivi avec acharnement par la communauté des chercheurs en médecine, et ce d’autant plus facilement qu’il n’était pas médecin. Plus encore, le cancer est un enjeu de santé immense en occident, et il est au coeur de flux financiers très importants entre l’Etat et les laboratoires pharmaceutiques. Il est décédé d’un cancer, qu’il a combattu avec ses médicaments pendant de longues années. On dit que c’est ainsi que le président Mitterand aurait résister si longtemps au cancer qu’il a développé dès la fin de son premier septennat. Actuellement, ses descendants poursuivent son travail, et sont régulièrement attaqués en justice pour exercice illégal de la médecine. Ils sont réduits à vendre des “compléments alimentaires” sur internet. Le site de la fondation Beljanski est www.beljanski.com. Cette personne est un exemple éminent de génie incompris ou plutôt persécuté par une communauté pour le seul tort d’avoir obtenu de meilleurs résultats qu’elle, pour des coûts moindre, et par conséquent de menacer sa pérennité et son honneur. La science aussi a ses martyrs.
Guillaume Desart
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Quel marasme dans la science? quel isolement des scientifiques? Et quels martyrs? des escrocs ou des professeurs tournesols qui violent allègrement les protocoles scientifiques et qui viennent ensuite pleurnicher dans les medias contre “la méchante science officielle”? Et vous reprenez ça à votre compte?
Dans tout ce bla bla, je retiens une phrase particulièrement amusante:
“Quel lien entre les rêves prémonitoires et la lévitation? Entre la psychokinèse et la réincarnation? Pour étudier tout cela, il faut un outillage conceptuel solide. La science pourrait le fournir, mais si elle se fonde comme matérialiste, et donc qu’elle nie toute logique spirituelle, elle est vouée à l’échec.”
héhé, pas besoin d’outillage conceptuel solide ou de “logique spirituelle” pour étudier la lévitation ou la psychokinèse: Juste on a besoin d’un gars qui lévite ou d’une fille qui fait remuer les petites cuillères… sans trucages évidemment, parce que à force d’escrocs, on se méfie.
Déjà trouvez nous ces acrobates lévitatifs et après on s’occupera d’outillage conceptuel. Vous en connaissez des gens qui lévitent? vous avez des preuves?
Parce qu’en attendant, critiquer “la science” en donnant des exemples classiques d’escroqueries pour gogos, je ne sais pas si ça défend bien votre cause.
@HDP
Je vous suggère la lecture de l’ouvrage en deux tomes de Bertrand Méheust, Somnambuslisme et Mediumnité.
A défaut de lévitation, de réincarnation ou de petites cuillers cassées vous y trouverez décrits des phénomènes, très divers, fort surprenants, très intéressants, réitérés, et non contestés dans leur réalité, sur lesquels se sont penchés, notamment, nombre de scientifiques “accrédités” sans explication satisfaisante. Ce livre d’une grande richesse est primordial notamment pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’hypnose.
@Jean
Le cercle zététique a-t-il déjà été invité à s’exprimer sur E&D ?
@Sylvain
les copains du négationniste Blanrue ?
Blanrue l’ex-zététiste défend simplement la liberté d’expression de Faurrisson. En cela il reste dans l’esprit zététique, il n’y a pas trahison.
Sylvain, adolescent j’en ai bouffé de ce genre de littérature… avant de m’apercevoir qu’au moins 90% sont de la pure fumisterie attrape-gogo.
Et encore je me demande si c’est pas 100% d’escroquerie parce que je reste naïf..
Bonjour Herbe de Provence. Je suis l’auteur de l’article. Si tu veux, on pourrait avoir un débat ensemble sur l’un des sujets de l’article : pr. Beljanski, mémoire de l’eau, meduimnité, miracles,…
J’ai l’impression que vous faites commencer l’histoire de science au XIXème siècle…
Mais, par exemple, l’électricité était déjà largement étudiée au XVIIIème siècle.
Voir : http://www.ampere.cnrs.fr/parcourspedagogique/zoom/video/spectacles/video/spectacles.php
Vidéo très sympa
Maintenant, et c’est le paradoxe, les “rationalistes” tendent à perdre toute rationalité face à un phénomène inconnu, qui ne rentre pas dans le cadre de ce qu’ils estime à priori possible.
Je discutais récemment de Luc Montanier avec des “rationalistes”. Le pauvre vieux… Montanier en a pris pour son grade…
Bref, des ignares arrogants, ne connaissant rien d’un sujet, méchants comme des teignes, récusant un prix Nobel.
A mon avis, ce n’est pas très rationnel : quand on y connait rien, on la ferme !
Sinon, ça fait “il y a des domaines de recherche interdit”.
Il me semble qu’avant d’avoir fait une recherche, on ne sait précisément pas ce qui va être trouvé (sinon, on ne chercherait pas…). Comment donc certains pourraient-ils savoir à priori ce qui peut être découvert ?
Si des chercheurs – qui ont la formation nécessaire – estiment que la “fusion froide” est possible, alors ils ont parfaitement le droit de mener ces recherches. De même pour la mémoire de l’eau.
Je crois qu’il faut une règle claire et simple :
Si quelqu’un a les diplômes nécessaires pour exercer la recherche, si il est recruté dans la recherche publique, alors il est en droit de pouvoir mener les recherches qu’il veut ! (à partir du moment où ses demandes de financement sont raisonnables). Et il est en droit de ne pas être emmerdé par des connards !
@ Monadissime :
Télépathie, rêves prémonitoires, thaumaturgie, puissance de la prière, voyance, psychokinèse, magnétisme, miracles, lévitation, expériences de mort imminente,… Tout cela ne se démontre pas, ne s’analyse pas comme n’importe quelle expérience scientifique, car tout cela relève de la force de l’esprit et non plus des lois physiques liées au monde matériel !
C’est bien cela le problème, comme cela ne peut “se démonter” de façon rationnelle, beaucoup de personnes disent : cela n’existe pas … comme si n’existait que ce qui se voit et se met en équation ….
Quel diplômes proposez-vous pour analyser la thaumaturgie ou la puissance de la prière ?
La science étudie le réel en suivant une méthodologie rationnelle. C’est normal c’est sa nature!
La religion peut étudier le réel en utilisant l’irrationnel, c’est normal c’est dans sa nature!
Le propre de la science c’est de comprendre le monde, de rendre rationnel l’irrationnel, d’expliquer la raison des mystères. Elle n’y parvient pas toujours. Mais cela ne veut pas dire qu’il y a de l’irrationnel, mais juste de l’inexpliqué (pour l’instant, dans l’état actuel de nos connaissances). La science explique le “comment”.
La religion, elle donne du sens aux choses. Elle donne une explication irrationnelle au choses inexpliqués. La religion explique le “pourquoi”.
Si l’on ne peut vivre sans “pourquoi” on se tourne vers la religion, si on ne peut vivre sans “comment” on se tourne vers la science.
Je respecte ceux qui croit en l’irrationnel même si je n’y adhère pas. Je pense que la seule façon de comprendre les choses c’est de laisser la science faire son travail. Par contre, cela ne lève pas l’angoisse du sens de la vie. Si pour vous l’absurde est insoutenable, alors vaut mieux croire à autre choses qu’en rien. Et ce tourner vers les explications fantaisistes! Mais de grâce, laisser la science et la raison tranquille. Ne vous inquiétez pas elle ne dira jamais le sens de la vie humaine!
Florent
@Florent
qu’est-ce que la recherche scientifique selon vous ?