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L’art du retrait des candidats gaullistes

28 mars 2012, 2:15 Auteur : 19 commentaires

Les élections présidentielles du deuxième millénaire se suivent et se ressemblent… pour les candidats gaullistes. Pasqua en 2002, Dupont-Aignan en 2007 et Villepin en 2012 se sont en effet retirés de la course présidentielle au dernier moment, laissant un boulevard au candidat de droite. Hasard ou coïncidence ?

Rappelons-nous : en 2002, cela s’est joué à un cheveu si Chirac a pu passer le premier tour, et c’est Jospin qui en a fait les frais. Pourquoi ? Tout simplement parce que Chirac a bénéficié d’un nombre de candidatures limité à droite, et que Jospin a eu dans les pattes plusieurs candidats de gauche (notamment Chevènement et Taubira) qui l’ont affaibli à un point tel que c’est Jean-Marie Le Pen, avec seulement 17 pourcents des votes exprimés, qui avait pu passer au second tour.

Donc il y a tout lieu de croire que le 21 avril 2002 aurait été bien différent si Charles Pasqua avait maintenu sa candidature gaulliste au premier tour, au lieu de la retirer au dernier moment. La raison invoquée était le manque de parrainages de maires, or François Asselineau, qui était son directeur de cabinet à l’époque, a raconté plusieurs fois en public que Pasqua avait bien les signatures mais qu’il s’est retiré pour laisser la voie libre à Chirac. A l’époque, Jean-Jacques Guillet, député des Hauts-de-Seine et soutien de Pasqua, avait assuré que son candidat a déjà ses 500 signatures dès la fin janvier 2002. Pasqua était élu tranquillement en 2004 sénateur des Hauts-de-Seine.

Plus troublant, en 2007, Nicolas Dupont-Aignan se présente comme le seul candidat gaulliste à l’élection présidentielle, fait campagne jusqu’au bout, expliquant aux médias qu’il est tout proche d’avoir les parrainages de maires. Pourtant, des membres de Debout la République apportent des signatures au candidat… qui n’en fait rien. Et qui déclarera, sur son blog : “A quelques heures de la clôture des parrainages, il apparaît que je ne serai pas en mesure de réunir les 500 signatures obligatoires pour participer au premier tour de l’élection présidentielle.” L’annonce officielle arrive donc “à quelques heures de la clôture des parrainages“, autant dire un peu tard pour qu’un autre candidat gaulliste puisse se présenter à sa place ! La stratégie semble bien rodée : un candidat gaulliste occupe l’espace médiatique et politique pendant toute la campagne, puis se retire au dernier moment pour laisser les voix gaullistes se reporter sur le candidat de droite, en l’occurrence Nicolas Sarkozy, dès le premier tour. Hasard ou coïncidence, en 2007 Nicolas Dupont-Aignan ne se voit opposé aucun candidat UMP contre lui dans la 8è circonscription de l’Essonne. Il en va d’ailleurs de même en 2012, comme le rappelle un candidat du FN.

Et voici qu’on apprend que Dominique de Villepin, candidat gaulliste à l’élection présidentielle de 2012, se présente contre toute attente à la candidature à la présidentielle fin 2011, et se retire lui aussi au dernier moment de la course, faute de parrainages de maires ! Mieux encore, le Canard enchaîné révèle qu’en fait Villepin avait les 500 signatures requises (ce que Villepin dément), mais qu’il n’y est pas allé malgré tout. Christopher Lings ose la question que tout le monde se pose désormais : y a-t-il eu une entente entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ?

En tout cas le parallèle entre les cas Pasqua, Dupont-Aignan et Villepin est pour le moins évident, et pourrait même être poursuivi.

Rabatteur de 2ème tour

Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers, même combat ?
En effet, voici un autre parallèle intéressant, celui des candidats de droite s’étant qualifiés pour le premier tour. Dupont-Aignan avait échoué en 2007, il a réussi (haut la main) en 2012, mais fera un petit score. Vraisemblablement aussi faible que celui de Philippe de Villiers en 2007, à savoir 2,23%. Bien qu’ayant mené une campagne très dure contre Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers avait quand même appelé à voter pour lui au 2ème tour… Le but de la manÅ“uvre : officiellement de battre la gauche, officieusement de garder des sièges de députés.

Nicolas Dupont-Aignan sera-t-il le rabatteur de voix de Nicolas Sarkozy au 2ème tour en 2012 ? Nous verrons bien, en attendant les accords dans l’Essonne dont nous parlions plus haut semblent être un indice assez concret de la suite des événements… Restera à savoir si dans ce cas les militants de Dupont-Aignan seraient aussi déçus que le furent ceux du MPF à l’époque, le mouvement étant quasiment mort cinq ans plus tard.

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