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Le baromètre de la danse du ventre.

14 mars 2013, 1:43 Auteur : 1 commentaire

Traduction par Snaky d’un article en anglais de THOMAS L. FRIEDMAN paru le 19 février 2013 dans le New York Times.

Le Daily News of Egypt rapporte que le tribunal administratif national jugea la semaine dernière que la populaire “chaîne de la danse du ventre”, Al-Tet, devait arrêter ses émissions, pour cause de diffusion sans autorisation. Qui savait qu’il y avait une chaîne de la danse du ventre en Égypte ? (est-ce que Comcast [grand groupe américain de chaînes câblées, NdT] était au courant ?) Cette chaîne est évidemment assez populaire mais apparemment offensante pour les forces islamistes montantes en Égypte. Le rôle des Frères Musulmans dans cette censure du ventre n’est pas clair, mais ce qui l’est, c’est que personne ne s’amuse plus en Égypte de nos jours.

Le pays est plus divisé que jamais, entre les islamistes et des partis moins religieux et libéraux, et la devise égyptienne a perdu 8 % de sa valeur face au dollar les deux derniers mois. Encore plus perturbant, les cas de brutalité policière et de viols, dirigés sur les manifestants de l’opposition, ont connu une forte augmentation dernièrement. Tout cela s’additionnant pour donner l’impression que le Président Mohamed Morsi et les Frères Musulmans gâchent leur chance de gouverner au premier coup.

Un jour, dans les mois prochains, Morsi viendra à la Maison Blanche. Il n’a plus qu’une seule opportunité de faire meilleure impression s’il veut continuer à recevoir l’aide américaine du Congrès. Mais plus je vois les Frères Musulmans gouverner en Égypte, plus je me demande s’il est capable de faire une telle impression.

Depuis le départ de la révolution de 2011, sur la place Tahrir, à chaque fois que les Frères Musulmans ont fait face au choix de jouer l’ouverture ou d’avoir plus de pouvoir, ils ont suivi leurs tendances bolcheviques et se sont tournés vers le pouvoir, sacrifiant l’ouverture. On a pu voir cela, que ce soit lorsqu’il fallut décider quand tenir des élections (avant que l’opposition ne puisse s’organiser), quand rédiger et voter une nouvelle constitution (avant que les doléances de l’opposition puissent être adressées), ou de l’ouverture du gouvernement à des figures de l’opposition (le moins possible). L’opposition n’est pas sans torts – il a fallu trop de temps pour lui permettre d’agir de concert – mais le coup de force de Morsi se retournera contre lui.

L’Égypte est dans une situation économique désastreuse. Le chômage des jeunes est effréné, tout est en déclin ; tourisme, investissements étrangers et réserves sont fortement en baisse. En conséquence, l’Égypte a besoin d’un sauvetage du FMI. Tout renflouement engendrera néanmoins des difficultés économiques – incluant les aides gouvernementales en matière de nourriture et d’essence, afin de réduire drastiquement le déficit budgétaire égyptien qui se creuse régulièrement. Ça va faire mal.

Afin d’amener les égyptiens à souscrire à cet avenir sombre, il faut qu’une grosse majorité se sente engagée avec son gouvernement, et le succès de ce dernier. Et ça n’est pas le cas aujourd’hui. Morsi a désespérément besoin d’un gouvernement d’unité nationale, constitué d’un large échantillon représentatif des partis égyptiens mais pour l’instant, les Frères Musulmans ont échoué à trouver un quelconque terrain d’entente avec le Front du Salut National, la coalition d’opposition.

L’Égypte a aussi désespérément besoin d’investissements étrangers afin de créer de l’emploi. Il y a des milliards de dollars de capital égyptien hors du pays actuellement, parce que les investisseurs égyptiens, particulièrement les chrétiens, ont peur de se faire confisquer leur argent ou de se faire arrêter sur des charges spécieuses, comme il arriva à certains après la chute du Président Hosni Moubarak. Une des meilleures choses que Morsi pourrait faire pour lui-même et l’Égypte serait d’annoncer une amnistie pour toute personne de l’ère Moubarak qui n’a pas de sang sur les mains ou dont on ne peut prouver rapidement qu’elle a pioché dans les fonds gouvernementaux. L’Égypte a besoin de chaque once de talent et de capital qu’elle est capable de rapatrier. Ce n’est pas un moment pour se venger.

Les Frères Musulmans n’a pas seulement besoin d’une nouvelle stratégie de gouvernement. Ils doivent comprendre que leur version de l’Islam politique – imperméable à l’amélioration du statut de la femme et aux pluralismes religieux et politique – peut être durable lorsque vous êtes l’Iran ou l’Arabie Saoudite, et que vous avez de grosses réserves de pétrole et de gaz pour faire oublier toutes les contradictions entre votre idéologie et votre croissance économique. Mais lorsque vous êtes l’Égypte et qu’en gros, votre seule ressource naturelle est le peuple – hommes et femmes -, vous vous devez d’être aussi ouvert au monde et à la modernité que possible, libérant ainsi tout le potentiel pour la croissance.

Résultat : soit les Frères Musulmans changent, soit ils échouent – et le plus tôt réaliseront-ils cela, le mieux ce sera. Je comprends pourquoi l’équipe du Président Obama préfère transmettre ce message en catimini : pour que les forces politiques en Égypte ne commencent pas à se focaliser sur nous plutôt que de s’intéresser l’un à l’autre. Cela est sage. Mais je ne crois pas que nous transmettions ce message assez vigoureusement. Et les défenseurs de la démocratie en Égypte ne le pensent pas non plus. Dans une lettre ouverte au Président Obama publiée la semaine dernière [l'article date du 19 février 2013 NdT] dans Al-Ahram Weekly, l’égyptien Bahieddin Hassan, militant pour les droits de l’homme, écrit à Obama que les faibles “prises de position de votre administration ont donné une protection politique pour l’actuel régime autoritaire en Égypte et l’autorisèrent à exécuter sans peur des politiques non démocratiques et commettre de nombreux actes de répression”.

Il ne serait pas sain pour nous de réitérer avec les Frères Musulmans le marché que nous avions avec Moubarak. C’est-à-dire, soyez gentils avec Israël et méchants avec les djihadistes et ainsi vous pourrez faire ce que bon vous semble avec votre propre population. Cela ne sera pas non plus possible. Les égyptiens ont toléré cela pendant des années sous le régime de Moubarak. Mais maintenant ils sont mobilisés, et ils ont perdu leur crainte. Il faut qu’à la fois Morsi et nous comprenions que ce vieux marché ne peut plus tenir.

Categories : International, Laïcité

1 commentaire

  1. Rensk dit :

    Et pour les financiers… le baromètre est une contradiction en soi : a plus il y a d’étoffe a plus il y a récession, a plus les jupes sont courtes (manque d’étoffe) mieux sont les bénéfices… :-)

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