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Le casse-tête de l’égalité républicaine

20 janvier 2012, 11:38 Auteur : Jean 1 commentaire

La France d’aujourd’hui est tiraillée par des inégalités de tous ordres, et ces inégalités s’accroissent. On pourrait parler des inégalités entre générations, entre communautés religieuse ou ethnique, entre les territoires de résidence, entre les différents métiers,… Cette situation est extrêmement dangereuse pour l’unité de notre pays. Pourtant, l’égalité est l’un des trois piliers de la République Française, depuis la Révolution de 1789. Quels sont les problèmes qui se posent ? Quels en sont les ressorts ? Je vous propose d’examiner trois cas concrets : le code de la route, l’accès à l’emploi, et la délinquance dans les zones de non-droit, qui est sans doute le cas le plus scandaleux qui puisse être.

Le code de la route

Le code de la route est apparu au début des années 70, après une croissance forte du trafic routier et le développement des infrastructures routières. Il était vraisemblablement pensé pour les voitures, qui étaient elles-mêmes conduites par des hommes dans la force de l’âge. Aujourd’hui, le code de la route est très développé, très populaire, mais il pose plusieurs problèmes. Il y a maintenant de nombreuses sortes de véhicules sur les routes, qui ont chacun leur caractéristiques propres : voitures, camions, bus, motos, vélos, scooters, et même rollers. Les trois ou quatre derniers moyens de locomotion peuvent facilement prendre les trottoirs quand cela les arrange, par exemple une rue en sens interdit. Ce faisant, les motos et les scooters sont hors-la-loi, et les vélos s’ils roulent trop vite. Mais peut-être que sur ce point le code de la route est trop rigide? Les limitations de vitesse sont sans doute généralement assez justes. Néanmoins, quel danger y a-t-il pour une personne qui aime conduire à rouler à 180 km/h sur une autoroute déserte? C’est bien un symbole de liberté et de toute-puissance, et c’est aussi un moment de détente et de plaisir pour qui aime conduire vite. Les tournants serrés sont souvent limités en vitesse dans les voies rapides. Mais ce n’est pas pareil de prendre de tels tournants avec une Ford K ou avec une Mercedes, et on n’a pas la même tenue de route quand on est un conducteur expérimenté ou quand on est un jeune conducteur ou une personne très âgée. Chacun pourra adapter sa vitesse d’après le ressenti de la voiture. Bref le code de la route est très contraignant, mais il y a là des excès et des absurdités, comme Jean-Luc Nobleaux l’indique dans une interview.

L’accès à l’emploi

La cas de l’accès à l’emploi est plus tragique. Le chômage est un fléau structurel en France, et un drame personnel qui peut aboutir au divorce, à la dépression, à la rue, voire au suicide. Il y a de nombreuses façons de trouver du travail, qui varient selon les métiers. C’est un sujet très complexe d’économie, que je ne me hasarderai pas à analyser. Je veux simplement souligner deux absurdités. On entend parfois parler dans les médias de telle maghrébine qui fait des études supérieures et qui est caissière dans un supermarché. Ou parfois, on en connaît une. Comment, dans ces conditions, la France peut-elle donner des leçons d’égalité homme / femme aux pays arabes? Comment peut-elle se targuer d’avoir une vocation à l’universel si les talents immigrés qu’elle recèle sont humiliés de la sorte? Le problème est aussi, comme le souligne Xavier Lemoine, une question de savoir être. Les compétences intellectuelles ou pratiques sont une chose, la capacité à se fondre dans le moule de la culture française en est une autre. Et un employeur sera très peu enclin à embaucher un musulman qui semble très affirmatif de sa foi si son supérieur hiérarchique est une femme. Un autre point est la logique des réseaux. Cette façon de trouver du travail, plus élaborée et moins injuste que le fameux “piston”, suscite des injustices. Certains métiers sont très fermés, comme semble-t-il les notaires. Et ce système de recrutement défavorise fortement les gens qui ont peu de réseaux, les immigrés ou simplement les gens qui ont moins de qualités relationnelles. Toutes les écoles d’ingénieurs et la plupart des écoles de commerce ont un réseau d’anciens qu’elles cultivent. Cela défavorise directement les diplômés équivalents de l’université.

La délinquance dans les zones de non-droit

Nous en venons doucement à la tragédie des ghettos de la République. Là, les inégalités se cumulent : les gens qui travaillent pour une entreprise ou pour le pays gagnent moins d’argent que ceux qui vivent de la drogue. Les infractions à la loi française sont légions : vandalisme, agressions verbale ou physique, viols, braquages,…  Je m’arrête là pour les exemples, ils sont connus de tous. L’impunité est totale pour les délinquants et les criminels, au point que l’ordre des “grands frères” se substitue parfois à l’ordre républicain. Cela signifie ni plus ni moins, que dans les faits, ces endroits ne sont plus français. Pourtant, peut-on exiger raisonnablement d’un jeune maghrébin dont les deux parents sont au chômage, eux-mêmes brisés par la vie, qu’il fasse des études correctes, quand autour de lui tout n’est que violence, haine, froideur de l’environnement, promiscuité,…? Humainement, c’est extraordinairement difficile. Comment peut-on avoir les mêmes exigences envers cette personne, Abdul, ou l’un de ses 3 frères et soeurs, qu’envers Charles, qui a grandi dans le 1er arrondissement de Paris, fils unique d’un père architecte et d’une mère avocate? D’ailleurs, le second n’est pas forcément heureux non plus… L’égalité républicaine n’est plus possible à tenir. Les situations personnelles sont tellement différentes. Il y a peut-être plus de proximité entre Charles et un Australien de Sydney qu’entre Charles et Abdul. Pourquoi? La religion n’est pas la même. La culture n’est pas la même. La maîtrise de la langue française n’est pas la même. La structure familiale n’est pas la même. Les parents ne sont pas les mêmes. L’environnement géographique n’est pas le même. Les médias regardés ou écoutés ou lus ne sont pas les mêmes. Les musiques ne sont pas les mêmes. Tout cela, ce sont des différences de départ qui risquent fort de s’accentuer, et qui vont soumettre l’égalité républicaine à des tensions inouïes, puisque Abdul et Charles sont appelés à travailler ensemble dans la même entreprise, ou à vivre en voisins de palier, ou à échanger une voiture, ou à emmener ensemble leurs enfants à une sortie de classe,… Comment adapter l’égalité républicaine à une telle situation?

Guillaume Desart

Categories : opinion

1 commentaire

  1. Tommy dit :

    “Comment peut-on avoir les mêmes exigences envers cette personne” : pas les mêmes, mais un minimum est largement exigible.

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