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Le Manuel du Goulag : 10 ans de silence

17 septembre 2010, 13:46 Auteur : Seb 4 commentaires

Certains ont vécu l’Histoire. Leurs témoignages, aussi dramatiques soient-ils, nous la rendent souvent plus compréhensible. La vie de Jacques Rossi en est l’exemple type.

Né en 1909 d’une mère française, Jacques Rossi vécut en Pologne où il adhéra au parti communiste à l’âge de 19 ans. Pratiquant une dizaine de langues, il fut recruté par le GRU (service de renseignement de l’Armée rouge) en 1929 qui lui confia différentes missions à travers l’Europe durant les huit années suivantes.

Arrêté en 1937 lors des grandes purges staliniennes, Jacques Rossi est expédié au Goulag d’où il ne sortira qu’en 1961. Durant toutes ces années, il survécut aux différents camps, prisons et centres de relégation qu’il traversa. C’est de cette expérience qu’il rédigea son Manuel du Goulag publié aux éditions du Cherche Midi.

Dans cet ouvrage de 332 pages sont classés par ordre alphabétiques les termes spécifiques rattachés à l’institution du Goulag. Dans la préface de l’édition française, l’historien Nicolas Werth n’hésite pas à qualifier cette Å“uvre de “véritable encyclopédie historique […] qui embrasse tous les aspects de la civilisation goulaguienne : culture matérielle, sociologique, histoire, géographie, économie, droit.”

Commencé dès 1961, Jacques Rossi a également interrogé des dizaines d’anciens détenus et a ainsi constitué des milliers de fichiers. Son but ultime est, comme il l’écrit, de pouvoir “aider les chercheurs dans le domaine de l’histoire du communisme « réel », qui a si profondément marqué le XXe siècle, celui des camps de concentration.”

Oui mais, car il y a toujours un mais, cette ambition ne se fera pas sans difficultés en France.

En 1985, âgé de 76 ans, Jacques Rossi s’installe définitivement dans notre pays. Cette même année, il finit la rédaction du Manuel. Ce dernier paraîtra en langue russe chez un éditeur anglais dès 1987. Deux ans plus tard, la version anglaise voit le jour sous le titre The Gulag Hanbook aux éditions Paragon House avec une préface de Robert Conquest. En 1991, la version russe est publiée à Moscou. Enfin, en 1996, le livre est traduit et publié au Japon.

Et en France ? Il faut attendre 1997. Censure ? Non. Peur ? Oui. Comme il le raconte dans son autobiographie publiée en 2002 avec la complicité de Michèle Sarde, les “éditeurs de l’hexagone sont terrifiés à l’idée d’une récupération par les anticommunistes traditionnels.” Et cette phrase trop souvent entendue : “Car enfin nous n’allons pas apporter de l’eau au moulin de l’ennemi“…

En cette fin des années 80, il n’est toujours pas bon d’être opposé au communisme car, c’est bien connu, tout anticommuniste est un fasciste (ou un chien pour Jean-Paul Sartre…). Il faudra donc attendre plus d’une dizaine d’années pour que soit publiée cette œuvre d’une extrême importance pour la compréhension du système soviétique. Et encore, tous ces reflexes nauséabonds n’auront toujours pas disparu lors de sa parution.

Dans La Grande Parade, Jean-François Revel relate son passage à l’émission La Marche du Siècle accompagné de Stéphane Courtois et de Jacques Rossi face à Robert Hue alors Secrétaire national du PCF qui “sortit de sa manche et brandit devant la caméra un numéro du journal lepéniste National Hebdo, en nous accusant […] de faire le jeu du fascisme. Dans cette méprisable conspiration de notre « bande des trois », on flétrira comme particulièrement sournoise la ruse ingénieuse de Jacques Rossi. N’avait-il pas poussé le vice réactionnaire jusqu’à se faire enfermer pendant 19 ans au goulag, dans le seul dessein évident de servir dans l’avenir la propagande anticommuniste d’un futur Front national qui n’existait pas ?”

Jacques Rossi nous a quitté le 30 juin 2004.

Sources :

Jacques Rossi, Le Manuel du Goulag, Le Cherche Midi, 1997.
Jacques Rossi, Qu’elle était belle cette utopie ! Chroniques du Goulag, Le Cherche Midi, 2000. Publié également chez Pocket
Jacques Rossi, Michèle Sarde, Jacques, le Français. Pour mémoire du Goulag, Le Cherche Midi, 2002
Jean-François Revel, La grande Parade. Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Plon, 2000, pp 91-92
Site de l’Association des Amis de Jacques Rossi : www.jacques-rossi-goulag.org

4 commentaires

  1. viking de Normandie dit :

    Je fais la promo du manuel du goulag depuis sa sortie

    Fachist (écrit la en Russe…) Argot de Tchékiste pour désigner les individus arrétés en vertu d’un article politique, le terme Fachist est rentré en usage pendant la grande purge. page 117 colonne de gauche

    Pourquoi vous continuer comme le Komintern a désigné le régime de Mussolini par ce mot ???

    Lorsque vous le faites, vous êtes un compagnon de route, ou un idiot utile… Ce midi sur Radio Courtoisie j’ai expédie ce message, comme d’habitude il n’a pas été lu… Pourquoi ???

    SVP pouvez vous a l’avenir tenir de ma remarque et de ce que dit J.Rossi dans son livre, car faire la pub sur votre site du livre de J. Rossi et employer les méthodes du Komintren est une incohérence

  2. Dhrun dit :

    “Pourquoi vous continuer comme le Komintern a désigné le régime de Mussolini par ce mot ???”

    Vous faites erreur. Les troupes de Mussolini se sont elle-même donné ce nom, par référence aux faisceaux de verges portés par les licteurs de la Rome antique, qui étaient une sorte d’escorte de tous les magistrats détenteurs de l’imperium.

  3. Shyron dit :

    J’ai rencontré plusieurs fois J. Rossi chez des amis que nous avions en commun, juste avant sa disparition. Il était intéressé par mon parcours dans l’éducation nationale, il m’avait alors encouragé à poursuivre avec prudence le travail philosophique de vérités historiques sur l’histoire réelle de notre pays.
    Il avait une connaissance aigüe des mécanismes de manipulation des masses et des consciences. Il était intarissable sur l’épisode du procès de Nuremberg…
    Ses livres sont des mines de renseignements sur une période horrible de l’histoire de nos sociétés.
    A lire absolument.

  4. dolmen dit :

    Merci à Jean Robin pour donner accès à ces informations.Quelle horreur de découvrir de vidéo en vidéo que nous vivons dans le mensonge total (historique, littéraire, social et politique).
    Quel est déjà, ce pauvre fou qui déclara il y a très longtemps “heureux les simples d’esprit, le royaume des cieux leur appartient”.Que de souffrance évité pour les chanceux.

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