Le principal intérêt du film sorti en 2003 “La recrue” (The recruit), outre le jeu d’acteurs époustouflant d’Al Pacino et de Colin Farrell, c’est l’immersion totale dans le monde de la CIA, un monde peu connu et trop souvent caricaturé dans les films (on citera notamment la série des Men in black). Ici, tout est corroboré par un agent de la CIA avec 25 ans d’expérience.
Je n’ai pas encore visionné un seul mauvais film avec Al Pacino, et pourtant je commence à en avoir vu un certain nombre. De Serpico à l’Avocat du diable, en passant par Scarface et Le Temps d’un week-end, et maintenant la Recrue. On me dit que Heat, dans lequel il partage l’affiche avec De Niro, n’est pas au niveau du reste, mais je ne l’ai pas encore vu. La recrue, puisqu’il s’agit de ce film, offre une fois de plus un rôle à sa mesure au génie d’Al Pacino, un personnage aux multiples facettes, qu’on découvre surtout à la fin. Au passage, ceux qui ne veulent pas connaître la fin du film sont invités à se rendre directement à la fin de l’article pour visionner le film. Voici la bande annonce de ce film en français :
Plongée dans le monde de la CIA
Voici le résumé fourni par la fiche wikipedia du film : “James Clayton n’a pas vraiment le profil habituellement recruté par la CIA, mais il est l’un des plus brillants étudiants du pays. C’est sur lui que s’est porté le choix de Walter Burke. Pour James, la CIA, c’est d’abord l’occasion d’échapper à une carrière banale, mais avant de devenir opérationnel, il devra subir l’entraînement de l’Agence… Tandis que Burke lui enseigne les règles du métier, James gravit les échelons et s’éprend de Layla Moore, une autre recrue. Bien qu’ayant été évincé de La ferme, le centre de formation de la CIA à Camp Perry, James Clayton est chargé par son formateur Walter Burke de découvrir pour qui travaille une taupe infiltrée au siège de l’Agence. La personne qu’il doit surveiller est Layla…”
Je retiens tout d’abord de ce film l’essentiel sur le fond, à savoir que des services spéciaux (ou de renseignement) sont indispensables à tout État digne de ce nom, et ce malgré toutes les dérives qu’ils peuvent à l’occasion occasionner. Pour avoir rencontré un recruteur de la DST qui voulait me recruter comme son assistant il y a une bonne dizaine d’années, je peux vous en raconter de belles sur l’absence de respect de la loi de ces agents très spéciaux. La raison d’État est supérieure à tout le reste, et notamment à la loi, qui est un point de repère, sans plus, pour ces gens-là . Cela ressort bien du film, il est demandé aux nouvelles recrues de la CIA de mettre de côté jusqu’à leur individualité, pour servir la cause des causes : la défense de l’État contre les menaces qui peuvent peser sur sa sécurité. D’où les problèmes récurrents qu’il peut y avoir entre les élus du peuple, qui ont la légitimité et la légalité, et les services secrets, qui ont la raison d’État.
Centre de formation
On découvre dans La Recrue l’école de formation des futurs agents de la CIA, dans ses moindres détails, et je dois avouer que c’est passionnant. Espionnage, filature, détecter les mensonges, exercices physiques et de tir, résistance à l’oppression physique et psychologique… tout y passe. Le génie des scénaristes est d’avoir mêlé à tout cela une histoire d’amour, une histoire de complot et une histoire de recherche du père. Tout cela crée un thriller psychologique comme on peut les aimer, avec le classique effet de retournement en fin de film qui nous donne envie de tout revoir depuis le début.
Ainsi le formateur des agents se révèle être lui-même une taupe, qui va mettre toute son expérience et sa couverture (27 ans à la CIA) au service de sa cause, dont on ignorera jusqu’au bout ce qu’elle est exactement. Tout ce qu’on saura, c’est qu’il cherche à faire sortir de la CIA un code secret qui pourrait être très utile à des terroristes pour mettre les USA à genoux, vous verrez comment dans le film.
Ce formateur, joué par Al Pacino, pour mieux manipuler ses nouvelles recrues et notamment Colin Farrell, jouera à la fois sur son image de père spirituel (le personnage que joue Farrell est orphelin) et d’insoupçonnable recruteur de la CIA pour monter les recrues les unes contre les autres, dans son propre intérêt. Évidemment, on ne comprend tout cela qu’à la toute fin, et pendant tout le film le spectateur est balloté entre les différents personnages pour savoir qui est le traître dans le lot, car il y a toujours un traître. Mais à aucun moment on ne peut légitimement soupçonner Al Pacino.
L’autre intérêt du film, c’est ce jeu sur la réalité, ne jamais croire ce que l’on voit, et la force du réalisateur est de transmettre cette paranoïa au spectateur lui-même, qui en vient à se demander si tout cela fait partie des exercices des recrues ou de la réalité d’une mission de la CIA. La frontière entre les deux est d’ailleurs toujours volontairement floue, ainsi à un moment Colin Farrell et sa collègue sont enlevés par un commando, puis Farrell est passé à la question, et il ne sait pas si cela fait partie de la formation qu’il est en train de recevoir, ou bien s’il s’agit de terroristes qui l’ont enlevé pour en savoir plus sur la CIA. Le spectateur non plus. Il vit avec Colin Farrell, comme s’il était lui-même cette recrue, et ça c’est un véritable tour de force du film.
Pour le reste, je vous laisse voir ce petit bijou de cinéma comme les Américains en sortent régulièrement, et dont nous sommes à peu près incapable en France, hélas :
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