A l’occasion de la journée de la femme, et de l’avalanche d’articles prétendant démontrer l’injuste écart salarial entre homme et femmes à travail égal ou à compétence égale, nous rediffusons un article de grande qualité que nous avions fait paraître le 21 avril 2011, de Cyril Godonou.
Parité, communautarisme et discrimination positive sont les symptômes de l’égalitarisme. En effet, l’examen des données statistiques n’atteste pas d’une discrimination prétendument importante, notamment pour l’égalité salariale hommes – femmes. Les écarts de salaires de 27 % brut s’expliquent surtout par les préférences de carrière (le temps partiel, la différence de secteur, d’heures supplémentaires et de responsabilité). Lorsqu’on se restreint au travail à temps complet, l’écart est de 10%, dont 5 points inexpliqués.
Toutefois, on constate un écart encore plus fort chez les non-salariés sans employeurs (33 % bruts dont 12 points inexpliqués) que chez les salariés (27 % bruts dont 4,2 points inexpliqués). Chez les salariés à temps complet le différentiel est de 11 % dont 5,1 % inexpliqués. Ainsi, la part inexpliquée d’écart salarial de l’ordre de 5 % entre salariés masculins et féminins, est inférieure à la part inexpliquée chez les actifs sans employeurs (12 %). Des différences moyennes de “performance” expliquent donc probablement une partie de ces 5 % inexpliquées. La discrimination salariale hommes-femmes, à travail égal, semble ainsi tout à fait marginale.
L’énorme discrimination salariale que subiraient les femmes au travail est un exemple qui montre que la passion de l’égalité pousse certains à énoncer des contre-vérités.
Lors des débats sur l’écart salarial hommes-femmes, on entend souvent dire qu’à travail égal les femmes gagneraient 20 % à 30 % de moins que les hommes en France, ce qui serait bien entendu un scandale absolu.
L’observatoire de la parité reprend d’ailleurs ces chiffres bruts : ” Le salaire annuel moyen brut des femmes est inférieur à celui des hommes de 18.9 % dans le secteur privé et semi-public, 37% inférieur si on intègre les heures des temps partiels.” (source)
Toutefois, ceci semble statistiquement inexact, sauf à considérer comme travail égal le seul fait de travailler, indépendamment de la durée, du domaine d’activité et du niveau hiérarchique.
En effet, l’écart de 27 % est brut et intègre donc le temps partiel, la différence de secteur, d’heures supplémentaires et de responsabilité. Techniquement, la part inexpliquée, assimilable à de la discrimination, par les experts est de l’ordre de 5 % en France.

Pour plus d’informations, on peut consulter les travaux d’une administratrice INSEE et d’une économiste sur le sujet : [pdf n°1] [pdf n°2]
Je note, par ailleurs, qu’un journaliste de Marianne, dont l’idée est de dénoncer la précarité des immigrés, en s’appuyant sur les travaux de l’INSEE écrit ceci :
“Normalement, « toutes choses égales par ailleurs », il ne devrait pas apparaître de différence entre les immigrés. En fait, si. L’écart de revenu des immigrés européens tombe à -7 % par rapport aux non immigrés. Autant dire presque rien.”
Alors 5 % pour l’écart hommes-femmes? (voir cet article)
J’aborde à présent la délicate question des performances moyennes des hommes et des femmes au travail et des écarts salariaux. Le champ d’analyse est la France.
En effet, l’opinion dominante tend à assimiler tout écart salarial à de la pure et simple discrimination. S’il est vrai que la discrimination doit être combattue avec la plus grande fermeté, il reste que les différences « objectives » de performance peuvent légalement justifier des différences de rémunération. S’il est vrai que l’écart salarial s’explique pour partie par la discrimination, ce qui doit être sanctionnée et combattue, il demeure que d’autres facteurs non discriminatoires expliquent les écarts de salaire. Il s’agit donc de les mettre en évidence avant d’affirmer qu’ils ne s’expliquent que par le sexisme.
Il a déjà été montré que l’écart salarial hommes-femmes s’expliquait en grande partie par des facteurs objectifs : heures supplémentaires, temps partiel, secteur d’activité, niveau de responsabilité, niveau de qualification, ancienneté etc…On passe donc de 27 % d’écart brut à moins de 5 % de part inexpliquée. C’est cette part inexpliquée qui peut être assimilée à de la discrimination.
Mais, cette part inexpliquée dans les travaux évoqués ne signifie pas qu’il n’existe aucune explication dans l’absolu. Autrement dit, ces 4 % ou 5 % ne sont pas forcément entièrement dus à de la discrimination. C’est ce qu’il faut à présent tâcher d’analyser.
Pour ce faire, nous allons procéder par un raisonnement par l’absurde, en supposant que l’écart salarial est exclusivement dû à de la discrimination. Autrement dit c’est l’employeur qui discrimine les femmes. En partant de cette hypothèse, la seule façon d’avoir l’écart salarial « sans discrimination » est de considérer les écarts de rémunération des hommes et des femmes qui n’ont pas d’employeur : il s’agit de ceux qui travaillent à leur propre compte.
Nous allons nous référer aux travaux de l’Institut national de la statistique et des études économiques, dans la revue INSEE PREMIERE n°954 mars 2004.
« D’une part, à fonction ou secteur équivalent, elles gagnent moins que leurs homologues masculins et d’autre part, elles sont relativement plus nombreuses dans les fonctions et dans les secteurs les moins rémunérateurs. En 2001, elles gagnaient en moyenne 29 500 euros net par an soit un tiers de moins que les dirigeants. Leur situation s’est un peu améliorée avec le temps puisque l’écart était de 39 % en 1993. Si on élimine les effets de secteur d’activité, de taille, de forme juridique et d’âge, le salaire des dirigeantes reste de 20 % inférieur à celui des dirigeants et cet écart est plus fort que pour l’ensemble des salariés (12 %). Chez les jeunes générations, ces différences de salaires sont moindres. »
Ces travaux et tableaux montrent que même les femmes qui n’ont pas de hiérarchie (par exemple moins de 10 salariés) et qui ont moins de 30 ans gagnent moins que les hommes en moyenne dans le même secteur ! Les statistiques ne disent rien sur les heures supplémentaires de ces dirigeants, sur leur prise de risque, leur motivation, leur apport personnel, la qualité de leur gestion.
Mais, implicitement (et surtout pas explicitement) la productivité est abordée (la production par tête). La productivité est un concept fondamental en économie. Pour un patron, le lien entre rémunération et productivité est plus direct car c’est lui-même qui fixe sa rémunération en fonction des résultats de son entreprise.
Or, ainsi définie, la productivité moyenne des hommes dirigeants s’avère supérieure à celles des femmes dirigeantes à secteur et âge équivalent. En tous les cas, c’est une hypothèse réaliste pour les entreprises sans associés, avec un(e) dirigeant(e) jeune.
D’ailleurs, chacun peut noter que les femmes cadres gagnent plus que les femmes dirigeantes en 2001, ce qui est moins souvent le cas pour les hommes. C’est un paradoxe de la discrimination salariale. Les femmes ont plus intérêt à être salariées d’entreprises qui les discrimineraient que d’être à leur propre compte. (source)
Il est ainsi intéressant de noter que l’écart « sans patron » est encore plus important que l’écart « avec patron ». On peut donc raisonnablement supposer que la part inexpliquée d’écart salarial de 4 % ou 5 % s’explique en partie par ces différences de performance ou d’exigence salariale. Hormis la performance, l’autre raison pouvant être avancée, en effet, est que les femmes sont moins exigeantes en rémunération : elles se paient moins, négocient moins durement des hausses de salaire.
L’une des limites de la démonstration tient au volume horaire, les femmes patrons pouvant travailler moins en raison des charges familiales. Dans l’article Hommes – femmes, des différences de revenu sensibles pour les non-salariés de la revue INSEE référence Les revenus d’activité des indépendants – Édition 2009, on peut lire à la page 38 : “Selon une autre source de l’Insee, l’enquête Emploi, le temps hebdomadaire de travail habituel d’une non-salariée travaillant à temps complet s’élève (en 2006-2007) à 51 heures contre 56 pour les hommes. En intégrant cette dimension « durée » l’écart redevient proche de ce que l’on observe parmi les salariés à temps complet.” (source)
On constate donc que l’effet “quantité horaire” (+9,8 % de durée hebdomadaire pour les hommes), explique une partie de la différence de rémunération. En tenant compte de cet élément, la productivité par tête est plus élevée, chez les hommes, en partie à cause de cette durée de travail supérieure.
Quant à la productivité horaire, soit l’effet “qualité horaire”, elle semble également plus élevée chez les hommes, puisque le différentiel salarial à quotité horaire équivalent persiste, comme chez les salariés à temps complet. Rappelons que ce différentiel est de 10,7 % dont 5,1 points inexpliqués et assimilés à de la discrimination. (cf. ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 337-338, 2000 – 7/8 page 145).
Dans l’article Hommes – femmes, des différences de revenu sensibles pour les non-salariés de la revue INSEE référence Les revenus d’activité des indépendants – Édition 2009, on peut lire à la page 39 :
“L’écart reste important pour les médecins, de l’ordre de plus de 60 %. Selon une étude de la Drees sur les médecins généralistes du secteur 1 (secteur conventionné), l’écart de revenu entre les hommes et les femmes est de 34 % en faveur des hommes. Cet écart s’explique essentiellement par le nombre d’actes réalisés par les médecins : en moyenne, les femmes médecins s’absentent un jour de plus par semaine que les hommes et réalisent moins d’actes par jour (voir dossier « Le revenu global d’activité des médecins ayant une activité libérale »).”
On constate bien dans ce domaine qu’il y a d’une part, l’effet quantité horaire, soit la durée du travail qui accentue la productivité par tête masculine mais aussi d’autre part, l’effet qualité horaire ou productivité horaire, puisque le nombre d’actes, est plus important pour une même unité de temps. En clair, la “performance” horaire génère un différentiel de revenu en faveur des hommes, toujours en moyenne, bien sûr.
Ainsi la part inexpliquée, assimilée à de la discrimination chez les salariés ne peut l’être pour les non-salariés. Or, l’écart de rémunération hommes-femmes ”toutes choses égales par ailleurs” est au mieux comparable dans les catégories salariés et non-salariés, au pire plus important chez les non-salariés que chez les salariés. Ce fait est de nature à restreindre considérablement la part de discrimination dans l’écart salarial, celle-ci semblant tout à fait marginale.
On sait, de surcroît, que les hommes s’orientent plus souvent dans les filières scolaires et professionnelles les plus rémunératrices, les plus dangereuses et/ou comportant plus de responsabilités tandis que les femmes privilégient, plus souvent, le confort et la famille.
Le sens de l’initiative et le goût du risque ne sont pas répartis de façon paritaire. On ne compte que 30 % de femmes parmi les créateurs d’entreprise, y compris sous le statut simplifié d’autoentrepreneur (34 %). (source 1) (source 2)

Les hommes ont deux fois plus de chances d’être accidentés du travail que les femmes. (source)
2/3 des maladies professionnelles ayant entraîné une incapacité permanente sont contractées par des hommes. Sur 100 morts au travail, 99 sont des hommes, pour l’année 2005. (source)
Entre 2007 et 2008, 90 % à 95 % des morts au travail sont masculins (source)


On peut dire que le monde du travail est plus dur pour les hommes du point de vue de la santé. Plus la maladie est grave et plus il y a d’hommes.
En revanche, les femmes ont une plus grande part de journées perdues, dont des jours d’arrêts de maladie.

(source)
Les conditions de travail des hommes sont plus mauvaises et plus risquées, ils sont deux fois plus exposés aux risques professionnels que les femmes, à l’exception des risques infectieux. Il serait d’ailleurs intéressant d’apprécier dans quelle mesure cela affecte le différentiel d’espérance de vie hommes-femmes.
Le taux de sous-emploi féminin, indicateur permettant d’appréhender le temps partiel subi est de 8,4 % en 2004 contre 1,2 % pour les hommes. 29,5 % des femmes actives occcupées sont à temps partiel. En d’autres termes, parmi les femmes à temps partiel, 72 % l’ont choisi et parmi les femmes qui travaillent 92,6 % ne sont pas en sous-emploi (contre 98,1 % des hommes). Il serait bien sûr plus rigoureux de s’assurer que des effets de structure n’expliquent pas l’écart hommes-femmes quant au sous-emploi. (source 1) (source 2)
On peut noter que ce chiffre de 8,4 % de temps partiel subi devient 33 % sur le site du gouvernement :
” agir sans tarder sur le temps partiel subi (33 % des femmes) ; ” (source)
En réalité, un tiers des temps partiels sont non-choisis, ce qui est bien différent de prétendre qu’un tiers des femmes subissent le temps partiel.
D’autres indicateurs traduisent la plus grande implication masculine au travail, comme la durée annuelle de travail des personnes à temps complet en 2004.

(source)
Ce raisonnement par l’absurde montre que l’argument de la discrimination salariale est très exagéré, ce qui ne signifie en aucun cas qu’il faudrait se dispenser de combattre ce phénomène injuste. Cela dit, pour des raisons idéologiques, les médias ne se font pas l’écho de ces études.

Source : calculs de l’auteur
Cyrille Godonou
[Les données chiffrées et les tableaux présentés dans cet article sont téléchargeables sous forme de tableur ici ]
Contribuez au développement du site en
souscrivant
Lire la suite ►
Sur le même sujet, un article récent du Wall Street Journal nous apprend que les jeunes femmes gagnent plus d’argent que les jeunes hommes (8% de plus), et qu’en plus, elles travaillent moins (9% de moins) !
” A study of single, childless urban workers between the ages of 22 and 30 found that women earned 8% more than men.The Department of Labor’s Time Use survey shows that full-time working women spend an average of 8.01 hours per day on the job, compared to 8.75 hours for full-time working men. ”
Source : http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704415104576250672504707048.html?mod=WSJ_hp_mostpop_read
Pfiouuu ! Ca “dynamite” un préjugé, là ! Grave.
Si ça venait à sa savoir, ça emm… beaucoup de monde. Tout ceux qui vivent sur le “business” du politiquement correct. (essentiellement des hommes).
A chaque article ce site va se faire de nouveaux ennemi(e)s : -)
Bon article. Qui mérite d’être remodelé, puis remodelé, puis remodelé de 100 façons afin de toucher 100 publics.
Tout ce qui pourra ridiculiser la propraganda staffel de la république totalitaire de la pensée unique crypto stalinienne est bienvenu !
Bravo ! bravo !
Bon : maintenant il va falloir faire carré.
Parce que E&D qui truffe son site d’impertinences idéologiquement blasphématoires à l’encontre de la république du prêt à penser ne va pas tarder à entendre parler du pays.
Et je les connais un peu ces sournois, ce ne sont pas des tendres : des hypocrites, certainement. Des tendres certainement pas.
En plus les impertinences du site sont factuellement incontestables !
Ils osent tout à E&D !
Même les petits commentateurs de rien du tout ,habituellment anonymes, ne le sont plus ! (faites comme moi, c’est le meilleur moyen de se protéger et de défendre la liberté d’expression)
Ce n’est plus de la critique façon basse cour du régime, trois canards qui font coin coin dans leur mare de protestation, histoire de se faire peur en se donnant un petit frisson d’indignation façon Hessel, c’est de l’Insurrection pure et simple !
On se croirait à Varsovie avant les chars !
Camarades, continuons ! La Gueuze va tomber !
Un article qui mériterait d’intégrer le best of, non ?
@Kévin
tout à fait, à l’époque la catégorie best of n’existait pas, voilà qui est modifié
Est-ce que ca ouvrira les yeux des lecteurs sur un autre préjugé tellement répandu (même ici): les soit-disant avantage de la fonction publique / fonction privée ????