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Les contradictions de la Droite Populaire

21 août 2011, 13:22 6 commentaires

Lionnel Luca

Le 14 juillet 2010, 35 députés UMP se constituaient en collectif, celui de la « Droite populaire ». Au départ uniquement parlementaire, le groupe va muer, six mois plus tard, et devenir la Droite Populaire, ouverte à tous les élus et à tous les Français signataires de la charte fondatrice.

Leur but ? Peser au sein de l’UMP pour un retour au fondamentaux de 2007, bien vite abandonnés par Nicolas Sarkozy. Souvent appelé « la droite dure » ou « décomplexée », ce collectif, fondé entre autres par Lionnel Luca, député de la sixième circonscription des Alpes-Maritimes, Jean-Paul Garraud, député de la XIIIème législature, et Thierry Mariani, désormais ministre des transports, expose dans ladite charte plusieurs de ses valeurs essentielles :
-    Nation, patriotisme et République
-    Liberté d’entreprendre et solidarité nationale
-    Ecole de la République et politique familiale
-    Sécurité (« première des libertés »)
-    Saine gestion des finances publiques
-    Rayonnement de la France et politique internationale

Des valeurs de droite, assumées et défendues par ces 42 députés attachés à ce Nicolas Sarkozy s’étant, en 2007, fait élire sur une campagne marquée à droite. Mais après 4 années de sarkozysme, la réalité est tout autre.

L’évident fossé politique entre la Droite populaire et le sarkozysme

Si ces derniers se trouvent très à l’aise au sein de la politique (ultra)-libérale du président, comment fermer les yeux sur tout le reste ? En effet, depuis son élection, force est de constater que Nicolas Sarkozy a entièrement viré de bord avec une ouverture à gauche critiquée, un penchant au centre, et la ruine de ce qui restait de l’indépendance française.

Désormais province américaine – ou mondialiste -, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Depuis la chute du Général de Gaulle, on a pu assister à une liquidation du CNR et de l’indépendance française qui vit avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy son aboutissement le plus complet (réintégration à l’OTAN, liquidation du Quai d’Orsay, ratification du Traité de Lisbonne, ouverture à gauche, atlantisme forcené…), comme un dernier clou au cercueil de notre pays.

Sans parler de ses semblants de politique sécuritaire, qui n’a de sécuritaire que le discours (comme à Grenoble). Dans les faits, c’est tout autre chose : immigration massive et incontrôlée pour satisfaire le patronat et favoriser le communautarisme, recul de la République en banlieue, diminution drastique des effectifs de police, impunité des crimes et délits… Des mots, rien que des mots.

« C’est avec des hochets que l’on mène les hommes »

Qu’est-ce qui pousse alors les « durs » de la Droite populaire à soutenir ainsi, dans un aveuglement complet, ce Président dont les actes sont à l’opposé des paroles ? « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes » disait Napoléon. Et c’est exactement ce que fait Nicolas Sarkozy.

Dans le dernier livre de Franz-Olivier Giesbert, M. le Président (Flammarion), le journaliste fait remarquer à quel point le chef de l’Etat traite avec peu de reconnaissance ceux qui lui sont le plus fidèle, préférant donner des postes clés et des ministères à ses adversaires afin de les avoir dans la main. Nicolas Sarkozy garde ses ennemis près de lui, mais, contrairement au proverbe, maintient ses amis dans l’ombre. Pour ses « hussards noirs », le Président réserve les miettes, comptant sur leur indéfectible fidélité pour s’en contenter. Et ça marche ! Thierry Mariani, qui commençait à se plaindre d’être souvent « pris pour un con », s’est vu remettre en juin 2011 le portefeuille des transports. Et cet exemple est loin d’être un cas isolé.

Si la politique de Nicolas Sarkozy est aux antipodes, ou presque, des valeurs et principes (affichés) des députés de la Droite populaire, l’ambition, l’opportunisme et aussi un brin de fidélité aveugle semblent entretenir la patience de l’aile droite de l’UMP, prise dans le piège de ses propres aspirations carriéristes.

Sans aucun doute, ceux qui se présentent en premier obstacle au Front National se verraient bien plus à l’aise dans les rangs de Marine Le Pen, ou même de Nicolas Dupont-Aignan, qui a eu, lui, le courage de se détacher de la majorité et de clamer son indépendance. Mis à part sur le plan économique, les convergences d’idées sont certainement bien plus importantes avec le FN ou DLR qu’avec le pouvoir en place.

Mais, les choses en sont autrement. Le pouvoir n’est pas de ce côté et les hochets continuent d’être agités par le Président, en habile politicien, qui se trouve bien satisfait de compter cette naïve « droite dure » parmi les siens, tout en n’ayant pas à appliquer le quart de leurs propositions. Les hommes sont ainsi, la politique l’est tout autant.

Christopher Lings

Crédits photo : Capture d’écran LCP/Dailymotion

6 commentaires

  1. jarod dit :

    Il est d’ailleurs tout à fait étonnant que Sarkozy se soit fait élire avec une confortable majorité, avec un taux de participation record en 2007 sur un programme économiquement libéral, sécuritaire et anti-assistanat, réunissant dès le premier tour 31% des suffrages (un autre record depuis Mitterand en 1988), et se soit immédiatement tourné, bien avant “la crise” vers une politique de centre droit voire centre gauche, keynésianiste, compassionnelle et hypocrite.

    Il a tout simplement fait du Chirac version 2002-2006.

    Avec la conversion du FN à l’étatisme le plus vil, les électeurs de droite sont déboussolés et se demandent qui dans ce pays pourrait bien défendre les couleurs du libéralisme dans ce vieux pays socialiste.

  2. murarmand dit :

    J’apprécie beaucoup le premier paragraphe de votre article, qui présente, trop succinctement quand même, la “Droite Populaire”, en rappelant notamment leur programme idéologique. Justement, j’aurais aimé que la suite de l’article reste dans la perspective initiale, c’est-à-dire de présentation, de description et d’information. Au lieu de cela, on a dans l’ensemble un pamphlet anti-sarkoziste assez banal, déplorant une fois de plus que l’ouverture du président nuit à la réalisation d’une politique cohérente. Dommage ! Surtout que je ne comprends finalement pas le titre de votre article. Où se trouve les contradictions (au pluriel) de la Droite populaire ? Je n’en vois pas une seule à la lecture de votre article. Vous dites qu’ils veulent peser au sein de l’UMP pour l’orienter vers un retour aux sources de la campagne présidentielle de 2007. En quoi leur action dégage-t-elle une quelconque contradiction avec ce projet ? Je ne comprends pas.

  3. @murarmand

    Il y a contradiction car ils continuent à tenir cette ligne au sein de l’UMP sachant très bien (depuis 4 ans maintenant) que le Président fait l’inverse. C’est une grande hypocrisie motivée uniquement par les “hochets” agités par Sarkozy. Un ministère par-ci, un secrétariat d’état par-là…

    Contradiction donc, ou hypocrisie si vous préférez. Les deux sont valables.

  4. Félix dit :

    Bonne analyse de Christopher Lings. La Droite populaire ne sert pas seulement à donner des hochets à tel ou tel député, elle sert aussi à Sarkozy pour aspirer les voix du FN, une tactique qu’il avait déjà utilisée lors de la précédente élection présidentielle. Cela permet aussi de creuser artificiellement le fossé entre UMP et PS, alors que ces deux partis on en fait des positions plus proche qu’on veut bien nous le faire croire sur l’immigration, l’islam, etc. Voici une analyse que j’avais déjà écrite précédemment à propos de cette “Droite populaire” :

    L’idéologie dominante de la “diversité”, de l’antiracisme idéologique, de l’islamophilie aveugle, de la haine de soi et de la survalorisation de l’Autre est aussi bien répandue dans tous les partis non extrémistes. Il n’y a, sur ces sujets, absolument aucune différence de fond entre l’UMP et le PS. La seule différence est minime et de pure forme : il s’agit, à droite, de faire quelques petites déclarations purement électoralistes qui resteront sans lendemain. Quand Guéant parle des “français qui ne se sentent plus chez eux”, quand l’UMP veut organiser des débats sur la laïcité ou l’identité nationale, quand la “droite populaire” lance ses petites phrases, quand les députés de la majorités acclament Zemmour qui remet en cause les associations antiracistes, on remarque à chaque fois la même chose : il s’agit d’envoyer des signaux à l’opinion, mais tous ces faux effets d’annonce ne sont bien entendu jamais suivis d’effets concrets. A l’opposé, les seules choses qui sont suivies d’effets agissent de manière plus diffuse mais plus efficace et, dans ce cas précis, sont partagées aussi bien par la gauche que la droite, et vont toujours dans le même sens : financement illégal du culte musulman par les collectivités locales, charte de la “diversité” en entreprise et dans les médias discriminant les Blancs, subventions aux associations antiracistes et celles en faveur de la “diversité”, discours sur le “métissage” placardisation de tous ceux qui ne vont pas dans le sens du vent, blackout sur l’islamisation et le racisme anti-blanc, etc. Ces idées sont souvent élaborées, relayées et diffusées par des think tanks ou autres réseaux d’influence (le Siècle, l’Institut Montaigne, etc.) et, là encore, que leurs membres soient de droite ou de gauche ne change rien, tous comme les divers rapports officiels demandés par le gouvernement (commission Attali…) qui vont aussi dans le même sens.
    Il y a peut-être des gens de diverses tendances à l’UMP, mais le centre de gravité du parti, celui qui donne le la, est clairement sur son aile gauche. Luca, Vanneste et les autres idiots utiles de la “Droite Populaire” ne sont là que pour aller à la pêche aux voix chez les français “de souche” mais ne participent à rien d’autre. Quand Sarkozy met en place une commission chargée de réfléchir sur la nationalité, il met à sa tête Manuel Valls, membre du PS qui déclare, avant même que les travaux de ladite commission n’aient commencé, que le droit du sol ne sera pas remis en cause ! Et quand le Premier ministre François Fillon inaugure officiellement une mosquée, c’est vraiment un signal sans équivoque qui indique dans quel sens va la politique du gouvernement à ce sujet… N’oubliez pas non plus que Philippe de Villiers a vu son “Mouvement pour la France” intégré à l’UMP en échange de quoi il a mis sous le boisseau son discours corrosif sur l’islam. Quant à la “Droite Libre”, autre mouvement affilié à l’UMP, elle avait un jour prévu un débat sur l’immigration et l’islam dans une salle de l’Assemblée Nationale, qui fut annulé par Bernard Accoyer sous pression du CFCM…
    Il faut ouvrir les yeux : jamais l’UMP n’osera retirer les subventions aux associations antiracistes, remettre en cause le regroupement familial, le droit du sol, ouvrir les yeux sur l’islam, etc. Il n’y a que les bien-pensants qui, pour se donner bonne conscience et chercher un ennemi à diaboliser, font semblant de croire qu’il s’agit d’un parti xénophobe.

    Le point faible de cette Droite populaire est qu’elle se spécialise dans la “petite phrase”, le dérapage contrôlé, sans jamais ouvrir de débat de fond. (Ce qui montre bien qu’elle n’a pas pour but de se préoccuper vraiment des problèmes, mais plutôt de faire du populisme.) Je préfère de loin un élu comme Xavier Lemoine, maire de banlieue qui parle de la situation dans les cités sans aucun tabou mais aussi sans outrance ni faux dérapage.

  5. Mon oeil dit :

    Très ingénieux, ce gadget de campagne électorale, qui veut suggérer : Pourquoi voulez-vous voter pour le Front National, puisque la Droite populaire défend les mêmes valeurs, et de l’intérieur saura bien mieux imposer au Président Sarkozy le tournant souhaité par le peuple français.
    Ils sont quand même forts, ces prestidigitateurs !

  6. bubu dit :

    En l’état, les analyses développées par les intervenants, Félix en tête, ne sont guére contestables. Néanmoins, l’apparente vacuité de ce “collectif” pourrait déboucher sur quelque chose d’utile, dans un cas précis, et pas impossible: celui d’une poussée nette du Front National au premier tour de la présidentielle.

    Les promesses et les prises de positions n’engageant que ceux qui les écoutent, il serait naïf de croire que, pour les législatives et quel que soit le vainqueur, Marine resterait sur sa posture actuelle du “tous pourris”. Et c’est là que pourrait se produire un glissement dans le paysage politique actuel, assez logique quand on constate l’évolution des opinions publiques européennes, et les précédents Italiens ou scandinaves: Pour la premiére fois, une coalition de la droite “dure” serait en mesure de peser sur la politique générale de la France, avec de réelles inflexions sur l’immigration ou l’Europe.

    FN et DP pris séparément, peu d’intérêt (politiquement), réunis cela peut devenir une autre histoire, surtout si on fait confiance à la tendance de nos élus de rallier des causes ayant le vent en poupe, indépendamment des convictions desdits élus…. Dans ce cas seulement, la DP pourrait se développer de façon significative et représenter un changement réel, à rebours de ce qui se passe dans le pays depuis trente cinq ans.

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