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L’Union européenne a-t-elle été un rempart à la crise ?

5 novembre 2010, 1:09 0 commentaire
Texte collectif du courant alter-mondialiste. Ce texte parait dans le cadre d’une publication collective donnant la parole à une série d’intervenants d’opinions variées sur le thème : “En quoi l’Union européenne a-t-elle contribué à protéger ses ressortissants de la crise mondiale ?”

Dans sa construction actuelle, l’Union européenne, loin de leur servir de rempart, a aggravé la crise pour les citoyens qui la peuple.

L’UE s’est montrée incapable de répondre d’une seule voix à la crise, le plan de relance européen n’étant que la juxtaposition des plans de relance nationaux. De surcroît, la zone euro, vantée pour sa stabilité, a été la proie des attaques spéculatives des marchés financiers. Elle a été au bord de l’effondrement et le plan européen, adopté en mai 2010 dans l’urgence, n’a fait que repousser les problèmes.

Cette situation s’explique par ce qu’est aujourd’hui la construction européenne.

La construction européenne a progressivement imposé aux peuples le néolibéralisme

Historiquement commencée avec la mise en place d’un Marché commun, la construction de l’Union européenne a largement glissé vers l’imposition de politiques néolibérales à partir de l’Acte Unique de 1986. Le droit de la concurrence va désormais être le seul droit véritablement efficace de l’Union soumettant à sa seule logique les autres textes européens. C’est le moment de la mise en place de l’euro, avec une Banque centrale européenne (BCE) hors de tout contrôle politique démocratique, et l’adoption du « pacte de stabilité et de croissance » qui encadre fortement la politique budgétaire des Etats. Est institué le refus de toute solidarité financière entre les Etats de l’Union (art.103 du traité d’Amsterdam) afin de les obliger à un comportement « vertueux ».

L’élargissement de l’Union en 2004 à dix nouveaux pays transforme l’UE en une zone économique totalement hétérogène. Dans une logique néolibérale, le budget européen reste plafonné à 1 % du PIB européen, ce qui interdit toute aide sérieux aux nouveaux entrants, et entrâine nécessairement des politiques de dumping fiscal et social afin d’attirer les investisseurs. La construction d’une Europe politique et le développement de l’harmonisation sociale et fiscale sont abandonnés au profit de la consolidation d’une zone de libre-échange.

Le mode de construction de l’UE, basé sur la concurrence entre Etats, a entraîné un éclatement de politiques économiques des Etats membres. Il n’y a pas grand chose de commun entre les politiques des pays d’Europe centrale et orientale (PECO), qui ont adopté un modèle de développement basé sur un faible coût du travail afin d’attirer les capitaux étrangers et pour doper leurs exportations ; des pays comme l’Espagne, l’Irlande et la Grande-Bretagne qui ont adopté un modèle économique basé sur l’endettement des ménages ; ceux qui, tels le Portugal, l’Italie et la Grèce ont de forts déficits commerciaux ; et l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas qui génèrent d’importants excédents commerciaux.

Il faut dire que l’Allemagne a mené depuis le début des années 2000 une politique d’austérité généralisée et une remise en cause frontale des droits sociaux (réformes Hartz IV). Cette politique socialement très dure a fait chuter la demande interne et a entraîné une croissance très importante des exportations allemandes qui représentaient 47 % du PIB en 2008 contre environ 27 % pour des pays comparables comme la France, l’Italie ou le Royaume Uni. Or les exportations allemandes ont lieu essentiellement dans l’UE et en particulier dans la zone Euro. L’Allemagne a mené ainsi une politique de passager clandestin en Europe, gagnant des parts de marché sur ses partenaires européens.

La récession a été particulièrement forte dans la zone euro où le PIB a baissé de 4 % en 2009, contre 2,4 % aux Etats-Unis. Face à la crise, la réaction de l’UE face à la crise a été marquée par le chacun pour soi. Il n’y a eu aucun réel plan de relance économique européen. Le plan de relance européen adopté à la fin de l’année 2008 n’a été, pour l’essentiel, que la somme des plans nationaux et n’a représenté que 1,5 % du PIB de l’Union.

Ainsi que l’impose de Traité de Lisbonne récemment adopté en dépit des refus Français, Néerlandais et Irlandais, le financement des déficits budgétaires s’est opéré par le recours aux marchés financiers. Ceci allait faciliter la crise actuelle, celle de la dette publique. Les traités européens (art. 125 du traité de Lisbonne) interdisent tout financement des déficits publics par la BCE qui ne peut prêter aux Etats. Ceux-ci sont obligés de se financer sur les marchés financiers.

Alors qu’une spéculation sans précédent se mettait en Å“uvre contre la dette publique grecque, l’Union européenne s’est révélée incapable de réagir pendant des semaines. Ce n’est que lorsque l’euro a été attaqué et commence à baisser, que l’Espagne, le Portugal, l’Italie et le Royaume-Uni ont été menacés par les marchés qu’un plan d’aide à la Grèce a été adopté avec l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Ce plan d’ailleurs aide moins la Grèce qu’il n’aide les détenteurs de la dette publique grecque, c’est-à-dire les institutions financières qui auraient subi des pertes considérables si la Grèce avait été dans l’incapacité de rembourser sa dette. Ce plan s’accompagne d’une véritable purge sociale : baisse des dépenses publiques, des salaires des fonctionnaires, privatisations, augmentation de la TVA, réduction des dépenses sociales, attaques contre le droit du travail et la protection sociale. L’objectif fixé, celui de faire passer le déficit budgétaire de ce pays de 13 % à 3 % du PIB d’ici 2012 est impossible à tenir, ne serait-ce parce que l’austérité drastique ainsi imposée entraînera une récession qui ne permettra aucune amélioration des finances publiques.

Loin de casser les attaques spéculatives, celles-ci s’amplifient dans toute la zone euro, les marchés ayant compris que les dirigeants européens sont paralysés par leurs divisions sur la marche à suivre. Certains parient ouvertement sur l’éclatement de la zone euro. Le 10 mai 2010, un plan européen est adopté par les gouvernements sous l’égide de la BCE et du FMI. En octobre, il est question d’un système d’aide automatique des pays en difficultés.

Le Fonds de stabilisation mis en place contribue à placer l’UE et les Etats entre les mains des marchés et du FMI. En effet, le FMI est appelé à y participer, et il sera abondé par des emprunts sur les marchés financiers à la hauteur de 440 milliards d’euros. Les déficits publics, qui ont explosé à cause de la crise financière déclenchée par les marchés financiers, vont continuer à être financés par un recours à ces mêmes marchés. Certes, la BCE pourra acheter des dettes publiques mais uniquement sur le “marché secondaire”. Ainsi, les marchés financiers pourront continuer à se refinancer à 1 % auprès de la BCE et à prêter aux Etats à des taux nettement supérieurs.

Aucune mesure de régulation des marchés n’est décidée, et ce plan s’accompagne de l’annonce d’une cure d’austérité généralisée sous l’égide du FMI. Les mesures d’austérité d’une ampleur inouïe qui sont aujourd’hui envisagées vont faire replonger l’UE dans la récession.

Réductions massives des dépenses publiques, baisse des salaires des fonctionnaires, attaques contre le droit du travail, tout cela rappelle les orientations mises en Å“uvre pendant la crise de 1929 et qui avaient conduit à la Grande dépression des années 1930. Un scénario de ce type n’est aujourd’hui pas exclu. L’austérité généralisée risque d’entraîner une baisse de la consommation, une aggravation de la récession et une nouvelle hausse du chômage qui elle-même pèsera sur la consommation des ménages : une spirale dépressive.

On le voit, l’UE n’a pas protégé ses populations contre la crise, elle a aggravé celle-ci.

Il faudrait non pas seulement réguler la finance, mais à lui faire rendre gorge. Le financement des déficits publics ne doit plus être laissé aux marchés financiers. La BCE doit pouvoir prêter de l’argent aux Etats à un très faible taux. Il faut taxer les transactions financières afin de casser les mouvements spéculatifs et interdire un certain nombre de produits financiers et d’opérations boursières qui ne sont que des outils de spéculation. Au minimum, les banques doivent être soumises à un contrôle public strict et leurs activités tournées vers l’économie productive, ce qui suppose à tout le moins une séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement. Enfin, il faut mettre fin au dumping fiscal par une harmonisation de la fiscalité.

L’activité productive qui doit être centrée sur la satisfaction des besoins sociaux, la réduction des inégalités et la mise en Å“uvre des impératifs écologiques. Il s’agit fondamentalement d’organiser une nouvelle répartition de la richesse produite en engageant au niveau européen un processus d’harmonisation par le haut des droits sociaux, avec la mise en place de critères de convergence sociaux. Un budget européen conséquent, instrument de la solidarité européenne et permettant des transferts financiers entre les pays, doit être créé. Il pourrait être alimenté par la taxe sur les transactions financières et par un impôt européen sur le capital.

Enfin, l’architecture institutionnelle de l’UE doit être revue. Le traité de Lisbonne a montré, dans la crise, son inadéquation totale à la situation. Une refondation de l’UE devient urgente qui permette à la fois plus de démocratie et d’intervention des citoyens en Europe et plus de coopération entre les Etats.

Texte collectif de militants altermondialistes

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