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L’Union européenne, mais pour quoi faire ?

24 janvier 2012, 0:34 Auteur : murarmand 42 commentaires

Alors que la Croatie, bien préparée par la propagande des partis majoritaires du pays et par les élites européennes, s’apprête à avaliser par référendum son entrée dans l’Union européenne (1), il est intéressant d’essayer de se mettre à la place d’un Croate et de se demander : pourquoi intégrer l’Union européenne actuellement ? On peut distinguer trois sortes d’arguments : l’argument pacifiste et défensif, l’argument géopolitique, économique et social, enfin l’argument démocratique.

Le premier argument annoncé depuis longue date en faveur de la construction de l’Union européenne est la réalisation de la paix. L’Union Européenne, par la solidarité qu’elle installe de facto entre ses membres empêcherait la guerre d’éclater en Europe. Après deux guerres mondiales nées en Europe (excepté le Japon pour la Seconde) et qui ont engendré des dizaines de millions de morts, cet argument paraît d’une grande force. Dans un article pour De Morgen, le journal socialiste flamand, le philosophe et professeur d’urbanisme Paul Scheffer écrit en effet : “Il n’est pas facile d’avancer des arguments contre ce “plus jamais çà”.” (2)

Et pourtant, est-ce vraiment la construction européenne qui a pacifié les relations entre les pays européens (surtout de la vieille Europe, car les conflits et tensions dans l’ancienne Yougoslavie et les pays d’Europe de l’est sont nombreux) ? Ne serait-ce pas plutôt la mondialisation et la multiplication des échanges qu’elle implique ? Ne serait-ce pas non plus le souvenir des atrocités de la Deuxième Guerre mondiale qui a pacifié les relations internationales entre Européens ? Ne serait-ce pas non plus le fait que, comme le disait Jacques Delors, « la société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être », remplaçant ainsi la compétition identitaire des nations (course à la colonisation du XIXème siècle) par une compétition économique pacifiste ? Dire que l’Europe n’est pas la paix ne signifie évidemment pas que l’Europe est la guerre ; mais qu’elle n’est sans doute pas le verrou de la guerre qu’on veut y voir. Même au contraire, la « crise » actuelle montre que l’Union européenne est une source de tension de plus en plus grande entre pays communautaires, qui prend la forme d’une germanophobie exacerbée. Ainsi, Angela Merkel a été accusée par Arnaud Montebourg de « faire une politique à la Bismarck », et Nicolas Sarkozy a été comparé à Édouard Daladier cosignant les accords de Munich de 1938 (cédant la région tchèque des Sudètes à Hitler dans l’espoir de sauver la paix) par le député PS Jean-Marie Le Guen (3). Un sentiment anti-allemand plus fort encore s’exprime en Grèce, en Italie et en Angleterre. (4)

L’Amérique du Nord connaît, elle aussi, une certaine union entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Il y a l’association de libre échange ALENA. Il y a le Partenariat pour la Prospérité et la Sécurité (PSP). Il pourrait même y avoir un projet d’union monétaire avec comme monnaie l’amero (5). Il ne semble pas que ces constructions se fassent au nom de la paix. La paix ressemble donc plus à un prétexte facile pour légitimer l’Union européenne en exploitant le passé du vieux continent.

L’Union européenne permettrait aussi de se défendre. Dans le même article, « L’Europe c’est la paix, mais encore ? », Paul Scheffer écrit : « Du fait de son élargissement, l’Union est désormais partout limitrophe de régions instables. Nous sommes entourés d’une zone de pays qui, avec l’Afrique du Nord, les Balkans, le Moyen-Orient et les anciennes républiques soviétiques, fait partie des zones les moins sûres au monde. L’Union doit donc, tôt ou tard, devenir une communauté sur le plan de la sécurité en entretenant une frontière extérieure commune. » Mais on ne fait pas de la politique avec des si ! Force est de constater que l’Union européenne n’est pas une puissance militaire. Les intérêts militaires de l’Europe ne sont pas défendus par l’UE mais par l’OTAN, comme l’a montré l’intervention occidentale en Libye.

Après l’argument pacifiste vient l’argument géopolitique. L’Europe permettrait de rééquilibrer les rapports de force dans le monde en faveur de l’Occident, notamment face aux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), et en particulier face à la Chine, désormais deuxième puissance économique mondiale. Certes, l’Europe est une puissance normative. L’attraction qu’elle exerce sur les pays qui cherchent à l’intégrer permet de les réformer de l’intérieur, dans l’intérêt des Européens. C’est cette force d’attraction qui s’exerce sur les anciens pays du bloc soviétique. C’est aussi le cas de la Turquie, même si ce pays semble récemment prendre ses distances avec l’Europe. Mais, au-delà des pays limitrophes, quel est le poids de l’Union européenne dans le monde ? L’Europe est incapable de parler d’une même voix et d’adopter une politique extérieure commune. La concurrence économique s’exerce entre pays européens, sans collaboration non plus. Les pays signent des accords unilatéraux avec l’extérieur, la Chine par exemple.

Quant aux réalisations européennes, elles sont faibles, et elles sont souvent une harmonisation à l’échelle européenne de ce qui existe en France et en Allemagne. La seule grande réalisation, la PAC, a de nombreux défauts et ne conclut pas à une amélioration de l’agriculture en Europe par rapport à une gestion nationale. La plupart des réalisations de l’UE (environnement, social, recherche…) pourrait se faire dans le seul cadre étatique ou dans la collaboration entre États, sans entité supra-nationale. Il en est ainsi de l’accélérateur européen de particules du Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN), présenté comme une réalisation européenne alors qu’y participent aussi la Norvège et la Suisse, sans compter que de nombreux pays présents sur le projet à ses débuts n’étaient pas encore membres de l’Union européenne.

Enfin, un dernier argument évoqué est sans doute celui de l’avancée et de la propagation de la démocratie. Ainsi, le philosophe et professeur d’Esthétique Rafael Argullol écrit dans le quotidien El País que “en tant que patrie historique de la démocratie, la vitalité [de l'Europe] dépend de sa volonté de toujours faire prévaloir la liberté sur les autres règles du jeu, notamment les lois qui veulent imposer le dieu de la spéculation à tous les citoyens du monde [...].”(6) Les partisans de la démocratie réelle, bien au fait de l’état du système politique en Europe, auront un petit rictus en lisant cet argument. L’Europe n’est pas une démocratie mais une oligarchie dominée par les puissances et les lobbies financiers. Ce sont les dirigeants de Goldman Sachs qui s’installent à la tête des pays européens en difficulté (Panpandréou remplacé par Papademos en Grèce, Berlusconi remplacé par Monti en Italie), à la demande et sous la contrainte de l’Union européenne. Les députés européens sont impuissants, les décisions sont prises au Conseil. Ils se contentent de ramasser leur salaire bien payé de député, en se cachant des journalistes, comme l’a montré un reportage d’une équipe allemande de RTL. (7)

Comment alors ne pas adhérer à la thèse qu’expose Pierre Hillard dans « La Marche irrésistible du nouvel ordre mondial » ? Hillard définit le mondialisme comme une “spiritualité globale qui se caractérise par la volonté de soustraire l’autorité politique des États au profit d’entités supranationales.” L’Union Européenne est une de ces entités supranationales construite par les élites mondialistes, et contre les peuples (rejet du referendum européen par la France et la Hollande en 2005 contourné par le “traité simplifié” entre autres). Comme l’a écrit très justement un spécialiste du Moyen-Orient dans « The independent » au sujet des « indignés » (8) : ‎”Les mouvements de protestation visent effectivement le monde des affaires – une cause tout à fait juste – et les “gouvernements”. En revanche, ce qu’ils ont découvert, un peu tard, certes, c’est que depuis des décennies, ils ont foi dans une démocratie frauduleuse : ils votent sagement pour des partis politiques, qui confient ensuite leur mandat démocratique et le pouvoir du peuple aux banques, aux cambistes en produits dérivés et aux agences de notation, qui peuvent tous compter sur une coterie répugnante et malhonnête de “spécialistes” venus des meilleures universités et des “cabinets de consultants” des États-Unis, lesquels entretiennent la fiction qui veut que l’on soit confronté à une crise de la mondialisation plutôt qu’à une énorme arnaque pour flouer les électeurs.”

Alors, à moins de changer radicalement l’Union européenne en rendant les États membres souverains en dernière instance et les institutions vraiment démocratiques, pourquoi un Croate voudrait-il intégrer ce grand ensemble rempli d’épines, de brides et de mauvaises nouvelles ? L’Union européenne, mais pour quoi faire ? On se le demande !

Sources et références :

1 : http://www.presseurop.eu/fr/content/article/1414131-vers-l-union-sans-enthousiasme

2 : http://www.presseurop.eu/fr/content/article/1414441-l-europe-c-est-la-paix-mais-encore

3 : http://www.lefigaro.fr/politique/2011/12/02/01002-20111202ARTFIG00636-le-retour-du-discours-anti-allemand.php

4 : http://www.lefigaro.fr/international/2011/12/05/01003-20111205ARTFIG00581-la-germanophobie-monte-au-royaume-uni-et-en-grece.php

5 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_mon%C3%A9taire_d’Am%C3%A9rique_du_Nord

6 : http://www.presseurop.eu/fr/content/article/1305821-ne-laissons-pas-sombrer-notre-ideal

7 : http://www.youtube.com/watch?v=IUzBLBz2Ny8

8 : http://www.courrierinternational.com/article/2011/12/26/les-banques-et-les-agences-de-notation-sont-les-dictateurs-de-l-occident

Categories : International

42 commentaires

  1. Borowic dit :

    L’Union européenne est l’exemple typique d une fausse bonne idée.

  2. Thomas FERRIER dit :

    Pour ma part, je vais être assez simple, Hillard ne me paraît pas du tout crédible et devrait donc être ignoré dans un argumentaire politique.

    Il y a une confusion entre Europe et Union Européenne. Pour les Croates, rejoindre l’UE c’est retrouver l’Europe, même si ce n’est pas véritablement le cas. C’est donc d’abord de l’ordre du symbole.

    Par ailleurs, pourquoi ne pas rejoindre l’UE ? Ce n’est pas comme si un état croate indépendant était viable.

    La plupart des réalisations de l’UE (environnement, social, recherche…) pourrait se faire dans le seul cadre étatique ou dans la collaboration entre États, sans entité supra-nationale.

    Là encore, ce n’est pas vrai dans des domaines clé comme la diplomatie ou la défense. On peut d’ailleurs dire que l’UE est absente des domaines où elle serait absolument nécessaire mais présente en revanche dans des domaines où elle n’est pas nécessaire. Il faudrait juger point par point de cet argument, domaine par domaine.

  3. murarmand dit :

    @ Thomas Ferrier : Votre argumentaire gagnerait en pertinence si vous expliquiez pourquoi Hillard n’est pas crédible à vos yeux.

    Ensuite, vous expliquez que pour les Croates intégrer l’UE, c’est d’abord intégrer l’Europe, même si ce n’est pas vraiment ça !!! Vous comprenez que vous êtes dans un flou total ! Plus que l’Europe, on peut affirmer que les pays d’Europe de l’est qui veulent se libérer de l’influence de l’ours russe cherche à intégrer non pas l’Europe mais l’Occident. Il y a en effet l’argument identitaire. Mais il faut ajouter à cela que les Européens ne se sentent pas européens. Comme l’écrit Raphael Argullol dans un article que j’ai cité dans mon article : “nous ne nous sommes jamais sentis Européens”. Il n’y a pas d’identité européenne, sinon comme construction historique à laquelle ne croient que quelques théoriciens. Paradoxalement, la France est bien plus américaine qu’européenne.

    Vous proposez ensuite de renverser la question : pourquoi pas ? Parce qu’un Etat croate indépendant ne serait pas valide. Là encore, vous ne développez pas. Je crois savoir en effet que la Croatie a des difficultés économiques. Mais est-ce que l’UE en pleine crise de la dette est vraiment la solution pour les Croates ? L’Europe est peut être moins “viable” que la Croatie !

    J’aimerais que vous me donniez des exemples où l’unité diplomatique européenne s’est manifestée. Et lorsque les pays de l’Union européenne semble unanimes sur une position à prendre en politique étrangère (les sanctions contre l’Iran par exemple), est-ce vraiment la position de l’Europe ou n’est-ce pas plutôt la position de l’OTAN ? Le fait même que l’Union européenne existe sur le plan diplomatique à côté des pays qui la composent (sa présence à l’ONU) montre son impuissance. Pour avoir un poids de décision, l’UE devrait se substituer aux pays qui la composent à l’ONU. Mais ce qui compte, ce n’est pas l’UE, ce sont les Etats membres. Et franchement, les intérêts des Etats européens sont tellement divergents ! Je prendrais le seul exemple de l’Union pour la Méditerranée, qui aurait été un vrai atout pour la France. Mais l’Allemagne ne voulait pas voir naître une zone d’accord qui aurait pu faire de l’ombre à l’UE et elle a donc obligé la France à intégrer l’UE tout entière à l’Union pour la Méditerranée, la rendant ainsi complètement caduque.

    Enfin, un des intérêts de cet article est de lancer le débat. Pourquoi intégrer l’Union européenne aujourd’hui ? Je regrette par conséquent que vous esquiviez la question par un conditionnel “il faudrait juger point par point cet argument, domaine par domaine.” Pourquoi ne commencez-vous pas, même si la tâche paraît immense ? C’est ce que j’ai commencé à faire dans mon article, en distinguant différent argument et en développant un peu chacun d’eux.

    Au plaisir de vous lire,

  4. Thomas FERRIER dit :

    Vous comprenez que vous êtes dans un flou total ! Plus que l’Europe, on peut affirmer que les pays d’Europe de l’est qui veulent se libérer de l’influence de l’ours russe cherche à intégrer non pas l’Europe mais l’Occident.

    Cela ne concerne pas spécialement le cas croate, qui n’est pas lié, à la différence par exemple d’avec les états baltes, à la peur de la Russie, ce pays étant d’ailleurs dans la sphère autrichienne.

    Il y a en effet l’argument identitaire. Mais il faut ajouter à cela que les Européens ne se sentent pas européens.

    Ils se sentent européens lorsqu’ils sont confrontés à ceux qui ne le sont pas, et ils se sentent européens lorsqu’ils sont d’une manière générale entre européens. Je crois même que les gouvernements qui se prétendent pro-européens sont moins pro-européens que les européens eux-mêmes. En revanche, il y a une vraie critique de fond du fonctionnement actuel de l’UE, son manque de transparence, son absence de démocratie interne (malgré l’existence d’un parlement élu d’une manière bien plus démocratique que le parlement national). Enfin, aux yeux de la jeunesse européenne, l’Europe reste une évidence.

    “nous ne nous sommes jamais sentis Européens”. Il n’y a pas d’identité européenne

    Je ne partage absolument pas cette grille d’analyse qui est, justement, très idéologique, et donc artificielle. Les phénomènes modernes, notamment la mondialisation anthropique (via les flux migratoires) et économique, ont rendu l’unification politique du continent européen nécessaire mais l’ont surtout rendu possible. De Gaulle lui-même a parfaitement défini ce qu’était un européen, au-delà de la question institutionnelle.

    Je crois savoir en effet que la Croatie a des difficultés économiques. Mais est-ce que l’UE en pleine crise de la dette est vraiment la solution pour les Croates ? L’Europe est peut être moins “viable” que la Croatie !

    Aucun pays européen n’est viable, et la somme de leur non-viabilité ne donne pas le résultat viable non plus. En outre, l’UE a en elle-même la réponse (et la solution) à la crise de la dette, ce qui passe par une mise en commun et ensuite par une renégociation globale. En effet, il y aurait beaucoup à dire en vérité sur la réalité objective de cette “dette”, qui paraît fondamentalement artificielle.

    J’aimerais que vous me donniez des exemples où l’unité diplomatique européenne s’est manifestée.

    J’ai bien dit, relisez moi, que c’était justement l’un des domaines où l’UE devrait répondre présent et qu’elle ne l’a pas fait. J’ai précisé qu’il faut que l’UE s’occupe de ce pour quoi elle a été créée et pas de la taille de la rondelle de saucisson.

    Le fait même que l’Union européenne existe sur le plan diplomatique à côté des pays qui la composent (sa présence à l’ONU) montre son impuissance.

    Oui. Mais on ne peut pas à la fois reprocher à l’UE son impuissance d’un côté et dénoncer son pouvoir sur les états de l’autre. Nain politique ou géant totalitaire écrasant les peuples, il faudrait savoir.

    l’UE devrait se substituer aux pays qui la composent à l’ONU.

    Oui.

    les intérêts des Etats européens sont tellement divergents

    Les intérêts des européens sont en revanche les mêmes. D’où le principal obstacle à une vraie politique européenne… les Etats.

    Je prendrais le seul exemple de l’Union pour la Méditerranée, qui aurait été un vrai atout pour la France. Mais l’Allemagne ne voulait pas voir naître une zone d’accord qui aurait pu faire de l’ombre à l’UE

    Eh non, cela aurait été tout sauf un atout pour la France. Le tropisme vers le sud de la Méditerranée (parce que l’UEM ne vise pas l’Espagne ou l’Italie) fait partie d’un mal français, qui est l’incapacité de la France de se débarrasser une bonne fois pour toute du boulet colonial (la décolonisation officielle n’a pas abouti à une décolonisation réelle). Comme De Gaulle l’avait compris, l’avenir de la France se joue en Europe et certainement pas en Afrique, par exemple. L’Allemagne a sur ce plan eu parfaitement raison de faire échouer cette UEM qui, si elle avait été proposée en référendum, aurait reçu un non clair, net et massif du peuple, un non bien supérieur de toute évidence à la pseudo-constitution Giscard.

    D’ailleurs, en vous lisant, je me rends bien compte que vous n’êtes pas réellement contre l’Union Européenne, mais contre l’Union Européenne telle qu’elle est actuellement. Implicitement, vous déplorez le fait que l’UE ne soit pas un acteur mais ses états membres.

    Nous sommes dans une situation assez comparable à la Grèce après les guerres du Pélopponèse. Les Grecs ont échoué à l’époque à unir les cités, et n’ont pas écouté les conseils d’Isocrate. L’Hellade unie n’étant pas réalisée, la Grèce toute entière fut soumise, d’abord aux macédoniens, puis aux romains et enfin aux ottomans.

    Nous avons eu nos guerres du Pélopponèse, mais la “Ligue panhellénique” proposée est bien insuffisante. Les Etats doivent donc s’effacer face à l’Europe unie et non cohabiter avec elle et ainsi la rendre de fait caduque.

    Maintenant comment réaliser l’Europe unie authentique à partir de l’Union Européenne actuelle ? C’est donc une réorientation, et une forme de refondation, qu’il faut sérieusement envisager.

    L’UE doit ainsi être considérée comme une étape pour fonder l’Europe politique, une étape et non une finalité. Cela signifie que malgré tout l’adhésion de tous les états européens à l’UE reste une bonne chose. Ce serait d’ailleurs excellent qu’on y intègre la Russie assez rapidement.

    La question n’est pas alors d’être “pour ou contre l’Union Européenne”, question dépassée, mais de savoir pour quelle Union Européenne on est, et ce qu’une véritable UE peut offrir. L’UE actuelle n’étant pas pérenne, elle est destinée à disparaître ou bien à donner naissance à l’Europe unie, malgré ses acteurs actuels. Or, la fin de l’UE ne sauverait pas les européens, et accélérerait sans doute notre déclin, alors qu’en revanche une UE refondée sur de solides principes serait notre délivrance.

    Cordialement.

  5. Thomas FERRIER dit :

    Sur Hillard…

    Parce qu’il fréquente des personnes à l’idéologie glauque, avec lesquelles il partage certaines obsessions bien connues,
    Parce qu’il témoigne d’une conception complotiste de l’histoire, ce qui va avec,
    Parce que rattacher l’UE actuelle au IIIème R, c’est objectivement ridicule,

  6. King Flo dit :

    Mais qu’est-ce qu’il lui prend à Asselineau? Il est en train de partir en vrille!

    Même certains de ses fidèles collaborateurs, au demeurant, sont en train de glisser vers la thése complotiste style UE= Laval= Hitler = Nazi, quand ça n’est pas Islam Térroriste= Complot= Franc Maçonnerie= Sionisme = Gouvernance Mondiale!

  7. Borowic1 dit :

    Je suis moi même harcelé par ses sbires pour rejoindre l UPR…..moi je me pose une question….si eu deuxième tour MLP est opposée a FH pour qui FA va t il voter??????

  8. King Flo dit :

    @Borowic

    Sans ça. C’est pas avec la crypto-résistance qu’on réalise un grand projet!

  9. murarmand dit :

    @ Thomas Ferrier : Vous devez être bien jeune, ça se sent dans votre écriture, qui, ne le prenez pas mal, est assez maladroite. Vous manquez d’expérience, mais vous avez raison de vous intéresser à la politique et à l’Union européenne en particulier.

    Je ne suis pas en effet contre une certaine construction politique européenne, mais là n’est pas la question. Cet article n’est pas un pamphlet. C’est un début de réponse sincère et honnête à la question “quels sont les atouts de l’Union européenne d’aujourd’hui ?” Je voulais lancer le débat, et je regrette à ce propos le peu de commentaires sous l’article. On pourrait par exemple discuter de savoir si l’européisme est vraiment un pacifisme, ce qui semble admis de tout le monde mais qui n’est pas du tout évident. On pourrait discuter des réalisation de l’UE, du bilan de la PAC, et de bien d’autres choses encore. Merci en tout cas Thomas Ferrier de proposer des pistes de réflexion !

    Concernant l’identité européenne et le sentiment d’appartenance à une communauté européenne, c’est un fait incontestable qu’il n’existe pas. Ce n’est pas seulement mon avis ou l’avis de Raphael Argullol. C’est un fait. Deux Français réunis sentent qu’ils appartiennent à une même communauté. Ils partagent des valeurs communes (en gros la devise française), une même langue, une même culture, une même politique. Mais un Allemand et un Français réunis, par exemple, ne sentent pas du tout qu’ils appartiennent à une même communauté. Même si le choc culturel n’est plus très fort entre la France et l’Allemagne du fait de la mondialisation, pour l’Allemand le Français reste un étranger, et réciproquement. Je peux vous en parler avec une certaine assurance parce que je me trouve actuellement en France. Il y a un “type” français (nourriture (formage, pain, vin), manière de se comporter (les Français passent pour des chauds lapins etc) et un “type” allemand (ordonné, timide, mange beaucoup de charcuterie, bois de la bière, etc.). Mais il n’y a pas de “type” européen. Vraiment, il n’y a pas de sentiment d’appartenance à une communauté européenne. Ce sentiment est d’autant moins développé que la politique européenne est faite d’en haut, par les hommes politique, et beaucoup d’Européens ignorent en quoi elle consiste vraiment.

    Ensuite, l’Union pour la Méditerranée était une vraie chance pour la France, parce que ça lui permettait d’élargir ou de renforcer son air d’affluence. La France aurait été le pays principal de cette Union. Elle aurait pu servir de médiateur entre Israël et ses pays voisins par exemple. Il y a beaucoup d’échanges en Méditerranée. La France a déjà de nombreux intérêt de l’autre côté de la mer intérieur, notamment au Margeb. Il ne faut pas oublié non plus que la Méditerranée est un espace où des airs d’influence différentes se concurrence. La Grande-Bretagne y est présente grâce à son histoire. Les Etats-Unis y ont des bases militaires. Donc cette union aurait été précieuse.

    Nous ne sommes pas non plus dans une situation comparable à la Grèce antique. C’est là qu’on voit votre immaturité (pardon, je ne me moque pas). Vous regardez trop de films ! L’Union européenne n’est pas une alliance militaire et les Etats modernes n’ont pas grand chose à voir avec les cités grecques. Mais passons cette comparaison, qui ne fait pas vraiment avancer la discussion.

    La question que je me suis posé dans l’article ci-dessus n’est pas “pour ou contre l’Europe” ni même “quelle Europe faut-il”. La question est : en considérant l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui, en regardant les faits, quelles sont les avantages pour un pays candidat à l’adhésion d’adhérer à l’Union. Voilà la question que je me pose. Si vous voulez en poser une autre, écrivez un article à votre tour !

    Amitiés,

  10. murarmand dit :

    pardon, je voulais écrire que je me trouve actuellement en Allemagne ! XD

  11. King Flo dit :

    L’UE est devenue improductive lorsqu’elle a intégré l’Angleterre, qui, dans son histoire, a toujours été antieuropéenne, puisque l’Europe ayant souvent été voulue par différents souverains Français désireux d’établir une certaine volonté de puissance. Les Anglais ont toujours voulu démolir les intérêts Français, ou de beaucoup de pays naissants anciennement colonisés par eux, via cette manie de foutre la merde ( Israël-Palestine suite au mandat britanique, les conflits opposant Inde-Pakistan, le fait que la plupart des nations nées après l’empire Ottoman se regardent en chien de faïence).

  12. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Pour répondre à votre principale interrogation : “quelles (ou plutôt quels) sont les avantages pour un pays candidat à l’adhésion d’adhérer à l’Union”, il aurait été intéressant de prendre connaissance des arguments des pro-européens croates. Dommage que vous n’en fassiez pas mention dans votre article et que vous les balayez d’un simple revers de la main en les considérant comme de la “propagande” (ce qui sous entend que les arguments de ceux qui étaient contre l’entrée du pays dans l’UE n’en était pas ?). L’article que vous mettez en lien sur la Croatie est très intéressant mais ne répond en rien à la question malheureusement. Croire que les Croates ont voté oui à l’entrée de leur pays dans l’UE simplement par propagande est, me semble-t-il, réducteur et plutôt méprisant. Savez-vous s’il y a eu des débats dans les médias, comment s’est réparti le temps de parole, le nombre de journaux pour et le nombre de journaux contre, l’activité sur le net etc ?

    Concernant la question de la paix et l’UE. Certes, l’entrée dans l’UE ne garantie pas la paix à 100%, encore moins avec les pays non membres. Cependant, un des critères pour rentrée dans l’UE est le règlement des litiges frontaliers. A la chute du Mur, outre la Yougoslavie, la plupart des pays d’Europe de l’Est ont rapidement développé certaines tensions entre eux à causes de revendications territoriales. La perspective d’adhérer à l’UE les a conduit à trouver des solutions et à signer des traités. Je pense notamment à la Roumanie avec l’Ukraine. Donc, dans ce sens, l’UE est facteur de paix.
    D’ailleurs, j’ai du mal à vous suivre quand vous vous interrogez pour savoir si c’est la construction européenne qui a pacifié les relations entre pays européens. Il me semble évident que oui en reprenant vos arguments :
    - le principal but de la CEE était de multiplié les échanges entre pays membres dans le cadre d’un marché commun, modèle réduit de la mondialisation (voir le préambule du Traité de Rome)
    - la CEE était une réponse à la Seconde Guerre mondiale par sa recherche de la paix entre les Etats membres. (voir à nouveau le Traité de Rome)
    - la CEE a poussé à une compétition économique pacifique au détriment d’une compétition identitaire des nations (encore une fois on retrouve cet esprit dans le traité de Rome)

    Une fois n’est pas coutume, mais je suis d’accord avec Thomas Ferrier concernant l’Union pour la Méditerranée. Je ne vois pas en quoi cette Union était un moyen supplémentaire pour augmenter notre influence dans cette région. Franchement, j’en demeure sceptique même si après je peux tout à fait me tromper. Pour ma part, je préfèrerais que nos dirigeants nationaux regardent plus vers nos voisins nordiques, notamment dans la gestion du budget de l’Etat. Avec une bonne gestion, nous serions beaucoup moins dépendant des financiers. Contrairement à ce que vous écrivez, si nous avions suivi les recommandations de l’UE (pacte de stabilité), nous ne serions pas dans cette situation. Ni la Grèce, ni l’Espagne, ni l’Italie. Personnellement, je trouve qu’il n’y a rien de pire que de ne pas assumer ses propres actes comme le font nos politiciens et de chercher des boucs émissaires par la suite (l’UE, les banquiers).

    Quand au sentiment “national” européen, je pense, et j’espère, qu’il se constituera. Mais pour cela, il faut du temps. La France et le sentiment d’être français ne sont pas apparus du jour au lendemain. Et je ne pense pas seulement aux Corses et aux Bretons. Combien d’années a–t-il fallu pour que naisse la nation française ? Sur l’échelle du temps, la construction européenne ne représente pas grand chose. Il faut du temps. Peut être que ça réussira, peut être que ce sera un pitoyable échec. Mais de grands progrès ont été fait. Notamment grâce à la monnaie commune et à la disparition des frontières. Quand on repense à l’état de notre continent il y a 50 ou 60 ans, le chemins parcouru est énorme.
    Personnellement, je suis fasciné de pouvoir sortir de France et d’aller chez nos voisins sans à avoir à sortir un passeport. Je pense qu’un retour en arrière serait inconcevable chez les nouvelles générations. C’est de l’acquis.

    Vous l’aurez sans doute compris, je me sens bel et bien Européen même si des différences demeurent entre les différents peuples du continent, et c’est tant mieux, l’un n’empêche pas l’autre à mon sens. D’ailleurs, un Alsacien aura probablement bien plus de points communs avec un Allemands qu’avec un Basque. Donc rien n’est cloisonné. En tous les cas, c’est la richesse de tout ce passé commun, de l’histoire mouvementée de ce petit continent qui fait que je suis profondément attaché à lui.

  13. murarmand dit :

    @ Seb Merci pour ce long et intéressant message qui donne du grain à moudre au débat que j’essaye de lancer !

    Vous écrivez qu’il “aurait été intéressant de prendre connaissance des arguments des pro-européens croates” et que je n’en fais pas mention. Il est vrai que je n’ai pas ancré mon raisonnement spécifiquement sur le cas croate. J’ai cherché à discuter des avantages et inconvénients de l’adhésion à l’Union européenne en général. L’argument spécifiquement croate de l’adhésion à l’UE est sans doute l’intégration à l’Ouest et le rejet de l’Est et du passé communiste. La Croatie a intégré l’OTAN en 2009. Son adhésion à l’UE en est donc la suite logique. Ensuite, les arguments que je discute dans mon article (pacifisme, développement économique et social, poids géopolitique et démocratie) valent aussi pour la Croatie, comme pour n’importe quel membre de l’Union. Vous dites que l’article que je cite ne réponds pas à la question. Je ne vous le fais pas dire ! Plus creux, c’est la page blanche ! C’est peut-être une preuve que les partisans du oui n’ont pas tellement d’argument que ça. Je ne peux malheureusement pas approfondir la recherche, je ne parle pas croate !

    Pour ce qui est de la “propagande” pour le oui, je me suis effectivement renseigner avant d’écrire ce mot. Ainsi, en bas de l’article “Vers l’Union sans enthousiasme”, vous trouverez un petit encadré intitulé “PRONOSTIC”. On peut lire dans cet encadré :

    “Kukuriku, la coalition de centre gauche au pouvoir depuis novembre, ainsi que le HDZ (conservateur), qui était au pouvoir lors des négociations et qui est aujourd’hui le principal parti d’opposition, ont appelé à voter oui. Tout comme l’Eglise catholique. Les adversaires de l’adhésion à l’UE, qui pourraient recueillir 31% des suffrages dimanche, se recrutent parmi les partisans des petits partis de la droite nationaliste et les sympathisants de la gauche anticapitaliste.”

    Autrement dit, tous les grands partis, ceux qui tiennent la presse et les grands médias publiques, ont fait campagne pour le oui. Seuls les petits partis sans grande influence ont fait campagne pour le non. J’ajoute, que, selon un article du figaro.fr, “la campagne des autorités croates pour le «oui» aura coûté plus de 600.000 euros. Des clips télévisés ont exhorté à « soutenir l’avenir européen de la Croatie ».” (source : http://www.lefigaro.fr/international/2012/01/22/01003-20120122ARTFIG00216-la-croatie-a-dit-oui-a-l-europe.php). Vous voyez donc que le gouvernement croate a mis le paquet en ce qui concerne la communication ! On peut donc indubitablement parler de propagande. Et cela ressemble étrangement à la situation qu’a connu la France lors du referendum de 2005 !

    Prenons les chiffres à présent. Je rappelle cependant que j’ai écrit mon article dimanche, c’est-à-dire avant que les élections n’aient lieu. 67% de oui au referendum avec un taux de participation de 47% ! Je pense donc qu’on peut affirmer que les Croates ont voté l’adhésion à l’UE en grande partie du fait de la propagande. Les gros partis ont su mobilisé leurs membres. Les courageux hostiles à l’adhésion de la Croatie ont voté contre. Le gros de la population s’est résigné.

    J’accepte votre argument sur “l’Europe facteur de paix”. Il est vrai que pour intégrer l’Union, le candidat doit pacifier ses relations diplomatiques avec ses voisins. Vous noterez cependant que l’UE est aussi un facteur de tension entre les pays membres, comme je l’ai expliqué dans mon article. Bruxelles impose ses décisions aux Etats, ce qui ne peut que créer de la tension entre Etats membres.

    Je vous ferais ensuite remarquer que la construction de l’Europe s’est faite pendant la Guerre froide, en opposition au bloc de l’est communiste. Il s’agit donc moins d’une construction pacifique qu’une construction défensive, malgré l’aspect économique. En intégrant la CEE, Adenauer ancre l’Allemagne dans le cas de l’Ouest et laisse tomber la réunification de son pays. Au contraire, le SPD (parti socialiste allemand), qui cherchait plutôt la réunification, était moins favorable à la construction européenne.

    Vous dites ensuite que “si nous avions suivi les recommandations de l’UE (pacte de stabilité), nous ne serions pas dans cette situation”. Vous voulez parlez de la crise de la dette. Mais, ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas de savoir ce qu’il faudrait faire ou ce qu’il aurait fallu faire. Ma question est : prenons l’Union européenne telle qu’elle est, pourquoi l’intégrer ? Force est de constater que l’Union européenne fait des règles que les Etats membres ne respectent pas (en particulier sur la stabilité financière dont vous parlez). L’UE apparaît donc, sur ce point précis, complètement inutile. L’argument que vous donner, loin de plaider pour l’UE, montre au contraire une de ses faiblesse : elle ne sait pas faire respecter les règles qu’elle fixe.

    Pour ce qui est du sentiment européen, je pense que c’est une idée vaine. Vous parlez de “l’histoire mouvementé de ce petit continent”. Mais il n’y a pas d’histoire de l’Europe ! Jamais l’Europe n’a constitué un tout homogène qui a pris la même direction et qui s’est inscrit dans un même mouvement historique. Certains ont essayé de construire historiquement une unité culturelle de l’Europe, notamment avec le christianisme. Mais c’est une pure fiction. Ne serait-ce que parce que l’Empire ottoman a joué un rôle important en Europe par ses conquêtes, et parce que le christianisme ne se limite pas à l’Europe.

    Je pense quant à moi que la mondialisation va vers un effacement du sentiment d’appartenance national, une “caricaturalisation” (pardon pour le barbarisme) des spécialités régionales et une homogénéisation culturelle à partir du modèle américain (et c’est pour cette raison que j’ai écrit en commentaire que les Français sont bien plus Américains qu’ Européens). Il y a peu de chance, à mon avis, de voir un jour un sentiment patriotique européen chez les nations européennes. La notion même d’Europe est flou.

    Je pense donc que la thèse de Pierre Hillard dans “La Marche irrésistible du progrès” est vraiment pertinente. Il décrit sans doute ce qui nous attend : une construction de régions à l’échelle du monde qui se fera sans l’accord des citoyens mais par une élite politique mondialiste (pléonasme) et qui produira une homogénéisation des modes de vie et de pensée. Contrairement à ce qu’écrit Thomas Ferrier, ce n’est pas une théorie du complot. C’est la prédominance puis le règne d’une idée, voire d’une idéologie, à l’échelle planétaire : le mondialisme. En tant que partisan de la démocratie réelle, je ne peux que m’opposer contre une telle construction.

  14. murarmand dit :

    rectification : “Pierre Hillard, La Marche irrésistible du nouvel ordre mondial”

  15. Seb dit :

    @ Muramand,

    Je ne pense sincèrement pas que le sentiment européen soit une idée vaine comme vous le dîtes. L’UE a rapproché les différents peuples du continent bien plus qu’on ne le pense. Comme je vous l’écrivais plus haut, il nous semblerait aujourd’hui impensable de traverser la frontière franco-allemande avec un passeport. De même, à part Montebourg l’Abruti, qui penserait reprendre les armes contre l’Allemagne, l’Italie ou l’Angleterre ?

    Sur le plan historique, étant donné que ce sont les hommes qui écrivent l’histoire, et notamment les vainqueurs, je vous garantie que si l’Europe venait à se faire, on trouverait à écrire une histoire telle que vous la décrivez : “un tout homogène qui a pris la même direction et qui s’inscrit dans un mouvement historique”. C’est exactement de cette manière que s’est écrite l’histoire de France. Combien de siècle a–t-il fallu attendre avant que cela ne se fasse ? Je ne pense pas que dès Clovis il y avait volonté de faire la France comme elle est aujourd’hui. L’histoire de France écrite par un indépendantiste corse, basque ou breton n’aura rien à voir avec cette vision romantique. Elle se rapprochera plutôt de votre vision que vous avez sur l’UE en ne présentant que le négatif.

    Pour ma part, je ne cherche pas dans l’histoire de l’Europe une justification à la situation présente. Quand je vous écris que j’aime son histoire, c’est sur le stricte plan intellectuel. Après, rien ne m’empêche de trouver que la majorité des peuples européens ont des bases communes : racines gréco-latines, christianisme, familles royales, interaction entre les peuples et les intellectuels. Et ces bases font que, et là je parle vraiment à titre personnel, que je me sens bien plus proche d’un Letton que d’un Algérien, avec lequel nous avons pourtant un long passé commun. En effet, je considère que la culture arabo-musulmane est un véritable fossé avec la culture européenne. Attention, ne méprenez pas mes propos, je ne porte aucun jugement de valeur, je parle vraiment au niveau du ressenti. Et je ne serais pas étonné qu’à terme, l’UE ou toute autre structure pan-européenne, peu importe son nom, se fasse en réaction à cette autre culture qui se fait de plus en plus conquérante sur le sol européen. Et pour en revenir au sentiment européen, il n’est pas impossible qu’il se développe en réaction à cette présence de plus en plus importante. C’est ce qu’il me semble percevoir encore à une petite échelle.
    Après, je ne suis pas un prophète et je ne sais pas de quoi demain sera fait. Heureusement d’ailleurs…

  16. Seb dit :

    Encore un petit mot concernant le fait que l’UE ne sert finalement à rien car elle ne sait pas faire respecter ses règles. Quel aurait été votre discours si l’Europe les avait imposé avec obligation stricte de les respecter. N’auriez-vous pas parlé de démocratie ou de liberté bafouées ? N’auriez-vous trouvé rien à redire ? Ne l’auriez-vous pas comparé comme certains le font à l’Union soviétique ?
    Ce que je constate, c’est quand l’UE impose, elle est critiquée par ses adversaires, quand elle ne le fait pas, elle est également critiquée par ses mêmes adversaires.
    A titre personnel, je pense qu’il y a deux chemins à suivre pour ses opposants. Soient ils se regroupent au seins de partis politiques et demandent la sortie de leur pays de l’UE et se retirent ainsi tout projet européen. Ou bien ils se constituent également en partis politiques et cherchent non pas à sortir de l’UE, mais à la modifier de l’intérieur en se faisant élire et en changeant les institutions.
    Je ne vois pas de troisième voie réaliste possible.

  17. Thomas FERRIER dit :

    @ murarmand

    Vous devez être bien jeune, ça se sent dans votre écriture, qui, ne le prenez pas mal, est assez maladroite.

    On me reconnaît pourtant, bien au contraire de vos affirmations à ce sujet, une bonne maîtrise de l’écriture. Après, peut-être n’étais-je pas bien réveillé. Je trouve votre remarque plutôt péremptoire. Toutefois, 35 ans est peut-être considéré comme “bien jeune” selon votre propre expérience.

    On pourrait par exemple discuter de savoir si l’européisme est vraiment un pacifisme, ce qui semble admis de tout le monde mais qui n’est pas du tout évident.

    L’européisme est un pacifisme en interne, mais cela ne signifie pas qu’il doive demeurer pacifique vis à vis d’agressions extérieures. Il faut appliquer la paix romaine, ce qui est un peu différent, paix intérieure par la prospérité, paix extérieure par des légions bien dotées.

    Deux Français réunis sentent qu’ils appartiennent à une même communauté.

    Sauf que la notion de “français” aujourd’hui ne signifie plus rien. Un alsacien se sent-il plus proche d’un martiniquais ou d’un allemand ? Un basque français d’un basque espagnol ou d’un flamand ? Votre affirmation là encore n’est pas une démonstration. Votre raisonnement est admissible en 1920 par exemple et même en 1950 il reste plutôt pertinent. Pas aujourd’hui. D’autant plus que la notion même de “communauté” aujourd’hui a été complètement explosée par la mondialisation et par l’individualisme.

    Ils partagent des valeurs communes (en gros la devise française)

    Vous croyez vraiment que beaucoup de gens se reconnaissent dans “liberté, égalité, fraternité”, tel un mantra indien répété en boucle ? Je ne le crois franchement pas.

    Il y a un “type” français (nourriture (formage, pain, vin), manière de se comporter (les Français passent pour des chauds lapins etc) et un “type” allemand (ordonné, timide, mange beaucoup de charcuterie, bois de la bière, etc.)

    La nourriture est certes un critère pertinent mais il est aussi valable entre différentes régions. Et heureusement d’ailleurs. On ne mange pas à Lille comme à Toulouse non plus. Votre raisonnement appliqué à l’intérieur de la France amènerait d’ailleurs à nier votre argument précédent sur le sentiment de “communauté”. Et même entre deux régions proches, il y a des différences.

    Mais il n’y a pas de “type” européen.

    Sauf que ce qui ne vous paraît pas exister existe aux yeux de tous les non-européens. Vous cherchez dans des critères de spécificité bien réelles des raisons de ne pas voir la commune européanité. Ce faisant, vous raisonnez en homme du XIXème siècle, à une époque où la construction des mythologies nationales amenait à essentialiser des différences très relatives. Anne-Marie Thiesse a écrit des choses lumineuses à ce sujet dans ses ouvrages.

    Ensuite, l’Union pour la Méditerranée était une vraie chance pour la France, parce que ça lui permettait d’élargir ou de renforcer son air d’affluence.

    Votre raisonnement est celui des colonialistes hier et des “françafricains” aujourd’hui. C’est le mythe pervers que la France a besoin de l’Afrique pour affirmer sa puissance, alors que c’est justement à cause d’elle que la France est en retard par rapport à l’Allemagne. Sous Napoléon Ier, la France était après la Russie le second pays en nombre d’habitants. En fait, sans la colonisation, la France aurait sans doute été au moins aussi puissante que l’Allemagne.

    Elle aurait pu servir de médiateur entre Israël et ses pays voisins par exemple. Il y a beaucoup d’échanges en Méditerranée. La France a déjà de nombreux intérêt de l’autre côté de la mer intérieur, notamment au Maghreb.

    Nous n’avons pas à jouer les gendarmes du monde en se pensant comme une version plus petite des Etats-Unis. Quant à considérer que nous aurions des intérêts au Maghreb, demandez donc aux citoyens français leur avis à ce sujet. Vous dites que la construction européenne est venue des “élites” politiques ? L’UEM aussi… tout comme la Françafrique. Je vous renvoie au dernier ouvrage de Bernard Lugan à ce sujet. Je penche pour un désengagement total de l’Europe.

    Nous ne sommes pas non plus dans une situation comparable à la Grèce antique.

    Non, nous sommes dans une situation bien pire que celle de la Grèce antique, c’est dire que l’union est d’autant plus urgente. Nous sommes en fait à la fois dans la situation de la Grèce à la fin des guerres du Pélopponèse et de l’empire romain au Vème siècle en pleine “migration des peuples”. Nous sommes dans l’équation fatale et mortifère. La réponse politique doit être non seulement l’union politique, économique, sociale, diplomatique, militaire, judiciaire de l’Europe, c’est à dire d’aller beaucoup plus loin dans la construction européenne, en y ajoutant la dimension “identitaire” et culturelle qui lui manque. On voit là que l’UE est bien insuffisante face aux enjeux et qu’il faut donc la révolutionner.

    et les Etats modernes n’ont pas grand chose à voir avec les cités grecques.

    L’échelle est en effet différente mais le phénomène historique est tout à fait comparable. Démosthène était un excellent rhéteur, il n’empêche que c’est lui qui se trompait, comme vous vous trompez aujourd’hui dans votre difficulté à concevoir l’Europe comme une au nom de différences mythifiées, réelles mais en vérité légères par comparaison avec le commun.

    Ortega Y Gasset avait ainsi expliqué que la culture européenne était à 80% commune et à 20% spécifique à une région ou une nation classique. Vous vous fixez sur ces 20% de différences alors que je me concentre bien davantage sur les 80% de commun, 80% qui ne mettent aucunement en danger les 20% restant, alors que la politique néo-coloniale française, elle, met en danger 100% de notre culture.

    Donc, les avantages de l’UE puisque c’est le coeur de la question pour les croates ? 57% des croates ont estimé qu’il n’y en avait pas, mais qu’il n’y avait aucun inconvénient non plus à en faire partie. Parmi les 43% de croates qui ont estimé que cette question changerait leur vie, 67% ont estimé qu’elle changerait leur vie en bien et 33% qu’elle changerait leur vie en mal.

    Actuellement, je pense que les 57% de croates s’étant abstenu ont eu à leur manière raison. Le processus d’adhésion est certes beaucoup plus motivant que l’adhésion elle-même en matière de réformes. L’adhésion permet surtout de bénéficier de fonds européens de développement, ce qui n’est pas rien du tout.

    En conséquence de quoi, l’adhésion n’est pas une mauvaise chose même si elle n’améliore pas considérablement la situation non plus. C’est assez indolore.

  18. Thomas FERRIER dit :

    Ne serait-ce que parce que l’Empire ottoman a joué un rôle important en Europe par ses conquêtes, et parce que le christianisme ne se limite pas à l’Europe.

    Le Maroc ou la Turquie ne deviennent pas européens parce qu’ils nous ont envahis. Et l’Europe a aussi été une réaction à la conquête ottomane. Voir le projet de Georges de Podiebrad d’unité des royaumes européens (dont la Moscovie) pour organiser la contre-offensive européenne et chrétienne contre les turcs.

    Enfin, juste une remarque, vous concevez le projet européen comme “mondialiste”. Peut-être, sans doute même, que ces promoteurs originels l’étaient en partie. Mais les VRAIS européistes sont parfaitement anti-mondialistes.

  19. King Flo dit :

    L’Europe serait vraiment forte si elle était pensée par l’ensemble des populations sur son térritoire géographique, et non par des intellectuels de salon qui se méttent à révâsser à travers des lectures ridicule héritées du romantisme surânné.

    Je suis d’ailleurs étonné que personne sur le site ne mentionne le fait que le romantisme agit encore sur nos consciences, et que nous n’avons qu’à voir ces émissions oligarchiques pour voir que l’on nous parle sur le ton employé par Roméo lorsqu’il apperçoit Juliette son énamourée, son plus grand amour, s’aventurer par hasard sur le balcon…

  20. Thomas FERRIER dit :

    Je ne sais pas trop ce que vous voulez dire par “l’ensemble des populations sur son territoire géographique”, mais en politique, et en particulier dans le domaine des idées, le peuple suit les éclaireurs qui sont ensuite des éveilleurs.

  21. King Flo dit :

    1) Par ensemble des populations j’entends toutes les personnes sans distinction d’âge, de sexe, de race, ou de religion, à condition que celles-ci acceptent de signer un pacte citoyen en bas duquel- également- elles certifient sur l’honneur d’avoir pris connaissance des règles générales, en échange de quoi les institution s’engagent de leurs côtés à faire de leur mieux pour les protéger. Vous allez me dire que c’est utopiste, ou que ça existe déjà, mais je vous répondrais que la morale est selon moi la meilleur garantie pour que le civisme prédomine.

    2) ” mais en politique, et en particulier dans le domaine des idées, le peuple suit les éclaireurs qui sont ensuite des éveilleurs.” C’est bien là le problême, ce romantisme dont on n’arrive pas à se débarasser. Je ne pense que vous soyez un amoureux de Juliette vous non plus, vous avez plutôt le profil Macbeth, mais vous devez comprendre que tout idéal qu’il soit découle de ce foutu romantisme. L’autre jour je citais Sade à Jean qui voulait m’impréssionner avec ses références économiques ( qui ont quand même l’avantage de faire penser autrement que la masse, il est vrai), et force est de constater que le coup du Prométhée venu apporter le Feu aux Hommes marche encore, alors que c’est une arnaque avérée. Que les éveilleurs sont souvent des canailles, voires des pourritures.

    @ Murarmand

    Un proverbe Chinois dit: l’expérience est une lanterne qui éclaire le chemin.”

    Mais un autre stipule que: ” L’expérience à l’utilité d’un peigne pour un chauve”.

  22. Seb dit :

    Encore un point que j’ai oublié d’aborder. Je ne pense pas que l’on puisse reprocher aux partisans de l’entrée dans l’UE de mettre les moyens financiers pour faire passer leurs idées. Quand on a un objectif, on le défend et on se mobilise, c’est aussi ça la politique. Et, encore une fois, vous sous-entendez qu’ils n’ont pas d’arguments alors que vous n’en savez strictement rien.
    Dans cette affaire, ceux sont les partisans du “non” qui sont à blâmer car ils n’ont pas su mobiliser (notamment avec internet) et peut être que ceux sont eux qui n’ont finalement pas trouvé d’arguments assez solides et fédérateurs pour alimenter leur discours. Si on regarde le taux d’abstention, ils ont surtout généré une indifférence et pas une opposition offensive, contrairement en France en 2005.
    Et réduire un vote à une simple opération de propagande me met mal à l’aise car cela laisse supposer que les Croates sont de facto soit des imbéciles manipulés, soit de pauvres victimes, soit les deux. Impossible d’envisager qu’une large partie d’entre eux était prédisposé à entrée dans l’UE. Que cette entrée a suscité un engouement pour ses partisans. Non, ils sont obligatoirement manipulés par la propagande.
    Appliquer une même grille de lecture entre ce qui s’est passé en France en 2005 et ce qui se passe en Croatie en 2012 me semble réducteur.
    Après, n’ayant pas la science infuse, et ne connaissant pas mieux le terrain que vous, il est tout a fait possible que je me trompe et que vous ayez tout à fait raison. Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives, une mauvaise interprétation en fonction de ses convictions propres est toujours possible.

  23. Thomas FERRIER dit :

    @ King Flo

    J’avais bien compris. Pour certains, l’idée d’Europe et encore plus d’européanité n’a pour eux aucune espèce d’importance. Seul l’enracinement me paraît amener à une conscience précise d’être un européen. D’ailleurs, intéressez-vous à certaines composantes du non “de gauche” en 2005.

    Vous avez une vision de la citoyenneté à la Habermas. Je vous avoue sincèrement ne pas partager du tout cette conception là de la citoyenneté, mais vous le savez.

    Avant d’être un héros, il faut déjà être un héraut, et ça me paraît assez évident. L’éveilleur désintéressé et altruiste est peut-être rare, il n’en est pas moins réel.

  24. King Flo dit :

    @Thomas Ferrier

    Sur que j’apprécie les travaux de Jurgen Habermas. L’enracinement c’est pour moi un moyen machiavélique d’obtenir le pouvoir, comme tant d’autres qui peuvent paraître écoeurant ou séduisants. Quant au Non de Gauche, ou de droite, ce ne sont que des claques lancées à des politiciens totalement déconnectés du réel je vous l’accorde.

  25. Thomas FERRIER dit :

    Ce n’est pas ce que je voulais dire exactement, Flo. Je parlais d’un non de “gauche” (entre guillemets) qui était l’expression d’une europhobie de principe.

    L’enracinement c’est la prise en compte de l’héritage. ;)

  26. King Flo dit :

    @Thomas

    L’europhobie de gauche ( extrême-gauche) est calquée sur la “libéralophobie”, celle de la droite nationaliste sur l’antisouverrainisme que promouvrait la constitution européenne.

  27. murarmand dit :

    @ Thomas Ferrier, King Flo et Seb : Merci pour vos commentaires qui font avancer le débat. Plein de références sont données, il y a donc des lectures à faire ! Cependant, ça part un peu dans tous les sens et j’aimerais recentrer la discussion sur le problème que se pose l’article ci-dessus : Pourquoi intégrer l’Union européenne aujourd’hui ?

    Je crois que nous pouvons désormais affirmer que la construction européenne est un facteur de paix militaire (ce n’est pas un pléonasme, il y a des guerres économiques notamment) en ce qu’elle exige la pacification des frontières de ses membres. Cependant, rien n’indique que la guerre éclaterait en Europe occidentale sans l’Union européenne. Il y a d’autres facteurs de paix (souvenir de la 2ème GM, concurrence économique, organisations internationales comme l’ONU). En outre, le système de gouvernance de l’Union européenne produit des tensions de plus en plus grande entre ses membres. En effet, les décisions politiques sont imposées par la Commission de Bruxelles aux Etats membres, niant ainsi la souveraineté des Etats et le pouvoir des peuples. Une décision imposée est presque nécessairement source de tension.

    1er point donc : l’Union européenne milite pour la paix. Elle n’est pas un verrou de la paix, mais la pacification des relations internationales est un objectif recherché.

    Ensuite, la construction de l’Union européenne permettrait de réaliser une sorte d’identité européenne, mais qui doit faire face aux identités régionales et nationales pré-existante, ainsi qu’au développement de la mondialisation et l’apparition d’un mode de vie globale ou planétaire, qui concerne tous les aspects de la vie des individus (même système politique avec élections et social-démocratie, uniformisation de la consommation alimentaire, vestimentaire et des produits culturels, même structure familiale, les mêmes valeurs de l’individualisme et de la réussite personnelle…). Force est de constater qu’une identité européenne n’existe pas. L’Union européenne pourrait lui donner forme si elle parvient à fixer des principes et des valeurs qui se détachent fortement de l’homogénéisation mondiale actuelle. Cette question ne fait pas consensus.

    Voici les deux points qui ont été majoritairement abordés : paix en Europe et identité européenne.

    Viens ensuite la question de l’état démocratique de l’Europe. Le constat que l’Union européenne n’est pas une démocratie est évident et partager de tous. C’est la Commission de Bruxelles qui impose ses décisions aux pays membres de l’Union, en particulier et surtout pour la zone euro. Les peuples ne sont jamais consulté, le referendum est évité au maximum et le Parlement européen n’a presque aucun pouvoir véritable (la politique économique et sociale de L’Union revient au Conseil). Ce constat ne semble pourtant pas déranger certains qui croient qu’en politique “le peuple suit les éclaireurs qui sont ensuite des éveilleurs”. Cependant, une telle affirmation est anti-démocratique. En démocratie, le peuple est souverain et ne suit donc en théorie que sa seule opinion. Les dirigeants sont élus, toujours en théorie, pour appliquer les décisions du peuple. Ce n’est évidemment pas la manière de fonctionner de l’Union européenne. Sur ce 3ème point, à savoir, l’état politique de l’Europe, qu’on le regrette ou nom, il y a donc un consensus pour dire que l’Union européenne n’est pas une démocratie et ne fait donc pas avancer la cause de la démocratie.

    Je pense avoir ainsi résumé les conclusions du petit débat que nous avons eu précédemment. Je voudrais maintenant répondre en particulier à chacun des “intervenants”.

    @ Seb : Vous exagérez les tensions entre pays membres de l’Union européenne. Il n’est pas, et il n’a jamais été, question de “reprendre les armes” contre l’Allemagne ! Cela dit, l’exacerbation des conflits entre pays membres pourrait provoquer la sortie de l’UE de quelques uns, voire l’éclatement de celle-ci, puis le raidissement des relations diplomatiques de ses pays après leur séparation. On dit toujours, à raison, que les amours les plus forts conduisent aux déchirures les plus violentes.

    Ensuite, vous développez un point de vue relativiste sur l’histoire qui est inacceptable. Certes, ce sont les hommes qui écrivent l’histoire, mais ils ne peuvent pas écrire n’importe quoi. L’histoire a un contenu qui a une certaine objectivité. De cette objectivité témoignent les sources historiques (monuments, constructions, documents, discours etc.). Ce ne sont pas les hommes qui font l’histoire. Ça, c’est la version qu’on donne aux enfants de l’école primaire : un homme, Napoléon par exemple, a pris le pouvoir et puis il en a fait ce qu’il a voulu et ça a donné ce que vous lisez. En vérité, comme l’explique notamment la philosophie de Hegel et de bien d’autres, les hommes sont pris dans l’histoire. Car nous sommes le produit de notre temps. Nous pensons en fonction des normes culturelles et politiques de notre époque. L’évolution de ces normes suit une certaine logique. L’histoire n’est pas absurde, même si elle n’est pas déterminée par des lois nécessaires. Or, la logique et la tendance actuelle est celle de la mondialisation et de l’homogénéisation des pratiques humaines à l’échelle planétaire. Voilà pourquoi je pense qu’entre les identités régionales et nationales, et cette grande vague d’homogénéisation que conduit l’évolution des techniques (internet, transports…), une identité européenne qui n’existe pas à l’heure actuelle n’a aucune chance de voire le jour.

    D’autant que l’histoire de l’Europe n’existe pas. Et réduire le monde à des zones culturelles en conflits est complètement absurde (cf. Huntington, Le choc des civilisations). Pouvez-vous me dire d’où provient le christianisme si déterminant pour la culture occidentale ? De Moyen-Orient ! Savez-vous à qui ont doit la diffusion des livres des philosophes grecques en Europe ? Aux savants ottomans, les Romains et les Barbares les avaient supprimés. Savez-vous d’où viennent nos signes mathématiques ? De l’Orient ! Comme bien d’autres mots, comme nos croissants si typiquement français etc etc. La culture musulmane et la culture occidentale ne s’affronte pas, sauf si on considère une caricature de ses deux cultures. La culture musulmane ne se définit pas par les femmes voilées et la nourriture halale, tout comme la culture occidentale ne se définit pas par les femmes en robe et le mariage à l’Eglise.

    Concernant l’idée que vous m’attribuez que “l’UE ne sert finalement à rien car elle ne sait pas faire respecter ses règles”, je n’ai d’abord jamais dit ça ! Vous avez tenté d’expliquer que l’UE menait une bonne politique économique mais que le problème c’est que les Etats ne suivent pas ses règles (dont la rigueur budgétaire). Je vous ai répondu que cet argument, au contraire de faire les louanges de l’UE, pèse contre l’Union européenne car il montre que les règles prises ne sont pas appliquées. On est donc dans la déclaration d’intention et cela ne sert effectivement à rien. Vous dites que si l’UE avait contraint les Etats à la respecter, les opposants à l’UE auraient crié au scandale. J’espère bien que oui, même si je n’ai plus trop d’illusion sur la capacités de dirigeants politiques à berner les foules (sans jeu de mot sur “berner” les foules, je vous conseille à ce propos l’excellent livre Propaganda d’Edwrad Bernays dont vous aurez un aperçu dans une récente émission de Là-bas si j’y suis : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2346). Je suis un ferveur défenseur à ce que toute organisation politique, quelle qu’elle soit, soit une organisation démocratique réelle avec discussion et prise de décision vraiment démocratique, ce qui signifie sans les partis politiques. Je rejoins en cela Etiennet Chouard et tous les théoriciens de la vraie démocratie qui analyse l’état politique actuelle de l’Europe et de l’Occident comme une oligarchie. Mais nous n’allons pas entrer dans cette discussion qui nous mènerait trop loin.

    Il y a donc encore un autre chemin que ceux que vous proposez pour les opposants à l’état actuelle de l’Union européenne : refonder une organisation politique entre les Etats européens de manière démocratique, c’est-à-dire, contrairement à ce que vous écrivez, SANS LES PARTIS POLITIQUES. Mais cela suppose d’établir déjà la démocratie dans les Etats-nations. Il faut bien comprendre que si nous ne sommes pas en démocratie, c’est à cause de partis politiques et de leurs dirigeants qui confisquent le pouvoir au peuple, qui ne peut voter que tous les 5 ans en gros, et qui organise les élections de sorte qu’il n’a le choix qu’entre des représentants de l’oligarchie. Ajoutez à cela les campagnes publicitaires politiques qui coûtent des centaines de millions d’euros et que l’on nomme du joli nom de campagne électoral, et vous aurez ainsi une belle oligarchie qui abruti et contrôle le peuple sans vergogne.

  28. King Flo dit :

    @Murarmand

    Je penche en faveur d’une confédération Européenne à la constitution souple, où le principe de souverraineté serait respecté. Mais déjà sans l’Angleterre puisqu’ils se sont toujours opposé à l’Europe dans leur histoire et qu’ils lêchent sans arrêt les bottes des américains ( les Ecossais, les Irlandais, et les Gallois, seraient d’ailleurs à libérer d’urgence de la couronne, et ont d’ailleurs des sentiments européens plus forts).

  29. murarmand dit :

    (suite de mon commentaire précédent. Pardon pour les fautes mais le texte est long. Je vais essayer cette fois-ci de me relire !)

    @ Thomas Ferrier : 35 ans est un âge tout à fait jeune. Je ne m’étais donc pas trompé ! ^^ ;)

    Voir ce que j’ai écrit dans le commentaire ci-dessus concernant mon opinion sur l’identité européenne et sa chance de voir le jour. Vous écrivez que peu de Français se reconnaissent derrière notre devise. Je crois que c’est faux. Un sens particulier est donné à chacun de ses mots, un sens bien français, qui insiste davantage sur l’égalité notamment, un sens qui est répandu dans le pays par l’Ecole au moins depuis la 3ème République. Ces mots participent à la formation de l’identité politique du Français, qui n’est pas celle d’un Allemand ou d’un Américain.

    Toujours concernant l’identité européenne, vous écrivez que je cherche “dans des critères de spécificité bien réelles des raisons de ne pas voir la commune européanité. Ce faisant, [je raisonne] en homme du XIXème siècle, à une époque où la construction des mythologies nationales amenait à essentialiser des différences très relatives.”
    Je cherche au contraire dans des critères de spécificité bien réelles (on ne fait pas de science-fiction) des raison de voir une identité européenne. Et je n’en trouve pas. Comprenez que mon raisonnement n’est pas de démonter l’UE coûte que coûte. Je ne fais pas dans le plaidoyer. J’essaye d’être sincère et de comprendre, et c’est ce qui explique le débat que j’ai lancé. Je cherche et je ne trouve pas, je conclue donc qu’il n’y a pas. Le sujet de l’identité nationale est un sujet délicat. Déjà, parler d’identité, c’est automatiquement être ficher à droite, voire à l’extrême-droite, ce qui est idiot. Ensuite, l’identité est très dure à percevoir. Nous ne percevons que des apparences (ce que l’on voit), mais il est difficile de percevoir des identités (ce que l’on est). C’est presque un problème philosophique. Il n’empêche que des pratiques culturelle définissent des identités. Il y a des identités de groupe ou de classe sociale. Il y a aussi des identités nationales. Si vous identifiez des pratiques qui définissent une identité européenne, je suis tout ouï. Je n’en vois pas. La définition même d’Europe n’est pas claire. La poursuivez-vous jusqu’en Sibérie ? Y intégrez vous la Turquie (qui est sans doute plus européenne a bien des égards que la Russie) ? Et Israël ? …

    Sur l’Union pour la Méditerranée, je ne vous suis pas du tout. Il y a d’abord des faits objectifs. Il y a de nombreuses entreprises françaises au Magreb, la France y a de nombreux intérêts économiques notamment en matières premières et la langue et la culture française y sont bien implantés. Un pays a toujours intérêt à augmenter son air d’influence, ce qui lui permet de peser dans les décisions mondiales. Cela permet aussi des accords économiques intéressant pour les deux partis (construction de route, exportation du TGV etc.). Vous racontez ensuite n’importe quoi sur la colonisation. Je vous rappelle que la pays le plus influent du monde est les USA, qui sont une ancienne colonie britannique. Les Britanniques restent aussi très influents dans le monde, notamment grâce au Commonwealth. Les Allemands ont eu, eux aussi, un empire colonial, certes moindre que l’empire français et britannique, mais ils ont tout perdu en 1918. Et toute cette histoire n’a rien à voire avec la démographie française sous Napoléon 1er ! La Françafrique est sans doute un boulet, mais surtout pour les Africains qui ne peuvent pas se libérer de leurs dictatures à cause du soutien de ces dictatures par les gouvernements français. Si l’Afrique se développe à l’avenir, ce que tous les démographes et économistes prévoient (voir l’OPA actuelle de la Chine en Afrique), on sera bien content que beaucoup d’Africains parlent français. Cela nous permettra de travailler très facilement avec eux. Mais ne nous en allons pas trop loin ! Je finis là mon commentaire.

  30. murarmand dit :

    Un dernier mot à Seb : concernant la propagande de l’oligarchie croate sur le vote d’adhésion à l’UE. Vous écrivez : “Dans cette affaire, ceux sont les partisans du “non” qui sont à blâmer car ils n’ont pas su mobiliser (notamment avec internet) et peut être que ceux sont eux qui n’ont finalement pas trouvé d’arguments assez solides et fédérateurs pour alimenter leur discours.”

    Imaginez un instant que vous êtes militant d’un petit parti souverainiste (forcément petit !), ou, que vous refusez l’oligarchie de votre pays et que vous ne voulez pas en subir une encore plus sophistiquée et vicieuse au niveau européen. Vous faites quoi quand toutes les télés et tous les journaux militent pour le oui, c’est-à-dire quand vous n’avez aucun espace conséquent pour vous exprimez ? Vous montez votre blog, et 10 personnes au mieux vous lisent (je ne sais pas s vous avez déjà monté un blog, c’est dure d’avoir des lecteurs et de se faire connaître !) ? Vous pesez quoi face aux trois grands partis de gouvernement (droite, centre, gauche) et face à l’Eglise catholique ? Vous pesez quoi face à 600 000€ ?Vous trouvez qu’il est normal que le gouvernement dépense 600 000€ pour mobiliser en faveur du oui. Sauf qu’en plus d’être de la propagande caractérisée qui abrutit les gens en leur balançant sans cesse le même message au lieu de faire appel à leur raison, cette argent est celui du contribuable. On prend donc les sous des gens pour faire campagne pour le oui. On prend donc aussi l’argent de celui qui est contre l’adhésion à l’UE pour mener une campagne pour le oui ! Brillant n’est-ce pas ? Encore une fois, lisez Propaganda de Bernays, vous apprendrez comment la politique, non pas la discussion politique mais la vraie politique, celle des gouvernements, ne se fait pas en avançant des arguments rationnels mais des campagnes de communications qu’on appelait autrefois propagande. Le mot propagande est parti, la chose est restée.

  31. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Je vous souhaite bien du courage dans votre quête. Quand je parlais de deux chemins possible, c’était d’un point de vue réaliste. Le système politique actuel (national et européen) est loin d’être parfait, j’en conviens. Mais le début de proposition que vous faîtes ne me semble hélas guère mieux. Déjà, on n’est pas prêt d’y arriver car cela fait beaucoup de conditions : fin des partis politiques, fin de l’UE, retour à l’Etat-nation, démocratie directe… pourquoi pas mais je ne vois vraiment pas ce que ça peut donner de mieux car le projet est trop flou pour susciter en moi la moindre adhésion.
    Si je vous suis bien, vous souhaitez une démocratie directe où le peuple donne son avis sur les moindres décisions ? J’aimerais bien connaître les garde-fous contre la dérive du système. Pouvez-vous m’éclairer svp ?
    Il me semble que l’avantage des partis politiques (grands ou petits) c’est qu’au moins ils annoncent plus ou moins la couleur. Du moins, ils donnent des repères. C’est peut être que je suis limité intellectuellement, mais je n’arrive pas à voir comment on peut avancer sans un minimum de repères, de références.
    Personnellement, sans avoir trop approfondi la question, je pense que plus de démocratie directe ne ferait effectivement pas de mal à notre système, mais il me semble que la démocratie représentative a aussi ses avantages.
    Ne m’en veuillez pas mais j’ai arrêté de rêvé depuis que je me suis rendu compte que les doux rêveurs du genre “une autre monde est possible” sont de formidables manipulateurs dont le dessein politique est souvent pire que celui dans lequel nous nous trouvons.

  32. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Concernant le monde arabo-musulman, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit. Ou alors je me suis mal exprimé. Je ne nie pas les échanges entre l’Europe et cette aire culturelle, et vous ne m’apprenez rien. Et je ne cherche pas à cloisonner les relations ou à nier le passé. En tous les cas, vous ne pouvez pas nier les tensions qui existent actuellement à travers de nombreux pays européens. Si de nombreux partis d’extrême droite font de bons scores aux élections, c’est en réponse aux tensions avec certains musulmans. Quand je dis que les tensions montent, ce n’est pas un souhait, c’est un constat fait autour de moi et dans la presse. Je ne l’invente pas. Vous avez raison quand vous dîtes que la culture musulmane ne se limite pas à la femme voilée. Mais le fait que la femme doit être voilée est un précepte religieux musulman qui ne semble pas être en voie de régression.

    Selon vous, l’histoire de l’Europe n’existe pas ? Vous êtes sérieux ? Mais que faîtes vous de la multitude des études historiques et des livres publiés sur ce sujet ?

  33. murarmand dit :

    @ Seb,

    Mon propos sur les “aires culturelles” est en effet un peu rapide et il est vrai que ça n’apprend rien à personne. Je voulais seulement réfuter une appréciation de lé géopolitique mondiale en “choc des civilisations”, pour reprendre Huntington. J’approuve évidemment votre propos ci-dessus sur la tension entre les Européens et l’immigration musulmane.

    Concernant l’histoire de l’Europe, elle n’existe effectivement pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’études historique sur l’Europe, mais ce sont deux choses différentes. Encore une fois, dire qu’il y a une histoire de l’Europe signifie que quelque chose qui revendique le nom d’Europe a été une unité historique, un tout homogène (appelez ça comme vous voulez) qui a évolué dans le temps. Mais l’unité de l’Europe n’existe pas. Son contenu est complètement flou.

    A l’origine, l’Europe est une construction géographique (pardon si là encore je ne vous apprend rien, c’est juste pour fixer les choses). L’Europe désigne la péninsule du continent Euroasie. Les frontières aujourd’hui admises de l’Europe, de l’Océan Atlantique au mont Oural en passant par le détroit des Dardanelles est une construction qui a été réalisée par un ministre du tsar (Nicolas 1er ou Nicolas 2 je ne sais plus) pour rattacher la Russie à l’Europe. Il existe une multitude d’aires culturelles en Europe. Que vous preniez l’origine des langues (celtique, germanique, grecque… http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:IE1500BP.png) ou la religion (catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman), rien ne permet de définir un tout européen.

  34. murarmand dit :

    Concernant la démocratie réelle, pour laquelle je milite, j’ai pour idée d’écrire avant les élections un manifeste pour la démocratie réelle qui la décrirait, expliquerait ses vertus et la solution qu’elle représente face à l’état oligarchique actuelle.

    Sachez que ce n’est pas du tout une utopie ou un doux rêve. D’abord, la démocratie réelle se dote peu à peu d’une littérature. A travers des livres grand publique comme ceux d’Hervé Kempf ou d’Yvan Blot, le concept d’oligarchie (dans lequel nous nous trouvons en effet) est en train de s’imposer. Osons espérer que dans quelques années, chaque Français sera bien au courant qu’il n’est pas en démocratie mais en oligarchie. Car avant d’avancer, il faut d’abord savoir d’où on part, c’est-à-dire quelle est la situation présente. Etienne Chouard mène sur le champ des idées un véritable combat pour faire de la France une vraie démocratie. Je vous conseille la visite de son site, vous y trouverez des conseils de lecture. Pour ce qui est de la lecture un peu plus compliqué, vous pouvez aussi lire Castoriadis, et commencer par cette émission de Là-bas si j’y suis : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2208&var_recherche=castoriadis. Toutes ces références (il y en a bien d’autres, notamment en anglais et en allemand) pour vous dire que ce n’est pas une idée sortie de null part qui n’a aucune solidité conceptuelle. Des gens ont travaillé et travaille dessus.

    Pour ce qui est de sa concrétude maintenant, de nombreuses expériences de démocratie ont été et sont toujours mené. La Suisse attire particulièrement l’attention de ceux qui s’intéresse à la démocratie réelle. La démocratie semi-directe, par referendum, existe aussi en Allemagne, en Italie et dans certains Etats américains. Moi, je voudrais aller plus loin, mais c’est déjà un bon début. Tout récemment, une expérience de démocratie réelle a eu lieu en Belgique : le G1000. Evidemment, on n’en a pas parlé en France ! J’ai écrit 2 articles sur ce sujet sur E&D, je vous invite à les lire (“La démocratie représentative est has-been” est le nom du 1er). Vous voyez donc que ça n’a rien d’utopique ! C’est très concret et très réaliste !

    En ce qui me concerne, je souhaiterais que nous décentralisions au maximum le pouvoir (au niveau des villages, des villes et même des arrondissement) pour permettre un vrai débat démocratique et une prise de décision démocratique. Les citoyens devraient pouvoir se réunir dans une assemblée réelle ou virtuelle (internet) pour discuter politique et prendre des décisions, sans passer par des représentants. Pour ce qui concerne l’armée, la police et la justice, on ferait comme les Grecs : l’élection, avec révocabilité à tout moment des élus s’ils ne font pas bien leur travail. Lorsque des représentants sont nécessaires, le système du tirage au sort peut aussi être une solution.

    Que faire maintenant pour que la démocratie réelle apparaisse ? Il y a déjà des associations comme celle d’Yvan Blot, Agir pour la démocratie, qui milite pour l’introduction en France du referendum d’initiative populaire. C’est un premier pas, qui n’est pas suffisant. On peut aussi militer pour l’idée autour de soi (ce que je ne cesse de faire) et voter blanc à toute élection pour indiquer que nous avons conscience que la politique nous concerne mais que nous ne voulons pas su système institutionnel actuel. Lorsque les dirigeants politiques seront élus avec un taux de participation de 30% on sera bien amené à changer les institutions ! Le processus de changement des institution serait forcément compliqué puisqu’il s’agit ni plus ni moins de faire une révolution. La priorité serait sans doute d’abord d’organiser des “régions de souveraineté citoyenne” (c’est-à-dire de délimiter le territoire français en zone de taille raisonnable pour que des assemblées de citoyens puissent se créer et le débat démocratique fonctionner). Il faudrait donc dans un premier temps déverser presque tous les pouvoirs de l’Etat aux mairies. On affinerait ensuite. Voilà quelques idées que j’ai, mais rien n’est fixe. ce qu’il faut avoir en tête c’est qu’on peut innover en politique, et particulièrement en démocratie. Mais si on laisse le pouvoir aux politiciens, le système ne changera jamais. Ils ont trop intérêt à garder le pouvoir entre leurs mains. Il faut changer la nature même du pouvoir et de l’engagement politique. Le pouvoir ne devrait pas séduire, il devrait faire peur. La politique ne devrait pas être un métier mais l’action de tous. Dans une véritable démocratie, il y a un amateurisme politique.

  35. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Je demeure en profond désaccord avec vous concernant l’histoire de l’Europe. C’est toute la diversité de ce continent qui en fait la richesse de son histoire. C’est justement ça qui est passionnant. Et heureusement que ce n’est pas une histoire linéaire qui va dans un seul sens. Néanmoins, la représentation de l’Europe en tant qu’ensemble est apparue dès le Moyen-Age auprès de ses dirigeants (politiques et religieux). Et ce en opposition au monde musulman qui commençait à s’étendre dans les Balkans. Pour parler de cet ensemble géopolitique, le terme de chrétienté a été progressivement substitué par celui d’Europe. Plus tard, au XVIIe siècle, certains ont parlé États-Unis d’Europe. Il est donc faux de dire qu’il n’y a pas une histoire de l’Europe puisque une représentation de cette aire, bien que floue je vous l’accorde, est apparue très tôt.
    C’est bien dans le croisement des cultures que vous évoquez ainsi que dans leurs superpositions et interpénétrations qui en font toute la richesse de la civilisation actuelle et de ce passé commun. Et ce, on le doit aussi bien aux guerres qu’aux échanges culturels ou économiques à travers les âges.

    Je vais prendre un exemple. Si un pays aussi éloigné que l’Islande venait aujourd’hui à intégrer l’UE, je ne pense pas qu’il y aurait une seule opposition à cette adhésion qui prendrait comme argument pour dire que ce pays n’est pas européen. Alors que géographiquement et linguistiquement, il n’a pas grand chose à voir avec les autres pays de l’UE. Mais, malgré cette diversité, il nous semble bel et bien appartenir à cette même aire géopolitique qu’est l’Europe.
    En revanche, je vous laisse imaginer la levée de bouclier si le Maroc ou la Turquie adhéraient à l’UE. Ces deux pays sont pourtant bien plus proche de nous que l’Islande, non ?
    C’est donc que l’on se fait donc bel et bien une certaine idée de l’Europe, inconsciemment ou pas, même si tout n’est pas d’une grande limpidité. Et si cette idée existe, c’est grâce notamment, à cette histoire de l’Europe qui a favorisé le développement d’un certain sentiment d’appartenance commune.

    Ne voulant pas me laisser influencer, je n’ai pas lu la deuxième partie de votre commentaire concernant la démocratie directe. Je m’y attaque maintenant.

  36. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Merci pour votre développement. Evidemment que plus de démocratie ne ferait pas de mal au système. Je pense que nous sommes tous d’accord là-dessus. Néanmoins, votre idéal poussé à l’extrême ne me fait guère rêver. Et ce n’est pas parce que des gens ont travaillé dessus et travaillent dessus que cela doit rassurer. Le nombre d’intellectuels qui ont réfléchi sur le communisme n’a pas empêché celui-ci d’être un véritable désastre.

    J’avais parcouru un de vos articles sur le G1000 mais je vous avoue que cela m’avait semblé tellement abstrait que je n’y avais pas accordé une réelle importance (le G1000, pas votre article, pas de malentendu).

    Déjà, nous divergeons sur un premier point. Vous voyez dans le contrôle permanent des élus de la démocratie. Pour ma part, j’y vois le germe du certaine forme de totalitarisme. Il me semble plus sage de juger le travail de quelqu’un sur son bilan au bout d’une certaine période plutôt que de lui mettre une pression constante qui pourrait empêcher toute action raisonnée. Je m’imagine élu par une assemblée à des fonctions pour lesquelles je n’aurais pas forcément d’affinités avec de surcroit une pression constante. Franchement, il y a de quoi se flinguer…
    De plus, la faiblesse de ce système tel que vous le décrivez serait le risque de s’embourber dans des débats de plus en plus stériles sans fins à la suite desquels aucune décision ne saurait être prise. C’est bien le dialogue, mais à un moment donner il faut savoir avancer et attendre un consensus qui ne vient pas peut être dangereux.
    une question toute bête mais au temps des Grecs, il était possible de tenir des assemblées, longues et houleuses, car les esclaves faisaient une grande partie du travail. Dans vos assemblées, pendant que l’ensemble des citoyens auront des longs débats sur des sujets aussi sensible que la peine de mort, la création d’un nouvel impôt, l’euthanasie, le droit de vote des étrangers, qui va faire tourner l’économie ? Qui va décidé de qui travaille ou pas ? Êtes vous certains que tout citoyen est apte à prendre n’importe quelle décision ?
    J’ai bien peur qu’avec ce système, sans gardes fous apparents, on tombe également bien vite dans la loi du plus fort.
    Je suis désolé mais je suis très méfiant avec l’esprit révolutionnaire. J’ai plus l’âme d’un réformateur. Cependant, si vous vous épanouissez dans cette réflexion, je ne peux que vous encourager à continuer.

  37. King Flo dit :

    Faut comprendre qu’une nouvelle Europe serait à construire pour raison que face à des géants tels que la Chine, ou l’Inde, la France à elle seule ne tiendra pas économiquement parlant. Si nous parvenons à réconcilier les pays balkaniques, plus à intégrer la Russie et l’Ukraine, et d’expulser l’Angleterre, alors nous serons de retour.

  38. murarmand dit :

    @ Seb,

    J’accepte vos remarques concernant l’histoire de l’Europe. La question est très compliquée. Ce débat me donne envie de plonger dans les livres d’histoire ! Malheureusement, je n’en ai pas le temps. Mais on pourrait écrire un article sur E&D à partir de quelques ouvrages d’historiens qui répondrait à la question “Y a-t-il une unité historique européenne ?” Bien sûr, il ne faudrait ni conclure oui, ni conclure non, mais être dans la nuance. A certains moments, selon certains point de vue… Ce serait très intéressant !

    Je vous fais quand même remarquer que vous avez confondu dans votre commentaire réalité historique et opinion publique. Ce n’est pas parce que l’adhésion de la Turquie ou de l’Algérie soulèverait une levée de bouclier que ces pays ne sont pas moins européens que l’Island. En 2ème année de khâgne, mon professeur de géographie, professeur de géopolitique à sc-po Paris, nous avez fait la démonstration que la Turquie était européenne et que l’Algérie devrait l’être elle aussi. Je ne vais pas développer cette thèse ici, notamment parce que j’ai oublié l’essentiel de mon cours depuis, mais elle se défend (à partir des réalités socio-culturelles et non des opinions publiques !).

    Vous commencez la 2ème partie de votre commentaire par une incohérence. Vous écrivez “plus de démocratie ne ferait pas de mal au système”. Mais c’est le système qui n’est pas démocratique ! Réaliser la démocratie, ce n’est pas bidouiller le système, ça ne marcherait pas. Ce qu’il faudrait, c’est changer de système. Voilà pourquoi je parle de révolution, même si le mot est fort et peut faire peur. Je ne suis pas un révolutionnaire dans l’âme, mais la révolution est nécessaire. La révolution désigne le changement de régime politique. Le projet de la démocratie réelle est de passer de l’oligarchie à la démocratie. C’est donc, en toute logique, une révolution. Il faut appeler un chat un chat.

    Et puis, vous écrivez d’un air innocent “ça ne ferait pas de mal”. Mais que voulez vous dire par là ? La démocratie est peut-être moins bien que l’oligarchie pour certaines personnes. D’abord, c’est évident pour les oligarques qui profitent du système actuel. Mais il y a aussi des personnes qui préfèrent subir, qui ont peur de prendre des décisions, ou encore des gens que la paresse pousse à l’inaction. Alors peut-être que la démocratie fera du mal. Mais si “on” la défend, c’est parce qu’on pense qu’elle est le régime qui, à notre époque, correspond le mieux à la nature humaine, notamment parce qu’elle lui permettrait d’être libre et d’exercer sa liberté en prenant part aux décisions politiques. C’est aussi le régime qui correspond le mieux à la dignité humaine (contre la paresse, la bêtise et la soumission). On espère aussi que ce régime réalisera les conditions de vie les plus épanouissantes pour l’homme, notamment en alliant production économique et soin de l’environnement, solidarité de ses membres (la discussion politique devrait créer des liens alors qu’aujourd’hui un employé peut ne jamais voir son patron et donc le mépris est facile) etc etc. Mais il ne faut pas voir les choses tout en rose. La démocratie, c’est très difficile ! Il faut s’écouter, débattre avec respect, cela demande une discipline, une éducation, des règles, etc. Kant a théorisé cela si ça vous intéresse. Encore une fois, ce n’est pas un idéal. Ce n’est pas non plus un rêve et d’ailleurs je n’en ai pas encore rêver ! C’est un projet politique rationnel et pragmatique, qui tient compte de la réalité actuelle et de certains principes qui relèvent de l’humain.

    Vous écrivez que ce n’est pas parce que des théoriciens ont écrit dessus que ça doit rassurer. Cela permet en tout cas de clarifier les choses et de ne pas s’en faire des idées fausses, comme vous le faites jusqu’à présent. Cela vous aurait aussi permis de revoir votre contre-argument “au temps des Grecs, il était possible de tenir des assemblées, longues et houleuses, car les esclaves faisaient une grande partie du travail. Dans vos assemblées, pendant que l’ensemble des citoyens auront des longs débats sur des sujets aussi sensible que la peine de mort, la création d’un nouvel impôt, l’euthanasie, le droit de vote des étrangers, qui va faire tourner l’économie ?” —> plusieurs réponses ont déjà été avancé à cette question légitime. La première, que je reprends de Chouard, est que nous sommes aujourd’hui dans une société technicienne. Les esclaves d’aujourd’hui sont les machines. Les machines permettent de libérer énormément de temps. Je vous ferais ensuite remarquer qu’il y a en France au moins un jour de la semaine pendant lequel personne ne travaille et qu’on pourrait décider de consacrer ce jour à la vie politique de la cité. On pourrait aussi penser qu’un changement de système changerait la manière de faire la politique, et notamment le temps consacré à la politique nécessaire. Aujourd’hui, il n’y a pas un jour où les journaux n’écrivent un article sur nos politiciens. Et avec la crise de la dette et la campagne présidentielle, il sont servis ! On a l’impression qu’on a besoin de faire de la politique tout le temps, sans arrêt. Les politiciens sont des politiciens professionnels, c’est leur métier donc il ne font que ça (sauf pour ceux qui sont avocats à côté…). Mais si on supprime les politiciens professionnels, dans une vraie démocratie, on n’aura sans doute pas besoin de faire de la politique tout le temps. Pensez-vous vraiment que toutes les lois qui existent aujourd’hui sont nécessaires ? Pensez-vous que l’Etat a autant besoin d’agir sur l’économie ? Il serait sans doute beaucoup plus intelligent de voter un ensemble de lois piliers puis de faire quelques modifications de temps en temps. En France, on est malade de la loi. Dès qu’un truc apparaît, il faut une loi pour le réglementer. La démocratie, c’est aussi la liberté et la responsabilisation des individus. Toutes ces lois ne sont pas nécessaires. Et encore une idée : la technique nous permet de débattre en différé. Quelqu’un pourrait se filmer un jour puis passer cette vidéo par mails lors d’une réunion du parlement à laquelle il ne peut pas assister à cause de son travail. Encore une fois, je n’ai pas réponse à tout mais ce qu’il faut retenir c’est qu’on peut innover, on peut essayer des choses pour assurer la souveraineté des citoyens, au lieu de se laisser dicter les décisions d’en-haut et de se laisser abêtir par des campagnes stupides dont les promesses se répètent d’années en années !

  39. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Je ne confond pas opinion publique et réalité historique, j’ai essayé de vous démontrer, peut être maladroitement, que la première découle en partie de cette histoire européenne commune.
    Si j’ai pris l’exemple du Maroc c’est parce que ce pays avait déposé une demande d’adhésion à la CEE dans les années 80 me semble-t-il.
    Quant à la Turquie, à titre personnel, je ne suis pas opposé à son entrée dans l’UE puisqu’elle a un pieds sur le continent européen tel qu’il est défini. Je comprends également que cela suscite un débat. Au contraire du Maroc et de l’Algérie. Après, je sais très bien qu’avec n’importe quel argument on peut dire tout et n’importe quoi. Si vous y tenez, je peux même faire un petit développement en faveur de l’entrée dans l’UE car les Australiens sont les descendants d’Européens, ils parlent anglais, ils entretiennent des relations avec la France via les TOM du Pacifique etc etc.Rien de plus simple et on peut multiplier les exemples avec d’autres pays.
    Même si c’est subjectif, les frontières de l’Europe ont été fixées de l’Atlantique à l’Oural. Que je sache, ni le Maroc, ni l’Algérie ne font partie de cet ensemble. Et encore moins l’Australie…

    Après, je vous ferais remarquer que ce qui est une incohérence pour vous ne l’est pas pour moi. En effet, nous ne donnons pas une même définition au système actuel. Pour moi, nous sommes dans une démocratie représentative certes imparfaite, pour vous nous sommes dans une oligarchie. Donc mes propos sont tout à fait cohérents dans ma logique qui n’est pas irrationnelle. Je ne vous demande donc pas de partager mon point de vue mais de faire l’effort de le comprendre comme j’essaie de le faire avec le vôtre.

    J’ai beau lire et relire vos deux derniers exposés pour essayer de comprendre au mieux votre projet, et j’avoue que ce que je lis ne me donne vraiment pas envie et me réconforte dans ma préférence pour la démocratie représentative et une évolution du système actuel, pas son élimination. Je ne pourrais pas vous l’expliquer de manière détaillée. Peut être est-ce lié à mon côté conservateur qui a du mal à penser un autre monde que celui dans lequel il vit et qui a besoin de voir avant de croire ? Peut être est-ce lié au fait que quand je lis un projet qui dit que le pouvoir doit faire peur, qu’il fera mal et qui esquisse le projet d’un homme nouveau, j’ai mes sens qui se mettent en alerte ? Lié à cela, peut être que j’ai l’impression que sous de bonnes intentions apparentes, le système proposé tombera rapidement dans un système de terreur ? Ou bien mon expérience qui m’amène à ne plus avoir confiance dans la nature humaine me donne une jugement trop pessimiste ? Ou bien est-ce un peu de tout ça ? Sûrement.

  40. murarmand dit :

    Bonjour Seb,

    Je pense que c’est le dernier message que je vous envoie sur cette page. Il ne faudrait pas que la discussion s’éternise, mais nous aurons sans doute l’occasion de discuter à nouveau ailleurs d’un autre sujet. Je crois en ce qui concerne l’Union européenne et la démocratie que nous sommes arrivés au bout de ce que nous avions respectivement à nous dire. Néanmoins, comme j’aimerais vous donner une idée plus exacte de la démocratie représentative actuelle et de la démocratie réelle, je voudrais vous conseiller des vidéos et des émissions de radio qui présentent et développent cette distinction. A partir des liens suivants, vous pourrez ensuite faire vos propres recherches, si cela vous intéresse. Vous trouverez à partir de ces liens de nombreux conseils de lecture. Une petite réponse à votre commentaire juste avant.

    Je pense être moi-aussi conservateur, cela ne devrait donc pas nous éloigner. Mais il y a des révolutions conservatrices vous-savez ! Etre conservateur et changer le système politique n’est pas contradictoire. Parfois, le premier implique même le second ! Mais là n’est pas vraiment la question.

    L’idée que le pouvoir doit faire peur, je la tiens d’une conférence d’Etienne Chouard interprétant les “Propos sur les pouvoirs” d’Alain. Mais il faut s’entendre sur l’idée de “peur du pouvoir”. Il ne s’agit pas d’en avoir une peur bleue au point de ne rien oser faire. Il ne s’agit pas de terroriser ! Il s’agit de respecter le pouvoir et de prendre des décisions avec responsabilité. Le mot peur est connoté fortement négativement, mais la peur peut être une vertu. La peur donne des ailes, elle peut aussi rendre intelligent ! Lorsque vous respectez le pouvoir et que vous devez prendre une décision politique, vous avez peur de prendre une mauvaise décision. Alors vous vous renseignez le plus possible, vous prenez l’avis des gens autour de vous, et vous prenez finalement votre décision avec humilité et prudence. N’y a-t-il pas de meilleur moyen de prendre une décision ? Au contraire, les professionnels de la politique ne respectent pas le pouvoir. Une mauvaise décision ne pourra pas leur faire beaucoup de mal. Au pire, des gens leur crieront dessus, mais ils en ont l’habitude. Il passent d’ailleurs la plupart de leur temps à l’Assemblée à s’aboyer dessus. Ils décident n’importe quoi sans consulter personne (bien sûr j’exagère). Ils se déterminent à partir de leurs préjugés mais ne cherchent pas à approfondir. Craindre le pouvoir donne de la sagesse. Mais, même sans le craindre, il s’agit avant tout de responsabiliser les décisionnaires politiques. Aujourd’hui, on décide et on vote sur n’importe quoi. Il y a ce que J-F Copé (pardon de le citer, je ne l’apprécie guère) appelle des lois ‘tondeuses à gazon”, c’est-à-dire des lois inutiles qui sont votés après qu’un enfant qui ait été blessé par une tondeuse à gazon passe dans les journaux ! On réglemente alors la longueur des lames des tondeuses… vous voyez le niveau !

    Pour finir, votre dernier paragraphe fait dire un peu près n’importe quoi à l’idée de démocratie directe (pardon, je ne veux pas être méchant à votre égard, mais vos mots sont trop forts). Comment pouvez-vous parler de “terreur” alors qu’il s’agit au contraire de donner le pouvoir aux citoyens ? Où avez-vous vu qu’il s’agissait de bâtir un homme nouveau ? Au contraire, il s’agit de prendre l’homme comme il est et de lui donner la parole. On n’est pas dans le socialisme, au contraire ! On ne fait pas du Babeuf ! On est dans une forme de libéralisme politique. Les citoyens sont libres de prendre les décisions politiques. Je pense néanmoins que la démocratie réelle peut bonifier l’homme. Nous pas le changer, c’est-à-dire changer ses opinions, mais changer sa manière de faire. Quand un homme quelconque doit prendre des décisions politiques pour tout le monde, il a conscience de l’importance de la tâche. Il a, comme nous l’avons dit, en quelque sorte, peur. Donc il se renseigne, il ne veut pas faire de bourde, et il est prudent (alors qu’aujourd’hui on se borne aux idées dominantes et qu’on vote à peu près n’importe comment, chacun étant conscient que son vote ne va pas changer grand chose. Dans une vraie démocratie par exemple, le vote protestataire, qui est la nullité absolue de la décision politique, n’existerait pas.). La démocratie réelle implique donc un changement des manières de faire. Il ne s’agit pas de créer un homme nouveau qui, d’un coup de baguette magique, serait soudainement vertueux, généreux, aimable, etc etc. On prend l’homme comme il est. Seulement, la démocratie réelle devrait faire fonctionner son cerveau de manière un peu plus intense qu’actuellement.

    Bref, j’arrête d’écrire, je ne pourrais rien vous apprendre. Le mieux que je puisse vous proposez, c’est de pendre connaissance des liens suivants. J’espère sincèrement qu’ils vous éclaireront.

    Pour commencer, une conférence d’Etienne Chouard analysant le système politique actuel et présentant la démocratie réelle sur le modèle de la démocratie athénienne :

    http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

    Le débat entre Chouard et Blot sur la démocratie réelle organisé par E&D :

    http://www.enquete-debat.fr/archives/debat-entre-etienne-chouard-et-yvan-blot-sur-la-democratie-reelle

    Une interview de l’historien Castoriadis par Danielle Mermet sur France inter. On y discute beaucoup de la démocratie. Par exemple, la question de savoir si l’opinion ne doit pas laisser sa place au savoir en politique est envisagée.

    http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2208&var_recherche=castoriadis

    Et pour finir, une autre émission de “La-bas si j’y suis” de Mermet qui présente “Popaganda” de Burney. Si vous ne connaissez pas ce livre, vous apprendrez comment prendre le contrôle de l’opinion publique dans un régime oligarchique (démocratie représentative). Vous comprendrez ainsi notamment pourquoi le gouvernement croate a mis 600 000 € dans la campagne pour le oui au référendum d’adhésion à l’UE :

    http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2346

    Bon visionnage et bonnes lectures !

  41. Seb dit :

    @ Murarmand,

    Merci pour ces liens et infos.
    A plaisir de vous lire.

    Cordialement,

    Seb

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