Depuis plusieurs années, une libraire du Bourget subit un calvaire : attaque à main armée, viol en réunion, étouffement, étranglement, projection d’acide… Vingt-cinq agressions en six ans, sans compter les menaces et les intimidations quotidiennes. Enquête et interview exclusives.
Le Bourget( 93). Au 31 de l’avenue Jean-Jaurès , à deux pas de la gare et à 10 minutes de Paris, rien ne semble distinguer la petite librairie-papeterie de Marie-Neige Sardin des autres commerces. Dès l’entrée cependant, l’ambiance change : il faut sonner, la patronne vous ouvre, des caméras de surveillance filment… Le ton est donné : nous sommes dans un environnement hostile.
Marie-Neige Sardin a été victime — à ce jour — de plus d’une vingtaine d’agressions. Dès 2006, elle entamait une grève de la faim pour être entendue. France-Bleu et France-Info lui avaient alors consacré un reportage (cf extraits audio ci-dessous)
• 7 juillet 2006 : France bleue
• 8 juillet 2006 : France Info
Ivan Rioufol, chroniqueur au Figaro, avait relaté «l’affaire» en ces termes : « Marie-Neige Sardin, libraire au Bourget (Seine-Saint-Denis), a été agressée vingt-et-une fois depuis 2004 – dont un viol – par des mineurs multirécidivistes soutenus par leurs parents. Pour ce qui la concerne, à chaque fois la justice a préféré conclure par un non-lieu. » Il avait reparlé plus longuement de son cas dans le Figaro (capture d’écran ci-dessous).
Hormis Rioufol, seul le Parisien avait consacré un article à cette affaire, qui dépasse pourtant de loin le simple fait divers.
Sur Internet, outre le blog de Mme Sardin, (on y trouve sa version des faits), plusieurs articles prennent sa défense. Sur le site Riposte laïque par exemple, le témoignage de Mme Sardin publié le 18 novembre 2008 a bouleversé bien des lecteurs. Aucun grand média ne relayant ses problèmes, et à la suite d’une énième agression, Mme Sardin a accepté en 2009 une interview de l’agence de presse Novopress, réputée d’extrême-droite (à noter : Mme Sardin ne se réclame d’aucun parti).
Sur Internet, les calomnies vont bon train : on accuse Mme Sardin d’avoir inventé ces agressions, pour faire parler d’elle, ou pour faire tourner sa boutique. En réponse, Mme Sardin publie sur son blog un ensemble de documents officiels attestant de sa bonne foi.
Pour la première fois, Marie Neige Sardin a accepté de parler à visage découvert :
http://www.dailymotion.com/video/xdomtj
En complément de son témoignage, voici un résumé de l’affaire “du scotch”, tiré de son blog :
« 11 avril 2007 […] Il fait doux, tout est calme, du moins en apparence, car à peine ai-je tourné le robinet que je me retrouve face à deux “ninja” tombés de nulle part, impossible de capter même leur regard… Mon sang se glace, la lutte s’engage,(…) Celui qui me maintient est immense; commence alors ce bruit de scotch qui s’enroule autour de moi tel un piton. Cette fois, c’est la fin j’en suis certaine, pourtant l’instinct de survie est toujours présent en moi, parvenir à se garder un peu d’air, oui mais comment? […] Je me traîne jusqu’à la porte vitrée, par bonheur sous les genoux mes jambes sont libres, aller vers la lumière; j’étouffe, tous mes bruits internes m’assaillent, mon cÅ“ur fait un vrai vacarme … […] Soudain, tous mes muscles me font mal, ma bouche sent passer un filet d’air frais, mes poumons se gonflent, je suis allongée au sol. Un policier rive ses yeux aux miens, il est blanc comme un linge, lui le noir de peau. Il me relève la tête, la soutient, me serre fort contre lui et essuie discrètement une larme qui ruisselle sur sa joue. […] Réponse judiciaire : classement sans suite, pour non identification des individus. »
Nous avons contacté les institutions policières, judiciaires et le maire. Seul ce dernier a accepté de nous rencontrer le 31 mars 2010 dans sa mairie.
http://www.dailymotion.com/video/xdow4y(Concernant le meeting annuel de l’UOIF dont il est question en fin d’interview, Mme Sardin a lancé une pétition pour que les rencontres annuelles des musulmans de France au Bourget ne coïncident plus avec Pâques.)
« Ni les autorités policières ni les autorités judiciaires n’ont accepté de nous parler.»Malgré la bonne volonté du maire, ni les autorités policières ni les autorités judiciaires n’ont accepté de nous parler : la Direction Régionale de la Police Judiciaire du 93 nous a renvoyé à l’attachée de presse de la préfecture, qui nous renvoie à son tour à la préfecture de Paris, dont dépendrait la petite couronne, dont fait partie le Bourget. La préfecture de Paris nous renvoie au Tribunal de Grande Instance de Bobigny, qui gèrerait à la fois la police et la justice sur cette affaire. Quant à Mme Agnès Thibault, du TGI de Bobigny, elle n’aurait jamais entendu parler de l’affaire Sardin (pas plus d’ailleurs que nos autres interlocuteurs) et demande qu’on lui envoie un mail, auquel «elle ne manquera pas de répondre». C’était le 14 avril dernier. Malgré plusieurs relances téléphoniques, la réponse n’est jamais venue.
Visiblement, ni la police ni la justice ne souhaitent répondre aux questions très dérangeantes posées par Mme Sardin. Pourquoi « l’affaire de l’étagère » n’a-t-elle toujours pas trouvé une issue favorable ? Le 1er juin 2009, un individu avait en effet violemment projetée Mme Sardin contre une étagère de sa librairie, lui subluxant deux vertèbres (10 jours d’ITT), sans qu’aucune poursuite policière ou judiciaire ait lieu contre son agresseur.
Pourquoi l’attitude de la police reste-elle aussi ambigüe ? Après le viol en réunion dont elle a été victime, Mme Sardin a reçu la visite des enquêteurs du SDPJ 93 : « pourquoi avez-vous écarté les jambes ? », lui auraient-ils demandé, poussant Mme Sardin au bord de la crise de nerfs et mettant un terme brutal à la conversation.
Combien de temps faudra-t-il encore avant que les autorités prennent le cas Sardin au sérieux ? Ou pour qu’elles admettent que police et justice ont commis des erreurs lourdes et répétées ? Nicolas Sarkozy, directement mis en cause par Mme Sardin dans son interview, a nommé Christian Lambert préfet du 93 le 6 avril dernier. La situation n’a pas bougé et Mme Sardin doit se débrouiller seule. Elle a créé un groupe de soutien sur Facebook, et a entamé une nouvelle grève de la faim le 12 mai dernier. Vu la dégradation de son état de santé, son médecin lui a déconseillé de trop s’éloigner de sa boutique. Elle a récemment encore reçu des menaces de mort, qu’elle nous transmet au fur et à mesure, “au cas où il m’arriverait quelque chose” nous dit-elle. Elle aide aussi d’autres victimes du quartier qui subissent comme elle la loi du silence (filles violées, homme attaqué à la machette, etc.).
A la suite de la publication de cette enquête (le 18 juin 2010) et notamment après avoir visionné la vidéo du maire du Bourget, Marie-Neige Sardin a éprouvé le besoin de publier de nouvelles preuves, que les lecteurs sont invités à consulter.
Pour aider Marie-Neige Sardin :
- envoyez un don à Librairie Sardin Marie-Neige, 31 avenue Jean Jaurès, 93350 Le Bourget ;
- envoyez une lettre de soutien à la même adresse ;
- achetez des articles sur sa boutique virtuelle : http://www.sardin.vous-livre.com
- aidez-la à retrouver son chat Isis, disparu début juin
Les dessins illustrant l’article ont été réalisés par Marie-Neige à la suite de son viol.
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