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Nabokov chez l’Agitprop made in France

19 décembre 2013, 15:18 Auteur : 2 commentaires

9782867813788Par Anatoly Livry, universitaire d’origine russe, docteur ès lettres, polyglotte, auteur de 9 livres dont le dernier en date s’intitule Nabokov le nietzschéen (éditions Hermann), il enseigne également à l’Université de Sophia Antipolis de Nice. 

Ni l’ex-URSS ni des régimes moins sanguinaires tels que celui du national-socialisme allemand n’avaient le monopole de cette imposture scientifique qui a besoin, pour faire carrière et bloquer tout concurrent, d’un certain activisme, que celui-ci soit interuniversitaire ou syndical. C’est exclusivement de cette façon qu’une nullité obtient des galons, parvenant ainsi à faire barrage à la Science. Il s’agit donc d’une tactique banalissime qui impose à son exécuteur non seulement l’obéissance au dogme étatique du moment, mais aussi des références obligatoires dans ses travaux pseudo-académiques, soit les « Marx » et « Lénine » de sa branche « scientifique ». Est aussi naturellement bannie toute évocation d’une pensée dissidente. Lorsque ces parvenus deviennent majoritaires, ayant réussi à se hisser jusqu’au sommet administratif, l’Université est finie.

Ce préambule posé, j’aimerais consacrer quelques lignes à l’ouvrage Vladimir Nabokov, lecteur de l’autre, Incitations publié par une certaine I. Poulin, fonctionnaire de l’université de Bordeaux, et paru aux Presses Universitaires du même établissement d’enseignement supérieur.

« Comment lire un écrivain “américain né en Russie” ? »[1], se demande d’emblée Poulin forçant son lecteur à s’avancer sur le chemin escarpé non de l’idéologie, mais du journalisme le plus trivial. Cette « question » (qui, pour l’auteure, « n’est pas simple »[2]) constitue un non-sens et ne devrait même pas être posée : tout d’abord, parce que, hormis le passeport étatsunien, Nabokov – héritier dans son anglophonie et anglophilie de Byron et de Shakespeare – n’avait que très peu d’attaches avec le pays dans lequel il s’est fait naturaliser, mais surtout parce que « russe » et « américain » ne peuvent ainsi se heurter que dans la « logique » d’un journaleux français, esclave de l’éternelle opposition des blocs et des « classes » étrangère à toute démarche créative. Car l’on peut être un Russe et, en même temps, stipendié par Mussolini tout en glorifiant Hitler, ainsi Dimitri Merejkovski, ou un natif des États-Unis avec un nom hébraïque passé dans l’Italie fasciste et restant fidèle jusqu’à la fin de ses jours au Duce tel que Ezra Pound, ou encore un cinéaste suédois, récompensé à moult reprises à Cannes ou à Venise, mais, ne l’oublions pas, rendant hommage à Hitler durant ses années vertes[3]. Ainsi, la question journalistique posée par une « universitaire » au début de son livre attise notre curiosité et nous fait avancer avec une extrême prudence dans cette « monographie » qui, d’emblée, se perd dans le quotidien – dispersion inutile dans un travail académique, et pourtant se situant dans la « ligne générale » d’une certaine pensée dominant actuellement.

Les surprises pressenties à la lecture de cette annonce ne tardent pas à surgir. En effet, Poulin refuse obstinément de regarder avec précision la Weltanschauung de Nabokov – trop « dangereuse », certainement, d’un point de vue carriériste pour être enseignée dans la France contemporaine. La vision de Proust par Nabokov ne l’intéresse pas, elle aspire exclusivement à imposer à l’auteur russe ayant passé la majorité de sa vie en Europe sa propre perception : « Quoique bien connue aussi de Nabokov, la Recherche ne sera donc pas passée ici au crible de son regard, mais portera le mien. »[4]. Ainsi, par un procédé fort peu universitaire, Poulin prive le pauvre Nabokov, incapable de se défendre, de ses opinions et nous ne pouvons que nous étonner qu’une telle « recherche sur la Recherche » puisse être reconnue par l’Université française, acceptée par la Société française de littérature générale et comparée et publiée aux Presses Universitaires de Bordeaux, …

Avançons avec encore davantage de prudence. Deux pages plus loin, Poulin continue d’imposer, toujours bavardant à propos de Proust, à Nabokov l’écrivain l’opinion de l’un de ses nombreux personnages ! Ainsi selon l’auteure : « On trouve chez Vladimir Nabokov la même exigence : la littérature est la fabrique d’un regard neuf qui s’éprouve, se façonne, sur ce qu’il appelle “le choc particulier du détail fugitif “. »[5]. Là, c’est le personnage d’Ada ou l’ardeur, abordant un tout autre problème, qui devient, par l’incohérence de Poulin, Nabokov lui-même, puis se voit arracher une phrase de sa bouche, laquelle phrase approuverait les divagations de la fonctionnaire bordelaise. Elle ne fait que torturer le personnage du roman et – dans la grande tradition des geôles staliniennes – isole des séquences de ses propos pour donner l’impression que Nabokov approuve sa « thèse ». Quelle est la « méthodologie scientifique » mise à l’œuvre dans ce texte à prétention académique ? Devrions-nous vraiment nous poser cette question quand ce « développement » est rédigé par une fonctionnaire portant le titre de professeur universitaire français et dont l’une des obligations est, souvenons-nous en, d’encadrer des travaux doctoraux …

Dans le paragraphe suivant, sans laisser au pauvre Nabokov le temps de souffler après l’imposture dont il fut victime, Poulin abandonne l’environnement nabokovien et saute au milieu du XVIIIe siècle, citant Crébillon sans prendre la précaution de nous expliquer pourquoi cette citation du Hasard au coin du feu[6] et non pas des millions d’autres citations de milliers d’autres auteurs qui pourraient également coller à l’esprit de Nabokov rédigeant Ada ou l’ardeur : le romancier subit un vrai martyre, sans toutefois être au bout de ses peines. Car Poulin persiste : « Imaginons la nuit dans laquelle se débat l’écrivain qui vient de subir une greffe linguistique. Imaginons son désespoir. »[7]. L’évocation de cette « souffrance » poursuit un but bien précis, celui de s’aventurer dans la description des prétendues souffrances de Nabokov lors de son passage créatif du russe à l’anglais. Ce faisant, Poulin décrit un « désespoir » purement virtuel, fabriquant un cadre de souffrances psychiques, peut-être cher aux freudiens (car leur permettant de déverser un magma de thèses à peine compréhensibles, mais facilement commercialisables) mais néanmoins ici fictif.  Nabokov, en effet, n’a jamais éprouvé de « désespoir » de ce genre lors de cette mutation linguistique, l’anglais ayant été pour lui une libération car il s’agissait non seulement de l’idiome dans lequel il a étudié à Cambridge – tentative de Reconquista de son enfance –, mais surtout de sa langue première, celle qu’il a appris à lire avant le russe, ainsi qu’il le déclare lui-même, et non par le biais d’un de ses personnages, dans son autobiographie : « J’ai appris à lire l’anglais avant le russe. »[8]. Poulin se perd dans un « labyrinthe » artisanal fabriqué sans le plan de Dédale, admettons-le. Elle avance sans aucune pensée, ni concept, mais comme il lui faut absolument terminer ses divagations par une phrase prétendument « universitaire », elle conclut par quelques lignes dépourvues de sens et contraires à ce que Nabokov a vécu : « L’éclairage de l’anecdote, tragi-comique finalement, sied mieux encore à l’auteur de Lolita : un écrivain condamné à tenir sa langue (russe), mais capable de se tenir lui-même à la seule force de ses éclats de rire – le roman russe Kamera obskura (1932) ne devient pas par hasard Rire dans la nuit au moment du passage à l’anglais : Laugher in the Dark (1938). »[9]. L’on ne comprend absolument rien ! Quel est le lien avec Lolita ? Pourquoi l’écrivain rit-il ? Pourquoi rit-il dans la nuit ? Pourquoi le « Imaginons la nuit dans laquelle se débat l’écrivain … »[10], devenant une simple « boutade » pseudo-universitaire, devrait-il « expliquer » à la fin du chapitre le « rire » de Nabokov, et de surcroît son « rire nocturne » ? Abracadabrantesque !

La « réflexion » de Poulin ne manque pas seulement de logique, mais témoigne également d’une grande méconnaissance des étapes de la vie de Nabokov. Il nous semble en effet nécessaire de rappeler qu’en 1938, Nabokov résidait encore en France. Ainsi, c’est hors de l’aire anglophone qu’il cherchait le bonheur de la langue anglaise qui le libérerait d’une certaine crasse civique de l’émigration russe. C’est pourquoi, encore en 1935, il fait traduire à Londres son ouvrage russe. Non satisfait des éditeurs britanniques, la langue de Shakespeare lui étant tellement chère, Nabokov s’empare de son roman pour le rendre anglais à sa manière, plus pure selon lui. Donc pas de « souffrances » ni de « désespoir » alors – si bien commercialisables dans nos universités para-freudiennes –, seulement le plaisir de travailler en anglais, même en France. Par conséquent, la « nuit américaine » qu’évoque Poulin à la page 15 de son texte « académique » ne correspond nullement au parcours de l’écrivain qu’elle s’efforce d’étudier. Étant donné que Despair et Laugher in the Dark furent rédigés en Europe, et même en Europe continentale, nous ne pouvons comprendre comment cette Poulin peut se targuer d’être une « spécialiste de Nabokov », « souffrant », selon cette « nabokovienne », d’« une nuit américaine » ?

Nous avançons avec une extrême prudence dans le texte de Poulin, déjà pris d’effroi par ce que nous avons rencontré, et tombons sur une autre preuve de la quête obstinée d’une « souffrance » que mène Poulin, acharnement sur un écrivain qui n’a pourtant rien à faire dans une monographie universitaire digne de ce nom. Cette fois, c’est un autre héros, Pnine, qui devient la nouvelle « victime de l’un de ces malaises qui frappent maints héros nabokoviens : une arythmie cardiaque (très proche, par ses symptômes, de la nausée sartrienne) […] »[11]. Ici la « logique » de Poulin est inexistante, tout comme l’obéissance basique aux règles d’un travail scientifique que l’on exige ne serait-ce que des étudiants : chaque affirmation doit être prouvée par une citation de l’auteur, Sartre en l’occurrence, pourtant totalement absent !

Poulin impose au « camarade-lecteur » – foncièrement bienveillant à son égard et donc, par fidélité syndicale, ne posant pas de questions gênantes – ses affirmations sans pour autant prouver quoi que ce soit. Sartre surgit comme un diable de sa boîte. Naturellement, l’écrivain susmentionné est bien vu par une intelligentsia française avide de carrière, au contraire d’autres lettrés, plus suspects sur le plan idéologique dans la France de la fin de la Ve république, qui ne doivent pas être évoqués dans une monographie para-soviétique. Cependant nous ne comprenons toujours pas pour quelles raisons ce pseudo-diagnostic charlatanesque trouve sa place sur les pages d’un ouvrage publié par les Presses Universitaires de Bordeaux !? Et, à la page suivante, Poulin s’enfonce dans ses divagations. Citant Autres Rivages de Nabokov, où il n’y a pas un seul mot sur une quelconque « nausée », Poulin conclut : « Cette nausée va aller en s’amplifiant au fil du temps et de l’œuvre (SIC). “Peur sans remède d’exister”, elle sert de support, par exemple, à une nouvelle russe de 1926, “Uzhas” (“Terreur”) […]. »[12]. Notons que la première version d’Autres Rivages, version anglaise et sous le titre étatsunien, fut publiée seulement en 1951 alors que Terreur parut non en 1926 (comme l’écrit Poulin qui semble vraiment avoir un problème insurmontable avec les dates comme la plupart des victimes de la méthode globale) mais en 1927. Comment, dès lors, peut-on prétendre qu’une œuvre parue un quart du siècle avant Autres Rivages prouverait une quelconque référence chez Nabokov à La Nausée sartrienne ?! « Au fil du temps » alors qu’il s’agit d’une œuvre antérieure ? Comment les Presses Universitaires (SIC) de Bordeaux ont-elles pu laisser passer cette aberration ? Comment Poulin peut-elle être reconnue en tant que « nabokovienne » par ses paires ? Où est le hic, si l’on peut paraphraser Hamlet dans la traduction de Gide ? La thèse de Poulin sur la présence d’une prétendue « nausée » sartrienne chez Nabokov ne tient pas et Poulin nous offre elle-même les arguments pour démontrer son incapacité scientifique : le « dégoût » ou la « souffrance », exprimés dans un ouvrage, Terreur, paru en 1927 et qui continueraient à être décrits par Nabokov dans ses œuvres postérieures, ne peuvent puiser leurs origines dans La Nausée de Sartre publié en 1938 ! La « thèse » de Poulin est donc totalement fausse ! Honte aux collègues universitaires qui, pour des raisons personnelles ou syndicales, pourraient approuver et glorifier sur le plan académique une telle aberration.

Par ailleurs, la littérature russe, et notamment Tchékhov dans une œuvre parue en 1892, nous donne l’origine plausible de la Terreur nabokovienne[13]. Cependant, pour accéder à ces travaux scientifiques édités entre autre dans le Wiener Slawistischer Almanach – en Autriche, donc pas la peine de traverser le rideau de fer ! –, il est obligatoire de maîtriser le russe. Ne pas avoir cet idiome dans son bagage académique représente une faille insurmontable, voire serait signe d’imposture universitaire, chez quiconque s’attaquant à l’œuvre nabokovienne. En outre, il serait naïf, prétentieux et parisianocentriste – risible chez une Bordelaise ! – de s’obstiner à croire que toute forme de désordre ou de faiblesse vitale chez un homme entretiendrait, depuis la Genèse, un lien avec Sartre. Une engueulade médiatique avec le fondateur de Libération serait, selon Poulin, la base même de la création de Nabokov, et ce, avant même que ce dernier ait connu l’existence de Sartre ! Si l’on peut nous permettre de citer Patrick Quillier, un enseignant niçois, à propos de Poulin, celle-ci « retrouve […] en conclusion de ses démonstrations ce que visiblement <elle> avait posé au départ. »[14]. Heureusement P. Quillier méconnait les publications de Poulin : ce professeur de l’Université française et président du jury de l’agrégation de lettres modernes en 2011 ne peut pas – également vu son âge honorable – ne pas être un juge objectif, impartial …

Par ailleurs, nous sommes contraints de préciser que les performances scientifiques de Poulin sont devenues la base d’une démarche administrative au plus haut niveau des instances universitaires françaises, celle du CNU, ce très coûteux « rempart aux localismes », à en croire les gourous du Ministère de l’enseignement supérieur s’adressant aux sénateurs désirant la suppression de cette survivance stalinienne imposée à la Ve république française. Ainsi les rapporteurs officiels de l’organisme susmentionné : O. Agard, F. Clément, Ph. Daros, E. Dayre, R. Gayraud, Ch. Gillissen, M. Dennes, C. Depretto, R. Kahn, I. Krzywkowski, E. Oudot, S. Plane, G. Raulet, S. Rolet, A. Schober se réfèrent, dans des conclusions scellées par le sceau du Ministère de l’enseignement supérieur, à Poulin comme à une sommité de connaissances du genre romanesque ! Une sordide résurgence soviétique qui s’est greffée sur le corps de l’antique Science française progressivement vampirisée, nivelée année après année vers le bas !

Mais passons sur d’autres niaiseries poulinesques. Ainsi celle selon laquelle l’Antiterra d’Ada serait l’ « Amérussie »[15] bien qu’elle soit également l’« Améfrance » et l’« Améralbion ». Un autre roman, Brisure à Senestre, serait, selon Poulin, « une réflexion sur la possibilité même de la tyrannie »[16] bien que l’œuvre soit justement la description de la tyrannie. Ou encore, puisqu’un travail universitaire nécessite de citer des philosophes et que c’est par le nombre de citations que l’on juge le mémoire (comme le savent tous les étudiants en licence – et ce, même si les citations en question n’ont aucun lien avec l’auteur étudié) : « Le concept selon Nabokov, c’est un peu (sic) le concept selon Bonnefoy »[17]. Suite à quoi, Poulin nous inflige un long paragraphe fabriqué par le personnage susmentionné et son « un peu » laisse au lecteur un choix illimité pour y placer un Nabokov cruellement martyrisé.

Pour qu’un ouvrage fasse avancer votre carrière, il faut faire des courbettes aux gourous de la branche, même si ceux-là ont rempli leurs travaux d’un ramassis d’inepties. Poulin, férue de cette règle, mentionne un américaniste à la pensée boiteuse : « Comme le dit Maurice Couturier, le flèche n’est peut-être pas celle de Zénon, mais bien celle de Cupidon. »[18]. Un helléniste aguerri devrait s’occuper de l’œuvre de Nabokov, et c’est seulement chez un tel spécialiste que pourrait se justifier le recours au nom de Zénon. Pourtant, pour l’information de Poulin et de ses camarades, nous sommes forcés de préciser que le paradoxe de Zénon sur la flèche en vol a un lien non avec la temporalité, mais avec la problématique du mouvement : une flèche en vol serait immobile à chaque séquence de son parcours. Puis, devons-nous ajouter, pour combler les lacunes de Poulin, la flèche d’Éros vue par Zénon serait une toute autre flèche : la conclusion de Poulin sur l’aiguisement du désir n’a donc aucun lien avec la problématique du mouvement ou de l’immobilité. En revanche, comme tous les étudiants consciencieux de 2e ou de 3e années le savent, pour paraitre savants, il faut obligatoirement introduire le nom d’un Grec, Grec qu’ils n’ont certainement jamais lu, pas plus qu’ils n’ont suivi de cours d’hellénistes.

Voilà seulement quelques-unes des performances auxquelles s’adonne Poulin, performances publiées par une université française. Il est nécessaire de dire par ailleurs que la construction même de l’ouvrage est loin d’être cartésienne : Poulin tourne en rond. Ainsi, ce que nous lisons aux pages 22 et suivantes est répété aux pages 78 à 80, avec les deux mêmes citations d’Autres Rivages. Un texte qui ne peut même pas être considéré comme « mal construit ». Il n’a, finalement, aucune construction.

Au début de son ouvrage, Poulin avance : «  […] les américanistes et les slavisants de nos universités parlent de l’auteur dans l’ignorance presque absolue les uns des autres. »[19]. Nous pouvons en conclure que cette sommité des études nabokoviennes prétend posséder les connaissances nécessaires en slavistique, peut-être s’attribuant même la maîtrise de la langue russe, idiome dont l’appréhension est effectivement tout à fait obligatoire pour aborder l’œuvre de Nabokov. En effet, vu toutes les complications qu’apportent les traductions de cette œuvre nuancée, lire la version originale et la saisir dans ses moindres détails est la condition sine qua non pour se dire « nabokovien ». Or, à la page 134, nous lisons deux lignes en russe que Poulin s’efforce seulement de transcrire : « На утренней заре пастух/He гонит уж корав (SIC) из хлева (SIC) »[20]. Le poème cité est une œuvre fondatrice de la langue russe moderne, autrement dit ce que sont les épopées homériques au grec : Eugène Onéguine de Pouchkine. Dans la dernière ligne de trois mots que Poulin ose citer en russe, il y a une faute : « корав » (SIC) écrit Poulin, et non « коров », comme il le faudrait. Par ailleurs, Poulin se dispense de l’obligation de mettre une virgule à la fin du passage comme la grammaire russe le prescrit ; elle le fait cependant en français, langue qu’elle maîtrise… Cela pourrait être deux coquilles, comme on le dit courageusement pour déresponsabiliser dans l’Université les camarades-syndiqués manquant simplement de culture.

Soyons bienveillants jusqu’à la complaisance envers l’absence de virgules et envers cette déclinaison fantaisiste et retrouvons, chez Poulin, une autre citation de la même œuvre majeure pouchkinienne, à la page 141 : « На солнце (SIC) на часы смотрел (SIC) / Махнул рукою напоследок (SIC) »[21]. Là, de nouveau Poulin s’aventure à citer deux lignes où elle omet deux virgules qui rythment le roman en vers, tout comme le tiret final. Poulin démontre ainsi, de façon flagrante, qu’elle n’a jamais lu l’œuvre fondatrice de la langue russe moderne ; s’obstinant cependant à paraître « russophone », elle ne maîtrise même pas les bases de la versification russe.

Mais poussons notre indulgence académique jusqu’à l’agapè christique et lisons la page 136 de Poulin la « russisante » : « Чужих прицуд (SIC) истолкованье? »[22], et à la page suivante, reprenant les mêmes trois mots pouchkiniens, la pauvre « russiste » commet une autre faute « Чужих нричуд (SIC) исполкованье »[23].

Il n’est plus question de coquilles, ni d’oubli, ni de lacune chez l’éditeur des Presses Universitaires de Bordeaux prises traitreusement en otage : Poulin ne maîtrise pas les déclinaisons basiques russes et elle n’a jamais lu un seul poème en russe. Mais surtout, cette « slavisante » universitaire (!) ne maîtrise pas, tout comme les étudiants de 1ère année, les chuintantes russes et confond le « н » et le « п » cyrilliques, ayant réussi à bourrer les quelques mots qu’elle cite en russe d’une quantité innombrable de fautes ! Elle ne peut donc pas, malgré ses prétentions, travailler sérieusement sur l’œuvre de Nabokov, preuve en est la version traduite que Poulin donne du Don[24], ce qui lui évite naturellement de se confronter à ce roman supra-nuancé qui lui est évidemment totalement inaccessible dans sa version originale.

Pauvre Nabokov déchu de sa profondeur nietzschéenne, déshellénisé, illettré mais politiquement correct à outrance et rabaissé pour être consommable par les fonctionnaires de l’Agitprop francophone ! Ainsi, la présente critique, à laquelle je ne condescends que très rarement, est un appel à mes chers collègues français afin de les alarmer sur l’énorme imposture, prétention et crasse inculture dans lesquelles s’enlisent leurs facultés, tenues par le syndicalisme para-soviétique ou par un ridicule clairement visible car non dissimulé derrière un rideau de fer imaginaire. Vous représentez – pendant encore quelques années, au moins – la Science française, héritière d’une tradition académique centenaire issue de l’immense culture classique et dont la pratique consiste en l’étude scrupuleuse des textes originaux – je parle de ces facultés de lettres françaises actuellement méprisées, moquées à travers le monde car nivelant les génies littéraires au niveau de leur monstrueuse ignorance post-soixante-huitarde.

 

Anatoly Livry, Vice-Président de l’ONG « World without corruption 2011 – 2020 », docteur de l’Université de Nice – Sophia Antipolis, Professeur-invité de l’Université de Moscou



[1] Isabelle Poulin, Vladimir Nabokov, lecteur de l’autre, Incitations, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2005, p. 10

[2] Ibid.

[3] Cf. Ingmar Bergman, Laterna magica, Paris, Gallimard, traduit par C.G. Bjurström et Lucie Albertini, 1987, p. 138-139.

[4] Poulin, op. cit., p. 12.

[5] Ibid., p. 14.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p. 15.

[8] Cf. Владимир Набоков, Другие Берега в Собрании сочинений в четырёх томах, Москва, Издательство Правда, 1990, т. 4, c. 174, nous traduisons.

[9] Poulin, op. cit., p. 15-16.

[10] Ibid. p. 15.

[11] Ibid., p 21.

[12] Ibid., p.22.

[13] Шербенок А.В., « Страх »  Чехова  и « Ужас »  Набокова, Wiener Slawistischer Almanach, Bd. 44, 1999, C. 5-22.

[14] Patrick Quilier, Mot de recommandation, Nice, le 8 décembre 2012.

[15] Poulin, op. cit., p. 26.

[16] Ibid., p. 27.

[17] Ibid., p. 30.

[18] Ibid., p. 32

[19] Ibid., p.20.

[20] Ibid., p. 134.

[21] Ibid., p. 141.

[22] Ibid., p. 137.

[23] Ibid., p. 137.

[24] Ibid., p. 43 et suivantes.

 

Categories : Culture, International, Livres

2 commentaires

  1. [...] nom du philosophe sur lequel elle prétend juger ma thèse « Nietzche » !), mais qui n’ont aucune existence psychique. Par exemple, trois professeuses slavistes d’une faculté parisienne tiennent leur place de leurs [...]

  2. [...] La canaille s’attaquant à ma thèse de doctorat, Nabokov et Nietzsche, soutenue avec P. Quillier de Nice – Sophia Antipolis, s’acharnent à me poser la question suivante : « Pourquoi Anatoly Livry n’entre-il pas en discussion avec les… « spécialistes », nos chers confrères ? ». J’espère que désormais ils sont satisfaits de ma réponse ! En effet, je ne veux pas mêler mes découvertes, en souillant ma plume, aux noms d’incultes fonctionnaires qui disparaîtront dès qu’ils partiront à la retraite, autrement dit dès qu’ils perdront leur capacité soviétoïde de nuisance. Dans mes livres, je ne discute qu’avec mes égaux. Néanmoins, ces Soviétiques m’avaient convaincu et je cède à leur désir : une fois par an, j’« entrerai en discussion » avec un apparatchik, comme je l’avais déjà fait en 2013 dans mon « Nabokov chez l’Agitprop made en France » où je démontre qu’Isabelle Poulin, professe… [...]

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