Un article d’Yvan Blot.
La récente catastrophe au Japon repose la question de la sécurité de l’industrie nucléaire. Le raisonnement économique conduit à la construction d’un nombre toujours plus grand de centrales de production d’électricité…
On sait que la consommation d’électricité double tous les dix ans. Les centrales nucléaires sont rentables mais dangereuses et exigent des mesures de sécurité particulièrement fortes. Cela dit, ces usines ne sont pas les seules à être dangereuses. Que dire de beaucoup d’usines chimiques ? On se souvient de l’incident de Sévéso en Italie qui a conduit à élaborer de nouvelles législations (directive Sévéso).
Le Vert français Noël Mamère a demandé un référendum sur l’utilisation des centrales nucléaires. Cela conduit à se poser des questions sur le fonctionnement de notre démocratie. Faut-il imposer des centrales nucléaires à la population ou faut-il la consulter ? Là encore, il serait erroné de raisonner dans l’abstrait en ignorant les expériences étrangères dans les pays qui ont la démocratie directe.
Première constatation : Trois des quatre grands pays à démocratie directe, la Suisse, les Etats-Unis, l’Allemagne ont des centrales nucléaires. Certes, en Allemagne, le parlement fédéral a voté une sortie du nucléaire pour 2025. Par contre, en Italie, c’est un référendum en 1987 qui a abouti à la sortie du nucléaire mais un nouveau programme a été élaboré et doit être soumis au peuple le 12 juin 2011. Quant aux USA et à la Suisse, la démocratie directe n’a pas conduit à supprimer les centrales nucléaires
L’exemple suisse
Quatre centrales nucléaires ont été mises en service de 1969 à 1984. Elles sont toutes situées en Suisse alémanique à Mühleberg, Gösgen, Beznau et Leibstadt. Ces centrales produisent 41,3% de l’électricité suisse (en France, le nucléaire fabrique 78% de notre électricité).
Le 23 septembre 1990, le peuple a rejeté l’initiative intitulée « pour un abandon progressif de l’énergie atomique » avec 52,9% de non. Par contre, le même jour, le peuple a voté un moratoire sur les constructions avec 54,5% des voix qui a abouti au gel des constructions de centrales pour 10ans.
Le 18 mai 2003, le peuple a rejeté les deux initiatives « Sortir du nucléaire » et « prolonger le moratoire » par 66,3% et 58,4% de non. Jusqu’à présent, le peuple suisse a donc donné son feu vert à la construction de centrales en ne demandant pas de prolonger le moratoire de 1990.
Trois projets de nouvelles centrales sont en cours de réalisation. Mais le ministre de l’environnement Suisse Doris Leuthard (réputée pro nucléaire) vient de décréter un nouveau moratoire suite aux évènements du Japon en disant qu’il faut réexaminer les règles de sécurité en la matière et de pas prendre de décision prématurée.
Les cantons sont amenés à donner des avis consultatifs. En février dernier, 51,2% des Bernois ont approuvé la construction d’une nouvelle centrale à Mühleberg. L’Union démocratique du centre et le parti libéral suisses ont demandé d’étudier la sécurité des centrales mais souhaitent qu’on ne prenne pas de retard dans le programme. Par contre, les socialistes et les Verts demandent la sortie du nucléaire. En été 2012, le conseil fédéral (gouvernement) doit prendre une décision qui pourra être soumise au référendum consultatif.
Conclusions : Contrairement à ce que l’on pourrait croire a priori, l’existence de la démocratie directe ne semble pas changer grand-chose aux décisions politiques de continuer ou d’abandonner le nucléaire. En Suisse et aux Etats-Unis, la population n’a pas montré d’hostilité systématique. En Italie, un référendum a débouché sur la sortie du nucléaire mais dans d’autres pays comme en Allemagne, c’est le parlement qui a été dans ce sens.
L’important est de ne pas prendre de décisions précipitées qu’elles soient populaires ou parlementaires. La procédure suisse des initiatives populaires permet de prendre ce temps car il faut souvent deux à trois ans entre le dépôt des signatures déclenchant un référendum et la votation elle-même. Le déclenchement d’un référendum juste à la suite d’un évènement n’est sûrement pas la bonne méthode pour légiférer : que la décision soit parlementaire ou référendaire, il est toujours urgent d’attendre plutôt que de prendre des décisions précipitées.
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Mon sentiment est que cet accident marque au contraire la fin du débat sur le nucléaire. Quand les poules françaises auront fini de caqueter il faudra bien se rendre à l’évidence: le Japon a subi l’un des pires tremblements de terre de son histoire, suivi immédiatement de l’un des pires tsunami de son histoire. Statistiquement on s’y attendait mais pas aussi fort.
Et pourtant la sécurité nucléaire a tenu. en ce moment on joue à se faire peur, mais quand viendra l’heure des bilans on se rendra compte que la menace nucléaire n’a tué personne ou presque.(on attend bien sûr de connaitre le sort des courageux ouvriers japonais d’ici quelques mois)
Aucune autre technologie d’Energie n’aurait aussi bien résisté sans tuer un bien plus grand nombre de gens, ou en polluant l’environnement de manière au moins aussi grave, tout en étant moins efficace en terme de production d’énergie.
Quand on sait qu’il y a eu 1000 incidents “significatifs pour la sûreté” en 2010 (chiffre en augmentation constante depuis 2005), et quand on lit ces 2 articles, on se dit que les choses ne sont pas aussi simples. L’erreur humaine est sans doute plus dangereuse que le risque naturel. Par ailleurs, je me garderais bien de tirer des conclusions sur l’épisode japonais qui ne fait peut-être que commencer malheureusement. Et évidemment, le bilan d’une catastrophe nucléaire est loin de se limiter aux seules victimes mortelles, mais doit s’élargir à l’impact sur la santé publique et l’environnement…
http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/revelations-nucleaire-edf-aurait-90684
http://www.marianne2.fr/Comment-EDF-sous-traite-ses-centrales-nucleaires_a203929.html?com
“Aucune autre technologie d’Energie n’aurait aussi bien résisté sans tuer un bien plus grand nombre de gens, ou en polluant l’environnement de manière au moins aussi grave, tout en étant moins efficace en terme de production d’énergie.”
=> Je vous invite à lire l’article suivant qui fait le point sur la pertinence des énergies renouvelables :
http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-plans-de-sortie-du-nucleaire-sont-ils-credibles_250933.html?p=2
D’autre part, qu’est-ce qui empêche de faire de la recherche ? La France pourrait avoir l’ambition d’être pionnière dans des énergies nouvelles et d’exporter son savoir-faire à terme, comme elle a su le faire avec le nucléaire.
Les Verts sont de vrais clowns ; aujourd’hui ils appellent à un référendum sur le nucléaire, mais ce sont EUX qui – avec leur délire “réchauffiste” – ont ouvert grand la porte à tous les nucléocrates du pays, donc à la prolifération (avec Sarkozy en VRP N°1).
Quant à Julien Desterelle je le trouve bien optimiste. Rappelons que la centrale japonaise qui menace d’exploser comporte plusieurs réacteurs, quand Tchernobyl n’en comportait qu’un seul !
Bien d’accord avec les réponses de Kevin et Le Saint
Concernant l’article d’Yvan Blot ce dernier oublie 2 choses :
- L’Autriche par démocratie directe a interdit l’usage du nucléaire avant Three Miles Island en … 1976
- Suite à la catastrophe de Fukushima dont les rejets radioactifs ne vont pas s’arrêter à la frontière japonaise, l’Italie mettra un terme au nucléaire, par référendum (démocratie semi-directe), dès le mois de juin prochain, c’est gagné d’avance.
Quant aux suisses, les champions de la démocratie directe, ils n’auront aucun mal à lever les 100 000 signatures pour recourir à un référendum qui mettra là aussi un arrêt assez rapide au nucléaire.
Concernant le seul Etat de Californie ou les 25 autres Etats US dotés de démocratie directe, la faille de San Andreas ne va pas manquer de les terroriser à l’idée que ce qui se produit au Japon ne manquera pas, tôt ou tard, de se produire chez eux.
On peut donc affirmer, sans se tromper, que le programme nucléaire déjà lancé en Suisse et aux Etats-Unis (il était déjà gelé en Italie depuis 1987 suite à la catastrophe de Tchernobyl) s’arrêtera très vite grâce à l’instrument de démocratie directe. Les länders allemands ne manqueront pas non plus d’exiger l’arrêt, la sortie du nucléaire.
Ailleurs, dans les “démocraties représentatives” cela va être beaucoup plus dur, notamment en France, pour sortir du nucléaire lequel s’est installé et s’est développé faute de … démocratie directe.
Petite erreur sur la date au sujet de l’Autriche
Le 5 novembre 1978, lors d’un référendum, alors que l’unique centrale atomique (centrale nucléaire de Zwentendorà f) est terminée et a déjà coutée 5,2 milliards de schillings (380 millions d’euros), le peuple autrichien a voté contre sa mise en service avec une courte majorité de 50,5 %. La centrale a donc été maintenue à l’arrêt. Suite à ce référendum, le parlement autrichien vota en 1978 une loi de non-utilisation de l’énergie nucléaire (Atomsperrgesetz). Pendant une dizaine d’années, les débats firent rage en Autriche sur l’opportunité de la sortie du nucléaire civil.
Suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986, la classe politique autrichienne est parvenue à un consensus sur l’arrêt du nucléaire civil.
La loi de non-utilisation de l’énergie nucléaire a été renforcée en 1999 par la loi pour une Autriche sans nucléaire (“Bundesverfassungsgesetz für ein atomfreies Österreich”) qui a été intégrée à la Constitution de l’Autriche. La dénucléarisation est aujourd’hui (avant le 11/03/2011) de l’ordre du consensus dans la classe politique autrichienne.
(accident de Three Mile Island : 28 mars 1979)
La Suisse, à l’instar de l’Allemagne, est sur la voie de la sortie du nucléaire (à l’horizon 2034), avec une large approbation du peuple d’après les sondages. Ce qui est curieux, c’est que celui-ci ne soit pas consulté cette fois-ci alors que, comme l’explique Yvan Blot, il l’avait souvent été sur cette question ces dernières décennies.
http://www.tsr.ch/info/suisse/3173400-selon-un-sondage-80-des-suisses-appuient-la-decision-du-conseil-federal-de-quitter-le-nucleaire-6.html
http://www.romandie.com/news/n/PRESSECHNucleaire_80_des_Suisses_en_faveur_de_la_sortie_de_cette_energie300520110605.asp