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Plenel le machiavélique

8 juillet 2010, 23:50 Auteur : 2 commentaires

Edwy Plenel a une fois de plus réussi un coup de maître. Après la prise du Monde, le voici à la tête d’une meute médiatique enragée contre un gouvernement aux abois.

On peut parler de meute médiatique quand pas un seul média, même proche du pouvoir, ne rappelle qui est Edwy Plenel, quels sont ses faits d’armes, et quelle est sa crédibilité,  ou plutôt son absence de crédibilité journalistique. Cela tient à deux raisons principales : les journalistes ont la mémoire courte, et ils sont corporatistes.

Même Daniel Schneidermann, viré par Plenel du Monde et qui garde envers lui une rancœur tenace, et dont le média Arrêt sur images a pour but de critiquer les médias, accompagne la meute. Sans doute parce qu’il est difficile de critiquer un média avec lequel on a fondé un syndicat… Quand je lui avais posé la question, à la fin d’une conférence à la Fnac voici deux ans, il m’avait répondu “votre question est hors sujet”. Faites ce que je dis…
Sans vouloir aborder la polémique Bettencourt/Woerth, la précipitation n’étant pas gage de vérité en général, nous rappellerons simplement qui est Edwy Plenel, et ce qu’est son média Mediapart, cela devrait suffire à éclairer d’un jour nouveau cette polémique qui fut lancée par ce journal en ligne.
Le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen La face cachée du Monde, paru en 2003, nous apporte beaucoup de réponses à ce sujet. Page 47, on apprend que Plenel n’a pour tout diplôme que le baccalauréat. Tout au long du livre, les auteurs ne cessent d’expliquer et de démontrer que Plenel s’éloigne très souvent des faits. Page 60, ils nous expliquent que le passé de Plenel est aussi opaque que celui de Jospin, qu’il a pourtant attaqué précisément sur ce sujet. Et page 62, il est reproché à Plenel d’être resté, comme Jospin, une taupe trotskyste longtemps après son départ de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) en 1979 et après avoir été journaliste à Rouge, le journal de la LCR. “La plus grande opération d’entrisme de l’histoire du trotskysme français” selon les auteurs, page 65. Page 77, Péan et Cohen nous apprennent que Plenel est devenu journaliste “d’investigation” grâce aux informations procurées par le chef syndicaliste de la police, un certain Delaplace. Page 78, que Delaplace demandait à des policiers de mener des enquêtes parallèles, en dehors de leurs heures de service, pour le compte de Plenel. Et logiquement page 96 on apprend que ce qui l’a propulsé “meilleur journaliste d’investigation de France”, l’affaire du Rainbow warrior, n’était en fait qu’une information qui lui est arrivé sans qu’il ait le moindre effort à faire, donc loin de tout exploit journalistique dont il se gargarise pourtant. Page 112 les deux auteurs portent le coup de grâce, affirmant que le but de Plenel n’est ni d’informer les lecteurs, ni de rechercher la vérité, mais de combattre. Tout le contraire du “porter la plume dans la plaie” et du “penser contre soi-même” dont il use et abuse en public. Puis ils continuent à révéler les collusions entre Plenel et le pouvoir socialiste (avec Joxe, p. 115, avec Laurent Fabius alors 1er Ministre, p. 120), avec les juges (en bafouant le secret de l’instruction et la présomption d’innocence, p. 114), avec un ancien du groupe Occident (classé à l’extrême-droite, p. 117), etc. Mais c’est loin d’être terminé pour les révélations que font nos deux journalistes sur Plenel, ils ont même gardé le meilleur pour la fin. Ils citent notamment Henri Nallet, ancien garde des Sceaux sous François Mitterrand, pour lequel Plenel “a été convaincu de faux et usage de faux“, alors qu’il dirigeait le Monde lors de l’affaire de Panama. Page 161, une autre collusion, avec le capitalisme d’Etat d’Alain Minc cette fois, puisque Plenel a dirigé le Monde au sein du triumvirat Plenel-Minc-Colombani, ce trio que le livre de Péan et Cohen a fait sauter.
Mais le réquisitoire n’est pas terminé, page 214 Péan et Cohen vont jusqu’à affirmer : “Les témoignages concordent : la direction du Monde est totalitaire.” Et deux pages plus loin d’invoquer des “méthodes staliniennes“. Puis nous en arrivons, page 231, à la partie sans doute la plus intéressante vis-à-vis de l’affaire Bettencourt-Woerth : “Si prompt à dénoncer les atteintes à sa vie privée par voie d’écoutes téléphoniques, Edwy Plenel n’a aucun état d’âme à faire divulguer les détails les plus intimes sur des personnes mises en examen.” Tiens, ça ne vous rappelle pas une certaine conversation volée par un majordome ?
Le livre comportant 600 pages, et Plenel étant l’un des responsables du Monde à l’époque, vous pouvez imaginer l’accumulation de critiques toutes sérieusement argumentées contre lui : le Monde, c’est la pratique de l’instruction à charge (p. 263) ; des scoops du Monde ont pu être utilement mis à profit par des criminels pour se soustraire à la traque des enquêteurs (p. 306) ; le Monde occulte des attentats ayant eu lieu en Corse (p. 315) ; deux “unes” offertes aux mouvements nationalistes corse en moins d’un an (p. 320) ; le Monde grand ayatollah ayant imposé sa fatwa à l’écrivain Renaud Camus (p. 365) ; le Monde et sa haine de la France (pp. 455 et 498) ; le point commun entre un racialiste et Plenel c’est l’exigence de pureté (p. 461) ; le Monde s’attaque à la fonction présidentielle, profitant ainsi à Le Pen (p. 549, tiens tiens, si ça ne vous rappelle rien) ; je dénonce chez les autres ce que je fais moi-même (p. 555) ; la direction du Monde donne des leçons de transparence financière mais s’en exonère totalement (p. 584).
L’addition paraît suffisamment salée, pourtant depuis qu’il a quitté le Monde Edwy Plenel a créé Mediapart, avec une levée de fonds de 4 millions d’euros, qui semblent enfin porter leurs fruits. Mais ne s’agit-il pas du coup du désespoir ? Après avoir perdu 1,5 millions d’euros l’an dernier, et loin d’atteindre l’équilibre il y a encore quelques semaines, Plenel n’a-t-il pas joué le tout pour le tout, et tant pis pour l’exactitude des faits ou la déontologie journalistique ? On apprend récemment que l’information avait été refusée par toutes les rédactions, donc que Plenel n’a eu qu’à se baisser et non à investiguer, sa rédaction de journalistes professionnels n’a donc rien changé dans cette affaire. Nous verrons comment évoluent les événements, pour l’instant il semble que l’image parfaite sculptée par le “roi du téléachat” (comme le surnomme l’extrême-gauche), commence légèrement à se fissurer. En attendant le site engrange les abonnements par milliers, déjouant ainsi tous les pronostics, et ce n’est pas nous, média essayant de vivre des abonnements, qui allons le regretter. Nous sommes plutôt admiratifs de tant de succès, en espérant que les nouveaux abonnés ne seront pas trop déçus une fois arrivés sur le site de celui que nous venons de décrire en détail.
Nous rappellerons quant à nous, mais uniquement pour nous faire l’avocat du diable, les liens entre Mediapart et la gauche en général, et Ségolène Royal en particulier, dès son lancement. L’affaire Bettencourt permet à Ségolène d’affirmer haut et fort que “le système Sarkozy est corrompu”. Ce que Mediapart s’est empressé de relayer. Fin 2007, Rue89 et d’autres indiquaient pourtant que Ségolène jouait les “VRP de Mediapart“, elle qui d’habitude “donne rarement dans la connivence avec les journalistes”. Quelle crédibilité aujourd’hui quand Mediapart relaie Ségolène ?
Pour terminer, relevons ce qui aurait dû constituer une brève mais que j’insère volontiers en conclusion de cet article sur Plenel et Mediapart, la découverte récente du blog de Reopen 911 sur Mediapart. Reopen 911 sont ces citoyens qui prétendent qu’Al Quaïda n’aurait jamais pu organiser les attentats du 11 septembre (sous-entendu on ne vous dit pas qui les a organisés mais vous avez parfaitement compris) et qu’il convient de réouvrir l’enquête. Étonnant qu’un journal qui se veut aussi sérieux que Mediapart autorise une association aussi peu sérieuse journalistiquement à tenir un blog sur Mediapart. Mais Edwy Plenel est (re)devenu une star du journalisme d’investigation, tout cela ne l’effleure même pas.

2 commentaires

  1. [...] médias. Je ne parle même pas sur le « travail » de Médiapart, le site de Plenel. Ni sur la très improbable culpabilité de Woerth. Je cite la conclusion de M. Cohen, et lui [...]

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