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Pourquoi une école – garderie? (3/10)

5 octobre 2011, 11:11 Auteur : mia vossen 2 commentaires

Pour retrouver les deux premières parties de cette réflexion de Mia Vossen, cliquez ici et ici.

II. Les théories psychologiques à la mode s’opposent à un apprentissage réel.

Freinet, qui était sourd mais qui avait beaucoup d’autorité et enseignait à des enfants encore motivés, pouvait travailler avec un grand nombre d’élèves. Ils étaient répartis en groupes, se formaient en faisant des travaux divers dans une atmosphère très libre et personne ne s’attendait à ce qu’ils deviennent tous des intellos. Parfait! L’ennui, c’est que, à l’heure actuelle, dans une société permissive qui déteste l’effort, « se former » n’est pas évident. Grâce aussi aux études citées par Michel DESMURGET dans son livre TV Lobotomie (Max Milo, 2011), nous savons qu’il n’y a pas d’apprentissage sans interaction. L’effort est indispensable. Il n’y a guère plus d’interaction qu’à la télé dans des classes où tout le monde a « droit à la parole », où personne n’écoute, où quasi personne ne travaille… où la passivité du spectateur devant sa télé est l’attitude d’élève la plus appréciée par un prof débordé, souvent dégoûté par le laisser-aller général… trop souvent mal formé!

Parce que le bébé apprend sa langue maternelle et construit son savoir « en jouant », Maria Montessori – qui était médecin et s’est intéressée à la formation de tout petits enfants – a estimé que le jeu devait être la règle générale. Ses bébés (!) se développaient bien, apprenaient en jouant et nos pédagogues en chambre ont voulu éviter l’effort à des enfants qui ne sont plus des bébés et qui ont besoin de faire un effort pour apprendre. Apprendre tout ce qu’un Occidental moyen doit savoir pour pouvoir s’intégrer dans sa société, travailler, ne se fait pas par l’intermédiaire de jeux. De plus, le cerveau d’un jeune n’est pas le même que celui d’un bébé!

C’est par son effort que le jeune s’intègre dans le groupe, par son effort qu’il « paie » ce que la société lui offre. L’enfant prendra conscience de ce qu’aucune vie en société n’est possible sans respect du « donnant – donnant ». Lui faire croire qu’il pourrait recevoir sans avoir à donner est un manque de considération pour l’adulte responsable en devenir qu’il est. C’est aussi le refus d’un caractère humain fondamental: l’effort accompli nous valorise à nos yeux et à ceux des autres.

Françoise Dolto a pris la défense des bébés comme des ados. J’ignore si elle était mauvaise psychologue ou si elle a été mal comprise mais nous en sommes arrivés à une société qui a pris pour modèle les ados. Les ados qui se sentent mal parce qu’ils ne savent pas encore qui ils sont, qui se cherchent. Le seul modèle qu’on leur propose est leur semblable! Ils « admirent » des idoles qui ne sont différentes d’eux que par le niveau de fortune… les parents, les enseignants sont déphasés, ridicules. Dans le livre La querelle de l’école (Folio, 2007), Alain Finkielkraut se réfère à une brochure de la FCPE, une des grandes fédérations de parents d’élèves: « Les jeunes, peut-on y lire, sont en capacité de s’exprimer et de décider. »(…) L’accent doit être mis dès sa naissance sur ses potentialités, sur ses capacités propres, sur sa créativité, sur son initiative. » Ce qu’exige la FCPE, c’est donc une cité scolaire, « une démocratie de participation dans laquelle le droit d’expression peut s’exercer et où le droit à la parole est respecté. » Droit, droit, droit. (pp.122-123).

Avec tant de droits, les ados n’ont évidemment pas besoin de beaucoup de discipline imposée… Et, d’ailleurs, pourquoi accepteraient-ils l’autorité d’adultes qui les admirent, qui les flattent, qui les envient?

Confrontés à cette situation insensée, beaucoup d’enseignants capitulent. Comment pourraient-ils – eux – compenser le laisser-aller général? Comment pourraient-ils transformer un enseignement obligatoire ressenti comme une brimade en enseignement préparant à une vie d’adulte digne?
Comment pourraient-ils imposer des devoirs à ceux qui n’ont que des droits? En ne voulant pas connaître la psychologie de l’enfant, on a fait de lui un être bien désemparé…

PS. En réponse à quelques commentaires, parlons aussi de la psychologie des parents: l’école gratuite (oui, l’école, pas le papier, les bics etc…) ne les incite pas à faire travailler leurs enfants: on est tellement mieux devant la télé qu’à côté d’un gosse qui fait ses devoirs! L’école gratuite ne les incite pas non plus à respecter les profs. N’oubliez pas: ce qui est gratuit n’a pas de valeur. « Les chers petits » ne respectent évidemment pas ce que leurs parents méprisent…

Categories : Education

2 commentaires

  1. Carmet dit :

    @l’auteur
    Concernant vos propos sur la gratuité de l’école, il me semble que vous confondez causes et solutions potentielles.

    L’école gratuite a tout de même bien fonctionné pendant longtemps, l’instituteur ou le professeur était respecté et beaucoup de parents faisait travailler leur progéniture car la culture, la politesse, les connaissances constituaient des valeurs fondamentales. Avoir un fils dernier de la classe était une pression sociale, familiale, très forte.
    Il me semble donc que la gratuité de l’école n’est pas le pêché originel…

    Maintenant, au vu des évolution sociétales, rendre l’école payante pourrait-il être une solution potentielle ?
    Soyons honnête, pour ces parents qui négligent l’éducation de leurs enfants, cela serait vu comme un impôt supplémentaire. La charge serait la même pour eux, que leurs enfants aient la volonté de travailler ou non.
    L’aspect financier pourrait éventuellement fonctionner si l’on faisait payer plus cher les parents dont les enfants, par leur manque d’éducation, nécessitent des infrastructures coûteuses, comme les ZEP.

    Toutefois, cela partirait du principe que ces parents, parce-qu’ils paieraient pour l’éducation de leurs enfants, seraient plus a même de veiller a l’excellence de leurs résultats scolaires.
    Des parents qui inciteraient leurs enfants a faire leur devoirs pour des questions financières n’ont pas la culture nécessaire pour remplir leur rôle : il est déjà trop tard.

    Comme je le disait en réponse a l’un de vos précédents articles, souvent les parents paient déjà : ceux qui sont attentifs et soucieux de l’éducation de leurs enfants tendent a éviter le plus possible les écueils de l’éducation nationale, soit en passant par le privée, soit en contournant la carte scolaire.

    Il y a déjà le feu au système éducatif de ce pays, et l’éteindre complètement me semble une t^ache impossible.
    La priorité consiste a sauver les meubles et a stopper le nivellement par le bas. Au lieu de freiner l’apprentissage des enfants aptes a étudier au nom d’une perversion du principe d’égalité, il faut au contraire se focaliser a les élever. Par exemple en encourageant les initiatives privées allant dans ce sens, mais aussi a mettre en place des écoles et lycées publiques normaux, que l’on qualifierait certes rapidement d’élite.

  2. DUCOQ dit :

    Au-delà de l’école payante ou gratuite, il me semble que la problématique est avant tout légale. Il y a encore quelques générations, le maître avait tous les droits, y compris celui de frapper un élève. Aujourd’hui, il n’en a plus aucun et risque de se retrouver devant les tribunaux à tout moment. Il me semble que ni l’un, ni l’autre ne sont acceptables. Mais que c’est dans un juste équilibre des deux systèmes que nous trouverons une harmonie permettant aux élèves de s’épanouir, mais également aux professeurs, aux parents, … bref, à la société toute entière … de se reconstruire, d’agir de façon responsable de ses actes et de leurs conséquences, d’y répondre en conscience des valeurs que choissisons de diffuser à travers eux.

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