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V. En démocratie, l’école est au service de Big Brother
Big Brother… si peu de gens ont lu 1984 de George ORWELL, tout le monde connaît ce nom. Le Big Brother d’Orwell observe tout, contrôle tout de manière agressive via une télévision obligatoirement allumée. Notre Big Brother n’a pas besoin d’obliger les gens à allumer la télé, il n’a pas besoin de les contrôler, il se contente de les manipuler dans la bonne humeur et la démocratie. Si, dans 1984, Big Brother n’a pas d’existence réelle, il n’en a pas chez nous non plus, il est la synthèse des initiatives prises par les puissants de ce monde pour nous exploiter.
Le mot « démocratie », tout le monde s’en sert et rares sont ceux qui en connaissent l’histoire et, surtout, les limites. A Athènes, au 5e siècle av.J.C., sous le règne de Périclès, les citoyens athéniens (sans les femmes, les esclaves, ni les étrangers) se réunissaient pour prendre des décisions importantes concernant la Cité et on prenait celle voulue par le plus grand nombre. C’était « le pouvoir (kratos) au peuple (dêmos) ». C’était aussi le règne de l’individualisme, de la liberté puisque l’avis de chacun comptait.
Cela s’est très vite très mal terminé! Après des guerres et des massacres monstrueux jusque dans Athènes, on en est revenu à un pouvoir aristocratique fort. Platon a décrit magistralement le processus qui mène de la liberté à la dictature et je ne résiste pas à la tentation de présenter quelques lignes de La République (livre VIII) :
“- Dans un pareil État, le maître craint et flatte ses élèves, et les élèves se moquent de leurs maîtres, comme aussi de leurs gouverneurs. En général, les jeunes vont de pair avec les vieux et luttent avec eux en paroles et en actions. Les vieux, de leur côté, pour complaire aux jeunes, se font badins et plaisants et les imitent pour n’avoir pas l’air chagrin et despotique.
- C’est tout à fait cela, dit-il…
- Or tu conçois, repris-je, quelle grave conséquence ont tous ces abus accumulés : c’est qu’ils rendent les citoyens si ombrageux qu’à la moindre apparence de contrainte, ils se fâchent et se révoltent, et ils en viennent, comme tu sais, à se moquer des lois écrites ou non écrites, afin de n’avoir absolument aucun maître.
- Je ne le sais que trop, dit-il.
- Je repris : tel est donc, mon ami, si je ne me trompe, le beau et séduisant début de la tyrannie.
- Séduisant, en effet, dit-il, mais qu’arrive-t-il après?
- Après, vu le désordre généré par l’excès de liberté, il faut bien – dans l’intérêt de tous – que certains remettent de l’ordre et cela ne se fait pas sans casse :
- (…) de l’extrême liberté naît la servitude la plus complète et la plus atroce.”
Depuis l’aventure athénienne, seule la Suisse connaît la vraie démocratie, même si tout l’Occident a espéré la connaître à l’époque de la Révolution française et y a cru durant les « Golden Sixties ». Ailleurs sur la planète, le mot « démocratie » n’a tout bonnement pas de sens, il fait même rire les sages, convaincus – sans les connaître – des paroles de Platon.
Ce rire est justifié par le fait que, chez nous, pour beaucoup de gens, « démocratie » signifie « on fait ce que JE veux ». Chez nous, les politiciens efficaces sont donc ceux qui font croire à ces gens que leur volonté est souveraine. Notre Big Brother est souriant! Et l’instruction conditionne le futur citoyen votant à « vouloir librement » ce qu’une dictature lui imposerait. Instruction qui se fait d’abord par la télévision : elle conditionne les individus dès le plus jeune âge. (N’oubliez pas le livre de Michel DESMURGET, TV Lobotomie!). Platon serait peut-être admiratif devant tant de génie psychologique mais les philosophes du 18ème siècle doivent se retourner dans leur tombe devant pareille perversion de l’instruction.
Le rôle de l’enseignement pourrait être de former des têtes pensantes soucieuses du bien commun… Les ministres successifs n’y tiennent pas car un esprit critique, cultivé, curieux de tout et surtout de vérité, n’accepte pas la manipulation.
Que les puissants se rassurent. Rares sont les élèves qui lisent vraiment (comprennent!) un texte simple à l’âge de 12 ans. Le cours d’histoire est souvent prétexte à « travaux de recherche »… par des gosses qui n’ont pas acquis le sens du temps, qui n’ont encore que trop peu de bases, qui n’ont pas vraiment envie de savoir. Très rares sont ceux qui ont le sens de la mesure, des proportions, des probabilités à l’âge de 18 ans. Encore plus rares sont ceux qui ont une vue suffisamment structurée de notre planète, ses richesses, ses particularités, ses populations et leurs caractéristiques. Je connais même des enfants qui ne savent pas ce qu’est la Belgique! Et le vote électronique à la Belge aurait réjoui Hitler: le ministre de l’intérieur reçoit immédiatement tous les résultats qu’il peut fausser à sa guise. Plus aucun contrôle citoyen! Nul ne sait ce qu’il y a sur la carte magnétique qu’il dépose dans l’urne!
Comment se fait la manipulation de Big Brother? Elle se fait très facilement par la surabondance des informations fragmentaires, leur variété, le manque de bases permettant de situer ce qui est montré… aucun cerveau n’arrive à mettre de l’ordre dans un tel fatras d’informations et on sait « tout » en ne sachant RIEN! (De plus, le « bon » journaliste, le « bon » prof. réussit à créer une même atmosphère de flou systématique, quel que soit le sujet abordé, quelles que soient les preuves apportées). Un cerveau simplement normal a besoin d’organisation pour pouvoir classer ce qu’il apprend. On conditionne donc les cerveaux dès leur plus jeune âge pour qu’ils retiennent ce qui est « politiquement correct » et on le leur répète à suffisance car la répétition est la clef de tout apprentissage. Ces cerveaux n’ont pas de place prévue pour l’esprit critique, une vision à long terme, le bon sens, la culture… et on se garde bien de la créer.
Et nous voici revenus à cette « démocratie » où tout le monde pense pareil, où individualisme et liberté sont des mots qui « sonnent bien » et n’ont donc aucun besoin de correspondre à une quelconque réalité. Et comme le dit si bien Elisabeth Lévy : « la liberté de pensée, célébrée avec d’autant plus de frénésie qu’elle disparaît, est réservée à ceux qui pensent comme tout le monde. »
Après le Printemps de Prague, Husàk a cassé, puis laissé partir des milliers d’intellectuels. Nous, on se contente de les infantiliser – young is beautiful – d’éviter de leur donner des successeurs à « l’ école de la réussite ». Le résultat est le même… notre Big Brother restant souriant. (Lisez : Le Livre du rire et de l’oubli de Milan KUNDERA)
Faut-il pleurer un bon coup et se dire que, tout de même, on a la chance de ne pas vivre en Somalie? A long terme, ce serait le meilleur moyen d’en arriver à une situation guère plus enviable. Comment réagir? Comment éviter que l’Europe continue à perdre, à mal employer sa « matière grise » avec les conséquences que nous voyons déjà?
Tout d’abord, inutile de s’alarmer outre mesure : de la matière grise, des gens très bien formés, l’histoire montre que les peuples en distillent peu. Il nous faut une élite cultivée, dotée d’esprit critique, d’une vision à long terme et aussi de connaissances « utiles » au développement de notre civilisation.
Comment la former vraiment, cette élite?
Osons être politiquement incorrects et proposer des écoles pour élèves surdoués. Des écoles où on enverrait ceux qui s’ennuient dans les écoles « normales ». On aurait envers les surdoués la politesse qu’on a actuellement pour les sous-doués. (Reconnaissons que cette politesse, on l’a déjà pour les artistes, les sportifs). Il suffirait de consacrer quelques bonnes écoles aux seuls bons élèves, de trier les enseignants – il est vrai que beaucoup ont déjà été mal formés, tout aussi vrai que les feux sacrés sont rares – et il n’en coûterait pas un euro de plus à l’État.
En conclusion, la vraie démocratie n’est pas pour demain. Elle n’a probablement pas de sens pour les êtres humains tels qu’ils sont. Pourtant, on pourrait mieux former l’élite scientifique, économique, culturelle du pays. On pourrait arriver à ce que des personnalités faisant partie de l’élite humaine nous gouvernent.
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J’ai entendu un jour, il y a plusieurs années maintenant, un témoignage d’un réfugié en France, qui était originaire d’une dictature, mais je ne me souviens plus laquelle. Il disait à son fils : un pays dans lequel on peut dire ce qu’on pense, et même dire du mal de son gouvernement sans craindre de sanction, est un pays formidable. Reste dans ce pays mon fils et sois lui toujours reconnaissant.
Ce témoignage m’a vraiment marqué, même bouleversé pour que je m’en souvienne encore aujourd’hui. Si je partage ce témoignage, c’est pour dénoncer la critique excessive que vous effectuez, mia vossen, de la liberté d’expression. Certes, elle est loin d’être parfaite, et nous sommes presque tous, lecteurs d’E&D, à défendre la liberté d’expression totale, et une plus grande qualité et ouverture d’esprit des médias en général. Mais de là à comparer la France avec la situation de la Somalie ! Et puis pourquoi cet exemple ? La Somalie n’est même pas un vrai pays. Si vous avez quelques connaissances géopolitiques sur les exemples que vous mobilisez, vous devez savoir que le gouvernement somalien ne contrôle que la capitale du pays et que le reste est sous l’influence de groupes extrémistes musulmans. Vous auriez pu prendre l’exemple de la Chine, bien plus parlant, et, en pensant à cet exemple, savourer la chance et le plaisir de pouvoir s’exprimer librement sur la toile. Un article que j’ai trouvé récemment sur la censure d’internet par le gouvernement chinois : http://www.rue89.com/2011/10/28/pekin-passe-laction-contre-la-liberalisation-des-medias-226026
La définition que vous donnez de “Big Brother” est absurde. D’une part, vous le définissez comme “la synthèse des initiatives prises par les puissants de ce monde pour nous exploiter”, puis vous écrivez que la “manipulation” de Big Brother “se fait très facilement par la surabondance des informations fragmentaires, leur variété, le manque de bases permettant de situer ce qui est montré…” Est-ce que ce sont ces “puissants” qui diffusent ces “informations fragmentaires” ? Mais qui sont ces “puissants” ? S’il s’agit de tout ceux qui transmettent des “informations fragmentaires”, on est envahi ! D’après votre discours, tous les journalistes et les professeurs, qui transmettent des informations, sont des puissants ! Hum…
Je vais finir par un méchant mot. Les écoles pour surdoués existent. Il y en a une dans le XV arr de Paris, l’école privée de la rue Dombasle, par exemple. Mais, d’après la qualité de votre article, vous n’avez pas du être concerné étant jeune.
Oserais-je suggérer à muraramand de LIRE un texte avant de faire des commentaires?
@ Claude Brasseur : Je veux bien admettre que ma lecture de l’article est mauvaise, mais je crains que votre petite ligne de commentaire ne m’aide pas à grand chose dans sa compréhension. Je croyais qu’à E&D on n’admettait que les commentaires argumentés ! Le texte ci-dessus manque clairement de construction et de clarté, et même il se contredit. Un exemple : 1er paragraphe “notre Big Brother [...] se contente de manipuler [les gens] dans la bonne humeur et la démocratie”, puis au dernier paragraphe “la vraie démocratie n’est pas pour demain”. On nous dit dans le même article qu’on est en démocratie et qu’on n’y est pas. Il est vrai que dans de telles conditions sa compréhension est difficile. Mais je ne demande qu’à être éclairé par ceux qui arrivent à comprendre l’incompréhensible.
@ murarman :
“La définition que vous donnez de “Big Brother” est absurde…”
Ah, donc vous avez décidé de faire le coup à tout le monde ?
@ Virgile : En effet, j’étais en forme hier !
Je crois que je vais arrêter de faire le redresseur de tort, ça ne sert pas à grand chose, sinon à se faire reprendre par des gens qui ont l’esprit aussi tordu que l’auteur de l’article (on va me traiter prétentieux voire de schizophrène mais tant pis, je dis ce que je pense, et je le justifie, moâ !)