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Pourquoi une école – garderie? (9/10)

28 novembre 2011, 14:29 Auteur : mia vossen 0 commentaire

Par Mia Vossen. Pour lire les 8 premières parties, cliquez ici.

VIII. Un très grand malaise règne dans l’enseignement

Par lassitude, par « ça ne sert quand même à rien » ou « je n’y comprends rien, ce n’est plus comme avant », l’enseignement intéresse très peu de personnes.

J’en suis navrée car je vois trop d’élèves déboussolés, on me montre trop de « devoirs à domicile » sans intérêt ou juste susceptibles d’embrouiller un jeune esprit… quand ils ne sont pas parfaitement incompréhensibles pour une Bac + 5!! Je vois aussi trop de jeunes qui ne trouvent pas de travail, qui n’ont pas les compétences requises…

Enseignants, parents, qu’attendez-vous pour vous révolter contre un système qui sert juste de garderie à vos enfants? Garderie de haut niveau!

Vous croyez que j’exagère? Lisez les quelques exemples bien réels qui font partie d’un gros paquet d’inepties scolaires présentés par des gosses désemparés comptant sur mon aide. Tous les parents à qui j’ai montré ne fût-ce qu’un exemple ont été convaincus. Ils ont avoué n’avoir jamais réagi faute d’avoir regardé les cours de leurs enfants sous un angle critique. Cela montre combien la soumission à l’autorité est totale, le « haut niveau » des cours éblouit même des intellectuels habituellement critiques!

Deux jours avant l’examen d’anglais, des élèves reçoivent 10 nouveaux textes. Ils tireront au sort celui qu’ils devront résumer et présenter oralement. Qui n’est pas assez malin pour faire faire les résumés par un autre et les apprendre par cÅ“ur? L’élève ne fait qu’encombrer sa mémoire pour restituer des phrases oubliées 15 minutes après l’examen. Finalement, il n’aura RIEN appris! Il y a aussi des « dialogues » à étudier par cÅ“ur. Comment s’étonner que les jeunes comprennent et parlent de plus en plus mal une seconde langue? Un véritable examen ne démontrerait-il pas mieux les progrès réels de l’élève? Ici, une observation « internationale »: partout en Occident, on apprend les langues étrangères de la même manière et avec le même résultat. Et je connais un enseignant enthousiaste qui a élaboré sa propre méthode d’enseignement de l’anglais. Il obtient des résultats étonnants. Il a quitté l’école suite aux pressions dont il faisait l’objet… et enseigne comme indépendant avec un succès grandissant.

Une gamine me montre la photocopie minuscule d’un article de dictionnaire. Il s’agit de la définition du mot « diamant ». Elle doit répondre à des questions du style: « Combien de sens ce mot a-t-il? Quelles sont les différentes typographies employées? (etc.) ». J’ai expliqué, répondu à toutes les questions et… posé ma question: « C’est quoi, un diamant ? ». Je n’ai pas obtenu de réponse… Sans commentaire…

« Correct the mistakes in the following letter » est un exercice classique et pas seulement pour l’anglais! Des études – si anciennes que je ne pourrais donner de référence – ont pourtant montré que les élèves retiennent les erreurs au lieu d’apprendre ce qui est correct. Pourquoi ne pas leur demander d’écrire une lettre personnelle? Serait-ce trop long à corriger? La réponse est que la notation de vrais travaux pourrait être contestée par l’élève, ses parents, la direction, l’inspection, un avocat… La notation du « faux – correct » ne peut être contestée par personne.

Martin,13 ans, apprend les insectes à l’école. Il étudie avec sérieux… un véritable traité d’entomologie! Sa maman voit des bestioles dont elle ignorait jusqu’à l’existence et se permet un: « Au fait, c’est quoi, un insecte? » L’enfant n’a pas su répondre! Louis, 13 ans, étudie l’évolution de l’habitat humain… il en « sait » plus qu’un architecte averti. Il panique, sa maman enseignante n’ose rien dire car elle craint des réactions peu constructives… Je constate qu’on veut être exhaustif avant d’être formatif. L’élève aurait intérêt à savoir par exemple ce qu’est un insecte, à comprendre l’évolution de l’habitat humain. Encombrer sa mémoire n’est pas s’instruire!

Sara, 16 ans, a reçu une série de graphiques au cours de géographie dont elle doit faire la synthèse. Je vois apparaître des noms de villes qui me sont totalement inconnues et lui demande où elles se trouvent. Un regard étonné me répond: ce n’était pas l’objet du cours. Il fallait relier température et pluviométrie pour « construire » sa définition du climat tropical.
Annie m’a présenté une série de cartes de Paris et de New York montrant la progressive « gentrification » de quartiers auparavant populaires… sujet sûrement passionnant pour un doctorat! Ce serait intéressant si les jeunes pouvaient situer pays et villes, situer les autres êtres humains sur notre planète, savoir comment ils vivent, comment notre Terre vit et évolue. Ils l’apprennent peut-être mais noyé dans un fatras « de haut niveau » qui ne leur permet pas de reconnaître et de mémoriser l’essentiel.

12 petits textes – tellement mini que j’arrive à peine à les lire – sur une feuille A4 avec la question: Définissez le genre de chacun de ces textes. Sont-ils informatifs? Argumentatifs? Narratifs? (….)
J’ai voulu expliquer le contenu de ces textes mais j’ai essuyé un refus agacé: « Le prof ne demande pas ça! ». Il serait utile que les élèves comprennent ce qu’ils lisent. Cela permettrait mieux de réussir de vraies études…

Un inspecteur m’a fait un sermon parce que j’avais commencé mon cours – oui, en Terminale! – par une dictée. Je lui ai répondu qu’elle était brève, non préparée, que les élèves corrigeaient eux-mêmes et pouvaient gagner des points en corrigeant (pas évident!), que ces mêmes élèves exigeaient la dictée quand je l’oubliais et me remerciaient quand il se voyaient progresser. J’ai eu droit à un discours abscons en novlangue du ministère et à un rapport peu élogieux…

Une collègue mathématicienne vient de subir l’inspection. Tout le travail réalisé pour faire comprendre et aimer les mathématiques disparaît derrière LE défaut: elle ose demander à ses élèves de se rappeler quelques formules. Horreur pédagogique! Le « constructivisme » ne nous apprend-il pas que l’élève doit – à chaque instant – (re)construire lui-même son savoir? Quels petits génies avons-nous, capables de (re)construire eux-mêmes le savoir accumulé depuis des siècles! Étonnant que la Belgique importe des « cerveaux »…

Mes exemples sont belges… Je ne crois pas qu’ils soient très différents en France et suggère la lecture de quelques auteurs français désespérés comme Marc Le Bris, Maurice T. Maschino, Philippe Nemo, Elisabeth Altschull, Natacha Polony, Jean-Paul Brighelli, Jacqueline de Romilly(!) et tant d’autres. Tous ces livres forment un seul cri de désespoir: « Sauvez nos enfants, sauvez notre avenir, sauvez notre civilisation! »

Quand les parents se révolteront-ils contre cette forme insidieuse de maltraitance d’enfant, de gaspillage de temps, d’argent et d’énergie qu’on ose encore appeler « enseignement »? Quand exigeront-ils que leurs enfants apprennent à lire, écrire, calculer, réfléchir…. au lieu d’exiger « des points »? Quand comprendront-ils l’intérêt réel de leurs enfants??

Categories : Education

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