Par Mia Vossen. Pour lire la première partie, cliquez ici.
I.L’enseignement obligatoire et gratuit pour tous est un cadeau empoisonné
Dans les pays pauvres d’Afrique, l’école est une chance, chance dont bénéficient les plus riches ou les plus doués. Ces derniers ont droit à une bourse, ils savent qu’ils la perdent s’ils ne travaillent pas et j’observe sans étonnement que les élèves d’un lycée ordinaire à Ouagadougou sont mieux formés que ceux du lycée français de cette même ville, que le bac burkinabè est préparé avec plus de sérieux que le bac français.
Chez nous, l’école est obligatoire, elle est gratuite, aussi est-elle vue comme une corvée par les enfants à qui elle n’offre même plus de belles perspectives d’avenir. Les parents ne la respectent guère: ce qui est donné n’a pas de valeur.
L’enseignement obligatoire et gratuit pour tous partait d’une idée généreuse et en même temps évidente: si tous les enfants reçoivent les mêmes chances, il y a plus d’égalité, plus de liberté, donc plus de démocratie. Il y a aussi plus de gens compétents pour l’industrie en plein essor. A ses débuts, l’école obligatoire et gratuite a donc été vue comme un bien précieux, une chance dont il fallait profiter et les parents, les enseignants, n’auraient pas admis qu’un petit trublion refuse sa chance, perturbe le travail des autres élèves.
Pourtant, après une période d’euphorie, la psychologie humaine a repris ses droits.
Ainsi, l’être humain accorde peu de poids à ce qui a été donné, il ne tient réellement qu’à ce qui lui a demandé un effort. L’école gratuite est maintenant ridiculisée par les enfants récalcitrants, par leurs parents blasés qui ont plus d’estime pour les animateurs de la télé que pour les profs (par les enquêtes PISA!)
Nous savons aussi que les groupes hétérogènes – inévitables dans un enseignement gratuit qui coûte cher à l’État – empêchent un travail fructueux: celui qui a le niveau le plus bas attire les autres vers le bas. En réunissant des élèves de niveau trop différent dans une classe, on prend le risque d’une baisse de niveau générale. Ce risque est pris allègrement – le ministère favorise une idée qui lui permet de ne pas trop dépenser – et on prétend même que les plus forts tireront les faibles vers le haut! (cela ne se passe qu’exceptionnellement, pour de très petits groupes, groupes formés spontanément le plus souvent.)
Nous connaissons tous « la loi du moindre effort ». Tous les êtres vivants lui sont soumis: celui qui fait des efforts non nécessaires se fatigue excessivement et inutilement. L’école obligatoire offre un diplôme à tous, il suffit d’y rester assez longtemps, de choisir la bonne filière.
Mais quel est le gosse simplement normal capable de refuser la voie de la facilité, capable de s’imposer une discipline que personne ne lui demande? On la lui demande si peu que l’émulation est même interdite à l’école!
En niant la nature humaine, on espère lui faire faire des progrès. Quelle aberration. Comment a-t-on pu arriver à un tel niveau d’irréalisme? La réponse tient à des théories psychologiques à la mode et jamais vérifiées auprès d’enfants simplement normaux. (pour le réalisme, lisez Comprendre la nature humaine de St.PINKER, O.Jacob, 2005)
Une solution?
Retournons à Ouagadougou et observons l’attitude des élèves. Leurs parents payent, eux font un effort. Je propose carrément une participation des parents aux frais scolaires et ceci après l’école élémentaire.
Anti-démocratique? Injuste envers les plus pauvres? Bien au contraire! Actuellement, seuls les riches peuvent offrir les cours particuliers devenus trop souvent indispensables à leurs enfants. Les pauvres, eux, doivent accepter d’être « largués » s’ils ne suivent pas. Où est l’égalité? Où est la justice dans le système actuel?
Aucun système n’est parfait mais la gratuité est sans avenir.
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Un peu bizarre comme construction. L’école n’est pas sans frais pour les parents : fournitures + cantine sont des dépenses lourdes pour “les pauvres”. Mais plus généralement, je ne vois pas trop ce que ça change dans la psychologie de l’enfant, qui n’est pas celui qui paye. En quoi faire payer ses parents va-t-il le motiver + que cela ? En quoi rendre l’école payante va-t-il lui assurer de trouver un boulot avec son bac ?
Je n’ai jamais été à Ouagadougou, mais j’ai un ami Bourkinabè assez proche avec lequel je me suis entretenu de beaucoup de choses dont l’école. Et il y aurait bien d’autres critères à prendre en compte, en premier lieu le milieu culturel peut-être non? Le rapport entre les jeunes et les “vieux” n’est pas du tout le même que chez nous. Et en particulier, le professeur possède une véritable autorité, un rang social autrement plus respecté que le “fonctionnaire” de chez nous. Pour autant, il n’y a pas plus de débouchés à la sortie, et un diplôme français est mieux considéré qu’un diplôme local. Bref, les choses sont bien évidement beaucoup plus complexes et subtiles que cela.
Plutôt pertinent mais rendre l’enseignement public payant n’est pas la solution pourtant. Il faut le rendre rigoureux sous tous aspects. Le refonder sur des bases républicaines et méritocratiques.
Voir : http://sites.google.com/site/ecolerepublicaine/home
Du gros n’importe quoi.
Réduire les problèmes à la gratuité de l’école sans parler de l’environnement dans lequel les élèves baignent me fait gravement douter de votre indépendance idéologique. Les élèves n’aiment pas plus l’école payante.
J’ai l’impression d’entendre un de ces lobbyistes qui veulent engager la privatisation de l’éducation.
Je conseille à tout ceux qui liront ce texte de regarder également l’excellente vidéo suivante :
http://www.youtube.com/watch?v=YTSDeVquHks&feature=mfu_in_order&list=UL
@ugo
selon Franck Lepage, contre lequel je n’ai rien puisque j’ai déjà relayé une de ses vidéos ici, je cite, “le niveau monte”. Quand on part de ce postulat erroné, tout le reste est erroné.
Pourquoi ne pas simplement mettre en place une sélection et des classes / écoles de niveaux différents, de manière transparente ?
Ce système est quelque-part déjà en place a l’heure actuelle, ou selon que l’on ait les moyens financiers ou les contacts nécessaires, on place ses enfants dans des institutions privées de qualité ou dans des lycées publiques réputés, pratiquant une forme de sélection occulte.
Je ne parle pas de concours visant a former des classes de surdoués ou de ”polards”, mais simplement de définir de manière rigoureuse un niveau de connaissance et de civilité minimum.
Comment voulez-vous apprendre l’allemand en 6eme quand vous ne savez pas ce qu’est un complément d’objet direct ?
Une autre mesure d’urgence est de réduire le nombre de professeurs. Oui réduire. Il faut rehausser le niveau de la sélection permettant d’exercer ce noble métier. Trop d’incompétents se trouvent propulsés devant nos chères têtes blondes pour un résultat catastrophique.
Une classe remplie de gosses désirant un minimum apprendre, doublée par un professeur compétent peut compter un nombre important d’élèves sans problèmes, c’est souvent le cas des meilleurs lycées…
Quand il dit que le niveau monte il parle du niveau moyen pour une certaine qualification.
Il le dit très bien d’ailleurs il y a 50 ans quand quelqu’un avait le bac il était inconcevable de le voir faire caissier.
Aujourd’hui c’est un minimum.
Et si on donnait les moyens aux écoles de faire leur job tout simplement au lieu de systématiquement gratter sur les budgets. Et si on évitait d’abrutir nos gosse avec la TV, qui y est probablement pour beaucoup plus dans l’échec scolaire que le prix de l’école. Et si on organisait les choses de manière à répartir les élèves sur le territoire au lieu de créer des école usines forcément surchargées.
L’environnement c’est une grosse partie de la réponse selon moi.
Je suis d’accord avec vous hugo sur l’environnement. Il y a 50 ans, l’école en France était gratuite, et le bac était préparé avec autant de sérieux que les élèves Burkinabès aujourd’hui. C’était le bon vieux temps de la séparation des filles et des garçons, des uniformes, des fessées et des coups de règle devant la classe, de la punition des gauchers auxquels on attachait le bras gauche dans le dos pour les forcer à être droitiers, bref, le bon vieux temps de la virilité façon Vladimir Poutine.
Aujourd’hui, l’école n’est pas plus gratuite qu’en ce temps là , et même moins, puisque faire des études supérieures est désormais indispensable, et que dans bien des secteurs cela implique de fréquenter des établissements où la sélection est essentiellement financière. Pour autant, on y trouve le même pourcentage de glandeurs et d’ignorants, et peut être même une surreprésentation d’insolents sûr d’eux-mêmes car leur stage de fin d’études est déjà garanti dans la boîte à papa.
Donc avant, l’éducation fonctionnait mieux, bien que gratuite. Aujourd’hui, elle fonctionne beaucoup moins. Le paramètre “gratuité” n’a pas beaucoup évolué. Donc c’est un mauvais paramètre. Qu’est-ce qui a tant changé que ça alors depuis 50 ans ? Au hasard : le nombre d’heures passées devant la TV. On pourrait faire le test : mettons les élèves Burkinabès 6h par jour devant la TV, et observons ce qui se passe.
Je me permets de vous soumettre une solution trouvée par le CPE du lycée public où se trouve mon fils : Partant du principe qu’un salarié est payé pour être présent et efficace sur son lieu de travail, il explique aux élèves que l’Etat paie pour qu’ils soient présents et efficaces en cours. Aussi, lorsqu’un élève “sèche” les cours, a des “pannes d’oreiller”, ne travaille pas , … , il doit des heures de présence et de travail efficace à l’Etat et revient au lycée les effectuer. Ainsi, en fin d’année scolaire dernière, un élève est revenu au mois de juillet effectuer (partie ou totalité) des 168 heures qu’il devait à l’Etat pour avoir le droit de redoubler dans ce lycée. Bizarement, l’absentéisme de confort est très bas dans ce lycée et le niveau très haut.
Le lycée a également mis en place des classes de math à niveaux (quatre). La totalité des élèves de 2nde (ou 1ère, T) sont répartis selon leurs compétences. A chaque période scolaire, les groupes sont refait, certains montent au niveau supérieur et d’autre redescendent. Cela les stimulent, histoire de ne pas avoir honte devant les copains (à défaut de plus nobles intentions).