La démocratie représentative française a connu probablement son apogée avec la mise en place de la Vème République dans les années 60 et au cours des années 70 jusqu’à l’accession en 1981 du candidat de l’union de la gauche à la magistrature suprême. Les institutions franchirent alors avec succès l’obstacle de l’alternance, processus après tout assez naturel dans une démocratie arrivée enfin à l’âge adulte. La refondation d’une gauche socialiste réformiste avec le congrès d’Epinay de 1971 permit de réduire le parti communiste qui avait à la même époque mis un bémol à son idéologie de lutte des classes et de dictature du prolétariat. Le « parti des 100 000 fusillés » qui s’était replié sur une position populiste de défense arc-boutée de son pré carré électoral, incapable de se réformer, ne sortit pas indemne de l’épreuve gouvernementale et entra brutalement en décadence. Il manquait alors un aiguillon à la gauche de gouvernement qui abandonna au tournant du premier septennat mitterrandien sa logique de rupture pour une politique de désinflation compétitive adossée à une idéologie de substitution, l’Europe. C’est à la même époque que de façon très troublante apparut un mouvement national issu de l’extrême droite traditionnelle qui allait s’installer durablement dans le paysage politique français et occuper par delà la simple poussée de fièvre hexagonale les fonctions tribunitiennes et plébéiennes dévolues antérieurement au parti communiste.
Si la maladie infantile de la démocratie prend souvent la forme de la terreur, sa phase sénile emprunte elle au populisme en tant que l’élite ayant perdue de vue la représentation du peuple et le gouvernement de la nation, on voit se multiplier les démagogues de tout poil prospérer sur les frustrations de l’opinion et la dégradation des mœurs. Et force est de constater que la démocratie française connait aujourd’hui tous les symptômes d’un Alzheimer précoce. Entendons nous bien néanmoins, il ne saurait être question dans ce qui va suivre de faire droit aux cris des vierges effarouchées et aux comités de vigilance qui traquent ridiculement le retour de la bête immonde. Les premiers responsables de la situation présente sont ces gouvernants qui ne gouvernent plus rien, ses représentants qui ne représentent plus que leurs tous petits intérêts de caste. L’UMPS n’apporte pas plus de solution au marasme profond dans lequel est plongée la nation que les populistes ne font entrevoir le bout du tunnel.
S’il est admis que la France doit être gouvernée en son point de gravité, faut il encore que deux entités, l’une de radicalité, l’autre de modération, agissant de concert et en complémentarité, voient le jour. C’est un peu ce qui se met en place aujourd’hui à gauche avec le Parti Socialiste et le Front de Gauche. Il n’en est rien à droite où l’UMP ne se reconnait aucun partenaire et prétend représenter la droite à elle seule. Mais qui embrasse trop mal étreint, l’Union pour un Mouvement Populaire est aujourd’hui sans identité, condamnée à n’être que la caisse de résonnance de son leader et de ses ambitions présidentielles. Son créneau, mondialiste et européiste la place par ailleurs en contradiction avec sa droite extrême, qui elle, par un mouvement inverse, se revendique de l’union des patriotes, flirte avec l’anti-mondialisme et cède tous les jours un peu plus à la tentation « attrape-tout ». Dans un cas comme dans l’autre, l’allié est nié, réduit à une position de féal, satellisé par l’astre noir aux prétentions majoritaires. La technique employée pour élargir sa base se réduit alors à un vulgaire débauchage, rebaptisée ouverture pour les uns, souverainisme des deux rives pour les autres. Le porteur d’eau qui s’est rêvé bâtisseur de pont de déchanter alors, ramené par la réalité et le rapport de force à sa réelle importance et à la précarité de sa condition…
Que les partis politiques se comportent comme des monstres froids ne devraient étonner personne, aux nouveaux venus de démontrer leur utilité et d’atteindre la masse critique. Il est par contre beaucoup plus surprenant que de toutes les méthodes envisagées pour refonder la droite, aucune ne propose l’union sur nos valeurs communes, comme si se revendiquer de droite et en être fier ne pouvait décidemment pas tenir lieu de stratégie politique. Et pourtant, tant que la droite continuera d’avancer masquée, il y a fort à parier qu’elle ne retrouvera pas la pleine et entière maitrise de son destin. Elle sera conduite à multiplier les concessions à la gauche et achèvera de désespérer son électorat et d’en frustrer les attentes légitimes.
Il est en conséquence plus qu’urgent de fonder ce pole d’union sur les valeurs qui permettra de voir travailler ensemble les droites nationales, libérales et morales. La référence gaulliste sera requise mais dans le cadre élargi d’un grand rassemblement de réconciliation nationale. Il y aura ensuite l’opportunité et l’événement catalyseur qui ne saurait tarder à intervenir. La nécessité aussi pour ce mouvement d’exister par lui-même. Le sort des alliances n’interviendra qu’ensuite, selon que des éléments de la droite de gouvernement trouveront utile d’entretenir un rapport de complémentarité avec son segment radical ou que les représentants les plus éclairés de la droite nationale comprennent tout l’intérêt d’avoir un allié modéré qui permettra un déboucher aux idéaux qu’ils défendent. Et là , il y aura probablement des surprises…
Nicolas STOQUER
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Vous ne sauriez avoir plus tort qu’en voulant relier la droite mondialiste et la droite souverainiste.
L’électorat centriste abandonnerait la droite, l’électorat identitaire abandonnerait les souverainistes. Ne resterait qu’un enième parti-croupion, incapable de choisir, incapable d’offrir une cohérence idéologique.
Le stade ultime de la démocratie c’est l’anarchie politique, quand plus personne n’est d’accord sur rien et que les positions deviennent inconciliables. L’aboutissement sera la guerre civile, la dictature, ou la victoire totale de l’individualisme…
La montée du FN n’est pas lié à la maturation démocratique de la France, mais du début des effets de ce que certains appellent les 30 piteuses. Surtout après le virage de la rigueur de Mitterrand.
Le discours nationaliste, anti système et anti immigré du FN a commencé à trouver un écho auprès d’un public peu sensible à l’extrême droite traditionnelle à cause des dégradations de la situation économique et sociale de nombreux français. Et le PC poing et pieds liés au PS par la participation au gouvernement s’est retrouvé en quelque sorte hors jeu comme parti contestataire aux yeux de certains.
La comparaison UMP et FN serait plutôt PS et NPA. Et sur ce point ce n’est pas mieux, vu les tensions qu’il y a entre le PS et le NPA, qui sont en partie les mêmes avec le front de gauche mais celui ci accepte de composer avec le PS.
Sinon effectivement rassembler les 3 droites est un véritable casse tête.
Ah c’était le bon temps, l’entre deux guerres, la guerre froide et les 30 glorieuses, il y avait un ennemi commun facilement identifiable et qui pour une raison ou une autre s’opposait à chaque courant : le communisme, le coco avec le couteau entre les dents, et tout ce qui pouvait lui être assimilé.
L’union pouvait être facile, encore que les extrêmes étant réduits à la portion congue (1-2% aux élections), les choses étaient simplifiées en une alliance droite libérale et droite morale , et avec l’imposante personne de De Gaulle.
Oui mais voila, le mur de berlin et l’ours soviétique sont tombés, le roi de droite est dressé sur son trône mais nu.
Les problématiques ont changées, ce qui menace l’identité de la France (selon la vision de droite) n’est plus un communisme mort, mais d’autres éléments auxquels chaque courant répond de manières différentes.
Sur les problématiques actuelles, il y a un fossé entre la droite libérale et la droite populiste : mondialisation , traitement de l’immigration, Europe etc…. Tous les sujets qui sont au cÅ“ur de l’intérêt populiste.
Donc gouverner avec une droite qui favorise la mondialisation, la perte de souveraineté vis à vis d’une europe oligarchique, ne peut intéresser le mouvement populiste puisque ce serait sacrifier tout pour quoi il se bat.
Au vu de la ligne de marine lepen, si elle veut rester crédible vis à vis de son électorat, elle ne peut s’allier avec ceux qui ont trahit le vote de son électorat lors du référendum européen.