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Retour sur la propagande journalistique du réchauffement climatique

8 octobre 2012, 16:52 Auteur : 7 commentaires

Voici le récit de ma journée du 23 octobre 2007, que j’avais consignée dans un cahier mais jamais rendue publique. Ce qu’il révèle est impressionnant avec le recul, puisqu’aucun journaliste ou presque n’ose parler sérieusement de réchauffement climatique aujourd’hui.

Je sors d’une matinée proprement surréaliste, où j’avais l’impression de me trouver dans la Corée du Nord de Kim-Jung-Il, ou encore la junte birmane. Je limite évidemment ma comparaison à la liberté d’expression sur un sujet précis, et non à des sévices corporels d’aucune sorte. Mais il me semblait que dans une démocratie digne de ce nom, aucun sujet ne pouvait s’extraire ainsi des fondamentaux du débat démocratique, présentation de thèses contradictoires, discussion ouverte, équilibre des temps de parole. Le sujet en question est le réchauffement climatique, et je vais y venir tout de suite.

Les Entretiens de l’Info est une association de chercheurs en science de l’information et de la communication que je suis depuis 2003, et ma participation à l’Université d’Eté d’Hourtin (qui n’existe plus mais qui a eu lieu chaque année pendant vingt-cinq ans jusqu’en 2005).

Cette association se fixe donc pour but principal d’analyser le traitement médiatique de certains thèmes qui occupe plus ou moins l’espace médiatique français.

Le sujet de ce matin était donc le suivant : « La question du réchauffement climatique. »

Ayant travaillé sur ce sujet pour en faire un article d’une dizaine de pages dans le dictionnaire des débats interdits qui sortira au deuxième trimestre 2008 aux éditions Tatamis, j’ai pu constater en effet que le thème réchauffement climatique jouit d’un consensus relativement total (pour ne pas dire totalitaire) dans l’espace public, alors que tel n’est pas le cas dans la communauté scientifique.

C’est donc sans illusion je me suis rendu ce matin à cette cession des Entretiens de l’Information, à l’Université Paris II. J’avais pris la peine, au cas où, de photocopier en une cinquantaine d’exemplaires l’article du dictionnaire des débats interdits, afin de le remettre à toutes les personnes présentes. Quelque part, je pressentais que ces arguments-là n’auraient pas voie au chapitre, je ne m’étais hélas pas trompé. Et comme il y avait dans la salle quelques étudiants en journalisme, je n’ai peut-être pas complètement crié dans le désert.

Chacun prenait volontiers le petit dossier que je lui tendais généreusement, puis le rangeait rapidement quand ils en commençaient la lecture, ou bien en faisait un cône dans la main, ou pire. Ainsi, avant qu’ils aient pris la parole, j’ai pu donner mon article à deux scientifiques du GIEC[1] invités pour l’occasion, et les journalistes scientifiques invités également. Eux ne me connaissaient pas plus que je ne les connaissais, donc tout allait bien.

La conférence commença, et je dois dire que sur la dizaine d’intervenants, pas un seul n’a défendu le moins du monde des faits objectifs et équilibrés sur la question. Seul un jeune doctorant sur la question, Jean-Baptiste Comby, fit en partie un travail de qualité en présentant certaines choses telles qu’elles sont, et notamment l’absence totale de débat dans l’espace public sur cette question. Je le cite : « C’est le consensus qui est cherché : pas une seule fois un scientifique remettant en cause les résultats du GIEC n’est interviewé, en tout cas aucun n’apparaît dans le corpus très large que nous avons pu consulter. En effet les journalistes sont peu enclins à créer de la confusion chez leurs supérieurs ou dans le public. […] Certains journalistes environnementaux sont qualifiés dans les couloirs des journaux auxquels ils appartiennent d’ « ayatollah verts ». […] Les scientifiques qui contestent les conclusions du GIEC sont qualifiés de « sceptiques », voire de « négationnistes du climat » pour employer un vocabulaire militant. »

Voilà qui est dit, et bien dit ! Et comment ne pas être scandalisé par cette comparaison avec les négateurs de la Shoah, qui se trouve être un simple procédé rhétorique, de terrorisme intellectuel, pour décrédibiliser son adversaire plutôt que de débattre de ses arguments !

Même si le reste de son exposé comportait les poncifs habituels sur le sujet (par exemple on ne parlerait pas assez de tel ou tel aspect du réchauffement climatique, et puis quoi encore), j’ai tenu à le féliciter chaleureusement à la fin de la matinée, tant le reste de ce que j’ai pu y entendre relevait plus de la propagande que d’autre chose.

Pravda à la française

C’est un véritable festival qui commence alors avec un journaliste de Science & Vie, Yves Sciama, qui explique doctement que jusqu’à cette année, leur magazine ne donnait pas de points de vue contradictoires sur le sujet, car il convenait de convaincre un maximum de gens de la réalité du réchauffement climatique et de son importance pour l’avenir. Mais récemment, pour leur hors-série sorti cette année notamment, ils posent désormais des questions, ils ont un peu changé d’angle car tout le monde étant désormais convaincu, il n’y a plus de risque à parler des thèses qu’il qualifie de « minoritaires » (alors qu’elles sont portées par des scientifiques du M.I.T, de Harvard, etc., des climatologues, des glaciologues, j’en passe et des meilleurs. Incroyable mais vrai). Dernière chose, qui pourrait faire rire si toute l’assistance ne l’avait prise au sérieux : il annonce fièrement avoir créé sur le site de Science & Vie un module grâce auquel chacun peut connaître le temps qu’il fera dans sa région entre 2050 et 2099. Personne ne viendra jamais leur dire que ce n’est pas de la science, puisque ce bidule est basé sur les modèles des climatologues comme celui de Météo France. Le même Météo France qui se trompe une fois sur deux dans la prévision du temps à un, deux ou trois jours seulement…

Un journaliste scientifique à Libération prend la relève, Sylvestre Huet, et chacun peut alors assister à une série d’aveux de sa part, comme s’il était à une séance de psychothérapie et que sa conscience le lui dictait pour ne plus être aussi lourde. On peut le comprendre. Oui, en 2003, il a cédé aux injonctions de sa direction, et depuis il utilise l’expression de « réchauffement climatique » au lieu de « changement climatique », alors qu’il continue de penser « changement climatique ». J’avais envie de lui dire, vis comme tu penses sinon tu penseras bientôt comme tu vis. Mais c’eût été inutile, tel était déjà le cas. Il ajoutait sans rire que la direction du Figaro avait imposé à leur rédaction de publier deux articles contradictoires sur le réchauffement climatique, ce qui était un déni d’indépendance des journalistes du Figaro selon lui. Qu’on se le dise, si le débat vient d’en haut, il est critiquable !

C’était au tour d’une journaliste de France Info, Marie-Odile Monchicourt, de prendre la parole. Son intervention se résumait aux premiers mots qu’elle osait prononcer, et selon lesquels, sans rire, on n’en faisait pas encore assez sur le réchauffement climatique ! Et d’ajouter tranquillement : « Mon attitude n’est pas du militantisme, c’est de la conviction ! ».

Puisqu’on montait en charge dans l’influence médiatique, passant de la presse écrite à la radio, il était normal d’enchaîner avec un représentant de TF1, Bruno Cortès en l’occurrence. Mais d’une manière assez surprenante, comme quoi l’habit ne fait pas le moine, son diagnostic était un des plus justes. Rassurez-vous, la suite le sera beaucoup moins. Mais en gros, il constate un poids de plus en plus important de la météo dans l’information, notamment dans les JT. En effet. Et d’ajouter qu’il y a vingt ou trente ans, un Journal Télévisé n’aurait jamais ouvert sur les dernières inondations, ou sur l’incendie qui ravage tel ou tel maquis dans le Sud de la France. Voilà pour le diagnostic juste. Mais selon lui l’explication de cette intensification météorologique venait surtout de la tempête de 1999, et de la canicule de 2003. Ce qui est tout simplement ridicule, évidemment, puisque la montée a été constante depuis 30 ans, et vient plutôt d’une prise en main de la télévision par les publicitaires qui veulent vider l’information de tout contenu pouvant choquer, afin de rassembler un nombre maximum de gens. Or la météo est la première chose dont on parle quand on n’a rien d’autre à dire, chacun en a déjà fait l’expérience à son niveau. Une autre raison est à chercher dans l’influence grandissante des lobbies nucléaires et écologistes, que la thèse du réchauffement climatique à cause du CO2 produit par l’homme arrange terriblement, et qui ont trouvé là un terrain d’entente inespéré. Je vous renvoie au dictionnaire des débats interdits qui sera publié chez Tatamis dans quelques mois pour plus de précisions à ce sujet.

Un universitaire québécois, M. Watine de l’Université de Laval, nous informait qu’au Québec, je cite, « tout le monde est unanime, ce n’est pas très scientifique ». Au moins avait-il encore cette lucidité-là. Il poursuivait : les médias en parlent largement, et le discours est à la fois pessimiste et alarmiste, et relève plus de l’opinion que de l’information. Je veux bien le croire, et j’aurais aimé que nous Français développions avec autant d’acuité un tel diagnostic sur le traitement médiatique du réchauffement climatique ici.

La crème scientifique… de la propagande

Le tour de table était conclu par deux éminences scientifiques, Hervé Le Treut du CNRS, et Jean Jouzel du LSCE-CEA. En tout cas des éminences pour l’auditoire, car autant vous le dire tout de suite, je ne les considère pas comme des scientifiques. En effet, ils qualifient ceux qui remettent en cause la version officielle de « sceptiques », qui est pourtant le propre de la science : c’est donc qu’ils ne le sont pas eux-mêmes. Mais encore pire, si c’est possible, ils en sont tous deux venus à fustiger l’esprit critique et le débat, qui sont susceptibles de nous condamner au chaos, ou pire, au renversement rapide du consensus si durement établi (pour ne pas dire imposé, mais c’est moi qui rajoute). Sans rire, ces deux zozos, dont j’ai appris à la fin de la conférence qu’ils occupent des places prééminentes au sein du GIEC, n’ont eu aucun problème pour affirmer péremptoirement que « les sceptiques ont été surmédiatisé par rapport à leur nombre en France, et que la médiatisation sur le réchauffement climatique est généralement satisfaisante, de bonne qualité, et de là vient peut-être cette impression de ne pas donner la parole aux sceptiques. » Jean Jouzel a même cru bon de devoir féliciter publiquement TF1 pour la qualité de ses programmes sur le réchauffement climatique ! On croit rêver, ou plutôt cauchemarder en l’occurrence. Le jeune doctorant avait très clairement expliqué que sa thèse montrait qu’aucun des scientifiques hostiles aux conclusions du GIEC n’était médiatisé, ces pseudo-scientifiques en faisaient une « impression »…

Alors bien sûr ! on parlait de Claude Allègre, de la pipolisation du débat, et du tort qu’Allègre faisait au débat sur le réchauffement climatique. Mais ils oubliaient de préciser qu’Allègre n’étant pas qualifié sur ce sujet, cette pipolisation incombait donc aux médias, que cela arrangeait bien d’avoir une personnalité aussi facile à contredire scientifiquement. Et le tour était joué ! Allègre est médiatisé, donc il y a un débat, et il est contredit scientifiquement, donc il ne devrait pas y avoir débat car cela ne fait que tromper les gens. Quelle belle rhétorique ! Mais relevant de la propagande la plus claire, je le crains.

Je pris évidemment la parole pour poser deux questions simples : pourquoi appeler les scientifiques qui remettent en cause la vérité officielle des sceptiques, puisque c’est propre de la science de douter, d’une part, et les journalistes présents ont-ils parlé comme la presse anglo-saxonne des menaces de mort qui pèsent depuis le début de l’année (encore à ce jour) sur des scientifiques sérieux, anglo-saxons, qui avaient osé se prononcer contre les résultats du GIEC dans un documentaire anglais diffusé en mars 2007 sur la chaîne publique Channel 4[2].

Comme j’aurais pu m’en douter, les réponses furent cassantes. On appelait ainsi les sceptiques parce qu’ils s’appelaient ainsi eux-mêmes. Mais on ne se demandait pas si le fait d’appeler d’autres scientifiques sceptiques ne signifiait pas que nous-mêmes ne l’étions plus, donc que nous n’étions plus scientifiques. Par ailleurs je n’eus pas de réponse de la part des journalistes sur les menaces de mort, évidemment, puisqu’ils n’en avaient jamais parlé à leur antenne, dans leur chaîne ou dans leurs articles. Par contre l’éminent scientifique antiseptique (pardonnez ce jeu de mots) trouvait bon de me répondre à leur place, sans doute pour combler une vide relativement gênant (la nature a horreur du vide, les scientifiques aussi apparemment). Il m’expliquait donc doctement que certains de ses collègues avaient eu les mêmes problèmes de carrière aux USA pour développer les positions du GIEC. Il oubliait juste une chose : les scientifiques dont je parlais n’ont pas que des problèmes dans leur carrière, ils sont menacés de mort ! Et traités de négateurs du climat, pour couronner le tout. Mais sans doute ne voit-il pas la différence, d’où il est, c’est-à-dire tout en haut de la pensée unique, scientifique au départ, et relayée bien plus puissamment par les journalistes qui ne font plus leur travail depuis bien trop longtemps pour qu’on puisse dater quand exactement.

Un membre des Entretiens de l’Info concluait sur ces idées : le GIEC est une « conférence de consensus », un outil scientifico-politique unique et très efficace, qu’on ne retrouve par exemple pas dans des domaines comme les OGM et les nanotechnologies (heureusement, comme cela il y a encore du débat sur ces sujets). Mais la conclusion qu’il en tirait était à l’opposé de la mienne : il regrettait en effet que l’équivalent du GIEC n’existe pas pour ces autres débats, car cela rendrait les choses bien plus simples pour les journalistes. En effet, le gavage de la population est toujours plus simple que son éducation, mais est-ce bien le rôle du journalisme ?

Bref, je suis sorti défait de cette matinée, même si je m’attendais au pire pour ne pas être déçu, j’avoue avoir été déçu. Un journaliste m’interpellait juste avant de sortir de la salle en me qualifiant de complotiste, et je lui répondais simplement qu’il n’y a pas de méchant système, il n’y a que des individuelles lâchetés. Cette phrase de Tristan-Edern Vaquette n’avait jamais été aussi vraie pour moi, même si je doute (peut-être à tort) que son auteur partage ce que je viens d’écrire sur le débat (ou plutôt l’absence de débat) sur le réchauffement climatique en France actuellement. Et je n’ai pu m’empêcher de penser à mes récentes lectures, d’Alain Finkielkraut et de Jean Baudrillard. Malgré leurs divergences plus que nombreuses, les deux penseurs s’accordent pleinement pour dire que le 20ème siècle a vu le triomphe du Mal au nom du Bien, et que ce phénomène n’a fait hélas que perdurer depuis, sous d’autres formes que les totalitarismes que nous avons connus. Ce matin certains ont parlé de déplacer des populations afin qu’elles ne périssent pas noyées sous la montée des eaux, ce qui est foncièrement ridicule, mais hélas pas pour eux. Cela m’a fait pensé à ce passage de la Défaite de la pensée : « Les grands concerts pour l’Ethiopie, par exemple, ont subventionné la déportation des populations qu’ils devaient aider à nourrir. C’est le gouvernement éthiopien, on s’en doute, qui est responsable de ce détournement de fonds. Il n’empêche : le gâchis aurait pu être évité si les organisateurs et les participants de cette grand-messe mondiale avaient consenti à distraire leur attention de la scène pour réfléchir, ne fût-ce que sommairement, aux problèmes soulevés par l’interposition d’une dictature entre les enfants qui chantent et qui dansent, et les enfants affamés. » p. 178 de l’édition poche


[1] GIEC : Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat

[2] The great global warming swindle, en français la grande supercherie du réchauffement climatique.

Categories : Ecologie, Science

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