Christophe Bentz, 23 ans, ex-président des JPF (Jeunes pour la France), mouvement de jeunesse du MPF, qui se définit comme gaulliste et souverainiste, donne son avis sur la politique actuelle et sur sa nomination en tant que président des JPF. Prières musulmanes dans la rue, euro, Union Européenne sont parmi les thèmes abordés. Pour voir la vidéo, cliquez ici.
Jean Robin : Vous êtes le nouveau président des JPF [depuis l'interview, Chritophe Bentz a été exclu des JPF par Philippe de Villiers suite à la parution de son livre Décrypter l'antiracisme en une heure publié aux éditions Tatamis que dirige Jean Robin]. Pouvez-vous nous expliquer comment ça s’est passé et s’il y avait vraiment besoin de changer de président ?
Chritophe Bentz : Cela s’est fait en fait naturellement parce que, tout en ayant travaillé auprès de Thibaud Vincendeau l’ex-président des Jeunes pour la France, lui était arrivé au terme de son mandat de deux ans. Ce qui, je pense est déjà beaucoup. Lui même souhaitait passer la main. Pour ma part, je suis très favorable à un renouvellement régulier, il faut toujours de la “chair fraîche” pour relancer une dynamique au sein d’un mouvement, en particulier au niveau d’un mouvement de jeunesse. Concernant le mandat de deux ans, je ne pense pas le dépasser moi non plus.
Comment est-ce que votre personnalité va impacter sur la politique du MPF et des JPF ?
Tout d’abord, en préambule, il ne faut pas oublier que le mouvement des Jeunes pour la France n’est pas une association ou un mouvement indépendant. C’est une structure jeune au sein d’un parti politique qui s’appelle le Mouvement pour la France et qui est présidé par Philippe de Villiers. C’est important à signaler car il n’y a pas d’indépendance comme il peut y en avoir dans d’autres mouvements de jeunesse. Mon objectif c’est d’abord, au sein de la structure jeune, de fédérer au maximum, de faire passer des messages simples, de pouvoir apporter notre message qui est le même que celui de Philippe de Villiers et du Mouvement pour la France, mais avec un porte-parolat et des responsables qui soient jeunes et avec nos mots. L’important est donc de véhiculer notre message politique, celui du Mouvement pour la France et par conséquent des Jeunes pour la France, par l’intermédiaire de jeunes militants et responsables.
Alors, vous parlez de Philippe de Villiers. Il y a eu un certain nombre de polémiques par rapport à ce que certains appellent son “ralliement” au gouvernement et à Nicolas Sarkozy. Est-ce que vous pouvez nous en dire deux mots ? Considérez-vous cela comme un ralliement à la majorité présidentielle ou pas ?
C’est une aberration de parler de ralliement à Sarkozy ou à l’UMP. C’est complètement différent entre rallier un parti politique, être membre d’un parti politique. Par exemple, le Parti chrétien-démocrate est membre de l’UMP. Au contraire, le Mouvement pour la France n’est pas membre de l’UMP. Nous, on participe à la majorité présidentielle. C’est peut être une nuance sémantique qui peut paraître assez subtile, mais elle est très importante car nous n ‘avons rien “signé” avec l’UMP. Nous nous sommes engagés à participer à une majorité, notamment pour coopérer au niveau d’élections locales. Par exemple, pour les élections régionales, nous avons fait des listes d’alliance. Si nous pouvons donc résumer cette participation, c’est principalement des alliances au niveau local. Philippe de Villiers et le Mouvement pour la France se sont engagés sur un programme local aux régionales. Peut être le feront-ils aux cantonales. Mais on ne s’est pas engagé à se rallier sur toutes les idées de l’UMP. Notre ligne politique est exactement la même, elle n’a pas changé. Pour preuve, le programme politique de gouvernement du Mouvement pour la France qui est toujours en ligne sur le site si vous voulez vérifier, est celui de 2008. Hors, nous sommes rentrés dans la majorité présidentielle en 2009. Pas un mot du programme de gouvernement n’a changé. Donc je ne vois pas en quoi on peut parler de ralliement.
Concrètement, quelles sont les mesures politiques prises par l’UMP ces derniers mois ou ces dernières années contre lesquelles vous vous érigez ?
Pas forcément sur une mesure. Mais sur une thématique et une vision, celle de l’Europe évidemment. Nous avons montré clairement notre opposition lors des dernières élections européennes. Nous n’étions alors pas membre de la majorité présidentielle. Nous avons fait des listes indépendantes alliées au CPNT [Chasse, pêche, nature et traditions] avec Frédéric Nihous car ce sont des souverainistes comme nous. Nous n’avons pas trouvé judicieux de nous allier à l’UMP car elle ne proposait pas une vision de l’Europe qui nous correspondait. C’est donc sur l’Europe que nous avons un profond désaccord. Philippe de Villiers l’a toujours dit, ce n’est pas un secret ni un scoop. Au niveau européen, on ne s’allie pas avec l’UMP parce que nous ne sommes pas d’accord. Au niveau national, nous ne sommes pas d’accord avec tout, loin de là. Nous avons des sénateurs et des députés au Parlement qui y travaillent et qui montrent les différences qu’il peut y avoir entre le MPF et l’UMP.
Un exemple ?
Oui, bien sûr. Parmi les communes mesures que l’UMP et le MPF ont voté ensemble, c’est, par exemple, sur le voile intégral. Les députés MPF ont voté pour l’interdiction. Comme la majortié UMP et Nouveau Centre. Sinon, nous sommes également d’accord sur un certain nombre d’éléments notamment économiques. Par exemple, l’abolition des 35 heures. Quand Nicolas Sarkozy parlait lors de la campagne de 2007 d’abolir les 35 heures, moi, dans mes oreilles, ça me plaisait. Maintenant, je dis juste que l’UMP n’est pas allée assez loin sur les 35 heures car pour moi, défiscaliser les heures supplémentaires, ce n’est pas une abolition. Par contre, il y a un certain nombre de mesures où nous sommes en total désaccord et où nos députés votent en contradiction. Je rappelle que les deux députés du Mouvement pour la France à l’Assemblée nationale sont non inscrits. Ils ne siègent pas dans le groupe UMP et ils ont donc toute leur liberté de ton et leur indépendance politique.
L’autre polémique dans l’actualité récente concerne l’interdiction ferme de Philippe de Villiers aux militants de son parti de participer à la manifestation “Apéro saucisson-pinard” qui devait avoir lieu à la Goutte d’or et qui s’est finalement tenue sur la place de l’Etoile. Nicolas Dupont-Aignan a fait la même chose avec ses propres militants de DLR. Cela a était très critiqué à mon avis à raison car d’où peut-on interdire à ses militants un rassemblement public ?
De mon point de vue, l’interdiction que Philippe de Villiers a prononcé n’est pas une interdiction de fond mais de forme. C’est-à-dire, premier élément, deux semaines avant l’organisation de cet apéro géant, notre députée MPF, Véronique Besse, avait fait une tribune à l’Assemblée pour condamner le principe des apéros géants. En l’occurrence, ce n’était pas sur ce thème là, il s’agissait d’une autre thématique, mais elle en avait condamné le principe. Philippe de Villiers ne pouvait donc pas contredire ce que sa propre députée avait annoncé à l’Assemblée nationale. Le deuxième élément c’est que le Mouvement pour la France est un parti de gouvernement, il l’a toujours été, et un parti de gouvernement ne peut pas se permettre, toujours de mon point de vue, de s’allier à une organisation qui vise directement à provoquer une population, en l’occurrence dans ce cas, la population musulmane, on ne va pas non plus se mentir. Une provocation gratuite qui ne correspond pas à la ligne politique et à la respectabilité du MPF. Maintenant, sur le fond, je dis toujours une chose quand on me parle de ce sujet, il ne me semble pas que Philippe de Villiers ait beaucoup de leçons à recevoir en matière de critique de l’islamisation de la société puisqu’il a été le premier à dénoncer le communautarisme islamique et toutes ses dérives. Il a été le premier à écrire le bouquin que tout le monde connait, Les mosquées de Roissy.
Mais alors justement, beaucoup de gens ont eu du mal à comprendre cette position puisqu’il avait tenu tous ces propos au préalable. En l’occurrence, vous parlez de provocation pour ceux qui organisaient l’apéro, on peut aussi parler de provocation pour ceux qui prient dans la rue même si la Préfecture de Paris l’autorise, ce qui est d’ailleurs sujet à polémique.
Bien sûr, je n’en ai pas parlé, mais c’est évidemment scandaleux également. L’un n’empêche pas l’autre. Sur le territoire national, où la laïcité est en vigueur, on l’impose aux communautés juives, chrétiennes etc, je ne vois pas pourquoi on n’imposerait pas la loi à la communauté musulmane. Évidemment que ça reste un scandale car tous les vendredi des centaines de musulmans viennent sur la voie publique prier. Ce n’est pas acceptable. N’empêche, ce n’est pas une raison suffisante pour créer une provocation et donc alimenter une polémique et surtout une tension interne.
Donc quelle est la solution selon vous ? Il faut préciser tout de même que si cette manifestation a eu lieu c’était pour rendre public le fait que ces prières avaient lieu car personne ne le savait. L’objectif a donc été atteint par les organisateurs. Quel serait donc votre solution à ce problème ? Pour l’instant c’est Bertrand Delanoé qui a mis 20 millions d’euros sur la table pour construire un centre cultuel avec une mosquée à l’intérieur. Êtes-vous d’accord avec ça ?
Non, l’État n’a pas à faire d’ingérence dans la sphère religieuse et spirituelle. Encore une fois, j’invoque la laïcité. Évidemment qu’il y aurait des solutions pour le faire savoir. N’importe quel Français qui se rend le vendredi rue Myrha et les rues adjacentes peut se rendre compte que ces rues sont bloquées, donc que la voie publique est bloquée. Il y aurait d’autres solutions alternatives de mon point de vue pour le faire savoir. Il y a également la voie médiatique et nous, les intermédiaires, les partis politiques. Cela ne nous empêche pas de faire des communiqués de presse pour dénoncer cela. Mais faire un communiqué de presse, c’est s’attaquer aux politiques, et non pas aux hommes. Je pars du principe que quand on fait de la politique, on ne s’attaque pas aux hommes mais on s’attaque soit aux institutions, soit aux politiques publiques qui sont menées.
En l’occurrence, la solution pour que les musulmans qui prient dans la rue ne le fassent plus ?
On sait très bien, et beaucoup de personnes l’ont dit, que les musulmans qui prient rue Myrha tous les vendredi ne sont pas que des Parisiens. Les Parisiens sont d’ailleurs sûrement minoritaires puisqu’on a analysé plusieurs voitures immatriculées 95, 93 etc. Non, c’est une volonté communautaire de s’introduire sur la voie publique. On doit le dénoncer et on ne peut pas l’accepter. Mais il n’est pas vrai de dire qu’il y a des centaines voire des milliers de musulmans. Il y a environ 2100-2200 lieux de cultes musulmans en France pour une communauté musulmane entre 4 et 6 millions, les chiffres varient…
Et beaucoup moins de pratiquants…
En plus.
Concrètement, si le MPF était au pouvoir, qu’est-ce que vous feriez ?
On ferait respecter la loi
Oui mais comment ? Un ami algérien me disait que si en Algérie des catholiques par exemple priaient dans la rue en bloquant des rues, on leur enverrait dans un premier temps des psychologues, dans un deuxième temps les canons à eau et dans un troisième temps on les jetterait en prison. Est-ce que c’est votre conception ?
C’est toujours très délicat de parler de ce genre de sujet parce qu’on ne sait jamais où la laïcité commence et où elle fini. Moi j’ai envie de faire de la politique et la politique suppose d’être assez bornée sur les lois qui existent. S’il devait y avoir une nouvelle loi votée, elle le serait au Parlement. Mais aujourd’hui il n’y a même pas à se poser ce genre de question. Il y a une loi sur la laïcité qui date de 1905. Le scandale des prières musulmanes dans les rues du XVIIIème arrondissement de Paris, c’est un scandale, il faut l’empêcher. Point barre.
Donc vous dîtes aux musulmans de ne plus venir prier là car c’est interdit…
C’est interdit par la loi. Je me cantonne bêtement à la loi.
Mais vous la faîtes appliquer comment ? Vous envoyez les CRS ?
Là je ne peux pas la faire appliquer mais c’est sûr que si j’étais au pouvoir je la ferais appliquer.
Parmi les souverainistes, il y a un certain nombre de chapelles et vous avez du mal à travailler ensemble. On pourrait parler de François Asselineau qui parle de sortir de l’Union européenne. Debout la République qui parle de sortir de l’euro. Le Front national qui parle parfois d’un peu de tout ça. Vous comment vous vous positionnez par rapport à l’Union européenne ? Est-ce qu’il faut en sortir ? Faut-il sortir de l’euro ?
C’est vrai qu’il y a plusieurs écoles du souverainisme. Moi je suis favorable de toute façon à l’union de ces forces pour construire, et non pas pour détruire, l’Europe mais autrement. Reconstruire et revoir de fond en comble l’Europe. Nous ne sommes pas des Eurosceptiques mais des Euroréalistes. Pour nous, l’Union européenne actuelle ne correspond pas sur bien des points (économique, culturel…). Il y a effectivement des divergences sur la vision européenne et la construction européenne avec le Front national, avec Dupont-Aignant etc. Lors des élections européennes, la main était tendue. Nous, l’alliance on l’a faite. Avec les chasseurs. Il ne me semble pas que la porte était fermée. Donc oui, il faudrait pouvoir se mettre d’accord sur une vision précise et définie d’une Europe et d’une coopération entre les États-nations. En effet, nous sommes à peu près tous d’accord pour dire que nous ne voulons pas d’une Europe sans frontières et d’une Europe qui détruit les États-nations. Encore, faudrait-il se mettre d’accord sur les tenants et les aboutissants de cette construction européenne qui reste pour l’instant assez abstraite. Mais ce que nous critiquons avant tout c’est le fonctionnement technocratique de l’Union européenne actuelle. Le MPF l’a bien prouvé en faisant, d’après moi, une très bonne campagne aux élections de 2009.
On pourrait dire par contre qu’elle n’a pas vraiment portée ses fruits car seul Philippe de Villiers a été élu.
60% d’abstention. Il y avait 40.4% de participation je crois. C’est dramatique. Moi j’étais sur les marchés et j ‘ai rencontré beaucoup de Français. On se rendait compte qu’ils estimaient qu’à partir du moment où il partaient du principe qu’ils rejetaient l’Europe, ils ne voyaient pas pourquoi ils voteraient pour une élection européenne. Et c’est véritablement dommage parce que je suis sûr que les 55% de Français qui ont voté contre le traité constitutionnel européen en 2005, voteraient encore contre aujourd’hui. Mais le problème c’est que les Français ne votent plus. Ils se dépolitisent profondément et nous en subissons les conséquences.
Et donc pour résumer, ni sortie de l’euro, ni sortie de l’Union européenne ?
L’euro, ce qui est clair c’est que Philippe de Villiers a écrit il y a plus de 12 ans un livre qui s’appelait Vous avez aimé les farines animales, vous adorerez l’euro où tout est dit dedans et j’incite vos lecteurs à le lire. Il avait prévu dans ce livre toutes les conséquences économiques et financières que nous connaissons aujourd’hui. On a cessé de le fustiger et c’est toujours d’actualité.
Contribuez au développement du site en
souscrivant
Lire la suite ►
Lire la suite ►