Vous êtes actuellement déconnecté.






» Mot de passe oublié ?
►   Recevoir la newsletter 
corbieres
Alexis Corbière : “Libre à moi de ne pas cautionner votre média en venant m’y exprimer”
Michel Bogé 2
Publicité de qualité : Fromaflore
chouard
Débat entre Etienne Chouard et François Asselineau sur le tirage au sort
Alain-Laurent-100x100
Conférence d’Alain Laurent au Centre St Paul sur Ayn Rand et son best-seller “La grève”

Retranscription du Quart d’heure de célébrité de Tarik Yildiz

10 septembre 2011, 12:29 Auteur : Seb 4 commentaires

Tarik Yildiz, 25 ans, diplômé de Science-Po Paris, est actuellement attaché à un laboratoire du CNRS où il se consacre à la rédaction d’une thèse de sociologie politique relative à l’intégration sociale des populations musulmanes en France. Nous l’avons invité car il est l’auteur du livre “Le racisme anti-blanc. Ne pas en parler : un déni de réalité”,  aux éditions du Puits de Roulle (8 €). Pour voir la vidéo, cliquez ici.

Jean Robin : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Tarik Yildiz : J’ai écrit ce livre car j’ai remarqué que ce sujet-là n’était pas très  facilement abordé dans les médias traditionnels et quand ça l’était, c’était avec beaucoup de précautions, comme s’il ne fallait pas trop en parler, comme si c’était un sujet très dangereux … et j’ai aussi constaté que les victimes de ce racisme-là sentaient qu’il y avait deux poids deux mesures, que l’on ne parlait pas d’elles comme on parlait des autres. C’est donc avant tout cela qui m’a motivé à écrire ce livre , à recueillir des témoignages.

Ce livre de 60 pages rencontre un fort écho médiatique et sociétal. Vous étiez notamment invité à la radio Beur FM, est-ce que vous pouvez nous dire deux mots de cette expérience ?

Sur Beur FM, j’ai été confronté pour la première fois à des auditeurs en direct, et c’est vrai que certaines réactions m’ont plutôt choquées. C’est-à-dire qu’il y avait certains auditeurs qui justifiaient cette forme de racisme, qui disaient que c’était normal. Autres réactions :  comme il y a eu la colonisation avant, c’est un juste retour des choses. Tous les auditeurs n’étaient pas comme ça, mais c’était une bonne partie des réactions. J’ai trouvé cela plutôt choquant et plutôt inquiétant.

Et comment réagissait l’animateur ?

C’est vrai que l’animateur  n’a pas contesté ce qu’il entendait, il était dans un rôle où il essayait de développer leur pensée. L’aspect un peu communautariste de certains m’a également choqué car je ne suis pas communautariste.

Ils vous critiquaient pour ça ?

On ne m’a pas critiqué directement pour ça, mais, par exemple, une auditrice a dit qu’il fallait se serrer les coudes entre musulmans. J’ai répondu qu’il fallait plutôt se serrer les coudes entre nous tous, entre Français.

Nous avons proposé à Dominique Sopo, président de SOS Racisme, de débattre avec vous. Vous avez tout de suite accepté. Par contre il n’a pas donné suite. Nous l’avions auparavant interviewé au sujet du racisme anti-blanc, il nous avait répondu que c’était quelque chose d’extrême droite et que ça ne méritait pas qu’on en parle. Que vous évoque sa réaction ?

C’est tout le drame du traitement de ce sujet. Ce n’est pas parce que l’extrême droite ou un parti quelconque en parle qu’il faudrait s’interdire d’en parler. Ce n’est pas en fermant les yeux que l’on arrive à résoudre  les problèmes et je crois que Dominique Sopo et SOS Racisme en général gagneraient à prendre en compte ce sujet et ce phénomène car les victimes, comme je le disais tout à l’heure, ont vraiment l’impression d’un deux poids deux mesures. Non seulement elles sont victimes de ce racisme, mais, en plus, elles ont le sentiment d’être délaissées.

C’est la double peine…

C’est la double peine, effectivement. Cependant, je ne suis pas dans une démarche où je critique en bloc SOS Racisme, mais sur ce point-là, effectivement, je pense qu’ils gagneraient à prendre en compte ce problème qui n’est pas marginal, notamment  dans les quartiers défavorisés.

Ou alors il faudrait qu’ils changent le nom de leur association en SOS Racisme anti-noir, anti-arabe et anti-antisémites, comme ça les choses seraient claires… En 2002, Vincent Cespedes, un philosophe plutôt classé à gauche, était invité de l’émission Campus qui a disparu depuis, mais animée par un certain Guillaume Durand. Il avait en face de lui Alain Finkielkraut, futur signataire d’une pétition contre le racisme anti-blanc trois ans plus tard. C’est peu connu, Vincent Cespedes à l’époque avait dit : “il y a du racisme anti-blanc dans les banlieues mais cela vient d’un déficit d’apprentissage de la colonisation et de l’esclavage“. Qu’en pensez-vous ?

Je ne partage pas du tout cette opinion.  Dans mon livre,  on  voit très nettement que beaucoup de ce racisme est généré par des jeunes gens qui ont en général une culture assez limitée, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas forcément bien au courant de la colonisation et de son histoire, et ce n’est pas ce sentiment d’avoir été colonisés ou alors de mal connaître cette histoire qui génère ce racisme anti-blanc chez eux. Je ne le crois pas du tout. Moi, mon avis, c’est que le débat se situe autre part, c’est plutôt un manque d’autorité en général et un manque de présence de l’État et d’imposition de ses valeurs plutôt qu’autre chose.

De l’État ou de la famille ? Ou des deux peut être ?

La famille c’est vrai aussi mais on a moins d’emprise sur elle. Tandis qu’avec l’État , je crois qu’il y a des solutions qui sont possibles.

Par exemple ?

Par exemple être plus ferme et plus strict à chaque fois que l’on constate, non seulement un acte de délinquance, mais aussi un acte de racisme comme celui-là. Typiquement, dans le livre encore une fois, des victimes nous ont dit que personne n’a été condamné pour ce type de propos. Et même quand elles se plaignaient, personne ne les entendaient car ce n’était pas la même chose que les autres types de racisme.

Sur les procès en racisme anti-blanc par exemple, est-ce que vous, vous y êtes favorable ou bien êtes-vous plutôt pour la promotion d’une liberté d’expression totale et donc l’abrogation de toute les lois anti-racistes ?

Honnêtement, sur cette question, je ne peux pas me prononcer comme ça car ça mériterait que je creuse beaucoup plus le sujet et je ne suis pas vraiment compétent pour le faire. Mais, en tous cas, je crois qu’il faut aligner tout ça d’une manière ou d’une autre. Il ne faut pas qu’il y ait le sentiment qu’il y ait deux poids deux mesures.

Parlons un peu du rap car c’est un des domaines où il y a le plus de racisme anti-blanc. “Face de craie”, “bolos”.. vous avez certainement plus d’exemples que ça. Mais, il y a aussi des insultes pro-musulmanes comme “kouffar”. J’avais noté dans une chanson de Sexion d’Assaut intitulée “Désolé” : “Papa, Maman, désolé pour ce que ce pays de kouffars vous a fait“. Qu’est-ce que tout cela vous évoque ?

Je pense qu’il y a une forme de haine de la France au-delà du fait religieux. Là, il s’agit d’une insulte très nette et très claire vis-à-vis de ceux qui ne sont pas musulmans car kouffar ça veut bien dire ce que ça veut dire. Mais je crois que plus généralement il s’agit d’une haine de ce qui est français, de la France. Et c’est à ça qu’il faut répondre à mon avis, en s’imposant comme je le disais auparavant. C’est vrai que c’est quelque chose que l’on constate non seulement dans quelques textes de rap, mais aussi dans la rue, dans les réflexions qui peuvent exister dans le train, le métro que certains vivent au quotidien. Je reçois beaucoup de témoignages dans ce sens et je l’ai moi-même constaté. Je pense vraiment sur ce point que c’est l’aspect haine de la France ou que ce qui représente la France selon eux qui est condamné et qui est insulté à chaque fois. Et quand il n’y a pas de répondant, c’est un engrenage. Quand une première fois on ne répond pas à ça, petit à petit ça s’enchaîne, ça s’enchaîne et ça ne fait du bien à personne. Concernant les gamins ou les gens qui disent ce genre de truc, ce n’est pas les servir et ce n’est pas servir les gens qui vivent autour d’eux.

Nous avons interviewé récemment Maître Gilles-William Goldanel qui est l’auteur d’un livre intitulé Réflexions sur la question blanche dans lequel il aborde évidemment la question du racisme anti-blanc. L’avez-vous lu et partagez-vous sa thèse selon laquelle tout cela vient d’une culpabilisation de l’Occident ou du Blanc en général ?

Je ne l’ai pas encore lu donc ça serait difficile de donner un avis. J’en ai seulement entendu parler ici ou là, donc je ne peux pas me faire une idée précise de ce qu’il avance. Mais sur ce point précis, la culpabilisation de l’Occident, à mon avis ça doit jouer. Cependant, encore une fois, je reviens aux deux piliers qui, selon moi, sont essentiels : le volet éducation en tirant les gens vers le haut, en étant exigeant, pas à abaisser le savoir mais que ce soient les élèves qui s’adaptent au savoir et pas l’inverse, et le volet autorité. Je crois que c’est avant tout ça qui peut faire changer les choses rapidement. C’est pour cela que je suis plutôt optimiste car je crois que ce sont des choses que l’on peut mettre en œuvre assez facilement.

Vous pensez que l’on est sorti de la vague soixante-huitarde où il est interdit d’interdire etc.  ?

A mes yeux, ce n’est pas ce qui est déterminant dans ce phénomène-là, dans le phénomène que moi je décris, d’un racisme anti-blanc au quotidien. Il faut bien comprendre ce que c’est. Par exemple, dans une classe de 6ème, deux ou trois gamins qui, tout de suite, vont s’en prendre au Français de souche de la classe qui va devenir la victime. Et quand il n’y a pas de répondant, et bien ça continue, ça continue, ça continue. Donc je crois que c’est avant tout ces réponses-là qui sont importantes pour le moment, en tous cas à mes yeux. Plus que des réponses philosophiques qui ont certainement un rôle mais qui sont moins déterminantes dans l’immédiat que ce que j’ai évoqué.

Avec cette histoire de racisme anti-blanc, est-ce qu’on ne verse pas encore plus dans la racialisation du débat que moi je rattache à l’extrême droite, comme tout ce qui a un rapport à la race ? Vous avez l’impression d’aller contre ça ou d’apporter de l’eau au moulin de la racialisation du discours ?

Je ne crois pas que j’apporte de l’eau au moulin à la racialisation du discours, et, de toute façon, ce n’est pas quelque chose qui est forcément pertinent dans une analyse selon moi. Il y a plutôt un phénomène qui vise des gens et on n’en parle pas. C’est donc un phénomène spécifique. Donc, ce n’est pas parce qu’on l’identifie que forcément on racialise le débat. On m’a reproché parfois d’avoir dit “racisme anti-blanc” et pas “racisme”, notamment sur Beur FM, comme avec cette question: pourquoi le livre ne s’appelle pas Le racisme, point ? Alors que le fait de préciser ce que c’est se justifie pleinement et ce  n’est pas du tout une question de racialisation du débat, c’est parce qu’il y a un phénomène qui est peu décrit, qu’on connaît assez peu et qu’il faut parfois identifier. Cela ne veut en aucun cas dire que nos lunettes pour comprendre le monde sont raciales, loin de là.

Une question que j’aurais dû vous poser en premier. Est-ce que vous êtes blanc ? Et, par conséquent, avez-vous été vous-même victime de racisme anti-blanc ? Vous vous appelez Tarik Yildiz, si on ne vous regarde pas, on se dit que vous êtes basané alors que quand on vous voit, en fait, vous êtes blanc. Qu’en pensez-vous ?

Dans le livre, j’essaie de définir la notion de “blanc” et j’entends clairement par là “Français de souche”. A partir de cette définition, je ne suis pas blanc, dans le sens de Français de souche. J’ai repris cette expression en essayant de la définir en introduction car c’est quelque chose qu’on entendait dans les bouches et dont on savait de quoi il s’agissait. J’ai ensuite essayé de l’expliquer. Et ce qu’on entendait aussi c’était un racisme anti-français et j’ai fait exprès de rajouter Français de souche, pas parce que je considère qu’il y a des vrais et des faux Français depuis plusieurs générations, mais parce que je  considère que je suis Français, pas Français de souche, mais je suis Français. Donc c’est pour ça que je précise Français de souche. Moi même, je n’ai jamais était victime de ce racisme-là, même si je l’ai constaté beaucoup de fois autour de moi.

Nous arrivons à la fin de ce Quart d’heure de célébrité. Voici donc ma dernière question. Elle est un peu lourde mais ça fait partie des choses contre lesquelles nous nous battons à Enquête & Débat, c’est la guerre civile ou la guerre raciale car c’est le pire qui puisse arriver à une société selon nous. Par conséquent, nous voulons faire débattre des gens qui ne sont pas d’accord entre eux et nous constatons que ça se crispe de tous les côtés.  Est-ce que vous, vous craignez une guerre civile qui serait de fait une guerre raciale ? Et, comment l’éviter selon vous ?

Je suis d’une nature plutôt optimiste  et je n’espère pas et ne crois pas que l’on en est à ce point là. Il y a des vrais risques, de vraies crispations, mais je crois que petit à petit il y a une forme de prise de conscience un peu générale qu’il faut apporter des solutions, des réponses et que ce n’est pas en fermant les yeux que l’on résoudra les problèmes. Je crois que, par exemple, sur la question du racisme anti-blanc, si on traite ce problème, si on puni ceux qui génèrent ce racisme, cela va apaiser les tensions et cela va aider à une meilleure intégration sociale des populations, quelles qu’elles soient d’ailleurs. Moi je crois et j’espère que nous n’allons pas dans ce sens là même s’il faut quand même être très vigilent. Au delà de la guerre civile généralisée, il y déjà des tensions, des crispations. Il faut donc y répondre, à mon avis il n’est pas trop tard et il faut absolument que tout le monde s’y attelle, surtout pas en fermant les yeux justement.

4 commentaires

  1. un lecteur dit :

    … D’accord, ça ne fera pas grand bruit, mais moi, ça me reposera l’oeil et l’esprit.

  2. Balthus dit :

    Saluons le courage de Tarik, qui, sur une radio communautariste, confirme l’existence de ce racisme anti-blanc et se désoladirise de celles et ceux, qui, précisément par réflexe communautariste veulent l’ignorer.
    Bravo. Ne désespérons pas…il faudrait des milliers de jeunes de votre “trempe”. Si vous souhaitez débattre
    de cette question, je vous invite sur Oxygène fm 94.2.
    Guy Decoupigny alias Balthus pour éviter toute confusion avec l’autre “Guy”.

  3. Mémoire dit :

    - Est-ce que vous, vous craignez une guerre civile qui serait de fait une guerre raciale ? Et, comment l’éviter selon vous ?
    - Je suis d’une nature plutôt optimiste et je n’espère pas et ne crois pas que l’on en est à ce point là.
    ~
    Qu’il parle bien, le Tarik ! A 1 km d’un précipice, on n’y est pas encore, à 500 mètres, toujours pas, à 2 mètres y’a toujours 200 cm de marge …
    Certains chrétiens ont entendu parler des prophéties de La Fraudais, datant de la fin du XIXème siècle. C’est autre chose que les romans contemporains.

  4. Mia Vossen dit :

    Bravo et merci à Tarik Yildiz! Son témoignage fait plus pour le savoir vivre ensemble que toutes les “bonnes volontés” et je retiens particulièrement: “Les élèves doivent s’adapter au savoir et pas l’inverse”; “Il faut une autorité.” Enseignante, je ne sais que trop à quel point l’autorité est vitale (cfr.aussi l’excellent livre de St.PINKER, Comprendre la nature humaine, o.Jacob) et à quel point les pauvres “apprenants” sont abandonnés à un savoir “soft” qui les laisse bien démunis…

Ecrire un commentaire :







Si vous souhaitez associer une image à vos messages, inscrivez-vous ici (c'est gratuit)

 

Articles récents

Contribuez au développement du site en souscrivant