
François Hollande a proposé, idée lumineuse, de taxer à 75% les revenus dépassant 1 million d’euro. C’est d’une démagogie sans nom, une hérésie autant factuelle qu’intellectuelle.
Une démagogie sans nom. M. Hollande cherche un bouc émissaire à livrer en pâture au peuple pour que ce dernier puisse se venger des difficultés réelles et sérieuses qu’il traverse depuis plusieurs années. Quoi de mieux qu’un riche ? Un riche concentre en effet en lui tous les défauts imaginables. Il est tout d’abord malhonnête, sinon il n’aurait pas pu s’enrichir. S’il n’est pas lui-même malhonnête, c’est qu’il était déjà riche quand il était tout petit parce que ses parents ou ses grands-parents ont dû vendre du beurre aux Allemands et dénoncer des juifs pendant la guerre. Le riche est donc malhonnête. Il est également pingre et prodigieusement égoïste, sinon, encore une fois, il ne serait pas riche. Malhonnête, pingre, égoïste, le riche est une synthèse de ce que l’homme bien-pensant, c’est-à -dire de gauche, déteste. En cherchant bien, on va même trouver que le riche ne mange pas bio et roule dans un 4×4 qui émet plus de 120 grammes de carbone au kilomètre, alors, qu’attendons-nous pour le pendre haut et court ? Oui, le riche est celui qu’il faut détester. Le détester en prenant garde à ne pas remarquer que, ne pas respecter quelqu’un simplement pour ce qu’il est, comme on haït le riche, s’appelle tout simplement du racisme, de l’ostracisme, ou de la connerie, comme vous l’entendez. Comme certains n’aiment pas les noirs ou les arabes, François Hollande n’aime pas les riches, mais cela, c’est de bon goût.
Une hérésie factuelle. Si l’on considère que quelqu’un qui gagne plus d’un million d’euros par an est nécessairement malhonnête, il est logique de lui reprendre ce qu’il a volé. L’Etat joue alors le rôle de Robin des Bois et vient reprendre au méchant ce dont il a dépouillé les gentils. C’est oublier un peu vite que si l’on a (pour combien de temps encore ?) des classes moyennes, des gens qui gagnent leur vie sans dépendre de la rapine publique qu’est l’impôt, s’il existe des employés, des ouvriers, des cadres, c’est qu’il existe avant tout des entreprises dans lesquelles ont investi hier et continueront à investir demain des gens « riches » ou pas encore, mais qui espèrent tirer profit de leur épargne ou de leurs efforts. Leur voler la part de revenu qui dépasse un million d’euros reviendrait à délivrer un message à tous ceux qui veulent entreprendre, un message clair qui serait : si vous devez investir, si vous avez l’idée de créer une entreprise, des emplois, si vous espérez gagner de l’argent, partez de ce pays, délocalisez-vous ou sinon nous vous prendrons tout. Notre système d’aide sociale est déjà un magnifique aspirateur à pauvreté. Si l’on y greffe un broyeur à richesse comme le souhaite M. Hollande, nous risquons de nous retrouver rapidement au beau milieu d’une belle crise en ciseaux avec d’un côté l’effondrement des rentrées fiscales et de l’autre l’explosion des demandes d’aide sociale.
Une hérésie intellectuelle. Au-delà du débat sur les conséquences pratiques d’une telle ineptie, le fait qu’un homme politique s’arroge le droit de penser pour tout le monde et de savoir qui doit gagner combien est avant tout extrêmement dangereux pour l’avenir de notre liberté. Dangereux et révélateur d’un état de pensée partagé par l’ensemble de la classe politique française, celui du mirage de la vertu de l’Etat, de la méfiance dans les mécanismes de marché. Nos hommes politiques se croient trop intelligents pour accepter que l’organisation de la société puisse ne pas se concevoir à l’intérieur d’un seul cerveau. Car au fond, que propose François Hollande sinon la fixation administrative des salaires, i.e. le pilotage de l’économie par l’Etat ? Nous connaissons déjà , il est fixé par l’Etat, le plancher des rémunérations, c’est le SMIC (ou le RMI et RSA quand l’Etat distribue lui-même les revenus). Ce que propose M. Hollande demain, c’est, après avoir fixé un seuil, de fixer un plafond des rémunérations : un million d’euros, on ne pourra pas gagner plus. François Hollande a d’ailleurs dit lui-même qu’on ne pouvait pas gagner plus : mais qui est-il pour se permettre de dire cela ? Et après ? Une fois qu’un seuil est fixé administrativement, rien n’empêche de revenir dessus. Le « salaire maximal autorisé » pourra fluctuer au gré de l’inspiration du génie de la Corrèze ou de ses camarades. L’Etat Robin des Bois a nécessairement tous les droits puisqu’il agit pour le bien de tous. Le million d’aujourd’hui pourra se transformer en 900.000, ou 800.000 euros, ou moins. Il devra même se transformer rapidement en un plafond confiscatoire inférieur après l’évasion de la richesse que ne manquera pas de provoquer le seuil du million. Il faudra ensuite, ou en même temps, que l’Etat nous dise, mais François Hollande doit déjà sûrement avoir une idée sur le sujet, combien doit gagner un médecin, un ouvrier, un employé, un créateur d’entreprise… La fixation administrative des revenus est une nécessité dans la mise en place d’une économie de la pauvreté dont le moteur n’est pas la création de richesses mais la confiscation de la richesse. Au temps, regretté par une partie de la gauche, de l’URSS, un médecin soviétique gagnait à peine plus qu’un ouvrier. De mauvais esprits ont même pu penser qu’à cause de cela on ne trouvait plus de médecins au royaume soviétique du peuple épanoui. Mais la fixation collective des revenus version socialisme à la française ne pourra certainement être qu’un grand succès grâce à de grands dirigeants venus éclairer les masses et les débarrasser du trop lourd fardeau de la liberté et de la responsabilité individuelle.
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