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Un scientifique ne peut-il être qu’agnostique ou athée ?

14 décembre 2011, 0:46 Auteur : Jean 22 commentaires

Certains des intervenants sur Enquête & Débat sont critiqués parce qu’ils parleraient de science sans être scientifique, ou parce qu’ils seraient scientifiques mais seraient croyants, ou qu’ils auraient dit par ailleurs des choses fausses ou non-scientifiquement démontré, nous incite à revenir sur un débat éternel sur la science et le scientifique. Un scientifique ne peut-il être qu’agnostique ou athée ?

“Voici, je le crois, un livre unique en son genre, puisqu’il regroupe dix-neuf contributions de scientifiques qui disent pourquoi ils sont chrétiens et comment ils concilient leur foi avec leur activité de chercheur. Les catholiques y voisinent en harmonie avec des protestants et un orthodoxe (de Princeton), les Français avec des étrangers (qui habitent les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Italie). Pourquoi cette prise de position collective ? Parce que règne dans l’opinion la conviction qu’un scientifique ne peut être qu’athée ou agnostique. Les auteurs du présent ouvrage, naviguant à contre-courant, ont voulu démontrer que ce préjugé est faux et révéler au public que non seulement il existe des scientifiques chrétiens, mais encore qu’ils sont plus nombreux qu’on ne le croit souvent.” Introduction du livre ‘Le savant et la foi. Des scientifiques s’expriment’, présenté par Jean Delumeau, p.7, éditions Champs Flammarion, 1989

“Le savant italien n’a jamais cessé d’être croyant. [...] Galilée voit dans la démarche scientifique une façon de “mieux comprendre la pensée de Dieu.”"
Jean-Marc Biais, L’Express du 19.12.2002, p.63, sur le livre de Claude Allègre : Galilée, aux éditions Plon.

“Convictions religieuses des pionniers de la science
[...] Robert Boyle (1627-1691) est parfois appelé le père de la chimie, et en tout cas celui de la chimie physique. Sa contribution majeure à la science a été de renverser les idées reçues sur les quatre éléments : le feu, l’air, l’eau et la terre. Ce savant anglais innovateur était également un chrétien très fervent, qui croyait que Dieu peut agir directement sur la matière. Il consacra une bonne partie de sa fortune personnelle à des oeuvres religieuses, en Irlande et en Nouvelle-Angleterre.
En France, l’éminent mathématicien Blaise Pascal (1623-1662) contribua grandement à l’élaboration du calcul des probabilités. Il déclare que “le but de toutes choses devrait avoir pour objet l’établissement et la grandeur de la religion”. [...]
Le biologiste Carl von Linné (1707-1778) était le professeur le plus en vue de l’université d’Uppsala, en Suède. Il est particulièrement connu pour avoir établi l’importance du genre et de l’espèce dans la classification des êtres vivants et pour avoir classé presque tout ce qu’on connaissait alors. Sa réputation attirait les savants du monde entier. Il était farouchement opposé à toutes les idées contraires à la création et affirmait : “la nature a été créée par Dieu pour son honneur et pour le bien de l’humanité, et tout ce qui arrive sous ses ordres et sa direction.” [...]
Sir Isaac Newton (1643-1727), que d’aucuns considèrent comme le plus grand savant ayant jamais vécu, était lui-même un étudiant fervent de la Bible. Il est surtout connu pour avoir établi les principes du calcul intégral et pour avoir découvert les lois régissant les mouvements planétaires. En outre, il trouva le temps d’écrire plusieurs volumes sur les prophéties bibliques de Daniel et de l’Apocalypse. Car Newton croyait fermement que Dieu est le Créateur et que la nature nous révèle Dieu.
On pourrait encore citer des dizaines d’exemples similaires, qui montrent que les bases de la science moderne furent posées dans une atmosphère à prédominance biblique et qu’il n’y a pas d’antagonisme fondamental entre la science et les Écritures.”
Ariel A. Roth, Origines – au carrefour entre la Bible et la science, p.50-51, éditions Vie et Santé, novembre 2000 (Ariel A. Roth est titulaire d’un doctorat de zoologie de l’Université du Michigan, USA).

Categories : Science

22 commentaires

  1. King flo dit :

    Drôle, cette question…Descartes et Spinoza croyaient en Dieu, mais leurs croyances étaient rationnelles, à l’instar de Kant par exemple.

    Beaucoup de scientifiques ont pensé à l’existence d’un Grand Ordinateur, puisque si on analyse un peu tout ce qui nous entoure on s’apperçoit que le tout tient grâce à un certain ordre. Ce qui ne signifie pas que tout est déterminé par avance.

  2. Wiwon dit :

    Ei qui incumbit probatio qui dicit, non qui negat.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Pastafarisme

  3. King flo dit :

    A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto

    http://fr.wikipedia.org/wiki/%27Pataphysique

  4. Wiwon dit :

    On pourrait se demander si ces aveux de croyance étaient faits dans le but de calmer les ardeurs de l’époque, de mieux faire passer la pilule.

  5. éric Coffinet dit :

    La Science et la Religion n’ont pas les mêmes buts : l’une le comment et l’autre le pourquoi … laissons à chacune son rôle et son domaine !

    Au début du XX° siècle, Abbas Effendi (http://fr.wikipedia.org/wiki/%27Abb%C3%A2s_Effendi) demande à un savant si sa science lui permet d’analyser une goutte d’eau. La réponse est “oui”. Peut-elle distinguer une goutte d’eau d’une goutte de larme ? – La réponse est encore “oui”. Peut-elle distinguer une larme de joie d’une larme de chagrin ? – La réponse est “non”. Là, c’est le domaine de la religion, affirme en conclusion Abbas Effendi.

    Le même Abbas Effendi cite les propos attribués à l’Imam ‘Alí : “Ce qui est conforme à la science est aussi conforme à la religion.”, et affirme que tout ce que l’intelligence de l’homme ne peut comprendre, la religion ne devrait pas l’accepter, que la religion et la science vont la main dans la main, et que toute religion en contradiction avec la science n’est pas la vérité.

  6. Timothée dit :

    Je suis athée, étudiant en neurosciences et neuropsychologie, et je ne crois pas qu’on puisse être aujourd’hui un bon scientifique tout en étant croyant.

    Avant Darwin et la génétique, la vie n’avait vraiment aucune explication scientifique. Il me paraît donc assez naturel que les savants croient en Dieu à cette époque.
    Mais je ne pense pas que ce soit les progrès de la biologie et de la physique qui rendent athées. Je pense que ce sont les progrès des neurosciences et de la psychologie. Les psychologues (je parle des cogniticiens, pas des extasiés du freudisme) savent très bien que nous ne sommes pas rationnels, que nous ne comprenons instinctivement rien aux coincidences et aux probabilités, que notre mémoire nous joue des tours. Tous les phénomènes paranormaux ont été débunkés. Les grenouilles n’apparaissent pas de nulle part, et les apparitions de la vierge Marie sur un toast s’expliquent aisément par le fonctionnement de notre système perceptuel (paréidolie). Il ne faut pas croire l’homme infaillible, il est sujets à de constantes illusions perceptuelles et de raisonnement, et ceci est vrai de tous les grands hommes qui ont vécu jusqu’à aujourd’hui.

    Nous avons également accès à l’information, et en cherchant un peu, tout le monde sait aujourd’hui que la Bible a été écrite sur des centaines d’années par des gens divers. Prendre le sens littéral de la Bible est une absurdité, mais si certains écrits de la Bible (Noë, Adam et Êve) sont reconnus comme des mythes, alors qui a l’autorité pour dire ce qui doit être vu comme la vérité ?

    Être athée n’est pas une croyance. Si Dieu venait à moi et me montrait son pouvoir, je serai ravi et obligé de croire en lui.

  7. Aurelien dit :

    @Wiwon : on pourrait se demander si les aveux de non croyance aujourd’hui ne sont pas faits dans le but de calmer les ardeurs de notre époque, de mieux faire passer la pilule.

  8. Kévin dit :

    @Timothée :

    Il me semble que l’athéisme est bien une croyance, une croyance dans la non-existence de Dieu, et de fait dans la supériorité de la matière sur l’esprit. Le refus de la croyance, c’est l’agnosticisme, même s’il est souvent très délicat d’être un “agnostique pur” et de s’émanciper de tout postulat métaphysique.

    Que pensez-vous de la métaphore de Bergson qui assimile le cerveau à un porte-manteau de l’âme ?

  9. lanael dit :

    Pour reprendre une expression employée par Todd : croire en dieu, c’est “croire en un truc improuvable”.

    @Kévin : la dernière fois que j’ai éxaminé une définition de “agnostique”, il me semblait qu’on pouvait résumer ça par : être agnostique, c’est penser qu’on ne *peut pas* savoir.

    En tant qu’athée, je ne peut que déplorer qu’un scientifique soit croyant, mais en tant que libertaire je me dis que si cela ne l’empêche pas de faire des découvertes, pourquoi pas, c’est son problème. ( ex : l’abbé Lemaître et la théorie sur le big bang ).

  10. Kévin dit :

    @lanael :

    Il me semble que votre définition de l’agnosticisme est synonyme de la mienne. Si on pense qu’on ne peut pas savoir (sous-entendu la cause première), c’est bien qu’on refuse de croire, que ce soit en la matière (athéisme) ou en l’esprit (que certains appelleront Dieu). Bon, je schématise au maximum parce qu’il existe des matérialistes non athées (Spinoza par exemple) et des athées non matérialistes (Schopenhauer).

  11. Vincent Jappi dit :

    L’athéisme est strictement impensable ; en fait, il n’existe même pas intellectuellement puisque ceux qui se disent aujourd’hui “athées” voient dans l’univers l’être absolu et incréé dont le raisonnement logique démontre l’existence et leur Dieu, par conséquent, c’est l’univers matériel : ils sont donc “matérialistes”, et non pas “athées”.

    Il est vrai qu’en général ils ne savent pas raisonner là-dessus, et n’en tirent donc pas généralement les conséquences logiques ; et ça vaut mieux pour eux quand ils se prétendent scientifiques, puisque celles-ci sont que la diversité des êtres et la réalité du changement ne sont que des illusions : ce qu’affirmaient sous diverses variantes les Grecs, mauvais métaphysiciens mais métaphysiciens quand même, et qui comprenaient les implications de ce qu’ils disaient même s’ils n’avaient pas trouvé la seule solution compatible avec l’expérience ; et puis eux, au moins, ne pouvaient pas savoir que l’univers que nous observons a commencé et s’il finira, ce qu’on sait depuis le milieu du XIX° siècle au plus tard.

    C’est pourquoi quand on ne connaît pas, et à fortiori ne reconnaît pas, les démonstrations qui empêchent de dire n’importe quelle absurdité à propos de ces questions, il faudrait mieux imiter “de Conrart le silence prudent”, de peur d’exposer les limites de sa capacité rationnelle aux yeux de ceux qui vous prenaient pour un vrai savant.

    L’expérience de la révélation est intransmissible, mais on peut quand même en témoigner : http://www.epistheo.com/?p=94

  12. Ajax dit :

    @Vincent Jappi
    Quel galimatias! l’athéisme n’a pas à “se penser” car ce n’est pas une philosophie en soi et il n’a aucune implication pratique directe. Il consiste simplement à ne pas recourir à une hypothèse qui en elle-même ne résout rien et n’a donc pas d’intérêt scientifique. En effet, toutes les questions auxquelles les croyants répondent par cette hypothèse (celle de l’existence de dieu) se reposent alors un cran au dessus, si j’ose dire: l’exemple type est celui du monde incréé versus le dieu incréé, le second n’étant pas plus probable que le premier, et même plutôt moins dès lors qu’on peut proposer des mécanismes d’émergence du monde incréé, mais pas du dieu incréé. Toutes les questions hormis peut-être celle du sens, qui est hors champ de la science, et qui est elle-même un énorme postulat métaphysique (pourquoi y aurait-il un sens?).

  13. éric Coffinet dit :

    @ Lanael : Pour reprendre une expression employée par Todd : croire en dieu, c’est “croire en un truc improuvable”.

    C’est la différence entre “être certain” et “avoir une certitude”.

    Dans le premier cas, une expérience spirituelle incommunicable vous fait prendre conscience d’un vérité
    Dans le second cas, vous posséder une preuve tangible que vous pouvez montrer aux autres.

    Il n’y a pas de preuve de l’existence de Dieu, simplement des épreuves qui vous en font prendre conscience…

  14. serge L dit :

    excellent ! pardon

  15. Aurelien dit :

    “Je suis celui qui est”. D’après les textes eux même, Dieu n’existe pas : il est.

  16. David dit :

    Suite au commentaire de Vincent Jappi, il est intéressant de regarder l’explication de la preuve cosmologique à travers le site qu’il partage.

  17. anonyme dit :

    Ne soyons pas naïf sur ce sujet. La scientifiques d’aujourd’hui sont des impies materialistes qui passent leur temps à concocter des produits chimiques toxiques générateurs de maladies, et des produits chimique toxiques pour combattre les maladies qu’ils ont eux-même créée.
    Ils disent que la recherche en chimie ou en génétique, c’est pour “sauver des vie”. Et nous serions assez naïf pour le croire ? Mais que peut nous apporter la chimie à part des produits chimiques ? Que peut nous apporter la génétique a part des monstruosités ?

    Et les bienfaits de la science -l’informatique, internet, l’automobile, le téléviseur, l’avion, la fusée, les satelites- ce sont en fait des méfaits. En effet il faut se demander : Un avion, a quoi ça sert à part transporter d’un bout à l’autre du globe des marchandises, des touristes et des traders, traders qui vont spéculer sur ces même marchandises, ou a part larguer des bombes et à part transporter des vivres pour les victimes des même bombardements ? Une voiture, a quoi ça sert à part aller au travail à l’autre bout de la ville et aller voir sa famille à l’autre bout du pays ?

  18. PAUL dit :

    E&R occulte une partie du problème lié aux critiques. La question n’est pas de savoir si un scientifique a le droit d’être croyant ou pas; car nombreux d’entre eux peuvent l’être à partir du moment ou ils font bien leur travail. Le problème c’est la véracité, les preuves de ce qu’ils avancent, avec démonstrations à l’appui. Sans ça, ils ne sont pas chercheurs, et n’ont aucune crédibilité,donc ne doivent pas essayer de convaincre la population qui pourrait gober leurs anneries, point.

  19. Ghalloun dit :

    La science étudie le réel observable (sauf les maths, d’où leur caractère très particulier). Il est donc nécessaire de faire preuve d’honnêteté, de rigueur dans le raisonnement, de méthode,… Un aspect extrêmement important, aussi, est la capacité à reconnaître une erreur de raisonnement, à se remettre en cause. Cette capacité est indépendante des facultés d’observation et de raisonnement, à moins qu’elle ne soit inversement proportionnelle à l’assurance du scientifique.
    Bien souvent, un biais de pensée, un a priori épistémologique ou autre, peut engendrer par “contagion” d’autres erreurs, qui elles mêmes vont en engendrer d’autres,… Jusqu’à ce que la contradiction soit intenable. D’où l’importance de partir avec des prémisses justes, vraies. Ensuite, si l’on passe d’un domaine à un autre, par exemple la physique et la biologie, il faut être capable de distinguer ce qui est conservé et ce qui est nouveau. Ainsi, un matérialiste pur ne verra pas de saut qualitatif entre la chimie et la biochimie. C’est ainsi que l’on peut conclure qu’on tombe amoureux parce que notre cerveau produisait à ce moment-là telle hormone qui filtre les mauvais sentiments du coeur.
    Voilà mon point de vue.

  20. Jean dit :

    @Ghalloun
    très bien mais ça ne répond pas à la question posée, si ?

  21. Ghalloun dit :

    Il peut n’pas l’être, du moment que sa vision du monde n’entrave pas ses travaux. D’où les exigences d’honnêteté, de capacité de remise en cause. A partir du moment où l’on cherche sciemment (par volonté propre) à tordre la réalité des faits, à biaiser un raisonnement, à oublier une hypothèse, à masquer telle ou telle donnée,… on glisse sur une pente très savonneuse. Et je ne suis pas sûr qu’il y ait une fin à la planche.
    Ca me semble clair.

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