Vous êtes actuellement déconnecté.






» Mot de passe oublié ?
►   Recevoir la newsletter 
freysinger
Oskar Freysinger : “Les Frères Musulmans sont bien plus dangereux qu’Al Qaïda”
zzz475
Recomposition de la Droite : les discrètes espérances d’Eric Zemmour
velasco-2
Jean-Jacques Velasco : “Dans l’affaire Roswell, l’hypothèse du disque volant est la plus plausible”
atlantico_carre
Atlantico refuse un article sur la liberté d’expression
livres

“Voyage au bout de la révolution”, de Claire Brière-Blanchet

13 janvier 2011, 8:46 Auteur : Seb 2 commentaires

Premier lauréat du Prix des Impertinents décerné le 18 janvier 2010, l’ouvrage de Claire Brière-Blanchet, Voyage au bout de la révolution ; de Pékin à Sochaux, traite d’un sujet souvent évoqué dans les médias mais peu connu dans le fond : le maoïsme français de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. Cette ancienne militante de la Gauche prolétarienne nous présente ce mouvement sous son aspect le plus obscur. Toute la force de son récit tient dans ce témoignage émouvant à contre-courant du discours général ambiant. Et c’est ce que nous allons voir à travers trois exemples.

En premier lieu, ce texte rompt justement avec cette vision romantique et nostalgique régulièrement diffusée sur les années Mao par des personnalités médiatiques telles que Gérard Miller ou Olivier Rolinavec son roman Le tigre en papier. Ce n’était pas une simple erreur de jeunesse que l’on peut balayer d’un simple revers de main. Beaucoup ne s’en sont jamais remis. Si certains, par traumatisme, refusent catégoriquement de parler de cette période, d’autres ont sombré dans l’alcool, la drogue ou les antidépresseurs. Plusieurs ont même mis fin à leur jour.

Nous croisons nombre de ces personnages au fil du récit. Une jeunesse perdue, voilà ce qui en ressort. Alors que ces souvenirs de jeunesse en font encore sourire certains, Claire Brière-Blanchet rappelle toutefois leur part de responsabilité à tous dans les massacres commis par les régimes qu’ils soutenaient. En premier lieu la Chine de Mao et sa célèbre Révolution culturelle qui a fait plusieurs millions de morts. Ils se sont trompés sur toute la ligne et quand le sang a commencé à couler après la chute de Saigon ou la prise de Phnom Penh, par leurs actions et leurs mots, ces petits jeunes, bien que lointains, ont, quelque part, permis cette barbarie. « Là encore nous avions contribué à faire advenir un régime infiniment plus meurtrier que le précédent ». La haine était bien au centre de leur action avec comme leitmotiv « le sang et le crime plutôt que la démocratie ». Nous sommes donc bien loin de cette image d’une jeunesse innocente…

Régulièrement, nos ex-maoïstes s’enorgueillissent que leur mouvement n’a jamais glissé vers le terrorisme. Certes, c’est en partie vrai. Cependant, sa justification n’a jamais était bien loin. Sans les approuver ouvertement, Claire Brière-Blanche rappelle que les attentats en Algérie contre les civils pieds noirs étaient considérés comme « une arme des faibles », « une arme du pauvre ». La violence verbale, elle, était omniprésente et le journal de la Gauche prolétarienne, La Cause du peuple, regorgeait de slogans haineux : « Pendre les patrons », « Un député ça peut se lyncher », « Le sang de nos frères réclame vengeance », «Écraser la vermine capitaliste » etc. Ce refus permanent de l’ordre bourgeois autorisait les maoïstes à ne respecter aucune loi.

Ainsi, dans cette surenchère, « nous nous autorisâmes le vol, chez Fauchon, la violence au nom du peuple, l’injure au nom de la lutte contre l’exploitation, le lynchage au nom de la justice populaire ». De plus, selon elle, la responsabilité de la Gauche prolétarienne dans les attentats d’Action directe est à prendre en compte. « Ces assassinats furent perpétrés des années après notre autodissolution, par des militants plus jeunes […]. Mais qu’avaient-ils entendus sinon nos sinistres appels, criant au meurtre et à la haine ? ».

De nos jours, en France, le combat féministe et la libération sexuelle sont souvent assimilés à des combats de l’extrême gauche. Une chose est certaine, chez les maos, les machos avaient le beau rôle. Claire Brière-Blanchet décrit comment les étudiantes, surnommées avec dédain « les intellectuelles », étaient fortement encouragées à coucher avec les prolétaires lors des réunions militantes. De même, l’utilisation de la pilule n’était absolument pas recommandée car considérée comme « bourgeoise ». Et oui, « la contraception, c’est pas le truc des femmes d’ouvriers, elles, elles sont fidèles ».

A force de s’immiscer dans la vie privée de ses membres et de vouloir tout contrôler, il apparaît clairement que cette organisation portait en elle les germes du totalitarisme. Par exemple, lors d’une de ces interminables réunions, Claire Brière-Blanchet, jeune maman d’une petite Judith s’est vue reprochée de préférer son enfant à la cause révolutionnaire… Et non seulement elle a été montrée du doigt, mais elle a dû également avouer publiquement sa faute lors d’une séance d’autocritique : « oui, fille de patron, j’avais pris l’habitude bourgeoise du pouvoir et du commandement, oui j’aimais ma fille, trop peut-être et désormais je me consacrerai davantage au peuple ». Peu après, l’auteur paiera le prix fort de cet engagement en perdant ce qu’une femme a de plus précieux au monde : son propre enfant.

Dans Le Figaro du 15 octobre 2007, André Glucksmann déclarait : « Mes années maoïstes me font toujours honte ». Cette phrase aurait très bien pu être prononcée par Claire Brière-Blanchet dont toute l’émotion transparaît au fil des pages. Cependant, ce sentiment de honte, malheureusement, est loin d’être partagé. En effet, lors des élections régionales de 2010, le Parti socialiste d’Ile de France, sans que cela ne lui pose le moindre problème moral,  ne refusera pas une alliance avec le descendant de la Gauche prolétarienne, le Parti communiste des ouvriers de France (PCOF), uni au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

2 commentaires

  1. Kévin dit :

    “De même, l’utilisation de la pilule n’était absolument pas recommandée car considérée comme « bourgeoise ». Et oui, « la contraception, c’est pas le truc des femmes d’ouvriers, elles, elles sont fidèles ».”

    => Autre argument, utilisé par le Parti communiste français qui s’est longtemps opposé à la libéralisation de la contraception : celle-ci allait entraver la progression démographique du prolétariat…

  2. Sylvain dit :

    Un très bon livre. A la fois émouvant et frappant, instructif et plaisant.
    Fortement recommandé !

Ecrire un commentaire :







Si vous souhaitez associer une image à vos messages, inscrivez-vous ici (c'est gratuit)

 

Articles récents

Contribuez au développement du site en souscrivant