Le 18 juin 2010, plus d’une vingtaine d’associations (les deux principales étant Riposte laïque et le Bloc identitaire) appelaient à participer à un “Apéro saucisson-pinard” à la Goutte d’or, quartier du 18e arrondissement de Paris, dont le nom viendrait, selon le site de la mairie, “de la belle couleur du vin tiré des vignes locales”. Une provocation qui répondait à une autre provocation : dans ce même quartier, des milliers de musulmans prient en effet dans la rue tous les vendredi (et tous les jours pendant ramadan). Notre récente enquête de terrain essayait d’ailleurs d’en faire comprendre les tenants et les aboutissants.
La Préfecture de Paris autorise les prières dans la rue depuis des années mais a décidé d’interdire un apéro saucisson-pinard au même endroit, pour risques de troubles à l’ordre public. Nous avons publié la liste des organisations qui condamnaient l’apéro, tandis que Novopress (agence de presse du Bloc-identitaire) publiait la liste des organisations qui y participaient.
Parmi les observateurs à s’être déplacés le 18 juin, le journaliste Ivan Rioufol, qui nous a expliqué dans une interview que “si ce mouvement se fermait à l’avenir aux musulmans modérés et laïcs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il s’en désolidariserait”. Le magazine Politis, dans un article violent, traitait l’éditorialiste du Figaro de raciste : “cette interdiction est de son point de vue la preuve – après tellement d’autres qu’il ne les compte plus – de l’« intolérance » des « antiracistes » – ces vilaines gens, tu sais, qui s’émeuvent quand le bloc-noteur vendredique du Figaro (de Serge Dassault, de l’UMP) se laisse aller, semaine après semaine, assez obsessivement, à des considérations d’où ressort, globalement, que la vie serait tellement plus [consanguine] facile sans ces millions d’Arabo-musulmans qui viennent, jusque dans nos bras, nous altérer [l’endogamie] la francité (de souche).”
L’extrême-droite uniquement du côté des organisateurs ?
Le Parisien (comme tant d’autres médias ) qualifie Riposte laïque de “journal extrémiste” et Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, parle d’un “type d’opération classique de l’extrême droite“, mais aucun média important ne fait remarquer que l’extrême-droite était très divisée sur la question.
Riposte laïque indiquait par exemple que “SOS Racisme et un fondateur du FN [étaient] unis contre l’apéro géant, en défenseurs du communautarisme musulman”. Même sur Internet, la diabolisation de Riposte laïque est un sport courant, et notamment par des sites qu’on peut légitimement classer à gauche.
Par exemple Rue89, pour qui Riposte laïque est “une revue fédérant des défenseurs de la laïcité issus de la gauche, prêts à s’allier avec le FN pour lutter contre l’« invasion islamiste ».” Bakchich prend parti contre l’apéro en expliquant que “la préfecture de police de Paris eut le bon goût de l’interdire“.
Le magazine en ligne d’extrême-gauche Reflex et le blog “Droites extrêmes” d’Abel Mestre et Caroline Monnot soulèvent la question de la véracité de l’identité de Sylvie François, qui a lancé sur Facebook le groupe “apéro saucisson pinard à la goutte d’or” qui est monté jusqu’à 10 000 inscrits. Finalement seul un millier de personnes braveront le soleil et les départs en week-end. Et Pierre Cassen d’affirmer quant à lui dans Marianne 2 que l’initiative émane en réalité de Riposte laïque : “un membre de notre rédaction a lancé l’idée d’un apéro géant à la Goutte d’Or, sur Facebook. Comme ça, sans réel calcul. Il ne proposait pas de saucisson-vin rouge ni même d’organiser ça un vendredi. Juste un apéro géant comme il en fleurit un peu partout. Trois jours plus tard, une certaine Sylvie François, habitante de la Goutte d’or, reprenait l’idée de l’apéro, y ajoutait le saucisson-pinard et créait un groupe sur Facebook, avec bien plus de succès que nous. Nous nous sommes donc naturellement rapprochés d’elle.”
Des catholiques peu nombreux et divisés
Sur Scriptoblog, Paul Dautrans notait que les cathos étaient “peu nombreux“, et en effet, le Salon beige, principal blog catholique se demandait “quelle stratégie pour les catholiques ?”. Il reprenait la version anti-apéro, d’Yves Daoudal, proche du FN : “Déjà je ne me reconnais nullement dans le Bloc identitaire (où l’identité chrétienne de la France est loin d’être une priorité, je sais de quoi je parle), mais avec Riposte laïque on est ouvertement dans la haine anti-chrétienne.”
Le Salon beige reprenait ensuite la version pro-apéro, de Rémi Fontaine, proche du FN également : “Il fallait prendre cette idée d’apéro géant comme un (contre-)coup médiatique à partir d’internet, un argument ad hominem destiné à acculer l’adversaire politico-médiatique sur son propre terrain et l’enferrer dans ses contradictions.”
Quant aux catholiques éloignés du FN, la Croix s’est contenté de reprendre les dépêches AFP sur le sujet, et Témoignage chrétien donnait la parole aux “paroissiens de l’église Saint-Bernard, située dans le quartier, [qui] condamnent «cette initiative génératrice de tensions et de discriminations».”
Sur les lieux de la manifestation des étudiants le 11 novembre 1940
L’apéro a donc été interdit à la goutte d’or, mais les organisateurs l’ont finalement organisée place de l’Etoile, à l’endroit où des étudiants avaient manifesté contre l’occupation allemande le 11 novembre 1940. Une manifestation qui rassemblait “de 1000 à 3500 manifestants“, comme le dit l’historien Olivier Wieviorka. Olivier Wieviorka parle d’une “origine plurielle” de cette action, “la radio de Londres, le parti communiste et les lycéens”.
Or nous savons depuis longtemps que le Parti Communiste était à l’époque allié des nazis, et que c’est en fait en grande partie l’extrême-droite qui est à l’origine de cette manifestation. Comme le rappelait en novembre 2007… Riposte laïque : “Ce devaient être de bons « cathos » des quartiers chics, certainement « villiéro-compatibles » comme on dit aujourd’hui. Il y avait aussi des gens des classes populaires, des « quartiers » selon l’expression elliptique moderne, et même de rares communistes qui bravaient les consignes collaboratrices de leur parti officieux, car le pacte germano-soviétique était de rigueur en ce 11 novembre 1940.”. Belle leçon d’histoire prodiguée à l’historien.
Concernant l’apéro saucisson-pinard et les accusations qui ont été portées contre leurs organisateurs, laissons la conclusion à Riposte laïque et à son article de 2007, qui semble aujourd’hui visionnaire :
“Il est curieux qu’à notre époque où le « devoir de mémoire » devient politiquement sélectif et paradoxalement « pluriel » ethniquement et culturellement, nous ne célébrons quasiment pas, à gauche comme à droite, les premières grandes manifestations publiques de la Résistance que furent celles du 11 novembre 1940. Les uns ont-ils peur de se faire traiter de « gauchistes » ou d’« anti-français » ? Les autres craignent-ils d’être accusé d’être « villiéristes », ou de s’allier à l’« extrême droite catholique » ? Craignent-ils tous des procès en blasphème pour oser rétablir des vérités historiques qui vont à l’encontre de telle ou telle pensée unique ? Ont-ils peur de se faire traiter de manipulés ou de manipulateurs ? Les vrais esprits libres n’ont cure de toutes ces réductions idéologiques, de tous ces discours indigestes qui inventent des néologismes pour cacher le fait de ne rien faire, de ne pas agir, tout en jouant la comédie du faux politiquement incorrect en multipliant les « oui mais » et les « ni ni ». La diversité de ces militants, de ces manifestants du 11 novembre 1940, nous la retrouvons à la pointe du combat contre ce que nos amis algériens et iraniens appellent « le IIIe totalitarisme ». Je ne jouerai pas sur les mots, je n’entrerai pas dans les discussions exégétiques ou hagiographiques ; je désignerai ce totalitarisme par un mot sur lequel nous pouvons tous nous entendre : l’islamisme.”
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